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Moyen Orient

Le Pain, Toufic Youssef Aouad

Ecrit par Claire Mazaleyrat , le Vendredi, 20 Mars 2015. , dans Moyen Orient, Les Livres, Critiques, Livres décortiqués, La Une Livres, Bassin méditerranéen, Roman, Actes Sud

Le Pain, février 2015, traduit de l’arabe (Liban) par Fifi Abou Dib, 266 pages, 22 € . Ecrivain(s): Toufic Youssef Aouad Edition: Actes Sud

 

 

Un printemps arabe

La première édition du roman date de 1939, et sa nouvelle réédition chez Actes sud permet de mettre en lumière son importance littéraire et historique : Le Pain met en scène l’éveil du nationalisme arabe à travers la résistance héroïque de ses personnages au joug ottoman et à l’injustice sociale qui écrase le pays. En effet, Sami Assem, appelé frère Hanania par la Bande blanche dont il est le chef, est un jeune libanais qui organise des opérations de résistance à l’oppresseur turc, ce qui lui vaut d’abord la prison, dont il parvient à s’enfuir pour retrouver la clandestinité et la lutte armée contre l’envahisseur. Il est aidé de sa fiancée Zeina, personnage féminin plein de courage et de lumière, aux prises avec une belle-mère vénale et avec les lubriques desseins des hommes qui l’entourent.

La Cigogne, Akram Musallam

Ecrit par Claire Mazaleyrat , le Lundi, 09 Mars 2015. , dans Moyen Orient, Les Livres, Critiques, Livres décortiqués, La Une Livres, Bassin méditerranéen, Roman, Sindbad, Actes Sud

La Cigogne, janvier 2015, traduit de l’arabe (Palestine) par Stéphanie Dujols, 125 pages, 16,80 € . Ecrivain(s): Akram Musallam Edition: Sindbad, Actes Sud

 

« Il mourut sans lui révéler le secret des cailloux ! » lit-on en phrase liminaire du récit. L’homme qui se cache derrière le pronom, comme le secret de sa vie, ne sont révélés que très progressivement, entraînant le lecteur dans une quête de sens qui correspond à la tentative du personnage éponyme de comprendre le pays où il vit, et qui est tout entier tissé d’absurdités et de limites infranchissables.

C’est en effet sur un secret que s’ouvre ce mélancolique récit, et sur la tentative de « notre ami » la Cigogne pour percer celui des cailloux dans la jarre du grand-père, et de toute l’histoire de l’aïeul, qui se poursuit dans le roman. Le mystère qu’un enfant tente de percer en observant les gestes de son grand-père est nimbé d’une ingénuité dont ne se dépare pas vraiment la Cigogne devenu un homme mûr, et ce double regard de l’enfant et de l’homme fait participer du charme de ce petit roman teinté d’une ironie douce-amère.

Les innocents, Assaf Gavron

Ecrit par Martine L. Petauton , le Mardi, 03 Mars 2015. , dans Moyen Orient, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Bassin méditerranéen, Roman, Rivages

Les innocents, juillet 2014, traduit de l’Hébreu par Laurent Cohen, 650 pages, 25 € . Ecrivain(s): Assaf Gavron Edition: Rivages

« Maaleh Hermesh 3, une petite colline au milieu de nulle part, au milieu de partout, avec quelques rochers, des ronces et des âmes ». Une Implantation en Galilée, de nos jours, pas vraiment légale, un peu foutoir des vies des gens, des vies des Juifs, venus, ou revenus du vaste monde, ou bien de Tel-Aviv.

Pas loin de 700 pages pour dire, au fond, tout, ou presque de l’homme. Une gageure ? Plutôt un chef d’œuvre, un encore d’Assaf Gavron.

Livre bâti curieusement, comme si on nous faisait tourner en rond, dans les vies, les trajectoires du petit peuple des « implantés », dans l’Implantation elle-même, dont il copierait le plan mi-cylindrique, mi-labyrinthe. Manège fascinant, qui nous berce, ou nous malmène, selon les moments ; étrange et passionnant voyage au cœur du pays Juif : gens, bêtes, paysages, politiques, évènements macro ou micro. Passages presque épiques : « cette colline, ces vents, ce paysage antique… », en ce territoire dont Aharon Appelfeld dit qu’il n’y a pas au monde de lieu plus naturellement religieux, et la page derrière, vie quotidienne et loupe de l’entomologiste, puis, trois pincées de chapitres plus loin, des moments d’un humour à nous fendre le ventre. Tout est dans Gavron, qui connaît « ses » Juifs par tous les bouts, ne leur passe rien, et les console de tout !

Les druzes de Belgrade, Rabee Jaber

Ecrit par Victoire NGuyen , le Mardi, 17 Février 2015. , dans Moyen Orient, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Pays arabes, Gallimard

Les druzes de Belgrade, janvier 2015, traduit de l’Arabe (Liban) par Simon Corthay et Charlotte Woillez, 340 pages, 22,90 € . Ecrivain(s): Rabee Jaber Edition: Gallimard

 

Le temps de l’exil

Pour comprendre ce magnifique roman, il faut se replonger dans l’Histoire du Liban du 19e siècle lors des affrontements entre les Chrétiens Maronites et les Druzes. Ces derniers sont des Arabes dont la population vit aussi bien en Syrie, en Galilée, en Jordanie qu’au Liban. Les Druzes sont des musulmans qui appartiennent à une branche dérivée de l’Islam : l’Ismaélisme.

Le roman prend naissance dans les conflits préexistants avant le massacre des chrétiens par les Druzes en 1860, année à laquelle Hannan Jaacoub, le protagoniste de l’histoire, sera déporté vers les Balkans. En effet, les révoltes successives des paysans druzes du Mont-Liban contre les abus du gouverneur maronite entraînent les tueries des chrétiens à Damas où on comptait presque 5000 victimes dans la seule journée du 9 juillet 1860. Le roman s’y intéresse et l’auteur évoque effectivement cette tragédie dans les premières pages de son roman :

Automobile Club d’Egypte, Alaa El Aswany

Ecrit par Victoire NGuyen , le Vendredi, 05 Décembre 2014. , dans Moyen Orient, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Actes Sud

Automobile Club d’Egypte, février 2014, traduit de l’Arabe (Egypte) par Gilles Gauthier, 541 pages, 23,80 € . Ecrivain(s): Alaa El Aswany Edition: Actes Sud

 

Une histoire de l’Egypte pré-Nasser


A l’ouverture du roman, le lecteur assiste au départ d’un romancier, le double de l’auteur, vers sa résidence secondaire, loin de la ville tumultueuse du Caire. Parvenu à destination, il entend se reposer. Mais c’est peine perdue car aussitôt arrivé, il est dérangé dans son intimité par un couple aux allures pour le moins étranges. Ces derniers se présentent comme les personnages de son dernier roman :

« Monsieur, je vous prie de me croire. Je suis Kamel Hamam et voici ma sœur, Saliha. Dieu sait combien nous vous aimons. Ma sœur et moi sommes sortis de votre imagination pour entrer dans la vie réelle. Vous nous avez imaginés dans le roman. Vous vous êtes représenté notre vie dans tous ses détails puis vous avez mis cela par écrit. Lorsque la description d’un personnage parvient à un certain degré, celui-ci se met en quelque sorte à exister. Il passe de l’imagination à la réalité ».