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Joelle Losfeld

Une illusion passagère, Dermot Bolger

Ecrit par Patryck Froissart , le Mardi, 22 Octobre 2013. , dans Joelle Losfeld, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Iles britanniques, Roman, La rentrée littéraire

Une illusion passagère (The Fall of Ireland), traduit de l’anglais (Irlande) par Marie-Hélène Dumas, août 2013, 133 pages, 15,90 € . Ecrivain(s): Dermot Bolger Edition: Joelle Losfeld

Quand Martin, haut fonctionnaire irlandais, accompagnant en Chine pour la célébration de la fête de Saint-Patrick le sous-secrétaire d’état au cabinet de qui il est attaché, se retrouve seul dans son hôtel, à Pékin, où l’a laissé son patron pour un jour ou deux, il loue, après avoir longuement tergiversé, les services d’une masseuse.

L’aventure est banalement triviale.

Les hôtels chinois, constate le narrateur, intègrent très naturellement ces prestations, dûment tarifées, dans l’éventail des offices disponibles.

Tout naturellement, Martin s’attend, avec une sourde excitation, à ce que l’officiante lui propose le massage spécial. Et en effet la jeune femme qui le rejoint dans sa chambre lui soumet, après une onctueuse friction qui lui procure un délicieux moment de plaisir, l’offre espérée.

Le récit aurait pu consister en une suite de tableaux érotiques, voire pornographiques, de ce qui se passe ordinairement en ces moments-là.

Tu n’as jamais été vraiment là, Jonathan Ames

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mardi, 24 Septembre 2013. , dans Joelle Losfeld, Les Livres, Critiques, Polars, La Une Livres, USA, Roman, La rentrée littéraire

Tu n’as jamais été vraiment là, (you were never really here) 29 août 2013. Trad (USA) Jean-Paul Gratias. 98 p. 12,90 € . Ecrivain(s): Jonathan Ames Edition: Joelle Losfeld

 

Ce petit opus est un concentré de roman noir. La violence – celle du héros par exemple - est totale et fascinante -, l’amertume, l’immoralité, le vice, et, flottant au-dessus de ce monde glauque, un air permanent de nostalgie. La littérature noire traîne toujours cet air-là, comme une aspiration constante à la rédemption, comme le regret d’une pureté perdue, impossible. La mémoire comme dernier refuge d’un bonheur évanoui.

« C’était la fin octobre, et il flottait dans l’air un parfum douceâtre, comme celui d’une fleur qui vient de mourir. Il pensa à une époque où il était heureux. Cela remontait à plus de vingt ans. »

Puis Joe repéra un taxi vert. Il aimait bien les taxis de Cincinnati. Les voitures étaient vieilles, les chauffeurs étaient noirs. Cela lui rappelait le passé. »

Joe est tanné par la vie, la guerre, le crime qu’il a combattu au FBI naguère. La douleur lui sert de deuxième peau, il a tout vu. Mais il reste un homme avec, en dépit des apparences, des lignes qu’on ne peut pas franchir sans le mettre en colère. Et quand Joe est en colère …

La trilogie babylonienne, Sébastien Doubinsky

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mardi, 20 Août 2013. , dans Joelle Losfeld, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

La trilogie babylonienne, Traduit de l’anglais par Sébastien Doubinsky. 209 p. 20 € . Ecrivain(s): Sébastien Doubinsky Edition: Joelle Losfeld

 

Que ce soit dit d’entrée – et ici écrit – Sébastien Doubinsky est un architecte et un styliste. Sa maîtrise de l’art romanesque en est époustouflante.

Architecte. Tout dans ce livre est bâti en passerelles, en arc-boutants, en galeries de ronde, en abymes, en correspondances. Un « narrateur », passablement déjanté, caché derrière des masques de couleurs, nous l’annonce d’ailleurs dans le premier volet du triptyque. Comme un guide qui nous indiquerait grosso modo le chemin dans les méandres, seuils et répliques de la narration. Dans une amusante adresse au lecteur :

« Ah vous êtes là… Déjà ?... On aurait dû me prévenir… Enfin, ne vous inquiétez pas, je vous en prie… Cette histoire finira par prendre tout son sens – Du moins, je l’espère. On n’est plus sûr de rien de nos jours. »

Autour de moi, Manuel Candré (2ème recension)

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Jeudi, 30 Mai 2013. , dans Joelle Losfeld, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman

Autour de moi, juin 2012, 11,90 € . Ecrivain(s): Manuel Candré Edition: Joelle Losfeld

Autour de moi qui, contrairement à ce que pourrait induire son titre, n’a rien d’une autofiction nombriliste, est le fruit d’un long travail sur le souvenir. Manuel Candré, dont c’est le premier livre, y fait en effet resurgir de lourds souvenirs d’enfance, essentiellement familiaux, qui l’ont constitué en tant qu’adulte, retrouvant en quelque sorte son noyau primitif dans ce moi enfant – ou adolescent. Il nous expose ainsi une série d’images fortes encore prégnantes, ou des instantanés qui semblent révéler des négatifs oubliés, se gardant bien d’établir entre eux une hiérarchie, de les ordonner en une chronologie rigoureuse ou d’en gommer les répétitions signifiantes. Un travail qu’une phrase tirée d’une scène où le héros revient sur les lieux de son enfance qualifie parfaitement : « Je fais des tours sur moi-même, pour tout embrasser ».

L’auteur embrasse en effet tout ce monde environnant plombé par la mort omniprésente, à commencer par celle – fondatrice – de la mère, ainsi que par la défaillance du père alcoolique et violent. Et il réussit à restituer ces « instants d’enfance » dans toute leur complexité et avec cette vivacité que lui offre le recours au temps présent. De courtes scènes qui souvent se répondent, se répètent ou s’opposent de manière très contrastée, violentes ou douloureuses mais aussi tendres et joyeuses, mêlant avec une tension extrême amour et haine ou désespoir, prière et colère ou joie et terreur, parfois jusqu’en leur sein même.

Cinq femmes chinoises, Chantal Pelletier

Ecrit par Martine L. Petauton , le Samedi, 16 Mars 2013. , dans Joelle Losfeld, Les Livres, Recensions, Essais, La Une Livres

Cinq femmes chinoises, janvier 2013, 130 p. 14,90 € . Ecrivain(s): Chantal Pelletier Edition: Joelle Losfeld

 

 

Projet du plus grand intérêt : écrire sur la Chine actuelle, ce géant en devenir, ce dragon flamboyant, qu'on regarde tous. Le faire, par la face - moitié du ciel ; les femmes, sur plusieurs générations.  Entrer dans cet univers, non de l'intérieur de l'empire du milieu, mais, d'ici – regard occidental,  qui décline, mine de rien, une connaissance intime de cette planète étrange, interdite, encore...

La Chine et ses femmes habitent des rayons entiers de littérature occidentale. On a tous été nourris des superbes personnages de Pearl Buck, bien sûr ! D'Han Suyin, et, de la magnifique petite tailleuse échappant, par Balzac, à la Révolution Culturelle, via l'écriture serrée  de Dai Sijie, auteur franco chinois.

On était loin, dans l'ancienne Chine, loin, encore, au temps de Mao.