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Bassin méditerranéen

Le justicier d’Athènes, Pétros Márkaris

Ecrit par Zoe Tisset , le Samedi, 04 Octobre 2014. , dans Bassin méditerranéen, Les Livres, Critiques, Polars, La Une Livres, Roman, Points, La rentrée littéraire

Le justicier d’Athènes, traduit du grec par Michel Volkovitch, septembre 2014, 320 pages, 7,30 € . Ecrivain(s): Pétros Márkaris Edition: Points

 

On avait oublié qu’un roman policier pouvait se rapprocher d’analyses sociologiques, voire politiques. On plonge dans le livre de Pétros Márkaris avec l’attente d’intrigues, de suspens. Mais au fur et à mesure de la lecture, nous voilà de plus confrontée à la crise économique et politique de la Grèce. Ce livre étonne car il parvient à rendre compte d’une atmosphère générale de débâcle, de désillusions. Ainsi constamment le commissaire Charitos est pris dans une toile d’araignée de bouchons, de manifestations et de klaxons. Sortir du commissariat ou de chez lui demande toujours d’aller se confronter aux mécontents, aux révoltés, aux frondeurs, aux indignés, à une foule qui n’en peut plus de ne compter pour rien et de lutter pour survivre.

« Dans la rue Menandrou tout est bloqué. Pourtant, pour la première fois, je n’entends ni klaxons ni jurons, je ne vois aucun vilain geste. Les automobilistes attendent patiemment de couvrir trois mètres jusqu’au prochain blocage. Je demande à Koula : – Pourquoi sont-ils si calmes ? – Les gens baissent la tête, monsieur le commissaire, ils deviennent fatalistes. On se dit, rien n’avance, pourquoi les voitures avanceraient-elles ? »

Une lampe entre les dents, Chronique athénienne, Christos Chryssopoulos

Ecrit par Marie du Crest , le Lundi, 02 Juin 2014. , dans Bassin méditerranéen, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Récits, Actes Sud

Une lampe entre les dents, Chronique athénienne, traduction du grec moderne, Anne-Laure Brisac, 2013, 122 pages, 16,80 € . Ecrivain(s): Christos Chryssopoulos Edition: Actes Sud

 

Le flâneur d’Athènes


Le texte de C. Chryssopoulos est un livre singulier : son sous-titre le considère comme une chronique, datée d’ailleurs à l’intérieur du livre (entre décembre 2011 et l’automne suivant), mais il s’affirme aussi comme journal intérieur a posteriori, celui d’un homme, d’un marcheur obsessionnel dans sa ville, qui a abandonné un soir la pièce où il écrit, ce qu’il nomme « la pièce des spectres », pour gagner les rues d’Athènes qu’il connaît parfaitement. Singularité également dans l’étroite tension qui relie le texte et les photos, la plupart prises par l’auteur et qui sont toutes en noir et blanc au format de vignettes, à l’exception de deux d’entre elles qui occupent la page (p.58, montage des magasins fermés dans le contexte de la crise économique et p.103 dans le supplément de « la Lampe », en format paysage, une série de SDF couchés sur des bancs ou sur le bitume).

Une disparition inquiétante, Dror Mishani

Ecrit par Victoire NGuyen , le Vendredi, 23 Mai 2014. , dans Bassin méditerranéen, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Seuil

Une disparition inquiétante, traduit de l’Hébreu par Laurence Sendrowicz, mars 2014, 321 pages, 21 € . Ecrivain(s): Dror Mishani Edition: Seuil

 

Le mystère autour d’Ofer Sharabi


Il est mercredi soir et le commandant Avraham Avraham vient de passer une rude journée. Il voudrait rentrer chez lui. Cependant, une mère l’attend dans son bureau. Madame Sharabi vient avertir la police de la disparition de son fils Ofer Sharabi. Elle est inquiète car son fils ne s’est pas rendu à l’école ce matin et il n’est toujours pas rentré à la maison. Le commandant, patient, l’écoute et observe cette mère fatiguée et qui semble être de surcroît une femme résignée. Pour la calmer, il la presse de rentrer chez elle tout en la rassurant : « (…) la probabilité qu’il soit arrivé quelque chose de grave à votre fils est infime (…) Votre fils rentrera à la maison dans une, deux ou trois heures, au pire demain matin, je vous le garantis ».

Histoire Naturelle, Pline l'Ancien, en La Pléiade

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 30 Janvier 2014. , dans Bassin méditerranéen, Les Livres, Critiques, La Une Livres, La Pléiade Gallimard

Histoire Naturelle. Traduit du latin, présenté et annoté par Stéphane Schmitt. Octobre 2013. 2128 pages. 79 € . Ecrivain(s): Pline l'Ancien Edition: La Pléiade Gallimard

 

Première grande encyclopédie occidentale l’« histoire naturelle » de Pline l’Ancien ? Assurément oui, mais une encyclopédie comme personne n’en fera plus jamais par la suite. L’écrin, purement littéraire, qui contient cette encyclopédie en fait tout autre chose : un immense roman en quelque sorte, le roman du monde tel que pouvait le percevoir un Romain du Ier siècle après J-C. Et tout y passe, dans une sorte de boulimie cognitive et imaginative : astronomie, géologie, géographie, physiologie, anatomie, arboriculture, médecine. Une liste exhaustive serait interminable.

Avec ce que cela implique de subjectif, de fiction, d’erreurs magistrales (et d’ailleurs follement drôles parfois !) mais aussi de lyrisme, de passion. Passion, c’est probablement le mot-clé de cette entreprise monstrueuse, gigantesque. Les encyclopédistes des siècles plus proches de nous nous ont habitués à un travail d’équipe : on se partage les champs de compétence selon sa spécialité. Avec Pline rien de tel ! Il fait tout, tout seul. Il est géographe, historien, astronome, mathématicien, littéraire, en un mot homme orchestre. Il sait tout – plus ou moins bien – en tout cas il est à lui tout seul la synthèse des savoirs de son temps.

Le Café du coin, Sait Faik Abasiyanik

Ecrit par Adrien Battini , le Vendredi, 18 Octobre 2013. , dans Bassin méditerranéen, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Nouvelles

Le Café du coin, traduit du turc par Rosie Pinhas-Delpuech, éditions Bleu Autour, juin 2013, 192 pages, 17 € . Ecrivain(s): Sait Faik Abasiyanik

 

Rendons à César ce qui lui appartient, requiert l’adage. En l’occurrence, saluons une nouvelle fois les éditions Galaade et leur récente anthologie Ecrivains de Turquie. Sur les rives du soleil, chroniquée ici-même. Preuve de son indéniable réussite, le recueil donnait une furieuse envie de remonter dans l’histoire littéraire de la Turquie et de partir à la rencontre de ses plus belles plumes. Avec Sait Faik en alléchante promesse de voyage, c’est au tour de la maison Bleu Autour d’ouvrir la sublime porte au lecteur francophone.

Avant de pénétrer dans le texte, quelques mots sur son auteur. Ecrivain de la première moitié du XXème siècle, il faut compter Sait Faik aux côtés d’Ahmet Hamdi Tanpinar parmi les pionniers de la littérature turque moderne, et dont l’influence a coloré l’ensemble des cohortes littéraires qu’a par la suite pu enfanter le pays. Moderne, c’est effectivement le terme qui s’impose avec Sait Faik qui transfigure le genre de la nouvelle et l’amène sous de nouveaux cieux littéraires. Le format est raccourci, chaque texte excédant rarement la dizaine de pages ; des libertés sont également prises avec les codes narratifs, puisque l’écrivain ne s’embarrasse guère d’une intrigue structurant son récit, et favorise le rythme et la finalité propre à la flânerie qu’il affectionne.