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Joelle Losfeld

Le ruisseau de cristal, Dermot Bolger

Ecrit par Patryck Froissart , le Samedi, 17 Janvier 2015. , dans Joelle Losfeld, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Iles britanniques, Roman

Le ruisseau de cristal (The Woman’s Daughter), septembre 2014, traduction de l’anglais (irlandais) par Marie-Hélène Dumas, 262 pages, 21 € . Ecrivain(s): Dermot Bolger Edition: Joelle Losfeld

 

Le moins qu’on puisse dire de ce ruisseau de cristal, c’est qu’il charrie des eaux turbides.

Quatre histoires s’entremêlent, de manière transchronique, quatre histoires de couples, troubles, dont certains éléments sont à la limite du sordide, mais dont le courant laisse apparaître ici et là, comme il advient d’en trouver dans le limon de toute rivière, à la périphérie ou au plein centre des remous nauséabonds, des pépites d’or d’amour et de noblesse.

D’abord il y a Sandra et Johnny, le frère et la sœur, et leurs jeux interdits, de ceux, fraternels et innocents, de l’enfance, à ceux, ardents et passionnés, de plus en plus accomplis, attisés par le sentiment religieux du péché et par la connaissance de la transgression du tabou culturel, de l’adolescence, dont les conséquences peuvent devenir dramatiques dans une société victorienne qui ne peut les tolérer.

Mais après je restais allongée éveillée, sachant que ce que je faisais était mal, terrifiée à l’idée que quelque chose révélerait peut-être mon péché…

Mes Oncles d’Amérique, Françoise Bouillot

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mardi, 13 Janvier 2015. , dans Joelle Losfeld, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Récits

Mes Oncles d’Amérique, janvier 2015, 72 pages, 9 € . Ecrivain(s): Françoise Bouillot Edition: Joelle Losfeld

 

Petit récit et grand plaisir. On lit ce livre d’une traite, sans que l’intérêt ne faiblisse un instant. Deux femmes se souviennent des « oncles d’Amérique ». Et, avec eux, par eux, elles se souviennent d’une époque de leur toute jeunesse, d’un univers aujourd’hui disparu d’un New-York qu’elles ont quitté depuis pour Montmartre – et qui s’est effacé. Pas dans les mémoires. Dans la réalité et même dans le nom. Alphabet City – qui s’appelait ainsi car ses rues portaient toutes des noms de lettres – A, B, C … – est devenu East Village et la bohême est morte.

Des mondes qui disparaissent constituent le thème récurrent de ce récit. Les deux oncles connus et aimés à NY, étaient anglais et avaient quitté l’Angleterre dans des conditions aussi mystérieuses que sulfureuses. L’Angleterre s’était dissoute pour eux dans un déni farouche. Surtout de la part d’onc’ Peter, le plus rigide des deux. Ils forment un couple de vieux homosexuels à la fois drôles et teintés d’amertume.

L’homme provisoire, Sebastian Barry

Ecrit par Theo Ananissoh , le Vendredi, 31 Octobre 2014. , dans Joelle Losfeld, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Iles britanniques, Roman

L’homme provisoire, traduction de l’anglais (Irlande) par Florence Lévy-Paoloni, septembre 2014, 248 pages, 19,50 € . Ecrivain(s): Sebastian Barry Edition: Joelle Losfeld

 

 

Le volume moyen du livre trompe à première vue sur l’ambition, merveilleusement accomplie, de son auteur. L’homme provisoire de l’Irlandais Sebastian Barry, en réalité, est une somme ; un ouvrage complet. Jack McNulty, le narrateur, rencontre la belle Mai (Mary) en 1922 alors qu’ils sont tous deux à peine sortis de l’adolescence. Nous les verrons devenir parents, puis grands-parents. 1922, c’est l’année de la reconnaissance par le Royaume-Uni de l’Indépendance irlandaise proclamée par les nationalistes en 1916. Entre ces deux dates, une guerre sanglante pour se libérer d’une domination coloniale vieille de quelque sept cents ans ! Cela explique qu’elle est aussi une douloureuse guerre civile, présente jusqu’au sein des familles comme celle de McNulty dont un frère, engagé dans les rangs de la Police Royale Irlandaise (au service des Britanniques), doit fuir le pays indépendant, quittant ainsi à jamais une mère éplorée.

Des objets de rencontre, Une saison chez Emmaüs, Lise Benincà

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Mardi, 09 Septembre 2014. , dans Joelle Losfeld, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Récits, La rentrée littéraire

Des objets de rencontre, Une saison chez Emmaüs, août 2014, 212 pages, 17,50 € . Ecrivain(s): Lise Benincà Edition: Joelle Losfeld

Des objets de rencontre, récit de neuf mois de résidence d’écriture de Lise Benincà « au milieu des choses », est d’abord l’histoire d’une improbable rencontre entre une démarche d’insertion sociale et la démarche artistique d’un écrivain.

Emmaüs Défi tente de sortir de la rue des hommes et des femmes en grave difficulté en leur procurant, au travers de la collecte, du tri et de la vente d’objets de récupération, un travail qui leur permette de survivre et de retrouver l’estime de soi. Une estime perdue au cours de nombreuses années de galère où ils furent exposés à l’indifférence ou au mépris de l’autre. Quant à Lise Benincà, elle s’est lancée dans une aventure à première vue bien différente mais comportant aussi sa part de rêve et de défi. Désirant « porter la littérature dans un lieu où on ne s’attend pas à la trouver », elle avait pour projet de faire parler ces objets dépareillés, patinés, récupérés par Emmaüs, mais aussi toutes ces personnes en réinsertion professionnelle, ces bénévoles ou ces encadrants salariés qui œuvrent ensemble dans le vaste entrepôt parisien de la rue Riquet. « Un lieu riche en histoires, … riche en humains » qui, chaque samedi, se transforme en hall d’exposition et de vente pour accueillir les clients démunis du quartier comme les bobos parisiens. « Un lieu de brassage, de passage et d’échanges, avec un mélange des genres à tous les niveaux ».

Walter, Hélène Sturm

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Mardi, 08 Avril 2014. , dans Joelle Losfeld, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Walter, mars 2014, 160 pages, 15,90 € . Ecrivain(s): Hélène Sturm Edition: Joelle Losfeld

 

Dans ce roman doublement initiatique comportant quatre grandes étapes, Hélène Sturm nous invite à « faire un bout de chemin » avec son héros éponyme, gamin sensible et peu bavard auquel les mots ne viennent avec simplicité que « sur la pente du sommeil ». A bientôt quatorze ans, ce grand lecteur vivant seul avec sa mère qui ne lui interdit aucun livre décide qu’il est temps de « jeter sa gourme ». Il a grande « envie de passer aux actes », ne sachant « comment commencer », et après moult angoisses et hésitations, moult préliminaires, il va « avec la fougue de la jeunesse » finir par se jeter « à l’encre » :

« Au nom de quoi serait-ce une obligation de brouillonner avant d’écrire ? De tâter l’eau du bout du pied avant de s’y jeter ? De devoir manger tout le gâteau avant d’avoir le droit à la cerise ? »

Mais tout le monde n’est pas Rimbaud pour pouvoir écrire l’océan sans avoir vu la mer !

En panne d’inspiration, incapable de continuer sa pièce de théâtre au-delà de la deuxième scène, Walter se lancera l’année suivante dans la rédaction d’un carnet d’aphorismes que, tombé sous le charme de Sacha et « débordé par le réel », il abandonnera en cours :