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Actes Sud

Tétraméron, Les contes de Soledad, José Carlos Somoza

Ecrit par Marc Ossorguine , le Jeudi, 16 Avril 2015. , dans Actes Sud, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Espagne, Récits, Contes

Tétraméron, Les contes de Soledad, février 2015, traduit de l’espagnol par Marianne Million, 256 pages, 21,50 € . Ecrivain(s): José Carlos Somoza Edition: Actes Sud

José Carlos Somoza sera à la Comédie du livre de Montpellier les 29, 30 et 31 mai 2015

 

Etrange voyage littéraire que celui dans lequel nous emporte José Carlos Somoza, sur les pas de la jeune Soledad (dont le nom signifie solitude en espagnol) ! Soledad est un peu la cousine littéraire d’une certaine Alice, ce que suggère d’ailleurs l’illustration de couverture où une jeune fille passe par l’ouverture d’une page dans un livre ouvert, de l’autre côté du miroir que nous font les mots et les récits, les romans et les contes. Cousine encore plus proche peut-être d’Ofelia, l’héroïne du Labyrinthe de Pan, le beau et étrange film de Guillermo de Toro.

Partie avec la classe de son collège pour une excursion et la visite d’un ermitage, mais au milieu des collégiennes, avec leur veste d’uniforme au blason du collège et l’escorte des sœurs, Soledad est prise par un étrange sentiment, celui de ne pas exister, de n’être qu’un fantôme. Son existence physique, sa visibilité pour les autres lui semble tout d’un coup aussi évanescente que celle d’un personnage de fiction, de conte ou de roman jamais lu ou refermé et presque oublié, pourrait-on dire. A tel point qu’elle disparaît des comptages pourtant scrupuleux des sœurs…

Un vague sentiment de perte, Andrzej Stasiuk

Ecrit par Marie-Josée Desvignes , le Lundi, 13 Avril 2015. , dans Actes Sud, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Pays de l'Est, Récits

Un vague sentiment de perte, traduit du polonais par Margot Carlier février 2015, 96 pages, 12 € . Ecrivain(s): Andrzej Stasiuk Edition: Actes Sud

 

Quatre récits, quatre personnages, quatre disparus et un vibrant hommage pour chacun d’entre eux, c’est ce que donne à lire Un vague sentiment de perte de Andrzej Stasiuk.

Une grand-mère qui croit aux esprits et qui sans doute sera celle qui lui lèguera cet art du conte ; Augustin, l’ami, écrivain solitaire, retrouvé dans un talus pas encore mort mais presque et qui mourra seul dans sa chambre d’hôpital « avec vue sur la colline et le village » et « sans personne à ses côtés » ; une petite chienne et un ami de toujours, tous chers à l’auteur, vont prendre place dans chacun de ces récits.

« J’écris cette nécrologie canine ou plutôt ce souvenir à la mémoire d’un animal encore vivant car pour la première fois je suis amené à regarder aussi longtemps, de façon systématique et détaillée un être se transformer en un corps invalide puis finalement en cadavre ».

Nous l’appelions Em, Jerry Pinto

Ecrit par Martine L. Petauton , le Vendredi, 10 Avril 2015. , dans Actes Sud, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Asie, Roman

Nous l’appelions Em, février 2015, traduit de l’anglais (Inde) par Myriam Bellehigue, 260 pages, 22 € . Ecrivain(s): Jerry Pinto Edition: Actes Sud

 

Et l’enfer s’appela bipolarité…

« Je grandis en entendant dire que ma mère avait un problème de nerfs. Plus tard, on m’expliqua qu’il s’agissait d’une dépression nerveuse… on nous dit qu’elle était schizophrène… finalement, tout le monde s’accorda à dire qu’elle était maniaco-dépressive. Tout au long, elle n’utilisa pour elle-même qu’un seul mot : folle ».

Alors, adulte, il en fit un livre : sa mère, sa sœur, lui et son père, plus quelques autres, parents, amis, psychiatres, face à ce qu’on nomme maladie chronique bipolaire, et qu’on devrait plutôt nommer : monstre ou fauve, qui épuise, et terrorise, revient en boucle, et s’accroche. Un de ses proches mentalement atteint ; un drôle de voyage. Parce qu’il y a sa mère malade, et puis, eux tous, et encore le reste du monde qui regarde et juge. Une douleur fragmentée. Infinie, mâtinée pour autant ça et là de l’émotionnel « normal » et banal de toute vie. Et au bout, ce livre, magnifique, écrit de main de fils, avec la pudeur, l’humanité, le juste, que pas un documentaire ne parvient à rendre (tout en en étant pourtant un, et des meilleurs).

Le Pain, Toufic Youssef Aouad

Ecrit par Claire Mazaleyrat , le Vendredi, 20 Mars 2015. , dans Actes Sud, Les Livres, Critiques, Livres décortiqués, La Une Livres, Bassin méditerranéen, Roman, Moyen Orient

Le Pain, février 2015, traduit de l’arabe (Liban) par Fifi Abou Dib, 266 pages, 22 € . Ecrivain(s): Toufic Youssef Aouad Edition: Actes Sud

 

 

Un printemps arabe

La première édition du roman date de 1939, et sa nouvelle réédition chez Actes sud permet de mettre en lumière son importance littéraire et historique : Le Pain met en scène l’éveil du nationalisme arabe à travers la résistance héroïque de ses personnages au joug ottoman et à l’injustice sociale qui écrase le pays. En effet, Sami Assem, appelé frère Hanania par la Bande blanche dont il est le chef, est un jeune libanais qui organise des opérations de résistance à l’oppresseur turc, ce qui lui vaut d’abord la prison, dont il parvient à s’enfuir pour retrouver la clandestinité et la lutte armée contre l’envahisseur. Il est aidé de sa fiancée Zeina, personnage féminin plein de courage et de lumière, aux prises avec une belle-mère vénale et avec les lubriques desseins des hommes qui l’entourent.

Le principe, Jérôme Ferrari

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Lundi, 09 Mars 2015. , dans Actes Sud, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, En Vitrine

Le principe, mars 2015, 176 pages, 16,50 € . Ecrivain(s): Jérôme Ferrari Edition: Actes Sud

Certains attendaient sans doute ce dernier roman de Jérôme Ferrari comme on attend un roman « post-Goncourt » : impatients de savoir si l’auteur – qui avoua lui-même avoir le sentiment que son Sermon sur la chute de Rome achevait un cycle – saurait se renouveler, et avec bien sûr une exigence renforcée. Si on peut penser qu’un véritable écrivain écrit toujours le même livre s’ancrant en profondeur dans un univers propre, il ne l’écrit pas pour autant toujours de la même manière ; et les romans de cet auteur sont tous différents car chaque histoire en détermine la forme qui est partie intégrante de son sens, le septième ne faisant pas exception à la règle. Quant au style « ferrarien », reconnaissable entre tous comme le grain d’une voix pour l’amateur d’art lyrique, il connaît toujours des variations de rythmes et de tonalités d’un roman à l’autre et/ou au sein d’un même roman.

Le principe s’articule autour de la figure complexe d’un des fondateurs de la mécanique quantique, le physicien allemand Werner Heisenberg qui énonça ce fameux « principe d’incertitude » révolutionnant la physique classique en balayant ses « connaissances les mieux assurées », et qui poursuivit son enseignement et ses recherches sur l’atome au sein du IIIème Reich, y dirigeant même le programme d’armement nucléaire nazi. Jérôme Ferrari s’aventure ainsi dans un genre nouveau pour lui, celui de la biographie, ou plus exactement de la fiction biographique.