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Critiques

L’écrivain national, Serge Joncour

Ecrit par Laurence Biava , le Mercredi, 27 Août 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Flammarion, La rentrée littéraire

L’écrivain national, août 2014, 386 pages, 21 € . Ecrivain(s): Serge Joncour Edition: Flammarion

 

De l’invention de nos vies

C’est un roman époustouflant, très tenu, incontestablement maîtrisé de bout en bout. On a la vague impression qu’il est à lire au premier degré. En tout cas, il mêle tous les genres, c’est sans doute la raison pour laquelle il ne s’essouffle jamais : en instillant une sorte d’intrigue, il se fait d’abord roman à suspense – il comporte quelques moments angoissants ! –, puis roman d’amour. Est-il auto-fictif ? (a priori ?), il raconte l’histoire d’un écrivain qui sort de son cadre et c’est assez fascinant de voir à quel point cet écrivain est tenté par autre chose que l’écriture proprement dite !

Le jour où il arrive en résidence d’écriture pour un mois dans une petite ville du centre de la France (le Morvan), Serge – c’est le nom du narrateur – découvre dans la gazette locale qu’un certain Commodore, vétéran du Vietnam et maraîcher à la retraite, filou, trafiquant, que l’on dit richissime, a disparu sans laisser de traces, au moment où il avait donné son accord à des industriels pour la construction d’une usine à bois (détail important). Les soupçons – plus que des soupçons d’ailleurs – se portent sur deux jeunes néo-ruraux venus d’Europe de l’Est, Aurélik et Dora, locataires du Commodore, chez qui on retrouve des sommes improbables.

Dans la chambre obscure, R. K. Narayan

Ecrit par Patryck Froissart , le Mercredi, 27 Août 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Asie, Roman, La rentrée littéraire, Zulma

Dans la chambre obscure, traduit de l’anglais (Inde) par Anne-Cécile Padoux, 28 août 2014, 186 pages, 8,95 € . Ecrivain(s): R. K. Narayan Edition: Zulma

 

 

Le hasard du calendrier éditorial permet parfois de bien heureuses correspondances.

Lire Dans la chambre obscure de Narayan quelques semaines après avoir savouré Kumudini de Rabindranath Tagore est une coïncidence plaisante dont il faut remercier les éditions Zulma.

Savitri, l’héroïne de ce roman, est, comme Kumudini, une épouse indienne qui subit douloureusement les contraintes de la tradition socio-culturelle locale de totale soumission au mari et qui est tenue de souffrir sans broncher les moindres fantaisies de son « maître ».

La mise en relation de ces deux héroïnes offre au lecteur deux visions différentes et complémentaires, sur une thématique assez similaire, de la condition de la femme indienne dans la première moitié du 20e siècle (le roman de Tagore est paru en 1929, celui de Narayan en 1938).

Mauvais coucheur, Carl Hiaasen

Ecrit par Yan Lespoux , le Mercredi, 27 Août 2014. , dans Critiques, Les Livres, Polars, La Une Livres, USA, Roman

Mauvais coucheur (Bad Monkey, 2013), traduit de l’anglais (USA) par Yves Sarda, Éditions des Deux Terres, mai 2014, 393 p. 20 € . Ecrivain(s): Carl Hiaasen

 

On fait parfois, sous le coup de l’énervement, des choses que l’on regrette après. C’est le cas d’Andrew Yancy qui a sodomisé le mari de sa maîtresse avec un aspirateur portatif. Un acte irréfléchi qui lui vaut de perdre son insigne d’inspecteur de la police de Key West et d’être muté à la peu ragoutante « brigade des cafards » chargée d’effectuer les contrôles sanitaires des restaurants des Keys. Mais la découverte lors d’une partie de pêche, par un jeune couple en lune de miel, d’un bras humain, peut être pour Yancy l’occasion de retrouver son poste et, partant, de reprendre les kilos qu’il perd depuis qu’il visite les arrière-cuisines des restaurants floridiens. Une enquête clandestine et échevelée qui va le mener de Key West aux Bahamas et lui faire croiser nombre de personnages hauts en couleurs, à commencer par un singe, ex-star de cinéma, colérique et, par ailleurs, complètement pelé.

Viva, Patrick Deville

Ecrit par Philippe Chauché , le Mardi, 26 Août 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Seuil

Viva, août 2014, 208 pages, 17,50 € . Ecrivain(s): Patrick Deville Edition: Seuil

 

« Tout commence et tout finit par le bruit que font ici les piqueurs de rouille. Capitaines et armateurs redoutent de laisser désœuvrés les marins à quai. Alors le pic et le pot de minium et le pinceau. Le paysage portuaire est celui d’un film de John Huston, Le Trésor de la Sierra Madre, grues et barges, mâts de charge et derricks, palmiers et crocodiles ».

Patrick Deville, écrivain voyageur et voyageur écrivain, ordonne en astrophysicien la constellation de Viva. Dans le ciel du romancier, Trotsky, Malcom Lowry, mais aussi Cravan, Frida Calo, Diego Rivera, Artaud, André Breton, des assassins et des révolutionnaires, des amoureux, des tavernes, un volcan, des villes mexicaines et mille étoiles scintillantes. Tout l’art de l’écrivain est d’ordonner leurs rencontres, leurs rêves et leurs défis. Comme un marin sans désœuvrement, il pique l’Histoire de son crayon, pour en éliminer la rouille, ce poison qui la dévore au fil du temps : les falsificateurs, les mauvais écrivains, les historiens frileux et les lecteurs pressés. L’or apparaît alors, pur et mystérieux comme un volcan d’où se détachent par éclairs la figure brisée d’un écrivain révolutionnaire et celle d’un révolutionnaire écrivain assassiné.

A l’origine notre père obscur, Kaoutar Harchi

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Mardi, 26 Août 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Actes Sud, La rentrée littéraire

A l’origine notre père obscur, août 2014, 176 pages, 17,80 € . Ecrivain(s): Kaoutar Harchi Edition: Actes Sud

 

 

A l’origine notre père obscur, troisième roman de Kaoutar Harchi, jeune écrivain d’origine marocaine, explore la vaste thématique des rapports hommes/femmes en interrogeant cette fois leur violence à travers des voix féminines. Une violence qui, déjà inscrite dans les textes fondateurs de la culture judéo-chrétienne, n’est pas spécifique aux sociétés arabo-musulmanes, et ne s’avère pas non plus le seul fruit de la domination masculine sur le corps des femmes. Ces dernières en effet, gardiennes acharnées de la tradition, sont le principal relais d’une violence révélant l’ampleur de la répression sexuelle et de l’asservissement des femmes mais aussi de la misère sexuelle et affective des hommes dans une société verrouillée mortifère. Réussir à exister dans ce monde, à vivre, c’est à dire à « prendre son élan et sauter dans le vide » nécessite ainsi un courageux « travail sur soi » pour pouvoir assumer le « vertige » de sa liberté.