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Italie

La femme aux liens, Ferdinando Camon

Ecrit par Cyrille Godefroy , le Lundi, 21 Août 2017. , dans Italie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Gallimard

La femme aux liens, trad. de l'italien Danielle Dubroca, Jean-Paul Manganaro, 252 pages, 14,25 € . Ecrivain(s): Ferdinando Camon Edition: Gallimard

 

Une psychanalyse vue de l’intérieur

La psychanalyse. Lieu de tous les possibles. Lieu de tous les mots. De tous les maux. Agonie du non-dit ou non-lieu.

La psychanalyse. Rencontre entre deux personnes. Deux étrangers. Que dire à un étranger ? Comment ? Par où commencer ?

Rencontre de deux univers, de deux entités distinctes réunies par un artifice, un hasard, un vice caché.

Michela, enseignante, mal mariée, la quarantaine angoissée. Une femme qui s’éloigne de la vie.

La psychanalyse, sinon le suicide.

L’Art de la joie, Goliarda Sapienza

Ecrit par Mélanie Talcott , le Samedi, 13 Mai 2017. , dans Italie, Les Livres, Critiques, Livres décortiqués, La Une Livres, Roman, Le Tripode

L’Art de la joie, octobre 2016, trad. italien Nathalie Castagné, 800 pages, 14,50 € . Ecrivain(s): Goliarda Sapienza Edition: Le Tripode

 

Goliarda Sapienza, une Punk avant l’heure…

L’art de la joie est une manière d’être au monde. Accepter l’existence telle qu’elle est par un lâcher-prise constant, ce que d’aucuns nomment actuellement l’esprit d’enfance. Rester serein quelles que soient les tempêtes auxquelles l’on s’affronte. Et surtout, ne jamais perdre cette foi incorruptible aussi irrévérencieuse que jubilatoire en la vie qu’il nous est donné à chacun de vivre plutôt que de la subir, cette foi qui est le sésame de la liberté individuelle et intérieure dont nous usons en général si peu.

Car c’est bien de cela dont parle Goliarda Sapienza, véritable Punk avant l’heure, dans L’art de la joie dont la rédaction lui a demandé dix ans (de 1967 à 1976). De son vivant (elle est décédée en 1996), le manuscrit fut refusé par tous les éditeurs. On peut le comprendre. Son auteur, aussi fantasque que son personnage, Modesta, a l’audace de faire sauter les cadenas de la construction littéraire normative, peut-être parce que Goliarda Sapienza est convaincue que « le mal réside dans les mots que la tradition a voulu absolus, dans les significations dénaturées que les mots continuent à revêtir. Le mot amour mentait, exactement comme le mot mort. Beaucoup de mots mentaient, ils mentaient presque tous ».

Maison des autres, Silvio D’Arzo

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 27 Avril 2017. , dans Italie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Verdier

Maison des autres (Casa d’altri), trad. italien Bernard Simeone, 80 p. 6,20 € . Ecrivain(s): Silvio d'Arzo Edition: Verdier

 

Peu de gens ont entendu parler de Silvio D’Arzo et de ce livre minuscule – tout juste une longue nouvelle – qui constitue pratiquement son œuvre. C’est un secret bien entretenu par quelques lettrés italiens et européens et cette nouvelle édition en langue française, par l’excellente maison Verdier, constitue un événement dont il faut que la France littéraire se saisisse !

C’est un texte prodigieux que nous avons sous les yeux. Certes traduit de l’italien, mais visiblement de manière tellement talentueuse que le choc littéraire ne souffre pas de la version française. Comment un talent pareil a-t-il pu être – et il l’est encore – ignoré ? Silvio d’Arzo est mort à 32 ans, laissant une œuvre réduite à de courts récits, des nouvelles, quelques études. Et, comme un diamant brut, « Casa d’altri », Maison des Autres, qui nous intéresse ici.

Un village, un hameau, des Apennins. Rude, comme ses habitants. Pauvre, comme ses habitants. Sombre, comme ses habitants. Le narrateur est le curé du village qui veille, comme il peut, sur les misérables âmes qui lui ont été confiées. Dans ce bout du monde, nul ne vient par hasard. Ce n’est pas un lieu, c’est un destin.

Le Livre des livres perdus, Giorgio Van Straten

Ecrit par Philippe Leuckx , le Lundi, 24 Avril 2017. , dans Italie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Actes Sud

Le Livre des livres perdus, avril 2017, trad. italien Marguerite Pozzoli, 176 pages, 18 € . Ecrivain(s): Giorgio Van Straten Edition: Actes Sud

 

Cette enquête passionnante autour de huit livres perdus, égarés ou disparus ou détruits pour diverses raisons, tient de la chasse aux trésors, entreprise par des adultes qui ont gardé l’âme des enfants chasseurs. Pourquoi ne peut-on lire ces œuvres d’auteurs célèbres ou reconnus ? C’est l’objet de cette recherche qui touche des récits, romans ou mémoires des XIXe et XXe siècles.

Ce livre comporte un avant-propos qui situe les enjeux de la quête fabuleuse, huit récits, une annexe (liste raisonnée des livres cités), un index des références. L’essai s’incruste au scalpel dans l’itinéraire créateur de huit écrivains qui ont, pour des motifs que ce livre argumente, abandonné, censuré, brûlé ou perdu une œuvre d’importance. L’essayiste s’est rendu sur les lieux de la disparition pour mener son enquête : Londres, Florence, Catalogne, Paris, Pologne, Canada, Moscou.

Les écrivains se nomment Romano Bilenchi, George Byron, Ernest Hemingway, Bruno Schulz, Nicolas Gogol, Malcom Lowry, Walter Benjamin et Sylvia Plath. Des itinéraires sombres pour plus d’un, marqués au sceau du suicide, de la boisson et de la névrose. L’intérêt marquant du livre est de nous faire vivre de l’intérieur ces pages qu’il nous sera impossible de lire mais bien d’imaginer, de rêver, parfois grâce à des découvertes qui tiennent du miracle.

La nature exposée, Erri De Luca

Ecrit par Philippe Leuckx , le Mardi, 11 Avril 2017. , dans Italie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Gallimard, En Vitrine

La nature exposée, mars 2017, trad. italien Danièle Valin, 176 pages, 16,50 € . Ecrivain(s): Erri de Luca Edition: Gallimard

 

 

Le dernier livre de De Luca est tout à la fois un roman aux divers personnages anonymes, une réflexion sur la mer, la montagne, la sculpture, une fable sur notre destinée, un hymne à la création, un aller-retour de la campagne à la ville aimée, Naples.

C’est peu dire que ce livre enchante. Autant par son histoire, toute simple, que l’on pourrait prendre pour édifiante, celle d’un sculpteur, quitté par une femme qui lui reprochait sa modestie, et qui se voit chargé de la restauration d’un Christ crucifié, que l’on doit à un artiste disparu, statue qui s’est vu infliger une modification par rapport à l’original. On a en effet couvert la nudité d’un ajout. On a maquillé la gêne, c’est-à-dire la nature, le sexe. Il s’agira donc de renouer avec la sculpture initiale, nue, en marbre, enlever le drapé qui la gauchissait.