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Gallimard

Les éditions Gallimard, appelées jusqu’en 1919 les éditions de la Nouvelle Revue française et jusqu’en 1961 la librairie Gallimard, sont ungroupe d'édition français. La maison d'édition a été fondée par Gaston Gallimard en 1911. Le groupe Gallimard est actuellement dirigé par Antoine Gallimard. Considérée comme l'une des plus importantes et influentes maisons d'édition en France, notamment pour la littérature du xxe siècle et contemporaine, Gallimard possède en 2011 un catalogue constitué de 35 prix Goncourt, 36 écrivains ayant reçu le prix Nobel de littérature, et 10 écrivains récompensés du prix Pulitzer.


Microfictions, Régis Jauffret

Ecrit par Christelle d’Herart-Brocard , le Vendredi, 09 Mars 2018. , dans Gallimard, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Nouvelles

Microfictions, janvier 2018, 1024 pages, 25 € . Ecrivain(s): Régis Jauffret Edition: Gallimard

 

500 microfictions dans lesquelles hommes et femmes se racontent, sans pudeur, avec une honnêteté si déconcertante qu’elle donne à ces récits des allures d’aveux libérateurs consignés dans des journaux intimes. C’est alors aux lecteurs, anonymes, de tenir lieu de réceptacle. Mais les confessions sont souvent si sordides, immondes, immorales ou amorales, si froidement haineuses ou si douloureusement intenables qu’on peine à croire y être entrés sans effraction. L’écriture, ciselée, incisive, provocante ou irrévérencieuse accentue encore cette impression de violation d’intimité. Personnelles et singulières, les vies se résument sans condescendance ni pathos excessifs ; chacune d’elles se recroqueville sur deux pages comme le font les narrateurs dans le carcan de leurs aigreurs et obsessions, de leurs âmes perdues, de leurs corps abîmés. Aucun d’eux ne semble pour autant chercher à s’apitoyer sur son sort. Car si l’heure est à l’introspection, la tendance générale est plutôt au constat froid ou au bilan irréversible : les récits se font factuels, précis, réfléchis et distanciés ; logiquement agencés, ils convergent vers leur note finale, toujours assez foudroyante pour susciter le malaise ou l’effroi, et marquer le point de non retour. Poésie, métaphores, tournures colorées, dérision et humour, sur soi ou sur la vie, viennent savamment alléger ou désamorcer la charge émotionnelle.

Visiteurs de Versailles. Voyageurs, princes, ambassadeurs (1682-1789), Daniëlle Kisluk-Grosheide, Bertrand Rondot

Ecrit par Gilles Banderier , le Mardi, 06 Mars 2018. , dans Gallimard, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Histoire

Visiteurs de Versailles. Voyageurs, princes, ambassadeurs (1682-1789), Daniëlle Kisluk-Grosheide, Bertrand Rondot, novembre 2017, 336 pages, 45 € Edition: Gallimard

 

Dans l’esprit de Louis XIV, autant qu’on puisse le savoir, le château de Versailles n’avait pas pour seules fonctions de le séparer de Paris, cité tumultueuse, ligueuse et frondeuse, dont le jeune monarque se retrouva quelque temps prisonnier (un très mauvais souvenir), et de domestiquer une noblesse attachée aux vestiges de l’ordre féodal. Cette ancienne demeure de chasse fut agrandie démesurément afin de frapper les esprits et de présenter une sorte d’image ramassée de la puissance royale (ce n’est évidemment pas un hasard si l’édification du château « moderne » a coïncidé avec la période la plus riche de l’opéra et du théâtre français : Versailles est une scène où le roi se produit), à une époque où la France tenait, dans la conscience européenne, la place des États-Unis dans l’actuelle conscience mondiale : pays riche, puissant, influent et donnant la note au continent entier. Au XVIIIe siècle, on parlera français dans la plupart des cours européennes et il n’y aura presque pas de potentat, de margrave, qui ne voudra sa réplique du château de Versailles, de la même manière qu’au début du XVIIe siècle tout le monde cherchait à imiter les jeux d’eau des palais romains.

Gris-Oakland, Eric Miles Williamson

Ecrit par Thomas Besch-Kramer , le Jeudi, 01 Mars 2018. , dans Gallimard, Les Livres, Critiques, Polars, La Une Livres, USA, Roman

Gris-Oakland, Eric Miles Williamson, trad. Philippe Mikriammos, 303 pages, 22,50 € . Ecrivain(s): Eric Miles Williamson Edition: Gallimard

 

Dans un bar, avec un narguilé et des Angels… sa mère le présente à son oncle de père : « Nous aurions même pu nous croire ailleurs qu’à Oakland » (p.16). T-bird est un « pupil » et ne recherche pas les cours ni son « père », sauf peut-être dans la figure protectrice de Fat Fred. Qui est l’oncle Ray ?

T-bird alterne les sentiments de peur et de violences (ambivalence psy) : « Je pris alors la décision de créer le Club des Ennemis des Filles » (p.25). « Sa » mère – après un violent accident de « trike » sur un accotement défoncé, « elle ne lui manquait pas, il est vrai » (p.41) – l’abandonne régulièrement pour être en compagnie de « toutes les variétés de merde humaine d’Oakland » (p.41).

Il assiste à des scènes pédopornographiques glauques et « je pris mon paquet de Pall Mall sous mon lit » (p.47) quand il ne fuit pas pour appeler Fat Fred à la rescousse.

Géographie d’un adultère, Agnès Riva

Ecrit par Cyrille Godefroy , le Mercredi, 28 Février 2018. , dans Gallimard, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Géographie d’un adultère, janvier 2018, 128 pages, 13,50 € . Ecrivain(s): Agnès Riva Edition: Gallimard

 

Qu’écrire sur ce premier roman relativement diaphane d’Agnès Riva, si ce n’est que le titre juxtapose habilement deux termes dont les connotations ne les destinaient a priori pas à se rencontrer. L’auteur aurait même pu remplacer géographie par topographie ou autopsie tellement elle traite le sujet sur un ton neutre et clinique. On a parfois l’impression de visiter les pièces d’un appartement collé aux basques d’un agent immobilier ou de poireauter dans une voiture, gavé de barbituriques, garée dans une bourgade bourgeoise.

Ceci dit, quelques éclairs de chaleur traversent épisodiquement cette glace narrative, la voix de l’auteur s’incarnant de façon plus nette, au détour par exemple d’une nostalgie lucide : « Une époque où les hommes et les femmes n’étaient pas aussi soumis qu’aujourd’hui aux pressions de leurs vies professionnelles, à cette obligation d’être toujours plus productifs qui finit par vous ôter le goût et l’énergie du jeu, et toute disponibilité aux autres ».

Un jeune homme en colère, Salim Bachi

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Mercredi, 14 Février 2018. , dans Gallimard, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Un jeune homme en colère, février 2018, 208 pages, 18 € . Ecrivain(s): Salim Bachi Edition: Gallimard

 

Après Dieu Allah, moi et les autres, récit retraçant sa vie partagée entre l’Algérie et Paris – ville où se concrétisa son destin d’écrivain –, Salim Bachi, semblant continuer cette « tentative de sauvetage de ce qui n’est plus » pour mieux affronter la lente descente vers le néant, retrouve la fiction avec un neuvième roman empli de colère et de sarcasmes mais aussi d’une mélancolie assumée – ce que nous indique l’épigraphe de Faulkner : « Entre le chagrin et le néant, je choisis le chagrin ».

Un jeune homme en colère s’inscrit ironiquement dans le fil du Consul, l’auteur nommant son héros Tristan et évoquant ainsi cet amour d’Aristides de Sousa Mendes pour Andrée, qui le sauva du désespoir de la mort de son fils. Comme dans son premier roman Le chien d’Ulysse – faisant également entendre les récits rêvés du professeur de littérature Ali Khan, marqués par la mort de sa jeune sœur –, l’auteur y conte l’errance d’un jeune homme, non dans une Cyrtha imaginaire quelques années après l’assassinat du Président Boudiaf, mais dans un Paris post-Bataclan propice aux dérives oniriques, au cours d’une unique journée renvoyant de même à l’Ulysse de Joyce, ce livre soi-disant incompréhensible d’un écrivain irlandais alcoolique.