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Théâtre

Xitation, Emmanuel Darley

Ecrit par Marie du Crest , le Mercredi, 22 Février 2017. , dans Théâtre, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Actes Sud/Papiers

Xitation, janvier 2017, 90 pages, 15 € . Ecrivain(s): Emmanuel Darley Edition: Actes Sud/Papiers

 

« Apprenez, apprenez-moi, cela »

Emmanuel Darley, dans le cadre d’un laboratoire d’écriture, envisage d’écrire sur le sexe, animé par l’envie de dire des gros mots, des mots crus, mais au final il reconnaît que cela a quelque chose de vain s’il ne revient pas à un esprit d’enfance. Mêler l’innocence et l’humour ; bref, écrire une courte comédie burlesque, avec deux jeunes gens, en train de découvrir à la fois la physiologie et le langage du sexe et du désir. Ce sera Xitation qui fait suite à Je t’écrirai mon amour dans le volume de Actes Sud Papiers. Diptyque en somme des émois amoureux dans tous ses états : un couple expérimenté vivant dans la distance de l’écriture virtuelle son histoire, dans le premier texte, puis un couple de deux innocents, deux jouvenceaux, dans la présence charnelle de leur corps, à la recherche des « zérogènes », dans le second.

William Shakespeare, Hamlet, Aki Kuroda

Ecrit par Jean-Paul Gavard-Perret , le Mercredi, 01 Février 2017. , dans Théâtre, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Iles britanniques, Gallimard, Arts

William Shakespeare, Hamlet, octobre 2016, trad. anglais Jean-Michel Déprats, Illustrations Aki Kuroda, 200 pages, 45 € . Ecrivain(s): Aki Kuroda Edition: Gallimard

 

Il fallait Aki Kuroda pour tenir la corde face au Hamlet de Shakespeare. Le texte risquait de manger l’image. Et il n’était pas évident de trouver un bouclier face à la pièce qui dévore tout – même ses personnages.

Face à une mise à mort – puisque tout se termine dans un « Allez, donnez l’ordre aux soldats de tirer » – Kuroda a su offrir à la fois du même, du dissemblable et du disparate en tout un jeu d’inserts là où les formes se découvrent en avançant. Si bien que le livre se lit et se regarde comme un ouvrage quasiment pieux. Mais fidèles au texte, les œuvres restent néanmoins pleines de désarroi et de discorde.

Kuroda ajoute donc ses touches au texte, ce qui tient d’une véritable gageure. L’image n’illustre pas la tragédie shakespearienne : il la « présage » comme il la « dissemble ». Au pouvoir terrifiant d’Hamlet répond la sidération des images. Le format du livre leur donne toute sa puissance. D’autant que l’art de Kuroda n’étale pas, il condense en transposant le texte dans un autre champ de perception non seulement intellectuelle mais sensorielle.

Rouge suivi de Monsieur Le, Emmanuel Darley

Ecrit par Marie du Crest , le Vendredi, 27 Janvier 2017. , dans Théâtre, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Actes Sud/Papiers

Rouge suivi de Monsieur Le, 111 pages, 15 € . Ecrivain(s): Emmanuel Darley Edition: Actes Sud/Papiers

 

« Ecrire Rouge »


Le théâtre est politique. Rouge, un des tout derniers textes de Darley avant sa mort en 2016, résonne comme un aboutissement du chemin qu’il emprunta, tout au long de son œuvre ; parti du roman et allant vers la scène du monde, celle qui parle des exilés politiques, économiques, des nostalgiques du bon vieux temps, des victimes de la flexibilité et enfin des femmes et des hommes qui veulent tout « faire péter ».

Ainsi écrire rouge, c’est à la fois écrire la pièce qui porte ce titre mais aussi, comme le dit Darley lui-même, écrire « sur la violence, sur le terrorisme », en se souvenant des années de plomb de la bande à Baader en Allemagne et des Brigades Rouges en Italie.

Démêler la nuit Quatre traductions de l’affaire Armin Meiwes, Grégory Pluym

Ecrit par Marie du Crest , le Lundi, 05 Décembre 2016. , dans Théâtre, Les Livres, Critiques, La Une Livres

Démêler la nuit Quatre traductions de l’affaire Armin Meiwes, éd. Quartett, octobre 2016, 110 pages, 12 € . Ecrivain(s): Grégory Pluym

« Dionysiac »

Juste un petit volume que l’on peut cacher dans la poche de son manteau. Une photo mystérieuse, inquiétante peut-être, sur la première de couverture : un homme, les bras croisés sur son torse nu, de profil et le visage entier casqué du métal de couteaux et de fourchettes. Un titre, un sous-titre à la police rouge et un avant-propos signé d’un jeune auteur canadien, Marc-Antoine Cyr.

Le premier texte édité de Grégory Pluym. Une lecture découverte, le franchissement d’un seuil comme les premiers mots le disent, comme celui que passe Bernd, puis se plonger dans le livre et se plonger dans ce que le théâtre a toujours, depuis les Grecs, proféré : la violence tragique, viscérale dont sont capables les hommes ; violence qui démembre, qui met à mort la chair humaine. Dionysos devenu homme dans les Bacchantes d’Euripide (vers 114-1143) pousse Agavé à tuer son propre fils, Penthée, lui arrachant l’épaule, aidée par la foule des Bacchantes, le déchirant tout entier. C’est ainsi que triomphent le dieu et le Théâtre. De cela, Gregory Pluym se souvient en écrivant sur un extraordinaire fait divers allemand, « l’affaire Armin Meiwes » évoquée dans le sous-titre…

Les Consolantes, François Emmanuel

Ecrit par Christine Perrin-Lorent , le Samedi, 03 Décembre 2016. , dans Théâtre, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Actes Sud/Papiers

Les Consolantes, novembre 2016, 48 pages, 12 € . Ecrivain(s): François Emmanuel Edition: Actes Sud/Papiers

 

L’action se déroule dans un asile psychiatrique où trois femmes partagent la même chambre. Une nouvelle venue, Madame, est endormie. Elle intrigue tant les trois autres qui s’affairent autour d’elle, qu’elles vident son sac pour percer son mystère et la raison de sa venue.

Les didascalies nous renseignent sur deux éléments structurants de notre imagination de lecteur : le décor, réduit à l’espace « chambre » : quatre lits et sur le devant de la scène quatre chaises. Des vêtements blancs ou grèges pendus en hauteur à des crochets. Le temps – et la structure de la pièce – est rythmé par le passage du veilleur, que l’on ne voit pas mais qui est représenté par un moment sonore et un changement de luminosité. À chacun de ces passages, les femmes retrouvent leurs lits et la chambre devient le lieu des signes, des secousses, des appels muets, des rêves.

Trois personnages féminins se partagent la parole, ou plutôt des langages dont on découvre lentement qu’ils construisent l’histoire et la vie de chacune d’elles.