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Bassin méditerranéen

Ce qui reste de nos vies, Zeruya Shalev

Ecrit par Anne Morin , le Vendredi, 17 Octobre 2014. , dans Bassin méditerranéen, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Gallimard, La rentrée littéraire

Ce qui reste de nos vies, traduit de l’hébreu par Laurence Sendrowicz, septembre 2014, 416 p. 22,90 € . Ecrivain(s): Zeruya Shalev Edition: Gallimard

 

Une famille, à travers ses divers âges, traverse la vie d’un pays, ou est-ce plutôt ce pays qui descend le fleuve du temps, imprégnant son mode d’être aux membres de cette famille ? D’un kibboutz à un appartement minuscule de Jérusalem, la vie de Hemda – la précieuse est la traduction de son prénom rare – s’écoule, la précieuse et la mal traitée : « (…) au bout de quelques semaines elle marchait, certes sur des jambes mal assurées, le corps brûlant des coups de son père et l’esprit figé comme un petit animal que l’on a dressé avec cruauté, mais elle marchait, chassée de la gloire, chassée de la joie, avec la vague conscience qu’elle aurait beau mettre un pied devant l’autre, courir, elle n’avait plus vers où diriger ses pas » (p.17).

Sa vie s’écoule, comme l’eau du lac de son kibboutz qu’on a asséché : progressivement, imprégnant les rives et la terre de ses boues. Hemda revient mourir doucement dans son lit, sans souffrance apparente, et manifeste, dans ses rares moments de lucidité, une conscience aiguë des problèmes de sa famille.

Le justicier d’Athènes, Pétros Márkaris

Ecrit par Zoe Tisset , le Samedi, 04 Octobre 2014. , dans Bassin méditerranéen, Les Livres, Critiques, Polars, La Une Livres, Roman, Points Seuil, La rentrée littéraire

Le justicier d’Athènes, traduit du grec par Michel Volkovitch, septembre 2014, 320 pages, 7,30 € . Ecrivain(s): Pétros Márkaris Edition: Points Seuil

 

On avait oublié qu’un roman policier pouvait se rapprocher d’analyses sociologiques, voire politiques. On plonge dans le livre de Pétros Márkaris avec l’attente d’intrigues, de suspens. Mais au fur et à mesure de la lecture, nous voilà de plus confrontée à la crise économique et politique de la Grèce. Ce livre étonne car il parvient à rendre compte d’une atmosphère générale de débâcle, de désillusions. Ainsi constamment le commissaire Charitos est pris dans une toile d’araignée de bouchons, de manifestations et de klaxons. Sortir du commissariat ou de chez lui demande toujours d’aller se confronter aux mécontents, aux révoltés, aux frondeurs, aux indignés, à une foule qui n’en peut plus de ne compter pour rien et de lutter pour survivre.

« Dans la rue Menandrou tout est bloqué. Pourtant, pour la première fois, je n’entends ni klaxons ni jurons, je ne vois aucun vilain geste. Les automobilistes attendent patiemment de couvrir trois mètres jusqu’au prochain blocage. Je demande à Koula : – Pourquoi sont-ils si calmes ? – Les gens baissent la tête, monsieur le commissaire, ils deviennent fatalistes. On se dit, rien n’avance, pourquoi les voitures avanceraient-elles ? »

Une lampe entre les dents, Chronique athénienne, Christos Chryssopoulos

Ecrit par Marie du Crest , le Lundi, 02 Juin 2014. , dans Bassin méditerranéen, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Récits, Actes Sud

Une lampe entre les dents, Chronique athénienne, traduction du grec moderne, Anne-Laure Brisac, 2013, 122 pages, 16,80 € . Ecrivain(s): Christos Chryssopoulos Edition: Actes Sud

 

Le flâneur d’Athènes


Le texte de C. Chryssopoulos est un livre singulier : son sous-titre le considère comme une chronique, datée d’ailleurs à l’intérieur du livre (entre décembre 2011 et l’automne suivant), mais il s’affirme aussi comme journal intérieur a posteriori, celui d’un homme, d’un marcheur obsessionnel dans sa ville, qui a abandonné un soir la pièce où il écrit, ce qu’il nomme « la pièce des spectres », pour gagner les rues d’Athènes qu’il connaît parfaitement. Singularité également dans l’étroite tension qui relie le texte et les photos, la plupart prises par l’auteur et qui sont toutes en noir et blanc au format de vignettes, à l’exception de deux d’entre elles qui occupent la page (p.58, montage des magasins fermés dans le contexte de la crise économique et p.103 dans le supplément de « la Lampe », en format paysage, une série de SDF couchés sur des bancs ou sur le bitume).

Une disparition inquiétante, Dror Mishani

Ecrit par Victoire NGuyen , le Vendredi, 23 Mai 2014. , dans Bassin méditerranéen, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Seuil

Une disparition inquiétante, traduit de l’Hébreu par Laurence Sendrowicz, mars 2014, 321 pages, 21 € . Ecrivain(s): Dror Mishani Edition: Seuil

 

Le mystère autour d’Ofer Sharabi


Il est mercredi soir et le commandant Avraham Avraham vient de passer une rude journée. Il voudrait rentrer chez lui. Cependant, une mère l’attend dans son bureau. Madame Sharabi vient avertir la police de la disparition de son fils Ofer Sharabi. Elle est inquiète car son fils ne s’est pas rendu à l’école ce matin et il n’est toujours pas rentré à la maison. Le commandant, patient, l’écoute et observe cette mère fatiguée et qui semble être de surcroît une femme résignée. Pour la calmer, il la presse de rentrer chez elle tout en la rassurant : « (…) la probabilité qu’il soit arrivé quelque chose de grave à votre fils est infime (…) Votre fils rentrera à la maison dans une, deux ou trois heures, au pire demain matin, je vous le garantis ».

Adam et Thomas, Aharon Appelfeld

Ecrit par Anne Morin , le Lundi, 24 Mars 2014. , dans Bassin méditerranéen, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Jeunesse, L'école des loisirs, Moyen Orient

Adam et Thomas, traduit de l’hébreu par Valérie Zenatti, illustré par Philippe Dumas, 151 pages, 15 € . Ecrivain(s): Aharon Appelfeld Edition: L'école des loisirs

 

Premier livre pour enfants d’Aharon Appelfeld, Adam et Thomas est une fable sur la guerre et la persécution, le versant pour enfants de l’histoire d’Aharon Appelfeld lui-même qui a vécu, enfant, une longue période dans la forêt pour échapper aux traques nazies.

Cela commence comme un conte : la mère d’Adam entraîne son fils dans la forêt avec un sac plein du minimum vital. Avec la consigne de s’arranger pour la journée, et d’aller se cacher chez une certaine Diana si sa mère ne revient pas le chercher à la nuit. Mais la forêt n’est pas hostile : « N’aie crainte – lui dit sa mère –, tu connais notre forêt et tout ce qu’elle contient » (p.7). Ce sera l’antienne qui traversera tout le livre, ressassée par Adam.

A la nuit, au lieu de chercher refuge chez Diana, Adam fausse le cours des choses (?), préférant faire confiance à son destin et aux ressources de sa chère forêt, avoir confiance en le retour de sa mère, y croire.