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Actes Sud

Les Fantômes de Shearwater, Charlotte McConaghy (par Didier Smal)

Ecrit par Didier Smal , le Mardi, 03 Novembre 2026. , dans Actes Sud, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Océanie, Cette semaine

Les Fantômes de Shearwater, Charlotte McConaghy, traduit de l’anglais (Australie) par Marie Chaubin, Actes Sud, janvier 2026, 384 pages, 23,50 €

 

Pour les amateurs de rock américain, Shearwater est un groupe dont le dernier album en date, The New World, est la merveille qu’on attend de lui depuis 2001 ; pour les amateurs d’ornithologie, shearwater se traduit par puffin, et il n’est pourtant que peu question de cette espèce aviaire dans le troisième roman publié de Charlotte McConaghy, autrice australienne connue pour son intérêt à l’encontre des questions environnementales ; elle écrit dans le genre cli-fi (climatic fiction, sous-genre de la SF évoquant les questions liées au changement climatique), qu’il s’agisse d’évoquer la sixième extinction de masse et ses conséquences (Migrations, 2020) ou d’évoquer la problématique du réensauvagement, avec la réintroduction du loup en Écosse (Je pleure encore la beauté du monde, 2023).

Son troisième roman, Les Fantômes de Shearwater, appartient aussi au genre de la cli-fi, genre qui chez McConaghy prend la forme d’un cheminement intime : comment un ou des individus réagissent-ils face à un monde en mutation, voire un monde ayant déjà mué ? Ici, il s’agit d’une famille, composée de Dominic Salt et ses trois enfants, ayant en charge le gardiennage d’une île fictive, Shearwater, inspirée de la bien réelle Macquarie, une île subantarctique située à mi-chemin entre la Tasmanie et l’Antarctique, et sur laquelle l’autrice a transporté une réserve de semences librement inspirée de celle du Svalbard (elle aussi en danger, soit dit en passant). L’enjeu est de taille : les scientifiques ont tous quitté l’île, laissant à la famille Salt entre autres la responsabilité de préparer les semences à emporter avant que l’île soit sous eau.

La Route de Roswell, Connie Willis (par Didier Smal)

Ecrit par Didier Smal , le Mardi, 25 Août 2026. , dans Actes Sud, Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Roman, En Vitrine, Cette semaine

La Route de Roswell, Connie Willis, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Pierre Simon, Actes Sud, juin 2026, 432 pages, 23,50 € Edition: Actes Sud

 

Connie Willis est entre autres l’autrice d’une série de romans mettant en scène des historiens de l’illustre Oxford voyageant dans le temps, avec toutes les conséquences que cela peut avoir, tant sur leurs esprits que sur le monde, avec tout le risque d’uchronie que cela comporte. Avec un humour pince-sans-rire qui pourrait la faire passer pour anglaise (quiconque n’a pas ri aux éclats en lisant Sans parler du chien doit impérativement procéder à un bilan neurologique), Willis montre des historiens dont les études peuvent mener à de graves dangers – étudier Pearl Harbor, c’est s’y rendre… Cette série lui a valu d’être primée par la sainte trinité des amateurs de SF : le Nebula, le Hugo et le Locus. C’est dire si son œuvre est de qualité, et si on attend chaque nouveau roman avec délectation

Rococo Notes, Fabio Viscogliosi (par Gilles Cervera)

Ecrit par Gilles Cervera , le Mardi, 07 Juillet 2026. , dans Actes Sud, Les Livres, Les Chroniques, La Une CED

rococo notes, fabio viscogliosi, actes sud, 251 pp, 26€

Caféine et dons d’âne

L’auteur sait que son patronyme ne reste pas dans les mémoires si facilement : Où que j’aille en France, le mien m’a longtemps posé problème. Trop bizarre, trop compliqué, on le raccourcissait ou l’écorchait sans cesse, me souhaitant bon courage dans la vie, avec un nom pareil.

Retenez-le, apprenez-le, relisez-le à l’orée de ce papier consacré aux Rococo Notes de Fabio Viscogliosi. Répétons : Vis co gli o si !

L’auteur touche sa bille, a toutes les cordes à son arc, tous les claviers sous les doigts, toutes les palettes aux yeux. Si la littérature est swing, son livre l’est, et ce, depuis un certain temps ! L’âge est là, il ne nous cache rien : Avec l’âge, ma main s’est mise à trembler. Plus ou moins selon les heures. « Tremblement essentiel », disent les spécialistes, comme s’il s’agissait de rappeler que la ligne droite n’existe jamais vraiment.

Simple comme un trait ou un rapport de son et d’échelle : En fin de compte, la réalité est-elle autre chose qu’un rapport d’échelle ?

Très brève théorie de l’enfer, Jérôme Ferrari (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 07 Mai 2026. , dans Actes Sud, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Très brève théorie de l’enfer, Jérôme Ferrari, Actes Sud mars 2026, 148 p. 16,50 € . Ecrivain(s): Jérôme Ferrari Edition: Actes Sud

 

L’enfer est vide, tous les démons sont ici

(William Shakespeare, La Tempête)


La beauté sombre et âpre de ce roman s’empare peu à peu du cœur du lecteur et s’y installe comme une leçon de Ténèbres. Jérôme Ferrari est au sommet de l’art du roman et sa maestria porte cet ouvrage jusqu’à la perfection. Il y encadre une métaphore de la condition humaine dans un thrène lancinant, bouleversant. Les êtres qui errent dans cette dérive désespérante renvoient, à chaque coin de phrase, aux errances de notre destin.

L’incipit est un introït de messe de Requiem aux damnés de la Terre :

American Spirits, Russell Banks (par Didier Smal)

Ecrit par Didier Smal , le Jeudi, 07 Mai 2026. , dans Actes Sud, Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Roman

American Spirits, Russell Banks, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Pierre Furlan, Actes Sud, février 2026, 256 pages, 22,80 € . Ecrivain(s): Russel Banks Edition: Actes Sud

 

Il est désagréable de parler de Russell Banks au passé, même si on n’a pas lu son œuvre dans son intégralité : entre autres, il est et restera le président du regretté Parlement des Écrivains, et ce titre lui va comme un gant. A-t-on envie de disserter sur l’œuvre de Russell Banks ? Non. Juste dire qu’au moins trois de ses romans persistent dans l’esprit du lecteur amateur de ces histoires de l’Amérique au niveau des histoires de Springsteen – et c’est un fameux compliment. Allez, pour le plaisir : La Relation de mon emprisonnement, De Beaux lendemains et American Darling. Et on feint d’en oublier quatre ou cinq du même tonneau.

Mais il n’y en aura plus d’autres, donc, et Americain Spirits, recueil de trois nouvelles, est la dernière fois que le nom de Russell Banks apparaît dans le fil de l’actualité littéraire – mais quelle belle queue de comète ! En effet, c’est un peu comme pour l’œuvre de certains auteurs que la Faucheuse n’a pas pris par surprise : l’impression que Banks a ramassé en trois brefs récits aussi puissants qu’un poing volant à toute allure tout ce qui est constitutif de son œuvre, avec au premier plan cette question lancinante que semble poser à l’Amérique une bonne partie de l’œuvre de Banks :