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Bassin méditerranéen

Quelques femmes, Mihàlis Ganas (2ème critique)

Ecrit par Marc Ossorguine , le Samedi, 18 Mars 2017. , dans Bassin méditerranéen, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Nouvelles, Quidam Editeur

Quelques femmes, trad. grec Michel Volkovitch (Γυναικών, 2010), 68 p., 10 € . Ecrivain(s): Mihalis Ganas Edition: Quidam Editeur

 

Voilà un poète et écrivain grec dont on regrette, à peine le livre ouvert, qu’il ne soit pas plus traduit en France. En effet ces quelques portraits ou nouvelles, on ne sait trop, ont un pouvoir de séduction rare, de par leur langue comme de par les images qu’ils convoquent, ou plutôt invoquent. Considéré en terre grecque comme l’une des grandes voix poétiques contemporaines, il faut tout l’art du traducteur pour nous les faire partager, même imparfaitement, même partiellement. Nous ignorons tout de la langue grecque, mais le pouvoir de ces textes est aussi de nous donner une puissante envie de découvrir cette langue, avec sa musique propre.

La simplicité de ces portraits nous touche aussi, pris dans le quotidien le plus ordinaire, jusqu’à en être banal (mais pas trivial) que le regard de l’écrivain rend unique, extraordinairement complice, jusqu’aux frontières de l’intime qu’il franchit parfois à pas de loup. Portraits ou nouvelles, portraits et nouvelles tout à la fois. De femmes mais aussi d’hommes.

La Destruction du Parthénon, Christos Chryssopoulos

Ecrit par Marc Ossorguine , le Jeudi, 02 Mars 2017. , dans Bassin méditerranéen, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Babel (Actes Sud)

La Destruction du Parthénon, Christos Chryssopoulos, trad. grec Anne-Laure Brisac (O βομβιστής τον Παρθενώνα, 2010), 96 pages, 5,80 € . Ecrivain(s): Christos Chryssopoulos Edition: Babel (Actes Sud)

 

Difficile d’imaginer une image qui colle plus à Athènes que celle de l’Acropole et du Parthénon. Même mangé par la pollution et l’urbanisme depuis des décennies, le monument reste l’emblème de la Grèce, ignorant du cours de l’histoire, il semble avoir figé une fois pour toutes la Grèce dans son antiquité en dépit des nationalismes, des guerres, de la dictature des colonels, comme des crises socio-économiques endémiques. On peut aisément concevoir qu’un tel monument puisse aussi être une charge et un poids qui pèse de toute son histoire sur les épaules des grecs, alors qu’il ne leur appartient plus vraiment. Rien de vraiment surprenant alors que lors de la période trouble de la deuxième guerre mondiale finissante, alors que vacille la dictature en place et que s’annonce une guerre civile, des voix se fassent entendre appelant à faire table rase du passé, et à commencer par mettre à bas le Parthénon. Cet appel fut lancé en 1944, par un certain Yorgos Makris, alors âgé d’une vingtaine d’années. Un appel entendu quelques décennies plus tard par Ch. K. qui décide de passer à l’acte.

Le silence même n’est plus à toi, Aslı Erdoğan

Ecrit par Sylvie Ferrando , le Samedi, 25 Février 2017. , dans Bassin méditerranéen, Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres, Actes Sud

Le silence même n’est plus à toi, janvier 2017, trad. turc Julien Lapeyre de Cabanes, 176 p., 16,50 € . Ecrivain(s): Aslı Erdoğan Edition: Actes Sud

 

C’est un long cri d’alarme et de douleur que pousse Aslı Erdoğan tout au long de ce petit et précieux recueil composé de vingt-neuf chroniques de la vie turque d’aujourd’hui. De nombreux thèmes sont abordés : le statut des femmes dans la société, le manque de liberté, d’égalité, la répression, l’enfermement, l’étouffement.

Le titre du recueil est tiré d’un poème de Georges Séféris, Gymnopédie, « Mycènes » :

« Le silence même n’est plus à toi,

En ce lieu où les meules ont cessé de tourner ».

Dans ce pays d’oppression, même notre propre mort nous est confisquée. En temps de guerre, il semble que le monde ait moins besoin de vérité. C’est pour la défense d’une vérité intangible de l’humain et de la femme, en laquelle elle croit et pour laquelle elle s’engage jusqu’à l’emprisonnement, qu’Erdogan prend la plume.

Et ne reste que des cendres, Oya Baydar

Ecrit par Victoire NGuyen , le Mardi, 21 Février 2017. , dans Bassin méditerranéen, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Phébus

Et ne reste que des cendres, trad. turc Valérie Gay-Aksoy, 557 pages, 25 € . Ecrivain(s): Oya Baydar Edition: Phébus

 

Le voile des illusions

Ülkü se rend au commissariat de police pour reconnaître le corps de son ancien amant devenu diplomate. Celui-ci a été assassiné. La vue du corps refait surgir des événements douloureux et traumatisants pour cette femme, journaliste, militante communiste, ex-prisonnière dans une geôle turque où enceinte, elle a subi la torture. Vingt ans plus tard, bien que revenue sur ses idéaux et déçue par des promesses (vaines) des lendemains qui chantent, elle doit faire face à une terrible épreuve : la mort de son fils, assassiné, lui aussi par une police à la botte du régime.

Et ne reste que des cendres est un roman-fleuve qui retrace le combat d’une femme qui a cru fermement à un rêve, celui de voir un jour les hommes et les femmes de son pays jouir de la démocratie et du bonheur d’être libre. Mais Oya Baydar n’est pas une écrivaine naïve, endoctrinée par une idéologie politique quelle qu’elle soit (le marxisme léninisme, régime de dictature actuelle ou lors du coup d’Etat de 1971). C’est pourquoi, en tant qu’intellectuelle engagée et éclairée, elle fait subir à son personnage des mutations qui ne vont pas sans douleur psychique, morale, intellectuelle et idéologique :

Un cheval entre dans un bar, David Grossman (2ème critique)

Ecrit par Sylvie Ferrando , le Jeudi, 08 Septembre 2016. , dans Bassin méditerranéen, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Points, Moyen Orient

Un cheval entre dans un bar, août 2015, trad. hébreu Nicolas Weill, 176 pages, 19 € . Ecrivain(s): David Grossman Edition: Points

 

Le dernier roman de David Grossman est un livre grinçant à souhait, qui cultive l’auto-dérison à la puissance dix, jusqu’à l’auto-mutilation mentale, et qui peut se lire à un double niveau.

A un premier niveau, narratif, l’humoriste Dovalé, âgé de 57 ans, se livre à un « stand up », un one-man-show, sorte de comédie où l’acteur est debout devant son public, l’apostrophe, s’oppose à lui. Il a pris soin d’inviter à sa performance un ancien camarade de classe devenu juge, Avishaï Lazar, à présent retraité, et peut-être d’autres connaissances antérieures. L’humoriste énonce de mauvaises blagues, utilisant tous les registres du comique, des blagues qui non seulement ne font pas toujours rire mais qui semblent receler de la malveillance. « Qui sait quelle partie d’échecs complexe il joue avec nous ce soir ? »

Ce soir-là, le spectacle dérape, l’humoriste va trop loin et se livre à une alternance d’humiliations publiques et de séances d’auto-flagellation. Tout participe au malaise de la soirée, non seulement la succession des scènes de comédie plus ou moins réussies, mais aussi le voyeurisme du public, confronté à « la tentation de lorgner l’enfer d’autrui », et l’incompréhension méprisante du copain d’enfance vis-à-vis du métier d’amuseur de foule :