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La Table Ronde

Maison fondée en 1944 par Roland Laudenbach et ainsi nommée par Jean Cocteau.

 


Pardon pour l’Amérique, Philippe Rahmy (par Philippe Leuckx)

Ecrit par Philippe Leuckx , le Jeudi, 06 Septembre 2018. , dans La Table Ronde, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Récits, La rentrée littéraire

Pardon pour l’Amérique, août 2018, 320 pages, 22 € . Ecrivain(s): Philippe Rahmy Edition: La Table Ronde

 

Philippe Rahmy nous a quittés il y a un an. Il rentrait de son voyage en Floride profonde. Vient juste de paraître Pardon pour l’Amérique, un récit terrifiant. Nous avions, pour La Cause Littéraire, évoqué les vertus de Allegra et Monarques. L’acuité du regard de ce grand voyageur (à l’affût sensible des gens et de leur milieu) plonge à vif dans une Amérique meurtrie, et ses déglingues à quelques encablures de la jet-set. L’expérience à vif nous offre des tableaux inouïs de réalisme et d’horreur économique et sociale. Ainsi des ouvrières mexicaines, rabattues à grand renfort d’arguments spécieux, ramassent des tomates engluées de pesticides frais (une heure à peine après l’arrosage massif, alors que vingt-quatre heures au moins sont requises) : la Floride profonde, profonde de notre époque, se dévoile. Depuis 2004, les pesticides ont généré nombre de naissances à malformations dans les populations latinos. Ailleurs, des coups de fouet pour les ouvriers-enfants malhabiles ! Ailleurs, des prisons à perte de vue : 97% de détenus noirs y sont pour des délits mineurs (trafic de drogue…) ! Ah non, ce n’est pas l’Amérique selon Kerouac ou London. C’est retour à toutes blindes à celle de Steinbeck de 1939 (Les Raisins de la colère) !

Matières Fermées, William Cliff

Ecrit par Philippe Leuckx , le Mercredi, 15 Août 2018. , dans La Table Ronde, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Poésie

Matières Fermées, mars 2018, 256 pages, 16 € . Ecrivain(s): William Cliff Edition: La Table Ronde

 

Deux cent dix-sept sonnets, disposés en huit « liasses » de textes, relatent l’ordinaire de la vie passée et présente de l’auteur belge, naguère publié chez Gallimard, dont l’incipit commence mal : « Me voilà déjeté… honni » ; qui se clôt sur le terme « oblivion » (ignoré par le petit Robert) ; entre les deux, pour combler la dose de haine ressentie et l’oubli inévitable qu’un sommeil peut accomplir, le temps d’une nuit de répit.

Dans une langue, qui prend son temps, pâte épaisse, toute de participes présents et de conjonctives, densément syntaxique, le poète de Gembloux (qu’il honore de nombre de mentions) retrace l’enfance, l’adolescence, les années de formation et de déformation (Petit-Séminaire…), les « sujets » au travail de ses parents, son « pauvre corps abattu, abîmé », ses amours, ses rencontres de hasard, de fortune, la voyoucratie qu’il exècre, ces impolitesses notoires dont sont victimes les voyageurs de train : « un malotru orné de deux donzelles/ monta et fit sonner des musiques “nouvelles”/ dont il voulait nous imposer le plein régime » (p.141).

Sud, Didier Ben Loulou

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Mercredi, 20 Juin 2018. , dans La Table Ronde, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Arts, Voyages

Sud, mai 2018, 96 pages, 24 € . Ecrivain(s): Didier Ben Loulou Edition: La Table Ronde

 

Sous les latitudes du soleil

Ce beau livre de photographies, sans texte ni commentaire, a pour seuls référents des dates, des lieux, des localités ou des portraits. Il s’agit peut-être de perpétuation de mythes plutôt que d’images artificielles prises de l’objectif d’un appareil quelconque. Les êtres y sont partie prenante car nés de pierres qui s’effritent, corrodées par le soleil, le sel et le temps. Chez Didier Ben Loulou, la couleur porte en elle sa signification propre. La source lumineuse, irrégulière, vient de l’émission de plusieurs spectres, et il en résulte de fortes concentrations ombrées. La température des saisons se lit comme un paysage, celui du sud de notre planète. Le jaune en est la teinte-relais mais n’est pas non plus le chromatisme dominant ; cette couleur phare laisse la place à l’ambré, au blond, au safrané, à l’ocre, au fauve, au terreux et au rouge sang.

À mon très cher ami. Petite anthologie des dédicaces de la littérature française, réunies et présentées par Jean-Christophe Napias

Ecrit par Gilles Banderier , le Lundi, 15 Janvier 2018. , dans La Table Ronde, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Anthologie

À mon très cher ami. Petite anthologie des dédicaces de la littérature française, novembre 2017, 608 pages, 19,50 € Edition: La Table Ronde

 

Le fait de dédier un livre à quelqu’un est une pratique ancienne, remontant à l’Antiquité. Saint Luc, un écrivain hellénisé, a dédié son évangile et les Actes des Apôtres à un certain Théophile, dont on a discuté s’il avait véritablement existé (pourquoi ne serait-ce pas le cas ?) ou s’il s’agissait d’une sorte de pseudonyme collectif. Quoi qu’il en ait été, nombreux sont les dédicataires dont le souvenir ne se conserve que grâce aux livres qui leur furent offerts. Seuls les spécialistes d’histoire anglaise, et encore, connaîtraient le comte de Southampton, Henry Wriothesley (1573-1624), si Shakespeare ne lui avait pas dédié des poèmes. Qui aurait entendu parler d’Alfonso Diego López de Zuñiga y Sotomayor, duc de Béjar, s’il n’était le dédicataire de deux œuvres majeures de la littérature ibérique (la première partie du Don Quichotte et les Solitudes de Góngora) ? On ne rencontre que rarement le nom de Léon Werth en dehors du Petit Prince.

Le Bon Cœur, Michel Bernard

Ecrit par Philippe Chauché , le Mercredi, 10 Janvier 2018. , dans La Table Ronde, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Le Bon Cœur, janvier 2018, 240 pages, 20 € . Ecrivain(s): Michel Bernard Edition: La Table Ronde

« Les sons et les mouvements de la nuit ne les inquiétaient plus. Leurs sens s’étaient habitués. Le hululement d’un hibou sur son territoire de chasse, suave et prenant, la solitude d’un chêne, son orbe découplé sur la nuit, le vol errant d’une chauve-souris, étaient les signes d’amitié de la forêt. Ils avançaient comme des ombres dans un rêve, et c’était le rêve de la jeune fille ».

Le Bon Cœur est le roman d’une jeune paysanne dont le prénom deviendra un nom, et dont le nom inspira historiens, musiciens et cinéastes : Jeanne d’Arc. De Jules Michelet à Georges Duby, de Joseph Delteil à Anatole France, de Dreyer à Victor Fleming et Otto Preminger, de Robert Bresson à Jacques Rivette, sans oublier Gérard Manset, avec une passion commune, saisir le visible et l’invisible, faire voir ce qui a fait de l’histoire de Jeannette de Domremy une histoire française. Le Bon Cœur fait entendre l’histoire de la reconquête du Royaume de France, et une voix singulière et unique, qui résonne, comme celles qu’elle a entendues avant de se lancer dans cette aventure, les voix font parfois l’Histoire et souvent les grands livres. Cette voix singulière est aussi celle du roman de Michel Bernard, il conte avec finesse cette folle épopée française, qui la conduit à Orléans et à Reims, avant de tomber dans les mains des Bourguignons et des Anglais, cette traversée de l’Histoire, et des histoires, cette guerre de reconquête et de mots, où l’héroïne insaisissable et troublante écrit une Histoire nouvelle, les armes à la main.