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Bassin méditerranéen

Contes magiques de Haute-Kabylie, Salima Aït-Mohamed

Ecrit par Patryck Froissart , le Lundi, 22 Juin 2015. , dans Bassin méditerranéen, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Contes

Contes magiques de Haute-Kabylie, Salima Aït-Mohamed, Editions Franco-Berbères, novembre 2014, 154 pages, 19 €Contes magiques de Haute-Kabylie, Editions Franco-Berbères, novembre 2014, 154 pages, 19 € . Ecrivain(s): Salima Aït-Mohamed

Depuis les travaux de Greimas et son modèle actanciel fondé sur les recherches de Propp, et en dépit du fait que leur conclusion affirmant l’universalité des fonctions narratives du conte ont fait ces dernières années l’objet de sérieuses controverses, on est systématiquement tenté, à la lecture d’un conte extrait d’une littérature locale, orale ou écrite, d’en pratiquer une analyse comparée en le plaquant sur les schémas actanciels et narratifs qui nous sont culturellement familiers.

L’exercice est d’une facilité remarquable lorsqu’on l’applique à ces Contes magiques de Haute-Kabylie précieusement et heureusement recueillis par Salima Aït-Mohamed. Tout y est :

– situation initiale stable au sein d’une structure familiale tantôt royale, tantôt des plus humbles ;

– événement qui vient, rapidement après son exposition, brutalement bouleverser le tableau tranquille de la famille en question ;

– émergence, du sein de la famille, du héros ou de l’héroïne ;

La Langue du secret, Najwa M. Barakat

Ecrit par Claire Mazaleyrat , le Jeudi, 18 Juin 2015. , dans Bassin méditerranéen, Les Livres, Critiques, Livres décortiqués, La Une Livres, Roman, Pays arabes, Sindbad, Actes Sud

La Langue du secret, mai 2015, traduit de l’arabe (Liban) par Philippe Vigreux, 254 pages, 22 € . Ecrivain(s): Najwa M. Barakat Edition: Sindbad, Actes Sud

Puissance du verbe, Verbe de la puissance

Des lettres, chargées de mystérieux pouvoirs, qui s’animent et qui frappent, une confrérie religieuse qui garde de lourds secrets, des vengeances qui s’abattent sur de pauvres jeunes frères innocents, un épervier qui plane dans le ciel et subsiste sans nourriture… Dans cette enquête sur fonds théologique qui suit le vol de la Table de la confrérie, puis le meurtre d’un ivrogne, nombreux sont les signes et les symboles qui interrogent le lecteur, et le plongent au cœur d’une réflexion passionnante sur le sens des mots, des lettres qui les constituent, et du rapport du signe au sacré.

Tout commence par un rêve : Sarrâj, l’un des membres de la confrérie, raconte à ses frères un songe dans lequel les lettres s’animent, deviennent des monstres « aux mâchoires redoutables » toutes prêtes à s’entredévorer, laissant désemparé le rêveur qui tente de remettre de l’ordre dans le chaos. La tâche qui incombe aux hommes de la confrérie est précisément celle de veiller à l’ordre des lettres, de leurs symboles et de leur sens, à travers le travail auquel ils se livrent depuis des années pour élaborer une somme colossale, celle qui mettra un terme à toute controverse en dotant chacune des lettres de l’alphabet de tous les sens dont Dieu lui-même les a parées, et qu’un labeur assidu permettra de mettre à jour pour l’édification des fidèles.

La Poupée, Ismail Kadaré

Ecrit par Patryck Froissart , le Lundi, 08 Juin 2015. , dans Bassin méditerranéen, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Pays de l'Est, Roman, Fayard

La Poupée, mars 2015, traduit de l’albanais par Tedi Papavrami, 155 pages, 16 € . Ecrivain(s): Ismail Kadaré Edition: Fayard

 

En recréant par petites touches, à partir de bribes de souvenirs personnels, de vieilles photos et d’éléments anecdotiques révélés par les uns et les autres, l’existence de sa mère, surnommée La Poupée dans toute la famille, décédée en 1999, Ismail Kadaré, auteur narrateur, plonge le lecteur dans l’intimité d’une famille albanaise, sa famille, dans le contexte historique particulier qui a marqué ce pays durant les deux derniers tiers du siècle dernier.

L’existence de La Poupée, tout comme celle des jeunes années de l’auteur, est profondément, émotionnellement, sentimentalement liée à celle de la grande maison familiale du clan Kadaré de Gjirokastër, jamais achevée, plutôt en cours de décrépitude, où, fraîchement épousée à l’âge de dix-sept ans, la jeune Madame Kadaré se retrouve brusquement transplantée et avec laquelle, d’entrée, elle entretient une relation de rejet, parallèlement aux rapports d’hostilité permanente qui marquent sa cohabitation avec sa belle-mère.

Les Partisans, Aharon Appelfeld

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 28 Mai 2015. , dans Bassin méditerranéen, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, L'Olivier (Seuil), En Vitrine

Les Partisans, mai 2015, traduit de l’hébreu par Valérie Zenatti, 319 pages, 22 € . Ecrivain(s): Aharon Appelfeld Edition: L'Olivier (Seuil)

Aharon Appelfeld continue sa quête – celle de « le garçon qui voulait dormir ». Sa quête de l’âme juive. Pour être plus exact, celle de l’âme juive qui naît après l’anéantissement du Ghetto de Varsovie, après que la raison des survivants eut accepté que le cauchemar vécu était bien la réalité et non pas, ni un mauvais rêve, ni un épisode affreux de l’Histoire qui ne pouvait pas aller au bout de son programme meurtrier. Dans l’entre-deux, dans l’espace qui sépare les chambres à gaz et la naissance future et encore improbable de la naissance de l’Etat d’Israël.

C’est là le chemin original d’Appelfeld, celui qui explore une genèse, l’éclosion d’un homme juif nouveau. Dévasté par les pogroms subis, par les expulsions des Nations, par le statut de « dhimmi » ou de « untermeschen », par l’extermination enfin, l’homme juif se relève lentement, douloureusement. Groggy et dévoré par les images vécues, écrasé par la culpabilité d’avoir survécu, terrassé par le souvenir des êtres aimés massacrés, le Juif se relève néanmoins. Et – c’est là ce qui intéresse Appelfeld – il se relève armé, prêt à combattre, décidé à ne plus jamais mettre un genou à terre devant qui que ce soit. Les oripeaux du ghetto ou du camp d’extermination laissent la place au fusil mitrailleur et à la tenue de partisans. Blessés, épuisés, mais d’une détermination sans faille, la couleur étant annoncée dès les premières lignes du roman : « Nous tiendrons jusqu’au bout ».

La chute de Constantia, Yannis Makridakis

Ecrit par Victoire NGuyen , le Mercredi, 20 Mai 2015. , dans Bassin méditerranéen, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, En Vitrine, Sabine Wespieser

La chute de Constantia, avril 2015, traduit du grec par Monique Lyrhans, 179 pages, 20 € . Ecrivain(s): Yannis Makridakis Edition: Sabine Wespieser

 

Une si longue lettre


Tout commence par une magnifique journée comme se plaît à le souligner l’auteur : « En cette fin de mois d’octobre 2005, le temps estival de Saint-Dimitrios avait encore dans la Ville de bienfaisantes douceurs, cet été tardif amenait des choses sans précédent, tous les gens étaient assis dehors à Cihangir les uns avec leur thé, les autres avec leur bière, la Ville bruissait de vie et de mouvement (…) ».

Mais voilà, la vieille Constantia n’est pas de la fête ! Et pour cause : elle est souffrante depuis qu’elle a reçu la terrible lettre de son gendre. Les nouvelles qu’elle y apprend la font tomber à la renverse ! Sa voisine, Vanguelia, une experte en commérage, rapporte ainsi la tragédie à qui veut l’entendre :