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Italie

Le Décaméron, Boccace

Ecrit par Didier Smal , le Lundi, 23 Novembre 2015. , dans Italie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Nouvelles, Folio (Gallimard)

Le Décaméron, trad. de l’italien par Giovanni Clerico, 1056 pages, 12,40 € . Ecrivain(s): Boccace Edition: Folio (Gallimard)

 

Voici, signé Boccace, un parfait roman d'été : des intrigues à foison, des histoires à destination des dames, du rire, assez bien de sexe, un peu de larmes et de réflexion, un chouia de morale, et le tout est emballé. A vrai dire, c’est le roman de l’été depuis 1353, mais ne chipotons pas sur l’appartenance ou non à l’actualité littéraire : Le Décaméron, première grande œuvre en prose de la littérature italienne, a traversé bientôt sept siècles sans jamais voir fléchir la courbe de son succès ; nous verrons si les romans à la mode traverseront quant à eux sept semaines.

L’histoire est connue : en 1348, durant que la peste frappe cruellement Florence (le chapitre introductif est apocalyptique), sept demoiselles et trois jeunes gens trouvent refuge, entourés de leurs serviteurs, dans successivement deux luxueuses propriétés, quasi édéniques, quelque peu éloignées de la ville. Pour agrémenter leur séjour, ils décident que chacun d’entre eux devra raconter aux autres une nouvelle chaque jour – sauf le vendredi et le samedi, dédiés respectivement à la mémoire des souffrances du Christ et au repos. Donc, durant ce total de quatorze journées, ce sont cent nouvelles qui vont être racontées, cent histoires remarquables par leurs protagonistes et, surtout, leur dénouement.

L’Oncle aquatique et autres récits cosmicomics, Italo Calvino

Ecrit par Ivanne Rialland , le Jeudi, 29 Octobre 2015. , dans Italie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Récits, Folio (Gallimard)

L’Oncle aquatique et autres récits cosmicomics, septembre 2015, trad. de l’italien par Jean Thibaudeau (revue par Mario Fusco) et Jean-Paul Manganaro, 128 pages, 2 € . Ecrivain(s): Italo Calvino Edition: Folio (Gallimard)

Ce petit volume de la collection « Folio 2 € » reprend quatre récits précédemment parus dans le recueil Cosmicomics. Récits anciens et nouveaux (Folio, n°5666) : La distance de la Lune, L’oncle aquatique, Les dinosaures, Les filles de la Lune. Il les encadre d’une « note de l’auteur », publié originellement comme postface à la deuxième édition italienne de La memoria del mondo e altre storie cosmicomiche en 1975, et d’une chronologie biographique.

S’il n’est pas besoin d’une introduction pour apprécier la poésie de ces quatre contes, la lecture préalable de la note en précise toutefois la portée et en explique le dispositif. Calvino s’y explique ainsi sur le terme cosmicomics qualifiant ces récits : « Dans l’élément cosmique, pour moi, il n’y a pas tant le rappel de l’actualité “spatiale” que la tentation de me remettre en rapport avec quelque chose de bien plus ancien. Chez l’homme primitif et chez les classiques, le sens cosmique était l’attitude la plus naturelle ; nous, au contraire, pour affronter les choses trop grandes et sublimes nous avons besoin d’un écran, d’un filtre, et c’est là la fonction du comique ». Partant de la cosmologie moderne, le pari est de faire « jaillir de cet univers invisible et presque impensable des histoires capables d’évoquer des impressions élémentaires comme les mythes cosmogoniques des peuples de l’Antiquité ».

Le tort du soldat, Erri de Luca

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Lundi, 26 Octobre 2015. , dans Italie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Folio (Gallimard)

Le tort du soldat, novembre 2015, trad. de l’italien par Danièle Valin, 96 pages, 5,80 € . Ecrivain(s): Erri de Luca Edition: Folio (Gallimard)

 

Le tort du soldat est un court texte où s’imbriquent plusieurs histoires dont les éléments et les personnages s’opposent ou se font écho dans un jeu de contrastes et de décalages, de parallèles ou de variantes. Erri de Luca y interroge la nature humaine au travers de l’histoire de la shoah, tout en donnant à lire un monde où la nature s’ouvre sur le divin. Démultipliant les perspectives, il entremêle habilement les fils du réel – tant autobiographique qu’historique – et ceux de la fiction, tricotant un maillage souple et aéré qui laisse le lecteur se glisser entre les lignes.

L’argument de départ est simple. Un écrivain italien part dans les Dolomites pour s’adonner à sa passion de l’escalade, emportant avec lui les photocopies du manuscrit en yiddish dont il doit assurer la traduction. Il entre un soir dans une auberge pour y prendre une bière et se mettre au travail. A la table voisine, une femme l’observe et lui sourit en silence avant d’être rejointe par un vieil homme visiblement inquiet avec lequel elle s’entretient en allemand. Le couple finit par quitter l’auberge de manière précipitée, s’engouffrant dans une voiture blanche. Regagnant son hôtel, l’écrivain aperçoit au fond du ravin la carcasse blanche d’une voiture accidentée…

Où étiez-vous tous, Paolo di Paolo

Ecrit par Marie-Josée Desvignes , le Mercredi, 23 Septembre 2015. , dans Italie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Belfond

Où étiez-vous tous, traduit de l'italien Renaud Temperini, septembre 2015, 206 pages, 11,99 € . Ecrivain(s): Paolo di Paolo Edition: Belfond

 

Avec Où étiez-vous tous, Paolo di Paolo fait le portrait d’un homme et plus sûrement encore celui d’une époque.

Dans La Repubblica, Antonio Tabucchi a écrit : Plutôt que de le définir comme un roman de jeunesse, on peut voir dans « Où étiez-vous tous », le coup d’essai très réussi d’un art narratif engagé et mûr.

C’est l’histoire d’un père ? vieux, à la retraite donc, de l’enseignement et qui renverse un de ses anciens élèves qui lui fait un procès…

Prétexte à un retour en arrière sur la vie du narrateur Italo Tramontane, jeune étudiant en Histoire et celui d’une génération d’après-guerre. La note de l’auteur en fin d’ouvrage prend soin de signaler que « ce roman s’est au départ inspiré d’un fait divers. Un professeur exaspéré renverse deux élèves avec sa voiture » et que « au-delà de cette première idée, tout le reste est bien entendu le fruit de l’imagination »…

Poésie en forme de rose, Pier Paolo Pasolini (2ème article)

Ecrit par Marc Michiels (Le Mot et la Chose) , le Samedi, 19 Septembre 2015. , dans Italie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Poésie, Rivages poche

Poésie en forme de rose, mars 2015, traduit de l’italien par René de Ceccatty, édition bilingue, 496 pages, 12 € . Ecrivain(s): Pier Paolo Pasolini Edition: Rivages poche

 

« La mort ne consiste pas à ne pas pouvoir communiquer mais à ne plus pouvoir être compris ».

Pier Paolo Pasolini, écrivain, essayiste, poète, journaliste, témoin révolté des injustices sociales, cinéaste, se situant toujours en dehors des institutions, d’une « opposition pure », a su observer mieux que personne les interstices mouvants de la société italienne de l’après-guerre, et ce, jusqu’à son assassinat dans la nuit du 1er au 2 novembre 1975, sur la plage d’Ostie, à Rome. Soucieux d’une mise en scène de sa vie et de l’histoire de sa création, Pasolini croyait à la force symbolique du coup de poing – tendu – face au monde des hommes bien nés ! Croyait tout autant à la force symbolique du coup de point – reçu – par un excès d’amour, détachement sans fin des êtres aimés, irriguant l’idée de n’être, finalement, aimé de personne ! Publié au sommet de la gloire de l’écrivain en 1964, pendant le tournage de L’Évangile selon saint Matthieu et après celui de La Ricotta, Poésie en forme de rose fait réapparaître un écrivain dans la sphère de son intimité, témoignage d’une expérience individuelle marqué par les cicatrices de ses passions, hanté par une question essentielle : la poésie peut-elle dire la réalité dans l’espace des expériences poétique, politique et linguistique ?