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Science-fiction

Espace lointain, Jaroslav Melnik

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mardi, 26 Septembre 2017. , dans Science-fiction, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, La rentrée littéraire, Agullo Editions

Espace lointain, août 2017, 313 pages, 21,20 € . Ecrivain(s): Jaroslav Melnik Edition: Agullo Editions

 

Ce roman est un plaisir comme la SF nous en donnait naguère. Une idée directrice et le déroulement des conséquences qu’elle entraîne, qui va jusqu’au vertige d’un monde insondable. On revient aux fondamentaux de la SF, ceux de Poul Anderson, de Clifford Simak, Brian Aldiss ou Isaac Asimov.

Le monde est aveugle. Tous les habitants du monde. Mais – et c’est ce qui tient tout – ils ne le savent pas car ils ne savent pas qu’on peut voir. Ils naissent tous aveugles depuis la nuit (c’est bien le mot) des temps. L’univers s’est organisé en fonction : chaque individu vit dans son « espace proche », son environnement matériel immédiat et tout y est fait pour qu’il vive, qu’il subvienne à ses besoins. Quand un individu se déplace, il ne le fait pas dans l’espace en général mais dans et avec son espace proche. Personne n’a conscience ou perception de l’espace lointain – l’au-delà de lui-même et de ceux qui entrent dans son espace proche. Et ainsi va le monde. Les aveugles sont « heureux », ils vivent dans un univers sécurisé, rassurant, un univers qui ne les assaille pas de questions sur leur condition. Tout est prévu pour leur confort, balisé par des repères sonores pour leurs déplacements.

La Science du Disque-Monde IV : Le Jugement Dernier, Terry Pratchett, Ian Stewart & Jack Cohen

Ecrit par Didier Smal , le Mercredi, 11 Janvier 2017. , dans Science-fiction, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Iles britanniques, Roman

La Science du Disque-Monde IV : Le Jugement Dernier, L’Atalante, La Dentelle du Cygne, avril 2015, trad. anglais Patrick Couton, Lionel Davoust, 432 pages, 21 € . Ecrivain(s): Terry Pratchett, Ian Stewart & Jack Cohen

 

Pour apprécier La Science du Disque-Monde IV : Le Jugement Dernier à sa pleine et juste valeur, il conviendrait de réunir deux conditions : 1) être amateur des Annales du Disque-Monde ; 2) être amateur de vulgarisation scientifique (accessoirement, une troisième condition pourrait s’imposer : avoir lu les trois premiers volumes de La Science du Disque-Monde).

Si l’œuvre de Terry Pratchett (1948-2015), le plus grand auteur humoristique anglais depuis P.G. Wodehouse (dixit la formule promotionnelle habituelle), cette fantasy à la délirante inventivité verbale et scénaristique, laisse indifférent, autant passer son chemin ; si l’idée de lire des pages où il est question de théorie des cordes ou de la place de l’être humain dans l’univers révulse, idem. Par contre, si l’on est atteint de curiosité intense incurable, avec un esprit suffisamment retors pour rire en apprenant, alors, même si le nom de Pratchett est inconnu, il faut lire La Science du Disque-Monde IV : Le Jugement Dernier, au risque d’y prendre un plaisir sans mélange.

Sept secondes pour devenir un aigle, Thomas Day

Ecrit par Didier Smal , le Samedi, 19 Novembre 2016. , dans Science-fiction, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Folio (Gallimard)

Sept secondes pour devenir un aigle, septembre 2016, postface de Yannick Rumpala, 384 pages, 8,20 € . Ecrivain(s): Thomas Day Edition: Folio (Gallimard)

 

Thomas Day (1971) est un des chefs de file du renouveau de la science-fiction francophone, un de ceux qui lui a redonné vigueur et diversité de tons – on songe en particulier au cycle La Voie du Sabre, remarquable de documentation, d’imagination et, surtout, d’allant stylistique. Avec Sept secondes pour devenir un aigle, le présent recueil de nouvelles publié précédemment aux éditions Le Bélial’, il démontre l’étendue de son talent tout en s’attachant à faire vivre la veine spéculative de la science-fiction, celle qui a des préoccupations Terre-à-Terre, si l’on permet les majuscules, puisqu’elle descend des étoiles lointaines pour se demander ce qu’il va advenir de notre petite planète – pas dans des siècles, non, demain. Du coup, qu’on ne s’étonne pas si ces nouvelles se placent dans la droite ligne de Soleil Vert, Tous à Zanzibar ou encore Bleue comme une Orange : si la littérature post-apocalyptique des années cinquante et soixante imaginait la vie, l’humanité après qu’un imbécile a appuyé sur un gros bouton au fond d’un bunker, la même littérature, depuis les années soixante-dix environ, se demande surtout ce qu’il va advenir de l’humanité si elle continue à foncer droit dans le mur écologique (surpopulation, surconsommation, destruction environnementale) sans même se demander s’il existe une pédale de frein.

Terre, David Brin

Ecrit par Didier Smal , le Mercredi, 21 Septembre 2016. , dans Science-fiction, Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Roman

Terre, éd. Milady, janvier 2016, trad. anglais (USA) Michel Demuth, revu et corrigé par Tom Clegg, 920 pages, 12,90 € . Ecrivain(s): David Brin

 

Lire de la science-fiction dans sa variante anticipation proche, quand on s’intéresse à l’histoire du genre, revient dans les faits et la plupart du temps à lire des uchronies : l’an 2000 dans la science-fiction des années cinquante ou soixante est ainsi plutôt éloigné de ce que l’on a pu vivre ou vit encore aujourd’hui. Mais ça fait partie des charmes du genre, et tant pis si en 2001 aucune mission spatiale n’est partie à la rencontre d’un parallélépipède noir absorbant la lumière du côté de Jupiter… Donc, on (déc)ouvre Terre, le septième roman de l’auteur et scientifique américain David Brin (1950), publié en 1990, avec une relative appréhension : sa vision de 2038 est-elle encore plausible aujourd’hui, le lecteur ne risque-t-il pas de se lasser de l’histoire parce que les innovations proposées lui semblent tout à fait erronées voire dépassées (ou tellement farfelues qu’elles feraient rire aux éclats – ça arrive, et nous tairons les titres par charité) ? Globalement, la réponse est négative, tout reste plausible dans ce roman, malgré quelques exagérations que l’auteur lui-même revendique dans une postface intelligente ; ainsi, la montée du niveau des mers due au réchauffement climatique a été amplement exagérée – mais cela sert le propos narratif, nous y reviendrons.

Jules Verne en la Pléiade, avril 2016

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Mardi, 24 Mai 2016. , dans Science-fiction, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Aventures, La Pléiade Gallimard

. Ecrivain(s): Jules Verne Edition: La Pléiade Gallimard

 

Voyage au centre de la terre, écrit en 1864, témoigne de l’engouement de Verne – qui peut apparaître par certains aspects comme un écrivain fantastique – pour la science. Celle-ci est devenue, à cette époque, comme en témoigne Arvède Barine dans un ouvrage paru en 1898 (Névrosés, Hoffmann, Quincey, Edgar Poe, G. de Nerval), « l’alliée, et, plus encore, l’inspiratrice de l’écrivain fantastique » et ce également parce qu’« elle l’encourage à rêver de mondes imaginaires en lui parlant sans cesse de mondes ignorés », que l’on aurait pu juger parfaitement impossibles.

Les voyages extraordinaires : l’on se souvient que c’est le nom qu’a donné Pierre-Jules Hetzel à la collection créée par lui pour abriter la production romanesque de Verne, écrivain on ne peut plus prolifique, puisqu’il est l’auteur de près de deux cents romans, nouvelles, poèmes, essais, pièce de théâtre, livrets d’opérettes et d’opéras comiques, volumes d’histoire et de géographie…

Ainsi, pour donner forme à l’extraordinaire, Verne fait-il usage, de romanesque manière, de la façon qu’a la science – tout à la fois frémissante et toute-puissante – d’affleurer au quotidien, à cette époque, dans les découvertes qui lui donnent et son aura et son mystère… Ainsi en est-il, par exemple, de l’électricité.