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L’Héritier du nom, Alexander Münninghoff

Ecrit par Gilles Banderier , le Mercredi, 09 Mai 2018. , dans Payot, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Pays nordiques, Biographie, Roman

L’Héritier du nom, janvier 2018, trad. néerlandais, Philippe Noble, 350 pages, 22 € . Ecrivain(s): Alexander Münninghoff Edition: Payot

 

Né en Estonie, le philosophe Hermann von Keyserling a publié, entre autres livres, une célèbre Analyse spectrale de l’Europeet un recueil intitulé Voyage à travers le temps (Reise durch die Zeit). L’Héritier du nom, dont le sous-titre indique modestement « chronique familiale », constitue également, à sa manière, un voyage à travers l’Europe d’hier. Comme Keyserling, Alexander Münninghoff est originaire des Pays baltes, où son grand-père s’était installé en venant des Pays-Bas. Avec l’extermination de son importante communauté juive et quatre décennies de communisme, Riga (un peu comme Vienne) a perdu le caractère cosmopolite et commerçant que possédait cette vieille cité hanséatique avant la Seconde Guerre mondiale. Elle offrait alors l’hospitalité à des citoyens scandinaves, néerlandais et allemands (nous ne sommes pas loin de Königsberg, la ville natale de Kant). Il y était courant, du moins dans les strates supérieures de la société, de parler trois ou quatre langues.

Lénine 1917, Le train de la révolution, Catherine Merridale

Ecrit par Gilles Brancati , le Lundi, 29 Mai 2017. , dans Payot, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Iles britanniques, Histoire

Lénine 1917, Le train de la révolution, mars 2017, trad. anglais Françoise Bouillot, 280 pages, 24 € . Ecrivain(s): Catherine Merridale Edition: Payot

La première chose à dire sur ce livre est la richesse de sa documentation. Trente-huit pages de renvois vers d’autres œuvres attestent que ce récit historique fait partie des livres majeurs sur le sujet et que rien n’a été laissé au hasard. C’est bien une synthèse de ce qui a été écrit que Catherine Merridale nous propose.

Le train de la révolution est celui dans lequel Lénine a voyagé pour rentrer en Russie depuis la Suisse où il est en exil depuis 1905. Un long, un très long voyage à travers l’Allemagne, la Suède, la Finlande et son achèvement à Petrograd. Le révolutionnaire exilé, assez peu connu en Russie, n’a pas participé au début de la révolution populaire. Quand il revient en Russie, le Tsar a déjà abdiqué et un gouvernement provisoire a été constitué.

La ligne de fracture entre les deux camps – Mencheviks et Bolcheviks – est avant tout le maintien ou le retrait des troupes russes dans la guerre contre l’Allemagne. Ce qui veut dire que tous sont instrumentalisés par les puissances étrangères concernées. L’Allemagne a intérêt à ce qu’une paix séparée soit signée pour porter son effort de guerre sur le front de l’ouest, et les alliés veulent le contraire. De là à dire que les Allemands ont aidé Lénine, partisan de la paix, c’est une évidence. De là à dire qu’ils ont financé les bolcheviks, rien n’est vraiment avéré, mais probable.

Une Anglaise à Paris, Nancy Mitford

Ecrit par Marjorie Rafécas-Poeydomenge , le Samedi, 14 Mai 2016. , dans Payot, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Iles britanniques, Récits

Une Anglaise à Paris, 2008 (trad. française Jean-Noël Liaut) et 2010 (version poche), 153 pages, 6,60 € . Ecrivain(s): Nancy Mitford Edition: Payot

 

Dans Une Anglaise à Paris, Nancy Mitford, écrivain et femme du monde anglaise née en 1903, nous offre un voyage inédit dans le temps pour découvrir le Paris d’après-guerre, à travers ses chroniques écrites entre 1948 et 1968. Il est toujours enrichissant d’observer son pays à travers le regard d’un étranger pour apprendre à mieux se connaître, surtout lorsque ce regard est coloré d’humour anglais.

Si comme dans les années 50, les bouquinistes assurent encore une présence rassurante sur les quais de Seine, on ne peut désormais plus surprendre un vitrier qui parcourt Paris avec une lourde vitre sur le dos ou encore mieux, un troupeau de chèvres que l’on trait sur le trottoir. Heureusement les intérieurs des taxis ont changé « depuis la bataille de Marne » (surtout depuis qu’Uber est arrivé). Et nous n’entendons plus les voix assassines des téléphonistes qui disent « Allô ! J’écoute… ». A cette époque, les plus prometteurs des écrivains étaient Mme Colette et Mr Cocteau. Picasso était le peintre incontournable et on allait se distraire dans les pièces de théâtre de Mr Guitry.

La carte perdue de John Selden, Timothy Brook

Ecrit par Victoire NGuyen , le Vendredi, 05 Février 2016. , dans Payot, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Canada anglophone, Histoire

La carte perdue de John Selden, Sur la route des épices en mer de Chine, mars 2015, trad. anglais (Canada) Odile Demange, 293 pages, 21 € . Ecrivain(s): Timothy Brook Edition: Payot

 

Sur la trace de la carte perdue

« Le livre que vous vous apprêtez à lire s’intéresse à une autre carte, la carte de Selden, ainsi nommée parce qu’un certain John Selden, juriste anglais, l’a léguée à la Bodleian Library d’Oxford en 1654. Cette carte chinoise, la plus importante des sept derniers siècles, représente la partie du monde que connaissent les Chinois de ce temps, c’est-à-dire la superficie qui s’étend de l’océan Indien à l’ouest aux îles aux Epices à l’est, et de Java au sud au Japon au nord ».

Dès la préface, le ton est donné. Il ne s’agit pas d’un roman d’aventure ou d’investigation, mais d’un ouvrage atypique dont le héros principal est une vieille carte longtemps reléguée dans les tiroirs obscurs des bibliothèques. De type essai mais adoptant une trame romanesque, La Carte perdue de John Selden happe l’imagination et la curiosité du lecteur. En effet, l’auteur, en fin chercheur, nous conte les mésaventures de la carte. Mais de quelle carte s’agit-il ? Timothy Brook nous livre l’histoire secrète d’une carte de Chine datant de 1608 et dont le détenteur est un étrange personnage, le sir John Selden.

Eloge du bistrot parisien, Marc Augé

Ecrit par Marc Ossorguine , le Samedi, 24 Octobre 2015. , dans Payot, Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres

Eloge du bistrot parisien, mars 2015, 112 pages, 15 € . Ecrivain(s): Marc Augé Edition: Payot

 

Voici un livre que, malgré son titre, on ne doit pas se sentir obligé de lire dans un des lieux dont il parle. Guère besoin en effet de s’installer à une table ou au comptoir d’un bistrot parisien pour le lire, tout en vérifiant que ce qu’on lit est bien ce que l’on voit et vit (et que l’on ne vit plus vraiment, parasité par la lecture). Outre que cela serait une bien étrange démarche qui aurait sans doute pour premier effet de surprendre le tenancier du lieu comme ses habitués ou ses clients de passage, elle serait surtout inutile tant l’auteur sait les faire revivre à travers sa prose, ses digressions et ses souvenirs. Cet Eloge du bistrot parisien ne se présente pas comme une érudite analyse de l’espace et de l’imaginaire du lieu, même si, chemin faisant, l’auteur d’Un ethnologue dans le métro éclaire avec justesse et profondeur la nature de ce lieu si littéraire et si trivial à la fois. Le registre est celui d’une ethnologie sensible autant que d’une sociologie du sensible (ou des sensations) qu’il pratique avec un rare bonheur. Cette façon de partager observations, souvenirs, émotions, références littéraires a le don de nous éclairer sur notre quotidien, de nous permettre de mieux le voir (et non seulement de le percevoir), d’y être plus attentif et sensible. Comme un Pierre Sansot, qui pratique le même art avec un tout aussi réjouissant bonheur, Marc Augé nous invite à une flânerie qui sait être savante sans être pédante, qui sait nous faire comprendre sans nous alourdir d’académiques explications.