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Joelle Losfeld

Les parapluies d’Erik Satie, Stéphanie Kalfon

Ecrit par Marie-Josée Desvignes , le Mardi, 07 Mars 2017. , dans Joelle Losfeld, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Biographie, Roman

Les parapluies d’Erik Satie, février 2017, 216 pages, 18 € . Ecrivain(s): Stéphanie Kalfon Edition: Joelle Losfeld

 

Faune énigmatique, tour à tour naïf ou malin, malicieux sans aucun doute, original et décalé, doté d’un humour incompris qui ne faisait rire que lui et peut-être un de ses rares amis, « Claude Debussy [qui] perçut immédiatement en lui un égaré de ce siècle », avec lequel il se lia, autre délaissé en son temps, autre génie novateur, Erik Satie incarne parfaitement l’artiste génial à l’art sautillant, enfantin, mais malheureux et mal aimé comme le sont souvent les véritables artistes. Mal dans son temps, mal dans sa peau, excentrique, marginal, incompris, perçu comme fou, fumiste, fantaisiste, raté, aigri, maniaque, clown, etc.

Stéphanie Kalfon signe là un portrait en forme d’hommage à ce génie musical dans un roman biographique empreint de poésie et de magie.

Les parapluies d’Erik Satie s’ouvre sur une exergue troublante en forme d’épitaphe de Jean Wiener : « La première fois où il entra dans la chambre d’Arcueil où Satie trouva la mort (à moins que ce ne soit l’inverse) ».

Meilleur ami, meilleur ennemi, James Kirkwood

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mardi, 29 Novembre 2016. , dans Joelle Losfeld, Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Roman

Meilleur ami, meilleur ennemi (Good Times/Bad Times), octobre 2016, traduit américain Etienne Gomez, 435 pages, 25 € . Ecrivain(s): James Kirkwood Edition: Joelle Losfeld

 

 

Ce roman repose sur un art consommé de la narration. Dans les moments drôles – et il y en a beaucoup –, les passages tristes, les cassures douloureuses, James Kirkwood montre une maîtrise absolue du « storytelling » et nous mène par le bout du nez à travers l’histoire de Peter, Jordan et M. Hoyt. Pas un instant de faiblesse ne vient ternir cette affaire, ce livre offre quelques heures d’une lecture haletante, passionnante, avec des éclats de rire, du suspense, des émotions profondes.

Peter est en prison. On apprend tout de suite qu’il est là pour accusation de meurtre. Son avocat lui demande le récit des événements qui l’ont conduit au drame (dont nous ne savons rien). C’est donc une écriture en flashback qui tisse ce roman. C’est cette situation narrative qui est source de la tension de ce roman : on sait un peu, mais quoi ? Qui ? Pourquoi ?

Ensemble séparés, Dermot Bolger

Ecrit par Thomas Besch-Kramer , le Samedi, 20 Août 2016. , dans Joelle Losfeld, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Iles britanniques, Roman, La rentrée littéraire

Ensemble séparés, août 2016, trad. Marie-Hélène Dumas, 367 pages, 24,50 € . Ecrivain(s): Dermot Bolger Edition: Joelle Losfeld

 

Alice – ou la psychologie de Dermot Bolger – soit le parti-pris d’Alice (chapitres introductifs, chapitres III, XIV, XIX, XXI, XXIII et XXIX).

Alice, ce peut être Lewis Caroll ; Alice, ce peut être Woody Allen. Ici, après des descriptions flaubertiennes fouillées de « mansions » victoriennes et édouardiennes dublinoises, Dermot Bolger plante la première Alice comme une femme de quarante-huit ans qui « comprend(re) que toute sa vie elle a(vait) été trop innocente, candide, confiante » (p.27).

Les enchères immobilières dépréciées de son mari, sa maladie, son éducation aussi mènent le lecteur à un constat triste et lucide : « Cependant lorsque dans un couple la confiance s’effrite, elle ne revient jamais » (p.28).

Devant les mensonges éhontés de Chris, elle « éprouve une souffrance aussi vive qu’une seule fois auparavant, lorsque son premier petit ami l’a(vait) laissée tomber quelques jours après qu’elle avait renoncé à sa virginité » (p.26).

Descendre la rivière, Peter Cunningham

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 12 Mai 2016. , dans Joelle Losfeld, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Iles britanniques, Roman

Descendre la rivière (The Trout), traduit de l’anglais (Irlande) par Christophe Mercier, mars 2016, 190 p. 18,50 € . Ecrivain(s): Peter Cunningham Edition: Joelle Losfeld

 

Une plongée dans la mémoire, un voyage âpre dans les replis ombreux d’une vie, d’une famille, avec des trébuchements terribles qui laissent des traces indélébiles. C’est ce que nous propose Peter Cunningham dans ce superbe roman, écrit avec l’apaisement nécessaire à cette équipée mnésique.

Le narrateur, devenu écrivain installé au Canada avec sa femme, entre en vieillesse. Son passé le hante et il prend son baluchon pour aller à son devant, en Irlande, terre de sa naissance et de ses ancêtres. Un personnage, un événement en particulier, l’obsèdent, réveillés par la présence autour du couple depuis quelque temps d’un homme qui, à force d’insistance lourde, finit par l’inquiéter, par le questionner sur l’identité de cet importun. Et par ricochet sur son identité profonde.

Sur les traces de son père – le Docteur – Alex retrouve les lieux de son enfance et les gens aussi, ceux qui vivent encore. La figure des amis d’autrefois le hante. Celle de son père aussi, qui vit son dernier temps en institution. Figures blessées, abîmées par la luxure d’un prêtre ou par sa propre trahison.

Le corps de ma mère, Fawzia Zouari

Ecrit par Jean-Jacques Bretou , le Vendredi, 06 Mai 2016. , dans Joelle Losfeld, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Maghreb, Récits

Le corps de ma mère, mars 2016, 232 pages, 20 € . Ecrivain(s): Fawzia Zouari Edition: Joelle Losfeld

 

Au mois de janvier 2011, alors que la Révolution de Jasmin, ou Révolution de la Dignité, vient d’éclater en Tunisie, Fawzia Zouari revêt la mélia (costume traditionnel) de sa mère, et à son mari qui lui dit en parlant de cette dernière : « Il te faut donc une révolution pour te sentir autorisée à écrire sur elle », elle s’entend répondre : « Maintenant, je comprends. Ce sont les mots qu’elle m’a laissés en héritage, à son corps défendant ».

Nous revenons alors au printemps 2007, où sa mère se meurt dans un hôpital de Tunis. Nue, parce que dans la tradition berbère une femme est nue lorsque ses cheveux sont découverts, aveugle, elle est entourée de sa famille au sens le plus large du terme, jusqu’aux bédouins du Nord et du Sud qui sont venus lui dire un dernier adieu et se perdent dans les couloirs de l’hôpital. Mais parmi tous ces gens, il n’y a personne pour lui « raconter » sa mère. Encore moins les hommes à propos desquels sa mère disait : « Á défaut d’hériter de nos secrets, les hommes héritent de notre mort, puisqu’il leur revient de marcher seuls derrière notre cercueil ».