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La Table Ronde

Maison fondée en 1944 par Roland Laudenbach et ainsi nommée par Jean Cocteau.

 


Vrouz, Valérie Rouzeau

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Jeudi, 30 Mai 2013. , dans La Table Ronde, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Poésie

Vrouz, « poésie », 2012, 170 pages, 16 € . Ecrivain(s): Valérie Rouzeau Edition: La Table Ronde

 

Valérie Rouzeau est une poétesse extrêmement reconnue dans le monde des lettres, depuis le bouleversant Pas revoir, qui est l’un des livres les plus justes écrits sur l’expérience du deuil. L’un des livres les plus justes car parvenant à inventer au fur et à mesure une forme qui, en se déployant (et en se déployant de telle sorte qu’elle soit invention perpétuelle), échoue à se construire. Cette forme étant essentiellement faite de brisures, de bafouillage, de silence, de non-dit. Or, c’est là justement la prouesse de l’auteure. Car cette forme est seule à même de pouvoir dire quelque chose de la mort. Dans ses manques manifestes, elle parvient à capturer l’impossibilité dans laquelle se tient tout auteur d’élaborer un discours sur la mort, sur la perte, un discours pouvant rendre perceptible, à quelque niveau que ce soit, le manque foudroyant qui reste dedans le cœur comme un orage, quand quelqu’un de proche, d’aimé, suspend la mélodie de son être dans le grand lointain.

Il y a peu, Rouzeau a publié Vrouz, des sonnets qui n’appartiennent qu’à elle, et qui disent avec une grande humanité (1) et une grande sincérité l’être plongé dans le quotidien, dans son cours, qui le plus souvent remue, jusqu’au tréfonds parfois, quand la méchanceté est de la partie, par exemple.

Séraphin, c'est la fin !, Gabriel Matzneff

Ecrit par Michel Host , le Vendredi, 22 Mars 2013. , dans La Table Ronde, Les Livres, Livres décortiqués, Essais, La Une Livres

Séraphin, c’est la fin !, février 2013, 268 pages (écrites de 1964 à 2012), 18 € . Ecrivain(s): Gabriel Matzneff Edition: La Table Ronde

 

Une lecture est une aventure personnelle, sinon « à quoi bon ? », Michel Host

 

Je viens de bercer le dernier enfant de Gabriel Matzneff, baptisé Séraphin, c’est la fin ! une citation tirée de L’Aiglon, d’Edmond Rostand ! – Voilà l’homme ! À quelles ignominieuses profondeurs de la vieille France, que d’aucuns disent « moisie », le provocateur ne va-t-il pas chercher tout ça ? Je notai cela, hier, dans mes carnets Faits & Gestes, réservés à mes lecteurs futurs. Et encore ceci, peu ou prou : dans ses pages, Gabriel Matzneff dit et répète a voce alta ce que la plupart pensent mais taisent avec soin. C’est un plaisir que de le lire. Il croit et ne tient pas à ce que tout le monde croie à ce à quoi il croit. Nous pourrions donc nous entendre si nous étions moins sauvage. Il se plaint de n’avoir obtenu aucun prix littéraire sauf, une fois, une insultante aumône de l’Académie française, et d’être soumis à un ostracisme féroce de la part de ces chroniqueurs de la presse littéraire qu’à juste titre il englobe dans la secte des salauds médiatiques. Sa candeur stupéfaite me rafraîchit.

Seigneur ermite, L'intégrale des haïkus, Bashô

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Dimanche, 07 Octobre 2012. , dans La Table Ronde, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Poésie, Japon

Seigneur ermite, l’intégrale des haïkus, bilingue par Makoto Kemmoku et Dominique Chipot, 2012, 475 p. 25 € . Ecrivain(s): Bashô Edition: La Table Ronde

 

Qui est Bashō ? Il n’est sans doute pas inutile de rappeler brièvement quelle fut sa vie : « Fils de samouraï, Bashō (1644-1694) a vécu de son art et pour son art, dans un dénuement choisi. À l’âge de treize ans, il apprend d’un maître du haïku les rudiments du genre, puis fonde à Edo (l’actuelle Tōkyō) l’école de Shōmon. Le Maître partage alors son existence entre de longues pérégrinations qui inspirent son œuvre […] et d’austères séjours dans des ermitages. Il meurt à Ōsaka le 12 octobre 1694 […] ».

Il s’agit bien là d’une intégrale puisque sont publiés en édition bilingue (pour la première fois) les 975 haïkus de Bashō.

En somme, presque mille haltes sont offertes au lecteur, dans le cours souvent parcouru par les courants d’intensités diverses de sa vie quotidienne, qui sont les courants de l’attendu et de l’inattendu mêlés, de la déception et de la surprise heureuse accolées.

Fragiles serments, Molly Keane

Ecrit par Emily Vaquié , le Mercredi, 13 Juin 2012. , dans La Table Ronde, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Iles britanniques, Roman

Fragiles Serments, Trad. de l'anglais (Irl) par Cécile Arnaud. 2012, 285 p. 21 € . Ecrivain(s): Molly Keane Edition: La Table Ronde

Paru pour la première fois en 1935 sous la plume d’un certain M. J. Farrell, Fragiles serments est le portrait sans concession de la noblesse anglaise de l’entre-deux guerres. Entre les joies des « parties » où, tasse de thé à la main, on déambule dans les jardins, et les séances de pêche ou de chasse dans la campagne, Molly Keane construit méticuleusement un huis-clos où les personnages se toisent, s’envient, se détestent.

A Silverue, Lady Olivia Bird règne sur son monde : elle mène à la baguette son mari Julian, et ses domestiques, parmi lesquels Miss Parker, une pauvre gouvernante à la pilosité faciale exacerbée. Miss Parker, méprisée par tous, veille sur Markie, le petit dernier de Lady Bird, qui, à sept ans, aimerait être le centre de l’attention. Mais tout le monde n’a d’yeux que pour John, l’aîné, revenu de maladie, qui est enfin de retour à la maison. Il ne reste plus qu’à évoquer Sheena, la fille de la famille, fantasque et amoureuse, et Eliza, l’amie de la famille, secrètement amoureuse du mari de sa meilleure amie…

Portrait au vitriol de la bonne société anglaise des années 30, Fragiles serments s’ouvre sur le magnifique manoir de Silverue, sous un soleil de plomb, à l’aube d’un évènement crucial pour Olivia, la maîtresse des lieux : son fils John est sur le point de revenir.

Muss, suivi de Le Grand Imbécile, Curzio Malaparte

Ecrit par Patryck Froissart , le Vendredi, 27 Avril 2012. , dans La Table Ronde, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Biographie, Récits, Italie

Muss, suivi de Le Grand imbécile. 02/2012. 224 p. 18 € . Ecrivain(s): Curzio Malaparte Edition: La Table Ronde

 

Le savoir donne d’emblée le genre et la tonalité du contenu : une biographie satirique du dictateur, que l’auteur a commencé à rédiger en 1931, à laquelle il a travaillé de manière intermittente jusque dans les années cinquante, et qui n’a jamais été achevée.

 

Muss mêle tout à la fois l’essai politique, la satire violente, le pamphlet, et des fragments de récits autobiographiques concernant les relations personnelles, conflictuelles, entre le dictateur et l’écrivain engagé, qui fut membre et grand théoricien du Parti Fasciste Italien avant de s’affirmer comme l’un des plus farouches opposants au mussolinisme.

Dans un style flamboyant, Malaparte accumule les attaques virulentes contre le Duce et son régime, et, en parallèle, contre Hitler et le nazisme, en utilisant la dérision et la caricature.