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Joelle Losfeld

Hérésies glorieuses, Lisa McInerney

Ecrit par Valérie Debieux , le Mercredi, 30 Août 2017. , dans Joelle Losfeld, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Iles britanniques, Roman, La rentrée littéraire

Hérésies glorieuses, août 2017, trad. anglais Catherine Richard-Mas, 464 pages, 23,50 € . Ecrivain(s): Lisa McInerney Edition: Joelle Losfeld

 

Cork, troisième ville d’Irlande, capitale administrative et économique du Comté éponyme, un peu plus de neuf cents pubs, pour plus de cent-vingt mille âmes avec environ cent jours de brouillard par an. Climat océanique et River Lee obligent. Au sein de ce décor évoluent plusieurs acteurs, chacun avec leur pedigree, chacun avec leur rôle.

Il y a le jeune Ryan, quinze ans ; sa mère est morte alors qu’il n’avait que onze ans ; son père, lui est toujours là, enfin toujours vivant, un alcoolique, « une épave » dont Ryan est l’aîné des enfants.

Il y a aussi Jimmy, un « enfant du péché, […], conçu dans le péché puis marque du péché, qui avait poussé comme tous les vilains secrets jusqu’au jour où plus personne ne put fermer les yeux sur la bosse qui déformait la robe de sa mère. […] En culottes courtes, il était le roi de sa rue ; en T-shirt Iron Maiden il était revendeur en chef de tout le bassin versant. Il avait vendu des clopes, de la dope et des canettes de blonde, puis de l’héroïne, des femmes et des munitions ».

Les hommes, Richard Morgiève

Ecrit par Valérie Debieux , le Jeudi, 24 Août 2017. , dans Joelle Losfeld, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, La rentrée littéraire

Les hommes, août 2017, 371 pages, 22,50 € . Ecrivain(s): Richard Morgiève Edition: Joelle Losfeld

 

Montreuil, en Seine-Saint-Denis, année 1974.

Mietek Breslauer, vingt-cinq ans, est sorti de taule depuis vingt-sept mois et quelques semaines. En prison, chaque instant compte ; alors oui, on compte en mois, en semaines et en jours. Des jours qui n’en finissent pas… alors oui, faut faire attention, ne pas y retourner. Car, comme dirait Audiard, « les conneries, c’est comme les impôts, on finit toujours par les payer ».

Son mentor, Robert-le-Mort, un pensionnaire du même établissement, qui, à défaut de pouvoir lui donner de mauvais exemples, s’essaie à lui glisser de « bons » conseils. « On s’était connus là-bas. Robert-le-Mort était sous les verrous depuis un bail. Et puis une ancienne affaire était revenue le chercher en taule, il s’était fait balancer. Il savait qu’il ne sortirait que les pieds devant. […]. Il voulait faire le bien, que j’aille donner son magot à celle qu’il avait aimée. Elle ne venait plus le voir, mais elle élevait leur gosse. Moi, j’allais sortir. Alors Robert m’avait donné l’adresse de sa planque […] Je prenais cinq plaques et je livrais le reste. […]. J’avais fait le boulot, […].

Dans les eaux troubles, Neil Jordan

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 04 Mai 2017. , dans Joelle Losfeld, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Iles britanniques, Roman

Dans les eaux troubles (The Drowned Detective), avril 2017, trad. anglais (Irlande) Florence Lévy-Paoloni, 274 pages, 22 € . Ecrivain(s): Neil Jordan Edition: Joelle Losfeld

 

Neil Jordan n’a guère son pareil pour créer des univers en-soi, situés on ne sait pas bien où, peuplés par on ne sait pas bien qui, traversés par des événements des plus étranges. Ce roman, passionnant de bout en bout, ne fait pas exception : on entre dans un monde recomposé à partir des passions et des drames de notre monde. Pour mieux marquer ce « départ » du réel ordinaire, le roman met en scène un héros, Jonathan, qui a quitté son Angleterre natale pour rejoindre on ne sait trop quel pays de l’Est, l’une des anciennes républiques soviétiques. Etrangement, ce pays, cette ville, jamais nommés, sont fortement présents dans le roman. Les descriptions en sont même méticuleuses :

« Nous gravîmes une rue pavée en pente raide, presque médiévale, dont les façades semblaient s’incliner à la rencontre de celles d’en face, comme si leurs gouttières et leurs pignons voulaient se toucher. Peut-être qu’un jour cela se produirait. Ces bâtiments penchaient depuis trois cents ans, les petites fenêtres étaient écrasées par le poids des briques au-dessus et les toits avaient perdu tout semblant de ligne droite ».

A coups de pelle, Cynan Jones

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 23 Mars 2017. , dans Joelle Losfeld, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Iles britanniques, Roman

A coups de pelle (The Dig), 23 mars 2017, trad. anglais (Pays de Galles) Mona de Pracontal, 168 pages, 16,50 € . Ecrivain(s): Cynan Jones Edition: Joelle Losfeld

 

Cynan Jones sait de quoi il parle quand il écrit car il écrit du cœur même de ses œuvres. Il est paysan au Pays de Galles. Déjà, dans Longue sécheresse, il avait fait de la campagne galloise, âpre et ingrate, le sujet de son roman. Ici encore, ce court roman est un choc littéraire et humain. C’est un chant rude et poignant sur la perte et la solitude. Jamais la campagne galloise ne fut aussi sombre. Le style dépouillé, minimaliste, de Cynan Jones, construit une tragédie rurale glaçante.

Daniel est fermier. Il est le seul personnage à porter un nom dans le roman, pour mieux souligner son absolue solitude. Les autres, le grand gars, le policier, la mère, ne sont que des ombres rencontrées au hasard. Daniel vient de perdre sa femme, l’être de sa vie. Elle est morte sous le sabot d’un cheval qu’elle soignait. Depuis, il n’est que dévastation intérieure, terreur, souvenirs écrasants. Sa vie, à peine sa survie, ne tient qu’aux obligations de la ferme, les bêtes à nourrir, les naissances d’agneaux. Il ne laisse plus à personne le soin d’accompagner le travail des brebis. Il y trouve la vie à sa source, dans le ventre même des mères.

Les parapluies d’Erik Satie, Stéphanie Kalfon

Ecrit par Marie-Josée Desvignes , le Mardi, 07 Mars 2017. , dans Joelle Losfeld, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Biographie, Roman

Les parapluies d’Erik Satie, février 2017, 216 pages, 18 € . Ecrivain(s): Stéphanie Kalfon Edition: Joelle Losfeld

 

Faune énigmatique, tour à tour naïf ou malin, malicieux sans aucun doute, original et décalé, doté d’un humour incompris qui ne faisait rire que lui et peut-être un de ses rares amis, « Claude Debussy [qui] perçut immédiatement en lui un égaré de ce siècle », avec lequel il se lia, autre délaissé en son temps, autre génie novateur, Erik Satie incarne parfaitement l’artiste génial à l’art sautillant, enfantin, mais malheureux et mal aimé comme le sont souvent les véritables artistes. Mal dans son temps, mal dans sa peau, excentrique, marginal, incompris, perçu comme fou, fumiste, fantaisiste, raté, aigri, maniaque, clown, etc.

Stéphanie Kalfon signe là un portrait en forme d’hommage à ce génie musical dans un roman biographique empreint de poésie et de magie.

Les parapluies d’Erik Satie s’ouvre sur une exergue troublante en forme d’épitaphe de Jean Wiener : « La première fois où il entra dans la chambre d’Arcueil où Satie trouva la mort (à moins que ce ne soit l’inverse) ».