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Buchet-Chastel

Buchet/Chastel est une maison d’édition généraliste qui publie de la littérature française et de la littérature étrangère, des essais, des documents, des biographies, des livres sur la musique et sur l'écologie.

 


Parmi les loups et les bandits, Atticus Lish

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 25 Août 2016. , dans Buchet-Chastel, Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Roman, La rentrée littéraire

Parmi les loups et les bandits (Preparation for the next Life), août 2016, trad. américain Céline Leroy, 558 pages, 24 € . Ecrivain(s): Atticus Lish Edition: Buchet-Chastel

 

 

Zou Lei est une fille du Nord-Ouest de la Chine, « territoire de tribus de bergers nomades qui ne reconnaissaient pas les frontières entre les nations ». Elle a vécu son enfance entre son père et sa mère, une vie rude et pauvre, rêvant – au fil des récits de sa mère – du pays merveilleux « situé tout là-bas, par-delà tous les bandits et les loups ». Mais en attendant le rêve, la petite fille vit le cauchemar de la mort de son père – soldat de l’Armée Rouge de Mao tué dans une bataille – et de l’extrême pauvreté. Alors l’Amérique, sûrement. New-York et ses promesses fantasmées.

Brad Skinner, lui, est américain, tout juste libéré du corps des Marines après plusieurs graves blessures. « Libéré » n’est pas le mot, Atticus Lish construit la « prison » qui le retient, peut-être à jamais, dans sa tête. Il erre dans NYC, perdu, hébété, à la recherche de… quoi ? Un job peut-être, une rencontre. C’est difficile, il fait un peu peur avec sa gueule cassée.

Ce qu’il reste de nuit, Lokiss, un portrait, Sophie Pujas

Ecrit par Pierre Perrin , le Jeudi, 31 Mars 2016. , dans Buchet-Chastel, Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres

Ce qu’il reste de nuit, Lokiss, un portrait, mars 2016, 112 pages (avec un cahier central de huit reproductions couleurs de l’artiste), 12 € . Ecrivain(s): Sophie Pujas Edition: Buchet-Chastel

 

Cette monographie, c’est autant une détonation. La détonation, c’est la définition que Sophie Pujas prête à une idée. « L’homme, en meute, est une brute ». Cet ouvrage, évidemment, aligne mille sous-munitions. C’est écrit, le doigt sur la gâchette, à la vitesse d’un éclat de bombe, ou peu s’en faut. Le paragraphe fait plus souvent une ligne qu’il n’en contient dix. Trois axes de lecture s’entremêlent en permanence. Le premier dit le parcours, violent, cahoteux, chaotique, d’un petit-bourgeois, né en 1968. L’adolescence va le transformer, de la racaille à la bataille, en un révolté majeur. L’art des rues d’abord, au bout de son « bras palimpseste », puis une volonté de recherche incessante va faire de lui un artiste coté.

Le second axe de lecture examine, sinon les œuvres, du moins la place de l’art moderne dans notre société. « L’art commence où cesse la politesse ». Ou bien : « L’artiste est toujours un peu mage, en dialogue involontaire avec les forces obscures. Du moins est-on souvent tenté de lui prêter des pouvoirs qui le dépassent, et ainsi deviennent siens ».

Djibouti, Pierre Deram

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Lundi, 31 Août 2015. , dans Buchet-Chastel, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, La rentrée littéraire

Djibouti, août 2015, 120 pages, 11 € . Ecrivain(s): Pierre Deram Edition: Buchet-Chastel

Dès son titre Djibouti réveille tout un imaginaire collectif au parfum fabuleux et sulfureux d’exotisme et d’aventure, renvoyant le lecteur aux nombreux écrivains et poètes qui célébrèrent ce petit pays « coincé entre un désert immense et un océan rouge » à l’entrée de la Corne d’Afrique. Un territoire mythique aux paysages contrastés semblant émerger du chaos primitif, qui fut le premier et le dernier fleuron de l’Empire colonial français. Mais Pierre Deram resserre son angle d’approche tout en l’élargissant à l’échelle de l’univers.

D’emblée il se focalise sur la ville-même de Djibouti, ville métaphorique perdue dans une vaste étendue silencieuse de blancheur pétrifiée, de sel, de gravats et de poussière, dans un « immense tas sans cohérence » d’une violente nudité : dans un « océan de néant ». Une ville desséchée, écrasée de soleil, piégée dans le « premier cercle d’une spirale de mort », et dont les fantômes s’animent dans une nuit grouillant d’« agitation secrète », « pleine de couleurs grandioses et de torrents de rêves ». Et il braque son projecteur sur la ville nocturne et militaire où « l’ivrognerie et la tension sexuelle sont partout palpables », sur un monde de soldats « damnés, ignobles jusqu’au bout des ongles » et sur les femmes et les filles qu’ils entraînent dans leur naufrage, sans oublier le chien domestique Snoopy (clin d’œil au chien de Charlie Brown qui dans la BD Peanuts se rêve légionnaire).

Le Salon des incurables, Fernando Aramburu

Ecrit par Marc Ossorguine , le Jeudi, 07 Mai 2015. , dans Buchet-Chastel, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Espagne, Nouvelles

Le Salon des incurables, traduit de l’espagnol par Vincent Ozanam (No ser no duele, 1997), 309 pages, 23 € . Ecrivain(s): Fernando Aramburu Edition: Buchet-Chastel

 

 

Il est difficile d’imaginer quelqu’un de plus rangé, discret jusqu’à l’insignifiance, qu’Avelino Armisén. C’est pourtant ce pharmacien consciencieux qui va tuer sa mère d’une façon bien inattendue. Que cache et que recherche cette élégante enseignante, obsédée par l’odeur de ses mains et jusqu’où Boni ira-t-il puiser son inspiration littéraire dans son désir d’être écrivain ?… Les personnages de Fernando Aramburu semblent bien « incurables » pour ne pas dire irrécupérables ! Ils vivent et survivent pourtant comme ils peuvent, essayant d’échapper à eux-mêmes autant qu’aux autres ou qu’aux événements qui les oppressent ou les enferment de façon incompréhensible. Leurs comportements peuvent paraître absurdes, mais c’est peut-être surtout le monde dans lequel ils vivent qui est absurde, insensé, quand il n’est pas cruel et terrifiant. L’issue n’est jamais où on l’attend, et elle n’ouvre pas forcément sur la solution espérée. Celui qui pense être Silas en fera durement l’expérience face à son incompréhensible hospitalisation.

Dominique, Cookie Allez

Ecrit par Valérie Debieux , le Mardi, 28 Avril 2015. , dans Buchet-Chastel, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Dominique, janvier 2015, 259 pages, 15 € . Ecrivain(s): Cookie Allez Edition: Buchet-Chastel

 

A l’arrière-plan du tableau familial, Knitting Granny, l’aïeule avec son accent oxfordien d’avant-guerre au goût de bonbon anglais acidulé, surnommée Knitty, spécialiste hors pair, surnom oblige, dans le domaine du tricot. « The Queen Mother » décide, gère tout, tout le monde et, sur fond sonore de « Rule, Britannia », elle pratique la manipulation avec un art consommé : « Et en toutes circonstances, elle pratiquait le chantage affectif. Soit un chantage visible de loin, agité avec un incroyable culot, qui montrait en quelle estime elle tenait son monde ; soit un chantage masqué, savamment distillé et imperceptible pour ses victimes les moins avisées. Tout cela ne serait rien si elle ne maîtrisait une dernière arme, souveraine et redoutable : la culpabilisation de ses interlocuteurs. Elle s’en était fait une spécialité. Elle tirait à vue des chargeurs entiers qui vous transformaient en ingrat, en usurpateur, en profiteur. Et elle, toujours en martyre ».

Entre les mailles lisières de ce tricot victorien apparaît, en couture invisible, Lily, la fille de Knitty, « une femme de conviction, une femme qui avait toujours défendu ses idées avec le même courage que celui qu’elle était capable de déployer pour braver l’opinion ». A l’endroit de ce tricot à plat ressortent en mailles torses la fille de Lily, France, et son beau-fils, Gabriel, « au profil parfait pour être avalé tout cru ».