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La Table Ronde

Maison fondée en 1944 par Roland Laudenbach et ainsi nommée par Jean Cocteau.

 


Puta Madre, Patrick Besson

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) , le Samedi, 21 Février 2015. , dans La Table Ronde, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Puta Madre, octobre 2014, 192 pages, 7,10 € . Ecrivain(s): Patrick Besson Edition: La Table Ronde

 

Polar écrit au rythme soutenu d’un roman qui vous emporte, Puta Madre laisse un bonheur de lecture inaltérable. Le style & le rythme de l’écrivain captivent le lecteur. Patrick Besson a un style personnel dont le rythme marque par sa fluidité et ses rebondissements, sa concision, sa vitesse de F1 jouant avec brio avec le sens de la formule.

Les passages ne manquent pas où l’humour décalé refait le monde, dans le récit, dans la voix de l’auteur, dans les répliques (plus que des dialogues) et les pensées des personnages :

« – En ce moment, vous êtes marié ou divorcé ? – Il faudrait que je consulte mon avocat afin de ne pas dire de bêtises » / « Notre histoire d’amour aura duré six ans, ce n’est pas si mal. C’est deux fois plus que dans le film de Beigbeder ».

Les personnages séduisent par l’immaturité de leur comportement (« Il la prit dans un demi-sommeil béat, puis elle alluma une cigarette. Les ados fument pour être adultes et on reconnaît les adultes restés ados à ce qu’ils fument » ; aussi par leur humour (rehaussant la beauté comme presque poétique de certaines phrases : « Le champagne n’est pas de l’alcool, c’est de l’eau avec un sourire à l’intérieur »).

Demain Berlin, Oscar Coop-Phane

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) , le Vendredi, 28 Novembre 2014. , dans La Table Ronde, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Demain Berlin, coll. La petite vermillon, préface de Frédéric Beigbeder, septembre 2014, 163 pages, 7,10 € . Ecrivain(s): Oscar Coop-Phane Edition: La Table Ronde

 

Le moteur de Demain Berlin tourne à plein régime à la page 66, quand l’auteur écrit :

Qu’allait-il faire maintenant que ses habitudes étaient bien empilées tout autour de lui ? Devait-il se contenter de les regarder, tous ces petits gestes indépendants, si indépendants qu’ils se déplaçaient tout seuls, comme des bestioles motorisées, sans qu’il ait besoin de les conduire ? Il les avait si bien polies, il les avait serrées si fort entre ses paumes, qu’elles étaient comme hors de lui toutes ces petites habitudes de vie. L’enthousiasme du rituel que l’on crée décapité par la tristesse de l’habitude. Et, au milieu de toute cette viande sale, Tobias s’ennuyait.

Cet extrait résume la course éperdue que mènent les trois adolescents Tobias, Franz et Armand, jeunes paumés épris d’absolu, en lutte contre la routine quotidienne dont le lecteur suit les dérives et les déceptions au long de la première partie, L’éloignement des peines. Ils semblent en effet tout tenter pour sortir de cette fuite en avant qui les emporte toujours plus loin au-delà de leurs désirs, écorchés / blessés / insatiables épris de Liberté.

L’idiot du palais, Bruno Deniel-Laurent

Ecrit par Patryck Froissart , le Mercredi, 01 Octobre 2014. , dans La Table Ronde, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, La rentrée littéraire

L’idiot du palais, août 2014, 140 pages, 16 € . Ecrivain(s): Bruno Deniel-Laurent Edition: La Table Ronde

 

Ce court roman traite de façon crue des rapports de force entre les nantis et ceux qui n’ont rien.

Certes la toute-puissance de l’argent n’est pas spécifique de notre époque, mais l’auteur nous introduit dans ces kystes modernes d’omnipotence qui ont tendance à s’incruster un peu partout, à se généraliser, à se mondialiser par-delà toute forme de frontière.

En l’occurrence, on dénonce ici, en usant évidemment du filtre fictionnel, l’installation en toute légalité, en France par exemple, de nababs venus d’ailleurs, qui rachètent de luxueux hôtels particuliers où ils entretiennent en permanence, pour les y accueillir dignement lors de leurs séjours plus ou moins brefs dans l’hexagone, un régiment de domestiques recrutés aux quatre coins du monde, sur lesquels règnent en maîtres absolus les régisseurs de ces maisons, closes aux regards et aux intrusions, dont l’auteur décrit les rouages d’une organisation et d’une vie quotidienne échappant aux lois de la République.

Trilogie de Corfou, Gerald Durrell

Ecrit par Ivanne Rialland , le Mardi, 01 Juillet 2014. , dans La Table Ronde, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Ma famille et autres animaux et Oiseaux, bêtes et grandes personnes, traduits par Léo Lack, Le Jardin des dieux, traduit par Cécile Arnaud, avril 2014, 400, 352 et 304 pages, 14 € chaque volume . Ecrivain(s): Gerald Durrell Edition: La Table Ronde

 

Fuyant un maussade été anglais, la famille Durrell part pour Corfou, où elle restera cinq années idylliques, racontées par le plus jeune de la fratrie, Gerald. Âgé d’une dizaine d’années, le futur naturaliste évoque avec nostalgie son émerveillement pour la faune de Corfou. Féeries dans l’île : le titre choisi lors de la première parution française du volume inaugural de la trilogie (en 1958, chez Stock) rend bien compte de l’atmosphère enchantée de ce séjour qui semble baigné d’un éternel été.

Il masquait cependant la fantaisie et l’humour de l’ouvrage, rendu par la traduction ici littérale du titre anglais : Ma famille et autres animaux. Comme l’explique en effet Gerald Durrell dans sa préface, après avoir introduit les pittoresques membres de sa famille dans ce qui devait être un « exposé […] sur l’histoire naturelle de l’île », « ils s’y installèrent et invitèrent divers amis à partager avec eux les chapitres suivants ». Ce sont ces figures amicales qui dominent d’ailleurs le dernier volume, inédit en français, proposé par La Table ronde dans une traduction de Céline Arnaud. Les deux premiers volumes reprennent pour leur part dans une version révisée la traduction de Léo Lack, publiée pour la première fois aux éditions Stock, respectivement en 1958 et 1970.

La parole humiliée, Jacques Ellul

Ecrit par Olivier Bleuez , le Mercredi, 04 Juin 2014. , dans La Table Ronde, Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres

La parole humiliée, Éd. La Table Ronde, La Petite Vermillon, février 2014, 423 pages, 10,20 € . Ecrivain(s): Jacques Ellul Edition: La Table Ronde

 

Jacques Ellul est un grand penseur de la technique et cela se ressent dans cet essai, même si l’objet principal de celui-ci n’est pas l’envahissement de notre monde par la technique mais plutôt la différence entre image et parole. Il est vrai que cette différence, ce déséquilibre en faveur de l’image, est en partie dû à l’avènement de techniques étendues aux masses.

Ce que défend Ellul peut être condensé dans cette citation (page 45) : « La parole est seule relative à la Vérité. L’image est seulement relative à la réalité ».

C’est souvent un cliché d’affirmer l’aspect prémonitoire de ce qu’écrit un penseur. Mais ici, force est de constater que pour un livre écrit en 1979 (bien avant le règne mondial du numérique), nombre de paragraphes nous éclairent encore sur notre monde actuel. En voici deux exemples parmi les plus impressionnants :