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Bassin méditerranéen

Le Café du coin, Sait Faik Abasiyanik

Ecrit par Adrien Battini , le Vendredi, 18 Octobre 2013. , dans Bassin méditerranéen, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Nouvelles

Le Café du coin, traduit du turc par Rosie Pinhas-Delpuech, éditions Bleu Autour, juin 2013, 192 pages, 17 € . Ecrivain(s): Sait Faik Abasiyanik

 

Rendons à César ce qui lui appartient, requiert l’adage. En l’occurrence, saluons une nouvelle fois les éditions Galaade et leur récente anthologie Ecrivains de Turquie. Sur les rives du soleil, chroniquée ici-même. Preuve de son indéniable réussite, le recueil donnait une furieuse envie de remonter dans l’histoire littéraire de la Turquie et de partir à la rencontre de ses plus belles plumes. Avec Sait Faik en alléchante promesse de voyage, c’est au tour de la maison Bleu Autour d’ouvrir la sublime porte au lecteur francophone.

Avant de pénétrer dans le texte, quelques mots sur son auteur. Ecrivain de la première moitié du XXème siècle, il faut compter Sait Faik aux côtés d’Ahmet Hamdi Tanpinar parmi les pionniers de la littérature turque moderne, et dont l’influence a coloré l’ensemble des cohortes littéraires qu’a par la suite pu enfanter le pays. Moderne, c’est effectivement le terme qui s’impose avec Sait Faik qui transfigure le genre de la nouvelle et l’amène sous de nouveaux cieux littéraires. Le format est raccourci, chaque texte excédant rarement la dizaine de pages ; des libertés sont également prises avec les codes narratifs, puisque l’écrivain ne s’embarrasse guère d’une intrigue structurant son récit, et favorise le rythme et la finalité propre à la flânerie qu’il affectionne.

Ecrivains de Turquie, Sur les rives du soleil

Ecrit par Adrien Battini , le Lundi, 16 Septembre 2013. , dans Bassin méditerranéen, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Anthologie, Galaade éditions

Ecrivains de Turquie, Sur les rives du soleil, 22 août 2013, 352 pages, 24 € Edition: Galaade éditions

 


Depuis quelques années les éditions Galaade ont fait le pari de la littérature turque, en faisant notamment parvenir au lectorat francophone les plus intéressantes de ses plumes contemporaines. Pour cette rentrée littéraire, l’éditrice voit les choses en anthologique en publiant Ecrivains de Turquie, Sur les rives du soleil.

Seize écrivains, dix-neuf nouvelles pour un peu moins de 340 pages (en comptant introduction et avant-propos) composent cette anthologie. Sur les auteurs mis en avant, certains grands noms brillent par leur absence. Si l’on peut penser qu’Orhan Pamuk ou encore Elif Şafak n’ont plus besoin d’être présentés, il est dommage que Yaşar Kemal ou Ahmet Hamdi Tanpınar n’aient pu trôner dans le recueil, ne serait-ce que pour leur influence manifeste dans l’histoire littéraire dans leur pays. Rendons tout de même hommage à Galaade qui aura su réunir pas moins de trois générations d’écrivains.

L'épître des ombres et des trombes, Ibn Shuhayd

Ecrit par Victoire NGuyen , le Vendredi, 24 Mai 2013. , dans Bassin méditerranéen, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Poésie, Récits, Sindbad, Actes Sud

L’Epître des ombres et des trombes, texte établi, annoté et traduit de l’arabe par Philippe Vigreux, mai 2013, 116 pages, 20 € . Ecrivain(s): Ibn Shuhayd Edition: Sindbad, Actes Sud

 

Le chant audacieux de Ibn Shuhayd

 

L’ouvrage est composé de trois parties accompagnées d’un prologue. Dans cette ouverture, ivre de poésie, Ibn Shuhayd compose. Cependant, il se rend compte assez vite de son manque d’inspiration. Cet état l’aurait plongé dans le désespoir s’il n’avait pas rencontré un allié bien particulier : « A ce point je restai court et le souffle tari. Je vis alors à la porte du lieu où j’étais assis un cavalier monté sur un cheval noir autant que l’était sa barbe (…) ». Il s’agit de son génie inspirateur qui désormais l’accompagne et l’aide dans sa tâche : « Depuis lors Abû Bakr dès que mon souffle se tarit, que je perds le fil de mon idée ou qu’un tour me fait défaut je n’ai qu’à chanter ces vers et mon ami m’apparaît ». Avec cette aide venue d’un autre monde, le poète ne peut que réussir dans son entreprise. D’autant plus qu’il fera sur le dos du cheval de son Génie bienfaiteur un merveilleux voyage. Il traversera des mondes inconnus, il foulera des terres lointaines et fabuleuses où il discutera avec les Génies et Djinn pour les obliger à louer son œuvre.

Théâtre complet, Sénèque

Ecrit par Didier Bazy , le Jeudi, 09 Mai 2013. , dans Bassin méditerranéen, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Actes Sud, Théâtre

Sénèque Théâtre complet, Actes Sud Thésaurus, 2012, 900 pages, 29,00 € (réédition de) Les tragédies de Sénèque, traduction de Florence Dupont, aux éditions de l’Imprimerie Nationale, coll. Le spectateur français, 2 vol. 1991 et 1992 . Ecrivain(s): Sénèque Edition: Actes Sud

 

H. Berthaut et Ch. Georgin, universitaires savants fort futés, écrivaient à propos du théâtre de Sénèque dans Histoire illustrée de la littérature latine (destinée à la jeunesse !!) (Hatier, 1925) : « L’action y est à peu près nulle, les caractères faux et outrés. Les descriptions rapportées, les monologues déclamatoires, les récits démesurés remplacent l’intrigue absente. Le goût est détestable, etc. ». Inutile de chercher sur Gogol : Bergin et Georthaut. Un tel envoi imprimé n’exprime que les renvois qu’ils suscitent. Pâle et sinistre illustration de l’oubli séculaire du théâtre de Sénèque. Borgeot et Gerthin : aux oubliettes !

Qui peut lire d’une traite les neuf cents pages de neuf pièces de théâtre de Sénèque ? La fin n’est pas là : le but du trésor – et les fesse-mathieu le savent bien – réside dans son inaccessibilité ! Les trésors se méritent et les îles, aussi, dérivent.

Sénèque, tragédien et philosophe, philosophe et tragédien, pose sans cesse et partout dans ses œuvres la question : comment échapper au fatum du theatrum mundi ?

Liquidations à la grecque, Petros Markaris

Ecrit par Mohammed Yefsah , le Mercredi, 06 Février 2013. , dans Bassin méditerranéen, Les Livres, Recensions, Polars, La Une Livres, Roman, Seuil

Liquidation à la grecque, 2012, trad. du grec Michel Volkovitch, 327 p. 21,50 € . Ecrivain(s): Petros Markaris Edition: Seuil

 

Grandeurs et limites de Robin des Bois

 

C’est à la Grèce de la tourmente, de l’angoisse et du lendemain incertain, retentissement de la crise économique, que s’intéresse Liquidations à la grecque, dernier roman de Pétros Márkaris, et bien sûr au crime, au sens large, puisqu’il s’agit d’un roman policier.

En suivant l’enquête du commissaire Charitos, meurtre après meurtre, le narrateur nous plonge dans la Grèce actuelle et dans le système financier. Le commissaire mène son investigation dans une Athènes rythmée par les embouteillages, causés par les grèves et l’agitation sociale. La tension des masses se faufile, de passage en passage, au cours des déplacements de Charitos. Une poignée d’hommes, riches et puissants, demande à la majorité de se serrer la ceinture, de trimer plus. Dans l’angoisse, parfois le désespoir, cette majorité dans un premier temps calcule ses centimes, recourt à la débrouille, réinvente la solidarité pour ne pas sombrer. Sauver l’immeuble en feu, dans le brouillard de la fumée, c’est ce qu’exige le pyromane. A la violence souterraine, silencieuse, aux allures légales, répond la violence lisible, sur soi ou pour contester par la lutte.