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Bassin méditerranéen

Ce que le jour doit à la nuit, Yasmina Khadra

Ecrit par Stéphane Bret , le Vendredi, 12 Octobre 2012. , dans Bassin méditerranéen, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Pays arabes, Pocket

Ce que le jour doit à la nuit, 2009, 441 p. 7,60 € . Ecrivain(s): Yasmina Khadra Edition: Pocket

 

Qu’est-ce qui détermine la vie d’un homme ? Sa condition sociale, ses origines, ses antécédents culturels, son enfance ? Sans céder jamais à un schématisme facile, Yasmina Khadra nous invite dans ce roman à une double traversée : celle du destin de Younes Mahieddine, jeune algérien vivant dans un village, misérable, nommé Jenane Jato, dans les années trente, et celui de son pays : l’Algérie.

Ce personnage, dont la maison familiale a brûlé, et dont le père s’éloigne de sa famille pour des raisons tant matérielles que morales, est confié à son oncle, un musulman éclairé, progressiste vivant avec une européenne, Germaine, gérante d’une pharmacie à Rio Salado, dans les environs d’Oran. Après avoir découvert la misère dans son village d’origine, l’analphabétisme, la discrimination sociale, toujours présente en filigrane dans le roman, il se frotte au milieu des colons européens ; y découvre l’amitié de certains personnages, André, Fabrice, Jean-Christophe, tous épris du désir de vivre follement leur jeunesse et de profiter de la vie, malgré les nuages qui s’amoncellent sur l’Algérie coloniale.

Le royaume de cette terre, Hoda Barakat

Ecrit par Victoire NGuyen , le Jeudi, 04 Octobre 2012. , dans Bassin méditerranéen, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Pays arabes, Actes Sud, La rentrée littéraire

Le royaume de cette terre, trad. arabe (Liban) par Antoine Jockey, septembre 2012, 343 p. 22,52 € . Ecrivain(s): Hoda Barakat Edition: Actes Sud

Les enfants esseulés du Liban

Le roman se déroule dans la très haute montagne libanaise, au nord du pays dans un village maronite totalement coupé du monde. Le père, un descendant du clan des Mouzawaq, a été surpris par une tempête alors que ce n’était pas encore la saison où la nature déploie sa colère. Il meurt seul sans que sa prière soit exaucée : « (…) le corps pris par le gel, il a trépassé sur la route de Dahr al-Jurd, avant d’être dévoré par les loups et les hyènes. Mon père dont le cercueil est resté vide sauf d’un évangile déposé à la place de sa dépouille ». Ainsi, la tragédie entre-t-elle avec fracas dans l’histoire non seulement de cette famille mais aussi du peuple maronite et par extension du peuple arabe comme le précisera l’auteur elle-même sur les ondes de France Culture tout récemment.

En effet, après la description de cet épisode qui ouvre le roman, Hoda Barakat décide de confier le récit aux enfants du défunt. D’abord à Salma, l’aînée qui est considérée ici comme la gardienne de la cohésion de la famille et de ses traditions. Il y a aussi Tannous. Il joue le rôle de conteur. C’est le frère aimé de Salma marqué par la fragilité et la culpabilité d’avoir laissé son père seul face à la mort. Sa vie durant suivra un itinéraire en zigzag. Errant et sans attache, il ne possède que sa magnifique voix héritée de son père et de ses ancêtres avant lui. Il est dit que sa voix est douce « comme celle de son père et de tous les hommes du clan Mouzawaq ».

Murtoriu, Marc Biancarelli (2 recensions)

Ecrit par Emmanuelle Caminade, Etienne Orsini , le Mercredi, 19 Septembre 2012. , dans Bassin méditerranéen, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Actes Sud, La rentrée littéraire

Murtoriu (Le glas), trad. du corse par Jérôme Ferrari, Marc-Olivier Ferrari et Jean-François Rosecchi, 5 septembre 2012, 270 p. 22 € . Ecrivain(s): Marc Biancarelli Edition: Actes Sud

Recension 1

Murtoriu (Le glas) est le dernier roman de Marc Biancarelli. Ecrit en corse, comme pratiquement tous ses livres, il vient d'être publié dans sa traduction française. Au titre original, riche de connotations, a été ajouté un sous-titre intérieur, Ballade des innocents (une oraison funèbre au sens corse), soulignant l'hommage rendu par l'auteur à ces anciens Corses qu'il a connus dans son enfance et plus largement à toute cette société rurale mise à l'agonie par la guerre de 1914, comme celle de nombreuses zones montagneuses isolées dans le pays de Giono : un monde disparu dont l'inoffensif berger Mansuetu pour qui sonne le glas est le dernier témoin.

Marc-Antoine, libraire atypique et écrivain raté dont la vie sentimentale s'est avérée un fiasco, est incapable de trouver sa place dans cette société moderne pervertie par l'argent et l'égoïsme asservissant les hommes dans un rapport de domination et de soumission. Il a du mal à accorder ses mondes tant il est partagé entre sa vie présente, la réalité de ses désirs et de ses révoltes, et ses rêveries habitées par les fantômes du passé ou les créations de son imagination. Parvenu à mi-parcours, il se livre à un bilan dénué de toute complaisance, résolu à se battre pour franchir une nouvelle étape dans sa vie d'homme et d'écrivain.

Infidèles, Abdellah Taïa

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Samedi, 01 Septembre 2012. , dans Bassin méditerranéen, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Pays arabes, Seuil, La rentrée littéraire

Infidèles, août 2012, 188 p. 16,50 € . Ecrivain(s): Abdellah Taïa Edition: Seuil

 

Un fils raconte sa mère. Elle s’appelle Slima, elle est prostituée. Jallal accompagne son quotidien, la protège, attire les clients. A travers ce chant d’amour, cette proclamation cent fois répétée, Jallal se dévoile, se dessine, se découvre, quitte l’enfance pour l’âge d’homme, il a dix ans. La voix de la grand-mère se fait entendre : dernières recommandations à sa fille, bribes du passé, invocations à la Kahina. « Notre passé n’existera pas, à Hay Salam. On l’écrira comme on voudra. Une autre fiction ». Mère et fils quittent un quartier pour un autre, recommencent leur pas de deux jusqu’à s’attirer à nouveau les foudres du voisinage. Comme une rengaine, les insultes tombent, pendant que tourne en boucle le film chéri et les paroles de sa chanson, River of No Return.

Mère et fils se partagent l’amour d’un soldat. Ce dernier devient l’amant, le père, le modèle. « Deux ans pour connaître de l’intérieur un homme, un être humain, un sexe masculin ». « Deux ans pour m’inspirer d’un homme, le copier, marcher comme lui, me tenir comme lui, tomber comme lui, inventer dans ce monde une place près de la sienne, un chemin parallèle au sien ». Les amants de Slima passent sans s’arrêter, Marilyn chante, autour d’elle, des hommes attablés. Au saloon comme dans la chambre. Une immense solitude, le rejet, l’errance, une immense sollicitude. C’est le fils qui sauve, c’est lui qui rééquilibre la balance d’un destin tragique, c’est lui qui réécrit l’histoire.