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Théâtre

Le Brigadier de Frédéric Dard, Frédéric Dard (par Cyrille Godefroy)

Ecrit par Cyrille Godefroy , le Mardi, 02 Octobre 2018. , dans Théâtre, Les Livres, Critiques, La Une Livres

Le Brigadier de Frédéric Dard, Fleuve éditions, juin 2018, 432 pages, 19,90 € . Ecrivain(s): Frédéric Dard

 

Frédéric Dard (1921-2000), un des écrivains français les plus prolifiques, auteur de près de deux cents romans, créateur du célèbre commissaire San-Antonio, s’essaie à l’aventure dramaturgique. Ce recueil de quatre pièces scelle un théâtre de divertissement soutenu par des dialogues incisifs souffrant épisodiquement de simplisme ou d’irréalisme. Le spécialiste du roman policier y fait preuve d’un sens aigu de l’orchestration de la magouille, du traficotage, de la cachotterie et du machiavélisme.

Dans Les Salauds vont en enfer, un flic infiltré doit gagner la confiance d’un espion emprisonné et s’évader avec lui. Qui est qui, personne ne le sait. Quoique non dépourvus d’intensité, de suspense et d’émotion, les dialogues et les situations frôlent la caricature, empruntent les ficelles du film d’action américain et finissent par sombrer dans un pathos indigeste.

Occupe-toi d’Amélie, Georges Feydeau

Ecrit par Cyrille Godefroy , le Lundi, 03 Septembre 2018. , dans Théâtre, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Folio (Gallimard)

Occupe-toi d’Amélie, juin 2018, 576 pages, 4,85 € . Ecrivain(s): Georges Feydeau Edition: Folio (Gallimard)

 

Appelé par ses obligations militaires, Étienne confie à son meilleur ami, Marcel, le soin de veiller sur sa fiancée durant son mois d’absence : « Occupe-toi d’Amélie ! ». Sur la base de cette instance dont l’ambiguïté ne tardera pas à se révéler scabreuse, s’enclenche une intrigue complexe émaillée de rencontres impromptues, de rebondissements, de quiproquos et de cocasseries en tous genres.

Rien n’est simple dans la vie. Malgré tout, lassée de tant d’amertume et de désespoir, la fée veillant sur nous avec une désinvolture de baudet daigne parfois nous gratifier d’un coup de pouce salutaire, l’insigne pichenette du destin : Marcel, noceur désargenté, a l’occasion d’hériter d’une fortune colossale à condition qu’il se marie. Il profite donc de l’aubaine « Amélie » pour faire croire à son parrain qu’il est sur le point d’épouser celle-ci. Autour de ce conjungo fictif gravite une nuée de personnages secondaires, notamment un Prince slave aussi prodigue que concupiscent, courant la prétentaine, butinant tout ce qui papillonne autour de son sceptre. Ses appétits débordants le conduisent naturellement à convoiter avec une assiduité juvénile la belle et gracile Amélie, laquelle, loin d’être effarouchée, se montre particulièrement réceptive aux promesses de cadeaux dont le Prince la couvre.

La Salle de jour, Don DeLillo

Ecrit par Didier Ayres , le Mardi, 03 Juillet 2018. , dans Théâtre, Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Actes Sud/Papiers

La Salle de jour, traduit de l’américain par Adélaïde Pralon, juin 2018, trad. Adélaïde Pralon, 88 pages, 15 € . Ecrivain(s): Don DeLillo Edition: Actes Sud/Papiers

 

Il faut pour entrer dans la pièce de théâtre de Don DeLillo, La Salle de jour, une perspective convexe, car il s’agit d’opérer un retournement des points de vue et d’adopter le régime du « comme si ». Il faut faire avec les personnages – et évidemment avec les acteurs d’ailleurs – comme si la salle de jour était à la fois une chambre d’hôtel, une salle de jeu ou une cellule d’asile psychiatrique. Et encore, comme si les personnages vaquaient à des tâches normales, pleines de signification raisonnable. C’est à la fois une mise en abyme de notre raison raisonnante au milieu du monde incertain et infini du langage, et une forme de mise en crise du statut social, de la règle sociale, et en ce sens des conventions sociales, qui peuvent seulement se dire sous le masque, derrière une mimique. Car il s’agit bien là de faire comme si. Et là, on distingue un bout de la vérité, et cette salle de jour, qui pourrait être notre propre salon, nous invite à une sorte d’éloge de la folie, laquelle montre et défait la comédie sociale, recadre les aspects coercitifs de la société, et nous conduit à regarder cette farce avec des yeux clairs et perçants. La folie, le pouvoir. Oui, pouvoir de déduction des énigmes, pouvoir de mettre en valeur la folie de notre existence. Oui, ce qui en rend incohérente la vanité, la vanité des vanités. Et notre petite personne narcissique gigote dans un monde social codé et mortifère.

Théâtre du vrai et du faux Opéra Panique, Alejandro Jodorowsky, par Didier Ayres

Ecrit par Didier Ayres , le Jeudi, 07 Juin 2018. , dans Théâtre, Les Chroniques, La Une CED

Opéra Panique, Alejandro Jodorowsky, Métailié, mai 2018, 96 pages, 7 €

 

Comment aborder cette pièce d’Alejandro Jodorowsky, théâtre auquel revient l’auteur après une longue interruption, en essayant de démêler le discours latent de cette comédie et ses buts, sans en détruire l’originalité ? Car bien que l’on puisse aisément rapprocher ce texte du Godot de Beckett ou de Ionesco, et mettre à profit la théorie de l’absurde qui a si bien réussi à ces auteurs, on ne dirait pas tout tant cette pièce est globale, et parle faux pour dire vrai et vrai pour dire faux. Oui, nous sommes bien au cœur de l’absurdité humaine et sa manière folle de réagir, mais ici un petit peu au-delà du monde « vrai », au sein de la compétition, de la guerre, du couple, du débat idéologique et même spectateur d’une scène qui évoque à sa manière délurée et cependant profonde Le Fils de Saul de  László Nemes. Donc nous sommes ici au niveau littéraire de Godot ou encore de Pour un oui ou pour un non, même si l’on rit plus, on s’interroge plus en atteignant sensiblement une vérité absolue que seule la vie est capable de réunir et d’assembler sous un masque grotesque.

Zoartoïste (suivi de Contes Défaits en Forme de Liste de Courses), Catherine Gil Alcala

Ecrit par Cathy Garcia , le Mardi, 08 Mai 2018. , dans Théâtre, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Poésie

Zoartoïste (suivi de Contes Défaits en Forme de Liste de Courses), éd. La Maison Brûlée, 2016, 136 pages, 15 € . Ecrivain(s): Catherine Gil Alcala

Théâtre et poésie, théâtre poétique et poésie théâtrale, il faut ici lâcher la rive du connu. Certains renonceront de suite, d’autres oseront plonger au cœur du maelström. Ce n’est pas de lire, qu’il s’agit ici, mais d’expérimenter un état de conscience éclatée, une transe, un démembrement de la raison, qui nous culbutent. Manipulant dans son grand chaudron – visions, rêves, mythes et symboles, qu’elle touille comme prise de démence, Catherine Gil Alcala convoque la magie des mots pour pulvériser le réel et nous faire voir à travers le miroir ce qui est de l’ordre – ou plutôt du désordre – du grand chaos universel. Pythie au verbe noir et flamboyant, elle pousse les mots à leur paroxysme pour nous faire basculer de l’autre côté, du côté du grand rire salvateur, où rien n’est sérieux, tout est primordial.

Et chaque scène se nomme d’ailleurs non pas scène, mais miroir.

L’onde radiophonique qui traverse l’univers, Grand négateur limonade, Le Mort, Les fils de l’orage, Maman tintamarre, Samsara bondissant, Le jongleur dans l’horloge, Les mantras du vent, sont quelques-uns des personnages de ce théâtre fou. Fous comme peuvent l’être les Clowns sacrés.