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Théâtre

Dialogues manqués, Antonio Tabucchi

Ecrit par Philippe Leuckx , le Jeudi, 24 Août 2017. , dans Théâtre, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Gallimard, Italie

Dialogues manqués, juin 2017, trad. italien Bernard Comment, 112 pages, 17 € . Ecrivain(s): Antonio Tabucchi Edition: Gallimard

 

Trois pièces – genre auquel le public de Tabucchi n’est pas habitué, puisqu’il est essentiellement auteur de romans, de récits et d’études littéraires – composent cet ouvrage posthume. L’auteur de Pereira prétend est mort dans la ville qu’il a tant aimée, en 2012.

L’un des meilleurs connaisseurs de Pessoa était sans doute bien placé pour imaginer la rencontre de son écrivain portugais fétiche avec une autre sommité du siècle, mais sicilienne, celle-là, Pirandello.

Monsieur Pirandello est demandé au téléphone imagine la rencontre des deux littérateurs, dans un hôpital psychiatrique en 1935, année même de la mort de Fernando Pessoa. Jouant des réalités et des furtives hypothèses d’une autre instance, Tabucchi tire parti des masques dont Pessoa a tissé ses rapports au lecteur : Monsieur Personne hissant ses « personae » au-dessus des fictions. Le grand théâtre des apparences est là même où se noue la littérature unique de deux monstres qui l’ont révolutionnée au même titre que Proust, Joyce et Svevo.

Deux, Philippe Jaffeux (2ème critique)

Ecrit par Didier Ayres , le Lundi, 10 Juillet 2017. , dans Théâtre, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Editions Tinbad

Deux, juin 2017, 236 pages, 21 € . Ecrivain(s): Philippe Jaffeux Edition: Editions Tinbad

 

 

Théâtre abstrait


Deux est un livre complexe à plusieurs égards. Tout d’abord parce que c’est un livre de théâtre – une sorte de pièce de chambre. Et puis, parce que cette pièce se présente sous forme expérimentale. Deux est constitué d’un dialogue entre N°1 et N°2, écrit sous forme de paragraphes à peu près égaux, mais qui ne se répondent pas. L’auteur explique qu’il est possible de faire jouer 1 et 2 chacun par treize acteurs, et cela dans le désordre, sans souci de répliques ni de continuité dramaturgique (ou plutôt, continuité à concevoir dans l’espace même de la scène).

Deux, Philippe Jaffeux

Ecrit par Marie du Crest , le Samedi, 01 Juillet 2017. , dans Théâtre, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Editions Tinbad

Deux, juin 2017, 236 pages, 21 € . Ecrivain(s): Philippe Jaffeux Edition: Editions Tinbad

 

Écrire / parler

Philippe Jaffeux écrit ici pour la première fois pour le théâtre. Des notes de l’éditeur, plus que le texte en lui-même, inscrivent le livre dans le genre dramatique. Ce qui relèverait du théâtre, ce serait cette lecture extérieure s’appuyant sur la présence de deux personnages, le décompte de 1222 répliques qui « peuvent être supprimées à l’envi et peuvent être disposées aussi dans n’importe quel ordre ». Elles seraient confiées à 26 comédiens ou comédiennes « sortant de la scène par tous les côtés, ainsi que du sol ; du plafond et de la salle ». Rien de tout cela n’apparaît dans les pages fort nombreuses de l’œuvre comme si l’auteur nous soumettait à une tout autre expérience, celle d’une acceptation ou au contraire d’un renoncement face à l’écriture de deux paroles conçues comme un « couple de numéros imprévisible » (numéro un et numéro deux) qui sature d’un bout à l’autre l’espace textuel sans jamais se répondre mais en avançant dans le matériau de leur co-substance. Ils ne parlent que de leur parole (dramatique).

La Tragédie de l’Âne suivi de Les Farces Philosophiques, Catherine Gil Alcala

Ecrit par Marie du Crest , le Samedi, 17 Juin 2017. , dans Théâtre, Les Livres, Critiques, La Une Livres

La Tragédie de l’Âne suivi de Les Farces Philosophiques, éd. La Maison brûlée, 2016, 180 pages, 16 € . Ecrivain(s): Catherine Gil Alcala

 

Les hommes et les bêtes

Il faudrait sans aucun doute revenir sur la figure de l’âne, qui traverse l’histoire des hommes et celle des histoires qu’ils inventent. Empreintes mythologiques des métamorphoses : le roi Midas puni et ridiculisé, Lucius transformé malgré lui en âne ou bien sortilèges de nos contes de fées qui font d’une belle princesse une souillon revêtue d’une peau de l’animal. De tout cela se souvient Catherine Gil Alcala dans sa pièce de théâtre La Tragédie de l’Âne. Son texte traverse à la fois le monde des bêtes et celui des hommes ; ses personnages sont : roi aux oreilles d’âne décollées, reine des oiseaux, femme de l’épervier, aigle, épervier, corbeau, alouette, serpent mais aussi servantes, gardes, devin, vieille femme ou amant et homme hors jeu et enfant meurtrier. Et tous sont sur le devant de la scène tragique intemporelle, née de la Grèce. A la différence d’autres textes (ceux du théâtre/poésie), Catherine Gil Alcala retrouve une forme dramatique « classique » fondée sur trois actes découpés en scènes. C’est le destin, le fatum qui tisse les lignes de forces. Dès la scène 1 de l’acte 1, la reine des oiseaux que le roi a répudiée annonce la catastrophe à venir (p.12).

James Joyce fuit…, Catherine Gil Alcala (2ème critique)

Ecrit par Marie du Crest , le Jeudi, 01 Juin 2017. , dans Théâtre, Les Livres, Critiques, La Une Livres

James Joyce Fuit… Lorsqu’un Homme Sait Tout à Coup Quelque Chose, suivi de Les Bavardages sur La Muraille de Chine, Editions La Maison Brûlée 2015, 107 pages, 13 € . Ecrivain(s): Catherine Gil Alcala

 

« Volume blanc »


La bibliographie de Catherine Gil Alcala s’organise selon une appartenance à un genre littéraire préétabli : théâtre, nouvelles, et poésie, mais également selon des œuvres à la marge du théâtre et de la poésie qu’elle nomme « Théâtre Poésie, notée en italiques » comme Zoartoïste, Maelstrom excrémentiel et le volume blanc qui sera l’objet de notre propos. L’histoire de la littérature française nous apprend que le théâtre durant de longues périodes s’est écrit en prose (comédie) ou en vers (comédie et tragédie), que le poème dramatique y a tenu une place de choix et que nombre d’auteurs contemporains s’inscrivent aussi dans une vraie poétique. L’éditeur parle, au sujet des textes proposés dans le volume, « d’écritures soit jouées soit ayant fait l’objet de performances ». Ces indications montrent bien que Catherine Gil Alcala ne veut pas dans ses deux textes véritablement choisir le camp du théâtre en excluant le chant poétique et que l’enjeu tient dans l’acte d’écrire.