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Cheyne Editeur


Cheyne éditeur est une maison d'édition française indépendante créée en 1980 par Jean-François Manier, spécialisée dans la poésie contemporaine. Si elle s'est fait connaître du grand public à la suite du succès de Matin Brun, la nouvelle de Franck Pavloff, elle cherche avant tout à faire entendre aujourd'hui et à travers des œuvres maintenant reconnues, « une tonalité poétique singulière, où l’expression d’une expérience intérieure rejoint volontiers le questionnement des formes1».

 


Livrés aux géographes, Jacques Vandenschrick, (par Philippe Leuckx)

Ecrit par Philippe Leuckx , le Vendredi, 22 Novembre 2019. , dans Cheyne Editeur, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Poésie

Livrés aux géographes, Jacques Vandenschrick, 2018, 64 pages, 17 € Edition: Cheyne Editeur

 

Jacques Vandenschrick, né en 1943, signe son onzième livre de poésie. Romaniste, italianiste, chroniqueur de longue date à la Revue nouvelle, critique littéraire, il est le seul poète belge d’importance à n’avoir jamais été publié en Belgique, puisque toute l’œuvre a été publiée chez Cheyne, et ce, depuis Vers l’élégie obscure en 1986. Prix triennal de poésie en 1998, il a également reçu d’autres prix importants : le René-Lyr, le Claude-Sernet, le Louise-Labé. Ses titres évoquent élégie, nostalgie de la montagne, mélancolie foncière, dans le droit fil de la poésie d’un Rilke ou d’un Jaccottet.

Mais il y a chez ce Belge une densité rare d’aire poétique, un lexique particulier, un univers forcément identifiable : le gabarit de 40 poèmes pour chaque livre ; les lexèmes des territoires enneigés, entre bergerie et hauts sommets ; des morts proches gravées loin dans le vers. Voilà sans doute – depuis le décès de Schmitz, et avant, de Falaise, et de Kinet – notre plus grand poète, mais si longtemps méconnu à cause justement d’un ancrage éditorial qui fait fi de la Belgique.

Les Hautes Herbes, Hubert Voignier (par François Baillon)

Ecrit par François Baillon , le Mardi, 25 Juin 2019. , dans Cheyne Editeur, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Poésie, Voyages

Les Hautes Herbes, 64 pages, 17 € . Ecrivain(s): Hubert Voignier Edition: Cheyne Editeur

 

Ce qui interpelle de prime abord est la très belle plastique du livre, soignée, relevée par des reliefs sur la couverture autant qu’à l’intérieur des pages, via les illustrations de hautes herbes (splendide travail dû à Estelle Aguelon) qui, à elles seules, savent nous emmener dans l’entremêlement infini des feuilles et des tiges qui peuplent l’ouvrage entier.

Il s’agit d’une progression en quatre mouvements : la référence au champ lexical de la musique se justifie pleinement, tant la langue d’Hubert Voignier est maîtrisée, riche, magnifiquement nuancée dans son rythme – il est impossible de résister au courant de sa prose poétique une fois que nous nous sommes lancés, tant l’immersion dans le monde végétal se fait le reflet d’une vie intérieure intense. Le déferlement de nature qui nous submerge et nous anime en même temps semble trouver son apothéose dans le troisième mouvement, avec l’arrivée des mauvaises herbes et leur « mouvement d’émancipation naturelle », leur « débordement de vie, anarchique et frondeur » [p.38].

Les gens comme ça va, Dominique Sorrente

Ecrit par France Burghelle Rey , le Mardi, 16 Janvier 2018. , dans Cheyne Editeur, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Poésie

Les gens comme ça va, juin 2017, 17 € . Ecrivain(s): Dominique Sorrente Edition: Cheyne Editeur

Né « au lendemain des attentats du 7 janvier 2015 à Paris », comme l’annonce le préambule, le nouveau recueil de Dominique Sorrente est le septième de son auteur aux éditions Cheyne. Le poète, qui vit à Marseille, a reçu de nombreux prix (Antonin Artaud et Georges Perros entre autres), est également passeur de poésie avec le collectif Le Scriptorium qu’il anime dans sa ville depuis 1999 et grâce auquel il veut favoriser la présence de la poésie au cœur de la vie citoyenne.

La première partie du recueil qui en comprend sept s’intitule d’une façon volontairement fautive Ils sont les gens. Cette présentation naïve ainsi que les premières pages ne sont pas sans rappeler aux lecteurs sexagénaires un titre comme Il y a des gens de toutes sortes, qui appartenait à la collection des magiques petits livres d’or. On pouvait y découvrir les gens bons, les gens méchants, les beaux, les laids, etc. Ici les énumérations réalistes, humoristiques ont, mutatis mutandis, le même pittoresque efficace qui mêle l’étrange au banal et qui donne envie de tourner les pages. Ainsi après la description de ces gens « pète-secs, rêvasseurs, pisse-drus », passe-t-on à une écriture narrative où on les voit vivre à tous les âges :

Comme un morceau de nuit, Déborah Heissler

Ecrit par Didier Bazy , le Vendredi, 15 Juin 2012. , dans Cheyne Editeur, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Poésie

Comme un morceau de nuit, découpé dans son étoffe, 2010, 57 p. 15 € . Ecrivain(s): Déborah Heissler Edition: Cheyne Editeur

 

Comme un morceau de nuit, découpé dans son étoffe s’ouvre en silence et se clôt en Et déjà la nuit.

En quatre stances libres : entrevoir, silence, image fixe, scène de nuit.

Déborah Heissler promène les sens, tous les sens, aux frontières conjonctives de l’orient et de l’occident, éloge de l’ombre lumineuse, de la nuit claire, sans oxymore, à l’orée de l’être, là où les sons et les sens se rencontrent, inouïs, en une présence qui sort du texte.

Le poète ne capte rien, ne combine rien, il laisse être l’être.

Elle (le poète) dit le dit, pas son fait, le simple dit dans sa nudité vraie, sans fard ; elle dévoile ses choses et ses choses parlent. Des choses à la Ponge : abricotiers, papillons, herbe, forêts, nuages, pommiers, églantier, guêpes, fruits sauvages, vigne vierge, écorce, mousse, lichen, tilleul…

Et ses mots sont autant d’images, et les stances autant d’estampes : montagnes bleues, eau vivante, ciel gris, air frais…

Nous y sommes.