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Moyen Orient

Les druzes de Belgrade, Rabee Jaber

Ecrit par Victoire NGuyen , le Mardi, 17 Février 2015. , dans Moyen Orient, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Pays arabes, Gallimard, En Vitrine

Les druzes de Belgrade, janvier 2015, traduit de l’Arabe (Liban) par Simon Corthay et Charlotte Woillez, 340 pages, 22,90 € . Ecrivain(s): Rabee Jaber Edition: Gallimard

 

Le temps de l’exil

Pour comprendre ce magnifique roman, il faut se replonger dans l’Histoire du Liban du 19e siècle lors des affrontements entre les Chrétiens Maronites et les Druzes. Ces derniers sont des Arabes dont la population vit aussi bien en Syrie, en Galilée, en Jordanie qu’au Liban. Les Druzes sont des musulmans qui appartiennent à une branche dérivée de l’Islam : l’Ismaélisme.

Le roman prend naissance dans les conflits préexistants avant le massacre des chrétiens par les Druzes en 1860, année à laquelle Hannan Jaacoub, le protagoniste de l’histoire, sera déporté vers les Balkans. En effet, les révoltes successives des paysans druzes du Mont-Liban contre les abus du gouverneur maronite entraînent les tueries des chrétiens à Damas où on comptait presque 5000 victimes dans la seule journée du 9 juillet 1860. Le roman s’y intéresse et l’auteur évoque effectivement cette tragédie dans les premières pages de son roman :

Automobile Club d’Egypte, Alaa El Aswany

Ecrit par Victoire NGuyen , le Vendredi, 05 Décembre 2014. , dans Moyen Orient, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Actes Sud

Automobile Club d’Egypte, février 2014, traduit de l’Arabe (Egypte) par Gilles Gauthier, 541 pages, 23,80 € . Ecrivain(s): Alaa El Aswany Edition: Actes Sud

 

Une histoire de l’Egypte pré-Nasser


A l’ouverture du roman, le lecteur assiste au départ d’un romancier, le double de l’auteur, vers sa résidence secondaire, loin de la ville tumultueuse du Caire. Parvenu à destination, il entend se reposer. Mais c’est peine perdue car aussitôt arrivé, il est dérangé dans son intimité par un couple aux allures pour le moins étranges. Ces derniers se présentent comme les personnages de son dernier roman :

« Monsieur, je vous prie de me croire. Je suis Kamel Hamam et voici ma sœur, Saliha. Dieu sait combien nous vous aimons. Ma sœur et moi sommes sortis de votre imagination pour entrer dans la vie réelle. Vous nous avez imaginés dans le roman. Vous vous êtes représenté notre vie dans tous ses détails puis vous avez mis cela par écrit. Lorsque la description d’un personnage parvient à un certain degré, celui-ci se met en quelque sorte à exister. Il passe de l’imagination à la réalité ».

Sept années de bonheur, Etgar Keret

Ecrit par Anne Morin , le Jeudi, 19 Juin 2014. , dans Moyen Orient, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, L'Olivier (Seuil)

Sept années de bonheur, traduit de l’anglais (Israël) par Jacqueline Huet et Jean-Pierre Carasso, 197 pages, 18 € . Ecrivain(s): Etgar Keret Edition: L'Olivier (Seuil)

 

« Pour ceux que cela intéresse, voici un aspect curieux de ma pitoyable personnalité que j’ai appris à connaître avec les années : quand il s’agit de prendre un engagement, il existe une relation directe, inversement proportionnelle, entre la proximité dans le temps de ce à quoi on me demande de m’engager et ma disposition à le faire. C’est ainsi, par exemple, que je risque de répondre poliment non à une demande bien modeste de ma femme – “Tu me préparerais une tasse de thé, s’il te plaît ?” – alors que je suis prêt à accepter généreusement d’aller acheter des provisions le lendemain. Je me porte volontaire sans hésiter pour aider un parent éloigné à déménager, du moment que c’est dans un mois, et si le délai de grâce passe six mois, je serais prêt à me battre à mains nues contre un ours polaire. Le seul ennui – mais de taille – de ce trait de caractère, c’est que le temps passe inexorablement et qu’à la fin, quand on se retrouve tremblant de froid, au beau milieu de la toundra gelée en Arctique, nez à nez avec un ours à la fourrure blanche qui montre les dents, on ne peut s’empêcher de se demander s’il n’aurait pas mieux valu tout simplement dire non six mois plus tôt » (p.149).

Adam et Thomas, Aharon Appelfeld

Ecrit par Anne Morin , le Lundi, 24 Mars 2014. , dans Moyen Orient, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Bassin méditerranéen, Jeunesse, L'école des loisirs

Adam et Thomas, traduit de l’hébreu par Valérie Zenatti, illustré par Philippe Dumas, 151 pages, 15 € . Ecrivain(s): Aharon Appelfeld Edition: L'école des loisirs

 

Premier livre pour enfants d’Aharon Appelfeld, Adam et Thomas est une fable sur la guerre et la persécution, le versant pour enfants de l’histoire d’Aharon Appelfeld lui-même qui a vécu, enfant, une longue période dans la forêt pour échapper aux traques nazies.

Cela commence comme un conte : la mère d’Adam entraîne son fils dans la forêt avec un sac plein du minimum vital. Avec la consigne de s’arranger pour la journée, et d’aller se cacher chez une certaine Diana si sa mère ne revient pas le chercher à la nuit. Mais la forêt n’est pas hostile : « N’aie crainte – lui dit sa mère –, tu connais notre forêt et tout ce qu’elle contient » (p.7). Ce sera l’antienne qui traversera tout le livre, ressassée par Adam.

A la nuit, au lieu de chercher refuge chez Diana, Adam fausse le cours des choses (?), préférant faire confiance à son destin et aux ressources de sa chère forêt, avoir confiance en le retour de sa mère, y croire.

Sinalcol, Le miroir brisé, Elias Khoury

Ecrit par Patryck Froissart , le Jeudi, 28 Novembre 2013. , dans Moyen Orient, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Sindbad, Actes Sud

Sinalcol, Le miroir brisé (Sînâlkûl), traduit de l’arabe libanais par Rania Samara, septembre 2013, 480 pages, 23,50 € . Ecrivain(s): Elias Khoury Edition: Sindbad, Actes Sud

 

L’histoire du Liban et de la mosaïque inextricable de communautés religieuses et de factions politiques, qui coexistent sur son petit territoire pris en tenaille entre Israël et la Syrie, est, pour le non-Libanais, une espèce de kaléidoscope tournant à grande vitesse en tous sens.

Ce roman bondissant d’Elias Khoury en est une puissante illustration.

Le récit commence par sa fin, au moment où le docteur Karim Chammas, le personnage central, qui vient d’avoir quarante ans, se prépare à quitter Beyrouth où il est revenu pour construire un hôpital à la demande de son frère Nassim, juste après la mort, dans des circonstances suspectes, de leur père.

Insomniaque, solitaire, dans la ville natale qu’une coupure de courant a plongée dans une obscurité zébrée par les éclairs des tirs d’une guerre civile qui vient de reprendre, en des fragments narratifs discontinus, faits d’excursions vagabondes dans l’espace et d’incursions désynchronisées dans le passé, Karim revit à la fois son retour à Beyrouth, sa vie antérieure en un pays déchiré, son départ, sa fuite, pour la France, son intégration et son mariage « là-bas » avec une Française.