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Bassin méditerranéen

L'épître des ombres et des trombes, Ibn Shuhayd

Ecrit par Victoire NGuyen , le Vendredi, 24 Mai 2013. , dans Bassin méditerranéen, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Poésie, Récits, Sindbad, Actes Sud

L’Epître des ombres et des trombes, texte établi, annoté et traduit de l’arabe par Philippe Vigreux, mai 2013, 116 pages, 20 € . Ecrivain(s): Ibn Shuhayd Edition: Sindbad, Actes Sud

 

Le chant audacieux de Ibn Shuhayd

 

L’ouvrage est composé de trois parties accompagnées d’un prologue. Dans cette ouverture, ivre de poésie, Ibn Shuhayd compose. Cependant, il se rend compte assez vite de son manque d’inspiration. Cet état l’aurait plongé dans le désespoir s’il n’avait pas rencontré un allié bien particulier : « A ce point je restai court et le souffle tari. Je vis alors à la porte du lieu où j’étais assis un cavalier monté sur un cheval noir autant que l’était sa barbe (…) ». Il s’agit de son génie inspirateur qui désormais l’accompagne et l’aide dans sa tâche : « Depuis lors Abû Bakr dès que mon souffle se tarit, que je perds le fil de mon idée ou qu’un tour me fait défaut je n’ai qu’à chanter ces vers et mon ami m’apparaît ». Avec cette aide venue d’un autre monde, le poète ne peut que réussir dans son entreprise. D’autant plus qu’il fera sur le dos du cheval de son Génie bienfaiteur un merveilleux voyage. Il traversera des mondes inconnus, il foulera des terres lointaines et fabuleuses où il discutera avec les Génies et Djinn pour les obliger à louer son œuvre.

Théâtre complet, Sénèque

Ecrit par Didier Bazy , le Jeudi, 09 Mai 2013. , dans Bassin méditerranéen, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Actes Sud, Théâtre

Sénèque Théâtre complet, Actes Sud Thésaurus, 2012, 900 pages, 29,00 € (réédition de) Les tragédies de Sénèque, traduction de Florence Dupont, aux éditions de l’Imprimerie Nationale, coll. Le spectateur français, 2 vol. 1991 et 1992 . Ecrivain(s): Sénèque Edition: Actes Sud

 

H. Berthaut et Ch. Georgin, universitaires savants fort futés, écrivaient à propos du théâtre de Sénèque dans Histoire illustrée de la littérature latine (destinée à la jeunesse !!) (Hatier, 1925) : « L’action y est à peu près nulle, les caractères faux et outrés. Les descriptions rapportées, les monologues déclamatoires, les récits démesurés remplacent l’intrigue absente. Le goût est détestable, etc. ». Inutile de chercher sur Gogol : Bergin et Georthaut. Un tel envoi imprimé n’exprime que les renvois qu’ils suscitent. Pâle et sinistre illustration de l’oubli séculaire du théâtre de Sénèque. Borgeot et Gerthin : aux oubliettes !

Qui peut lire d’une traite les neuf cents pages de neuf pièces de théâtre de Sénèque ? La fin n’est pas là : le but du trésor – et les fesse-mathieu le savent bien – réside dans son inaccessibilité ! Les trésors se méritent et les îles, aussi, dérivent.

Sénèque, tragédien et philosophe, philosophe et tragédien, pose sans cesse et partout dans ses œuvres la question : comment échapper au fatum du theatrum mundi ?

Liquidations à la grecque, Petros Markaris

Ecrit par Mohammed Yefsah , le Mercredi, 06 Février 2013. , dans Bassin méditerranéen, Les Livres, Recensions, Polars, La Une Livres, Roman, Seuil

Liquidation à la grecque, 2012, trad. du grec Michel Volkovitch, 327 p. 21,50 € . Ecrivain(s): Petros Markaris Edition: Seuil

 

Grandeurs et limites de Robin des Bois

 

C’est à la Grèce de la tourmente, de l’angoisse et du lendemain incertain, retentissement de la crise économique, que s’intéresse Liquidations à la grecque, dernier roman de Pétros Márkaris, et bien sûr au crime, au sens large, puisqu’il s’agit d’un roman policier.

En suivant l’enquête du commissaire Charitos, meurtre après meurtre, le narrateur nous plonge dans la Grèce actuelle et dans le système financier. Le commissaire mène son investigation dans une Athènes rythmée par les embouteillages, causés par les grèves et l’agitation sociale. La tension des masses se faufile, de passage en passage, au cours des déplacements de Charitos. Une poignée d’hommes, riches et puissants, demande à la majorité de se serrer la ceinture, de trimer plus. Dans l’angoisse, parfois le désespoir, cette majorité dans un premier temps calcule ses centimes, recourt à la débrouille, réinvente la solidarité pour ne pas sombrer. Sauver l’immeuble en feu, dans le brouillard de la fumée, c’est ce qu’exige le pyromane. A la violence souterraine, silencieuse, aux allures légales, répond la violence lisible, sur soi ou pour contester par la lutte.

Tombé hors du temps, David Grossman

Ecrit par Anne Morin , le Lundi, 22 Octobre 2012. , dans Bassin méditerranéen, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Poésie, Seuil, Moyen Orient

Tombé hors du temps, traduit de l’hébreu par Emmanuel Moses, 199 pages, 17,50 € . Ecrivain(s): David Grossman Edition: Seuil

« Il y a

Une respiration il y a

Une respiration dans

La douleur il y a

Une respiration » (p. 196)

 

dit la voix de l’enfant du centaure, en lui.

Une respiration, peut-être quelque chose qui prend à l’extérieur, et qui rejette de l’intérieur, quelque chose qui traverse, un passage. Une respiration, en musique, c’est aussi une pause, avec tout ce qui y passe (« elle peut – la respiration – alors être indiquée par un signe en forme de virgule ou d’apostrophe placée entre deux notes » (Larousse). Pause dans la douleur ? La douleur respirant, vivant d’elle-même ? Se reconstituant autour de son cœur même ? Accommodement de tous les êtres, dans la ville de ce livre-là qui ont pour point commun, point de fuite, d’avoir perdu un enfant.

Ce que le jour doit à la nuit, Yasmina Khadra

Ecrit par Stéphane Bret , le Vendredi, 12 Octobre 2012. , dans Bassin méditerranéen, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Pays arabes, Pocket

Ce que le jour doit à la nuit, 2009, 441 p. 7,60 € . Ecrivain(s): Yasmina Khadra Edition: Pocket

 

Qu’est-ce qui détermine la vie d’un homme ? Sa condition sociale, ses origines, ses antécédents culturels, son enfance ? Sans céder jamais à un schématisme facile, Yasmina Khadra nous invite dans ce roman à une double traversée : celle du destin de Younes Mahieddine, jeune algérien vivant dans un village, misérable, nommé Jenane Jato, dans les années trente, et celui de son pays : l’Algérie.

Ce personnage, dont la maison familiale a brûlé, et dont le père s’éloigne de sa famille pour des raisons tant matérielles que morales, est confié à son oncle, un musulman éclairé, progressiste vivant avec une européenne, Germaine, gérante d’une pharmacie à Rio Salado, dans les environs d’Oran. Après avoir découvert la misère dans son village d’origine, l’analphabétisme, la discrimination sociale, toujours présente en filigrane dans le roman, il se frotte au milieu des colons européens ; y découvre l’amitié de certains personnages, André, Fabrice, Jean-Christophe, tous épris du désir de vivre follement leur jeunesse et de profiter de la vie, malgré les nuages qui s’amoncellent sur l’Algérie coloniale.