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La Table Ronde

Maison fondée en 1944 par Roland Laudenbach et ainsi nommée par Jean Cocteau.

 


Demain Berlin, Oscar Coop-Phane

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) , le Vendredi, 28 Novembre 2014. , dans La Table Ronde, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Demain Berlin, coll. La petite vermillon, préface de Frédéric Beigbeder, septembre 2014, 163 pages, 7,10 € . Ecrivain(s): Oscar Coop-Phane Edition: La Table Ronde

 

Le moteur de Demain Berlin tourne à plein régime à la page 66, quand l’auteur écrit :

Qu’allait-il faire maintenant que ses habitudes étaient bien empilées tout autour de lui ? Devait-il se contenter de les regarder, tous ces petits gestes indépendants, si indépendants qu’ils se déplaçaient tout seuls, comme des bestioles motorisées, sans qu’il ait besoin de les conduire ? Il les avait si bien polies, il les avait serrées si fort entre ses paumes, qu’elles étaient comme hors de lui toutes ces petites habitudes de vie. L’enthousiasme du rituel que l’on crée décapité par la tristesse de l’habitude. Et, au milieu de toute cette viande sale, Tobias s’ennuyait.

Cet extrait résume la course éperdue que mènent les trois adolescents Tobias, Franz et Armand, jeunes paumés épris d’absolu, en lutte contre la routine quotidienne dont le lecteur suit les dérives et les déceptions au long de la première partie, L’éloignement des peines. Ils semblent en effet tout tenter pour sortir de cette fuite en avant qui les emporte toujours plus loin au-delà de leurs désirs, écorchés / blessés / insatiables épris de Liberté.

L’idiot du palais, Bruno Deniel-Laurent

Ecrit par Patryck Froissart , le Mercredi, 01 Octobre 2014. , dans La Table Ronde, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, La rentrée littéraire

L’idiot du palais, août 2014, 140 pages, 16 € . Ecrivain(s): Bruno Deniel-Laurent Edition: La Table Ronde

 

Ce court roman traite de façon crue des rapports de force entre les nantis et ceux qui n’ont rien.

Certes la toute-puissance de l’argent n’est pas spécifique de notre époque, mais l’auteur nous introduit dans ces kystes modernes d’omnipotence qui ont tendance à s’incruster un peu partout, à se généraliser, à se mondialiser par-delà toute forme de frontière.

En l’occurrence, on dénonce ici, en usant évidemment du filtre fictionnel, l’installation en toute légalité, en France par exemple, de nababs venus d’ailleurs, qui rachètent de luxueux hôtels particuliers où ils entretiennent en permanence, pour les y accueillir dignement lors de leurs séjours plus ou moins brefs dans l’hexagone, un régiment de domestiques recrutés aux quatre coins du monde, sur lesquels règnent en maîtres absolus les régisseurs de ces maisons, closes aux regards et aux intrusions, dont l’auteur décrit les rouages d’une organisation et d’une vie quotidienne échappant aux lois de la République.

Trilogie de Corfou, Gerald Durrell

Ecrit par Ivanne Rialland , le Mardi, 01 Juillet 2014. , dans La Table Ronde, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Ma famille et autres animaux et Oiseaux, bêtes et grandes personnes, traduits par Léo Lack, Le Jardin des dieux, traduit par Cécile Arnaud, avril 2014, 400, 352 et 304 pages, 14 € chaque volume . Ecrivain(s): Gerald Durrell Edition: La Table Ronde

 

Fuyant un maussade été anglais, la famille Durrell part pour Corfou, où elle restera cinq années idylliques, racontées par le plus jeune de la fratrie, Gerald. Âgé d’une dizaine d’années, le futur naturaliste évoque avec nostalgie son émerveillement pour la faune de Corfou. Féeries dans l’île : le titre choisi lors de la première parution française du volume inaugural de la trilogie (en 1958, chez Stock) rend bien compte de l’atmosphère enchantée de ce séjour qui semble baigné d’un éternel été.

Il masquait cependant la fantaisie et l’humour de l’ouvrage, rendu par la traduction ici littérale du titre anglais : Ma famille et autres animaux. Comme l’explique en effet Gerald Durrell dans sa préface, après avoir introduit les pittoresques membres de sa famille dans ce qui devait être un « exposé […] sur l’histoire naturelle de l’île », « ils s’y installèrent et invitèrent divers amis à partager avec eux les chapitres suivants ». Ce sont ces figures amicales qui dominent d’ailleurs le dernier volume, inédit en français, proposé par La Table ronde dans une traduction de Céline Arnaud. Les deux premiers volumes reprennent pour leur part dans une version révisée la traduction de Léo Lack, publiée pour la première fois aux éditions Stock, respectivement en 1958 et 1970.

La parole humiliée, Jacques Ellul

Ecrit par Olivier Bleuez , le Mercredi, 04 Juin 2014. , dans La Table Ronde, Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres

La parole humiliée, Éd. La Table Ronde, La Petite Vermillon, février 2014, 423 pages, 10,20 € . Ecrivain(s): Jacques Ellul Edition: La Table Ronde

 

Jacques Ellul est un grand penseur de la technique et cela se ressent dans cet essai, même si l’objet principal de celui-ci n’est pas l’envahissement de notre monde par la technique mais plutôt la différence entre image et parole. Il est vrai que cette différence, ce déséquilibre en faveur de l’image, est en partie dû à l’avènement de techniques étendues aux masses.

Ce que défend Ellul peut être condensé dans cette citation (page 45) : « La parole est seule relative à la Vérité. L’image est seulement relative à la réalité ».

C’est souvent un cliché d’affirmer l’aspect prémonitoire de ce qu’écrit un penseur. Mais ici, force est de constater que pour un livre écrit en 1979 (bien avant le règne mondial du numérique), nombre de paragraphes nous éclairent encore sur notre monde actuel. En voici deux exemples parmi les plus impressionnants :

Journal d’un étranger à Paris, Curzio Malaparte

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 22 Mai 2014. , dans La Table Ronde, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Biographie, Récits

Journal d’un étranger à Paris, mars 2014. 350 p. 8,70 € . Ecrivain(s): Curzio Malaparte Edition: La Table Ronde

 

Ce livre de mémoires couvre une période précise de la vie de Malaparte, l’immédiat après-guerre 39-45. Elles sont rédigées en français pour l’essentiel, mais certains passages sont en italien (traduits ici bien sûr).

Curzio Malaparte nous offre ici un livre conforme à l’image que nous avons du personnage : traversé de contradictions, d’élans les plus nobles jusqu’aux sentiments les plus inavouables.

Ce journal est dans tous les cas passionnant. Paris foisonnant – juste après guerre – d’idées, de passions, de personnages célèbres, de débats et d’affrontements idéologiques et esthétiques. Sur les pas de Malaparte, revenu dans « son » Paris après 15 ans d’absence et un internement politique sous Mussolini en Italie, nous croisons le tout-Paris intellectuel et artistique. Malraux, Camus, Mauriac, Louise de Vilmorin, Nimier, Orson Welles et tant d’autres. C’est la vie des salons, où chacun veut briller à sa manière : provocations, minauderies, péroraisons.