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Théâtre

L’homme brûlé, Christophe Tostain

Ecrit par Marie du Crest , le Mercredi, 18 Octobre 2017. , dans Théâtre, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Espaces 34

L’homme brûlé, 2017, 142 pages, 16 € . Ecrivain(s): Christophe Tostain Edition: Espaces 34

 

L’enlèvement d’Europe

Pour la première fois, depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, 90 députés de l’AFD (alternative pour l’Allemagne) font leur entrée au Bundestag. Ce parti récent, d’abord anti-Europe, s’est affirmé peu à peu comme hostile aux entrées de migrants sur le territoire fédéral, à la suite de la politique « ouverte » de la Chancelière, réaffirmant aussi des valeurs « germaniques ». D’une certaine manière, la pièce de Christophe Tostain, L’homme brûlé, témoigne du climat mortifère qui s’étend sur le Vieux Continent et des électorats favorables au rejet des « étrangers ». En ce domaine, il s’agit non seulement du cas allemand mais aussi des politiques menées en Hongrie, en Pologne ou de la percée d’organisations proches du néo-nazisme comme Aube dorée en Grèce. Les personnages de la pièce d’ailleurs ont des prénoms qui ne s’inscrivent pas dans un seul territoire onomastique : la famille avec le père Anton, son épouse Léna, et leur fils Boris pourraient être russes tandis que l’amoureuse de Boris s’appelle Alice. Nous sommes seulement quelque part en Europe, dans un « Petit village » relié par autocar à « une Grande Ville », parfois les personnages entre eux usent de mots anglais pour s’adresser à l’autre : « mother, Johnnie ».

Zoartoïste et autres textes, Catherine Gil Alcala (2)

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) , le Lundi, 11 Septembre 2017. , dans Théâtre, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Poésie

Zoartoïste et autres textes, La Maison Brûlée, 2016, 131 pages, 15 € . Ecrivain(s): Catherine Gil Alcala

 

Du Théâtre Poésie de Catherine Gil Alcala en général et de Zoartoïste en particulier

D’emblée, l’attrait de l’onomastique (la liste des personnages) commet chez le lecteur son travail d’Imagination, lorsqu’il plonge dans le monde de la poétesse-dramaturge Catherine Gil Alcala. C’est écrire qu’un univers à part entière, singulier, s’ouvre d’entrée dans ce qu’il faut bien appeler des Créations, dans un Théâtre Poésie qui tord et hallucine la Langue pour inventer son propre langage, entremêlant les éléments disparates d’une écriture archaïque et contemporaine.

Aussitôt, un Infini turbulent (Henri Michaux) s’avance au centre du théâtre où les personnages-acteurs investissent et traversent une mise en scène hors cadre par à-coups de marteau scandés pour faire résonner le corps dans un abîme de sons, à la recherche du perpétuel variable d’une incarnation intégralement à reconquérir, « (…) une incarnation qui, perpétuellement désirée par le corps, n’est pas de chair mais d’une matière qui ne soit pas vue par l’esprit ni perçue par la conscience et soit un être entier de peinture, de théâtre et d’harmonie » (Antonin Artaud).

Dialogues manqués, Antonio Tabucchi

Ecrit par Philippe Leuckx , le Jeudi, 24 Août 2017. , dans Théâtre, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Gallimard, Italie

Dialogues manqués, juin 2017, trad. italien Bernard Comment, 112 pages, 17 € . Ecrivain(s): Antonio Tabucchi Edition: Gallimard

 

Trois pièces – genre auquel le public de Tabucchi n’est pas habitué, puisqu’il est essentiellement auteur de romans, de récits et d’études littéraires – composent cet ouvrage posthume. L’auteur de Pereira prétend est mort dans la ville qu’il a tant aimée, en 2012.

L’un des meilleurs connaisseurs de Pessoa était sans doute bien placé pour imaginer la rencontre de son écrivain portugais fétiche avec une autre sommité du siècle, mais sicilienne, celle-là, Pirandello.

Monsieur Pirandello est demandé au téléphone imagine la rencontre des deux littérateurs, dans un hôpital psychiatrique en 1935, année même de la mort de Fernando Pessoa. Jouant des réalités et des furtives hypothèses d’une autre instance, Tabucchi tire parti des masques dont Pessoa a tissé ses rapports au lecteur : Monsieur Personne hissant ses « personae » au-dessus des fictions. Le grand théâtre des apparences est là même où se noue la littérature unique de deux monstres qui l’ont révolutionnée au même titre que Proust, Joyce et Svevo.

Deux, Philippe Jaffeux (2ème critique)

Ecrit par Didier Ayres , le Lundi, 10 Juillet 2017. , dans Théâtre, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Editions Tinbad

Deux, juin 2017, 236 pages, 21 € . Ecrivain(s): Philippe Jaffeux Edition: Editions Tinbad

 

 

Théâtre abstrait


Deux est un livre complexe à plusieurs égards. Tout d’abord parce que c’est un livre de théâtre – une sorte de pièce de chambre. Et puis, parce que cette pièce se présente sous forme expérimentale. Deux est constitué d’un dialogue entre N°1 et N°2, écrit sous forme de paragraphes à peu près égaux, mais qui ne se répondent pas. L’auteur explique qu’il est possible de faire jouer 1 et 2 chacun par treize acteurs, et cela dans le désordre, sans souci de répliques ni de continuité dramaturgique (ou plutôt, continuité à concevoir dans l’espace même de la scène).

Deux, Philippe Jaffeux

Ecrit par Marie du Crest , le Samedi, 01 Juillet 2017. , dans Théâtre, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Editions Tinbad

Deux, juin 2017, 236 pages, 21 € . Ecrivain(s): Philippe Jaffeux Edition: Editions Tinbad

 

Écrire / parler

Philippe Jaffeux écrit ici pour la première fois pour le théâtre. Des notes de l’éditeur, plus que le texte en lui-même, inscrivent le livre dans le genre dramatique. Ce qui relèverait du théâtre, ce serait cette lecture extérieure s’appuyant sur la présence de deux personnages, le décompte de 1222 répliques qui « peuvent être supprimées à l’envi et peuvent être disposées aussi dans n’importe quel ordre ». Elles seraient confiées à 26 comédiens ou comédiennes « sortant de la scène par tous les côtés, ainsi que du sol ; du plafond et de la salle ». Rien de tout cela n’apparaît dans les pages fort nombreuses de l’œuvre comme si l’auteur nous soumettait à une tout autre expérience, celle d’une acceptation ou au contraire d’un renoncement face à l’écriture de deux paroles conçues comme un « couple de numéros imprévisible » (numéro un et numéro deux) qui sature d’un bout à l’autre l’espace textuel sans jamais se répondre mais en avançant dans le matériau de leur co-substance. Ils ne parlent que de leur parole (dramatique).