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Joelle Losfeld

Des objets de rencontre, Une saison chez Emmaüs, Lise Benincà

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Mardi, 09 Septembre 2014. , dans Joelle Losfeld, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Récits, La rentrée littéraire

Des objets de rencontre, Une saison chez Emmaüs, août 2014, 212 pages, 17,50 € . Ecrivain(s): Lise Benincà Edition: Joelle Losfeld

Des objets de rencontre, récit de neuf mois de résidence d’écriture de Lise Benincà « au milieu des choses », est d’abord l’histoire d’une improbable rencontre entre une démarche d’insertion sociale et la démarche artistique d’un écrivain.

Emmaüs Défi tente de sortir de la rue des hommes et des femmes en grave difficulté en leur procurant, au travers de la collecte, du tri et de la vente d’objets de récupération, un travail qui leur permette de survivre et de retrouver l’estime de soi. Une estime perdue au cours de nombreuses années de galère où ils furent exposés à l’indifférence ou au mépris de l’autre. Quant à Lise Benincà, elle s’est lancée dans une aventure à première vue bien différente mais comportant aussi sa part de rêve et de défi. Désirant « porter la littérature dans un lieu où on ne s’attend pas à la trouver », elle avait pour projet de faire parler ces objets dépareillés, patinés, récupérés par Emmaüs, mais aussi toutes ces personnes en réinsertion professionnelle, ces bénévoles ou ces encadrants salariés qui œuvrent ensemble dans le vaste entrepôt parisien de la rue Riquet. « Un lieu riche en histoires, … riche en humains » qui, chaque samedi, se transforme en hall d’exposition et de vente pour accueillir les clients démunis du quartier comme les bobos parisiens. « Un lieu de brassage, de passage et d’échanges, avec un mélange des genres à tous les niveaux ».

Walter, Hélène Sturm

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Mardi, 08 Avril 2014. , dans Joelle Losfeld, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Walter, mars 2014, 160 pages, 15,90 € . Ecrivain(s): Hélène Sturm Edition: Joelle Losfeld

 

Dans ce roman doublement initiatique comportant quatre grandes étapes, Hélène Sturm nous invite à « faire un bout de chemin » avec son héros éponyme, gamin sensible et peu bavard auquel les mots ne viennent avec simplicité que « sur la pente du sommeil ». A bientôt quatorze ans, ce grand lecteur vivant seul avec sa mère qui ne lui interdit aucun livre décide qu’il est temps de « jeter sa gourme ». Il a grande « envie de passer aux actes », ne sachant « comment commencer », et après moult angoisses et hésitations, moult préliminaires, il va « avec la fougue de la jeunesse » finir par se jeter « à l’encre » :

« Au nom de quoi serait-ce une obligation de brouillonner avant d’écrire ? De tâter l’eau du bout du pied avant de s’y jeter ? De devoir manger tout le gâteau avant d’avoir le droit à la cerise ? »

Mais tout le monde n’est pas Rimbaud pour pouvoir écrire l’océan sans avoir vu la mer !

En panne d’inspiration, incapable de continuer sa pièce de théâtre au-delà de la deuxième scène, Walter se lancera l’année suivante dans la rédaction d’un carnet d’aphorismes que, tombé sous le charme de Sacha et « débordé par le réel », il abandonnera en cours :

Le portique du front de mer, Manuel Candré

Ecrit par Laurence Biava , le Mardi, 04 Février 2014. , dans Joelle Losfeld, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Le portique du front de mer, janvier 2014, 158 p. 15,90 € . Ecrivain(s): Manuel Candré Edition: Joelle Losfeld

 

De l’espace et du temps

« C’est l’éternel et l’immuable », Charles Baudelaire

 

C’est avec une certaine impatience qu’après le brillant Autour de moi, j’attendais le second roman de Manuel Candré : Le portique du front de mer confirme mon engouement de départ ainsi que toute l’étendue du talent de son auteur. Le portique du front de mer se déroule dans la ville de R, une station balnéaire tombée en désuétude. Entre mer et désert, sur un territoire qui apparaît illimité, égarés dans l’espace aussi bien que dans le temps, quatre amis désœuvrés célèbrent à coups de bières et de rencontres au Zanzibar les dédales et les vertiges d’une vie relativement autocentrée menée au ralenti. Il y a le narrateur, amateur de poésie et écrivain, « M », puis Lucio, son premier lecteur, Joao, autour duquel le mystère de la disparition soudaine et de la réapparition s’organisent, et enfin, Raymond Mayo.

Une illusion passagère, Dermot Bolger

Ecrit par Patryck Froissart , le Mardi, 22 Octobre 2013. , dans Joelle Losfeld, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Iles britanniques, Roman, La rentrée littéraire

Une illusion passagère (The Fall of Ireland), traduit de l’anglais (Irlande) par Marie-Hélène Dumas, août 2013, 133 pages, 15,90 € . Ecrivain(s): Dermot Bolger Edition: Joelle Losfeld

Quand Martin, haut fonctionnaire irlandais, accompagnant en Chine pour la célébration de la fête de Saint-Patrick le sous-secrétaire d’état au cabinet de qui il est attaché, se retrouve seul dans son hôtel, à Pékin, où l’a laissé son patron pour un jour ou deux, il loue, après avoir longuement tergiversé, les services d’une masseuse.

L’aventure est banalement triviale.

Les hôtels chinois, constate le narrateur, intègrent très naturellement ces prestations, dûment tarifées, dans l’éventail des offices disponibles.

Tout naturellement, Martin s’attend, avec une sourde excitation, à ce que l’officiante lui propose le massage spécial. Et en effet la jeune femme qui le rejoint dans sa chambre lui soumet, après une onctueuse friction qui lui procure un délicieux moment de plaisir, l’offre espérée.

Le récit aurait pu consister en une suite de tableaux érotiques, voire pornographiques, de ce qui se passe ordinairement en ces moments-là.

Tu n’as jamais été vraiment là, Jonathan Ames

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mardi, 24 Septembre 2013. , dans Joelle Losfeld, Les Livres, Critiques, Polars, La Une Livres, USA, Roman, La rentrée littéraire

Tu n’as jamais été vraiment là, (you were never really here) 29 août 2013. Trad (USA) Jean-Paul Gratias. 98 p. 12,90 € . Ecrivain(s): Jonathan Ames Edition: Joelle Losfeld

 

Ce petit opus est un concentré de roman noir. La violence – celle du héros par exemple - est totale et fascinante -, l’amertume, l’immoralité, le vice, et, flottant au-dessus de ce monde glauque, un air permanent de nostalgie. La littérature noire traîne toujours cet air-là, comme une aspiration constante à la rédemption, comme le regret d’une pureté perdue, impossible. La mémoire comme dernier refuge d’un bonheur évanoui.

« C’était la fin octobre, et il flottait dans l’air un parfum douceâtre, comme celui d’une fleur qui vient de mourir. Il pensa à une époque où il était heureux. Cela remontait à plus de vingt ans. »

Puis Joe repéra un taxi vert. Il aimait bien les taxis de Cincinnati. Les voitures étaient vieilles, les chauffeurs étaient noirs. Cela lui rappelait le passé. »

Joe est tanné par la vie, la guerre, le crime qu’il a combattu au FBI naguère. La douleur lui sert de deuxième peau, il a tout vu. Mais il reste un homme avec, en dépit des apparences, des lignes qu’on ne peut pas franchir sans le mettre en colère. Et quand Joe est en colère …