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Buchet-Chastel

Buchet/Chastel est une maison d’édition généraliste qui publie de la littérature française et de la littérature étrangère, des essais, des documents, des biographies, des livres sur la musique et sur l'écologie.

 


Djibouti, Pierre Deram

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Lundi, 31 Août 2015. , dans Buchet-Chastel, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, La rentrée littéraire

Djibouti, août 2015, 120 pages, 11 € . Ecrivain(s): Pierre Deram Edition: Buchet-Chastel

Dès son titre Djibouti réveille tout un imaginaire collectif au parfum fabuleux et sulfureux d’exotisme et d’aventure, renvoyant le lecteur aux nombreux écrivains et poètes qui célébrèrent ce petit pays « coincé entre un désert immense et un océan rouge » à l’entrée de la Corne d’Afrique. Un territoire mythique aux paysages contrastés semblant émerger du chaos primitif, qui fut le premier et le dernier fleuron de l’Empire colonial français. Mais Pierre Deram resserre son angle d’approche tout en l’élargissant à l’échelle de l’univers.

D’emblée il se focalise sur la ville-même de Djibouti, ville métaphorique perdue dans une vaste étendue silencieuse de blancheur pétrifiée, de sel, de gravats et de poussière, dans un « immense tas sans cohérence » d’une violente nudité : dans un « océan de néant ». Une ville desséchée, écrasée de soleil, piégée dans le « premier cercle d’une spirale de mort », et dont les fantômes s’animent dans une nuit grouillant d’« agitation secrète », « pleine de couleurs grandioses et de torrents de rêves ». Et il braque son projecteur sur la ville nocturne et militaire où « l’ivrognerie et la tension sexuelle sont partout palpables », sur un monde de soldats « damnés, ignobles jusqu’au bout des ongles » et sur les femmes et les filles qu’ils entraînent dans leur naufrage, sans oublier le chien domestique Snoopy (clin d’œil au chien de Charlie Brown qui dans la BD Peanuts se rêve légionnaire).

Le Salon des incurables, Fernando Aramburu

Ecrit par Marc Ossorguine , le Jeudi, 07 Mai 2015. , dans Buchet-Chastel, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Espagne, Nouvelles

Le Salon des incurables, traduit de l’espagnol par Vincent Ozanam (No ser no duele, 1997), 309 pages, 23 € . Ecrivain(s): Fernando Aramburu Edition: Buchet-Chastel

 

 

Il est difficile d’imaginer quelqu’un de plus rangé, discret jusqu’à l’insignifiance, qu’Avelino Armisén. C’est pourtant ce pharmacien consciencieux qui va tuer sa mère d’une façon bien inattendue. Que cache et que recherche cette élégante enseignante, obsédée par l’odeur de ses mains et jusqu’où Boni ira-t-il puiser son inspiration littéraire dans son désir d’être écrivain ?… Les personnages de Fernando Aramburu semblent bien « incurables » pour ne pas dire irrécupérables ! Ils vivent et survivent pourtant comme ils peuvent, essayant d’échapper à eux-mêmes autant qu’aux autres ou qu’aux événements qui les oppressent ou les enferment de façon incompréhensible. Leurs comportements peuvent paraître absurdes, mais c’est peut-être surtout le monde dans lequel ils vivent qui est absurde, insensé, quand il n’est pas cruel et terrifiant. L’issue n’est jamais où on l’attend, et elle n’ouvre pas forcément sur la solution espérée. Celui qui pense être Silas en fera durement l’expérience face à son incompréhensible hospitalisation.

Dominique, Cookie Allez

Ecrit par Valérie Debieux , le Mardi, 28 Avril 2015. , dans Buchet-Chastel, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Dominique, janvier 2015, 259 pages, 15 € . Ecrivain(s): Cookie Allez Edition: Buchet-Chastel

 

A l’arrière-plan du tableau familial, Knitting Granny, l’aïeule avec son accent oxfordien d’avant-guerre au goût de bonbon anglais acidulé, surnommée Knitty, spécialiste hors pair, surnom oblige, dans le domaine du tricot. « The Queen Mother » décide, gère tout, tout le monde et, sur fond sonore de « Rule, Britannia », elle pratique la manipulation avec un art consommé : « Et en toutes circonstances, elle pratiquait le chantage affectif. Soit un chantage visible de loin, agité avec un incroyable culot, qui montrait en quelle estime elle tenait son monde ; soit un chantage masqué, savamment distillé et imperceptible pour ses victimes les moins avisées. Tout cela ne serait rien si elle ne maîtrisait une dernière arme, souveraine et redoutable : la culpabilisation de ses interlocuteurs. Elle s’en était fait une spécialité. Elle tirait à vue des chargeurs entiers qui vous transformaient en ingrat, en usurpateur, en profiteur. Et elle, toujours en martyre ».

Entre les mailles lisières de ce tricot victorien apparaît, en couture invisible, Lily, la fille de Knitty, « une femme de conviction, une femme qui avait toujours défendu ses idées avec le même courage que celui qu’elle était capable de déployer pour braver l’opinion ». A l’endroit de ce tricot à plat ressortent en mailles torses la fille de Lily, France, et son beau-fils, Gabriel, « au profil parfait pour être avalé tout cru ».

Joseph, Marie-Hélène Lafon

Ecrit par Pierrette Epsztein , le Samedi, 30 Août 2014. , dans Buchet-Chastel, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, La rentrée littéraire

Joseph, août 2014, 144 pages, 13 € . Ecrivain(s): Marie-Hélène Lafon Edition: Buchet-Chastel

« Ecrire ça commence comment ? J’ai attendu longtemps. J’avais trente-quatre ans, c’était à l’automne 1996, et j’ai eu le sentiment de manquer ma vie, de rester à côté ; j’étais comme une vache qui regardait passer le train et les vaches ne montent pas dans les trains. Je me suis assise à ma table et j’ai commencé à écrire… ».

Depuis ce moment, et depuis qu’un éditeur a pris ses mots en estime, Marie-Hélène Lafon n’a quitté ni l’écriture, ni son éditeur. Tenace et fidèle.

En septembre 2014, paraît Joseph, toujours chez Buchet Chastel.

« Mes livres viennent du pays… de ce coin du monde de la vallée de la Santoire… des pays frappés, évidés, récurés… des lignées finissantes des miens… des attachés, des empêchés d’aller ailleurs, comme l’écrit Ramuz dans Salutations. Je n’écrirais d’abord et avant tout que de ça, que de là-haut, pays perché perdu, tondu… ».

Marie-Hélène Lafon est fidèle à ses « pays ».

Les anagrammes de Varsovie, Richard Zimler

Ecrit par Gilles Brancati , le Lundi, 25 Février 2013. , dans Buchet-Chastel, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman

Les anagrammes de Varsovie, traduit (USA) par Sophie Bastide-Foltz, janvier 2013, 340 pages, 22 € . Ecrivain(s): Richard Zimler Edition: Buchet-Chastel

 

Il y a des romans qui marquent leurs lecteurs. Celui-ci en est un, qui ne sortira pas de ma mémoire de si tôt. J’ai été captivé et ému par ce livre que je ne peux que recommander. Les anagrammes de Varsovie… l’histoire se déroule au début de l’hiver 1940 dans le ghetto pendant la Seconde Guerre mondiale. Nous avons tous une mémoire précise de ces évènements et nous avons sans doute tous vu Le pianiste, le très bon film de Roman Polanski. Il n’est donc pas nécessaire de revenir sur l’aspect historique.

Je vais donc en parler pour le propos de ce livre et non pour l’Histoire du ghetto. Les deux y sont intimement liés et ce qui fait la force du récit, c’est qu’il ne tombe jamais dans un travers pathos. L’Histoire sous-tend le roman, elle en est indissociable, elle reste une douloureuse toile de fond, mais elle n’encombre pas, ne prend jamais le pas sur l’intrigue. Quel talent il faut pour nous décrire la douleur et la misère d’un quotidien unique, pour nous asséner des coups dans la poitrine, sans jamais nuire à la fiction. Ce qui fait la force de ce récit particulièrement bien conduit ? L’équilibre entre histoire et Histoire.