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Critiques

La chute de Luis Ocaña dans le col de Menté – Christian Laborde (par Philippe Chauché)

Ecrit par Philippe Chauché , le Jeudi, 09 Avril 2026. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Poésie, Gallimard

La chute de Luis Ocaña dans le col de Menté – Christian Laborde – poésie – Préface d’Éric Fottorino – Gallimard – 56 p. – 10 euros – 12/03/26 . Ecrivain(s): Christian Laborde Edition: Gallimard

« Col de Menté, col de Dante, cercles de l’Enfer. La roue tourne. Christian Laborde a arrêté son stylo-sismographe au point de douleur. Là où se fige la grandeur. »

Éric Fottorino

« jeudi 8 juillet 1971 / le soleil est partout et l’ombre nulle part / Luis / tu réclamais la montagne la voici sous les roues / Luis / les cimes te voulaient elles t’ont / sur leur dos tu te meus et vous ne faites qu’un / ciel virages vélo tout est la même chose / tout se confond tout est apothéose »

Christian Laborde

« col de Menté / col de Menté menteur / maudit col de Menté / la montagne grelotte / maintenant c’est le grain / maintenant c’est la flotte / la drache la radée la rabasse la renâpée / celle que les bergers recourant au gascon / notamment chagat / et le T se prononce et lui-même fait peur »

Christian Laborde

Les trois vies d'Hector Bianciotti, René de Ceccatty (par Philippe Leuckx)

Ecrit par Philippe Leuckx , le Jeudi, 09 Avril 2026. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Biographie, Séguier

Les trois vies d'Hector Bianciotti, René de Ceccatty Séguier, 2026, 592 p., 25,90 euros. . Ecrivain(s): René de Ceccatty Edition: Séguier


Dans le droit fil de ses autres biographies copieuses (Morante, Pasolini, Leduc, Moravia, Maria Callas, Serge Tamagnot), l'essayiste creuse tous les sillons d'une vie, triple, objective, subjective, intérieure, ici sous le registre linguistique (origine italienne, langue espagnole, langue française), sans omettre toutes les facettes du personnage traité. Hector Bianciotti que notre auteur a connu comme ami, collègue chez Gallimard, fut romancier, éditeur, critique, personnalité influente dans le monde des lettres, académicien français, découvreur exceptionnel de jeunes talents (Niel, Guibert, Moses).
Mais évoquer cette complexe figure des lettres suppose une connaissance intime et plurielle, ce que René de Ceccatty maîtrise et partage avec les lecteurs.
Ce qu'il nous dit nous plonge d'abord dans l'histoire "extraordinaire" d'un fils de paysan, de langue espagnole, devenu, quittant son Argentine, après un temps d'errances (Madrid, Rome), un écrivain français reconnu (Prix Femina, entre autres) et qui siégera à l'Académie, aux côtés de son ami Angelo Rinaldi.

Fou de Paris, Eugène Savitzkaya (par François Baillon)

Ecrit par François Baillon , le Mercredi, 08 Avril 2026. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Poésie, Les éditions de Minuit

Fou de Paris, Eugène Savitzkaya Éditions de Minuit – Octobre 2023 144 pages – 17 € Edition: Les éditions de Minuit

Mais de quel fou nous parle-t-on exactement ? Telle se pose la question et demeure-t-elle à la lecture de cet ouvrage qui, sous couvert du sous-titre « roman », ne se présente pourtant pas de façon romanesque. Eugène Savitzkaya nous a déjà fait ce coup. Le poète s’y révèle bien davantage. Et quant à la question du fou, si son identité doit être recherchée, il se pourrait bien qu’elle se situe entre un fou universel, « un fou comme un autre », déambulant au sein de Paris assoupi dans sa période de confinement et de post-confinement : « Il ne faut pas oublier que la folie est contagieuse autant que la lèpre couronnée, le Covid-19, le choléra (…) et les révolutions de palais. » (p. 30/31)… entre un fou universel, donc, et Hégésippe Moreau, poète du XIXème siècle quelque peu oublié et peut-être rendu fou par son histoire personnelle.

Ne cherchons là ni intrigue ni progression narrative – cependant, nous conviendrons que toute personne folle ici connaîtra bien une progression, à tout le moins imaginative. Notre véritable guide est la poésie. Évidemment, le sens du titre nous convie autant à rencontrer un amoureux de Paris qu’à celui qui cherche à s’échapper de cette « cité d’impertinents » (p. 72), au point de flirter avec la démence. Parmi ces circonvolutions asphyxiantes autant que soutenues par un désir irrépressible d’ailleurs, quelques accents dénonciatifs parviennent à être placés : le sort des animaux est convoqué, par exemple…

Mélanippe la philosophe, Séverine Auffret (par Yasmina Mahdi)

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Mercredi, 08 Avril 2026. , dans Critiques, Les Livres, Essais, La Une Livres, Editions Des Femmes - Antoinette Fouque

Mélanippe la philosophe, Séverine Auffret, collaboration de Geneviève Javary, 352 p., éd. des femmes – Antoinette Fouque, avril 2026, 10€ Edition: Editions Des Femmes - Antoinette Fouque

Séverine Auffret (agrégée de philosophie, essayiste, couronnée du prix Simone Veil en 2018), exhume les traces effacées de la pensée philosophique des femmes dans l’Antiquité grecque. Et ce, à travers les fragments d’une œuvre d’Euripide (vers 480 avant J.-C.-406 avant J.-C.), intitulée Mélanippe la philosophe et Mélanippe la prisonnière. Le manuscrit d’Euripide, abîmé, quasi perdu, traite, dans son théâtre, d’une femme savante : « Mélanippe (…) une figure effacée - tronquée, morcelée, mutilée » ; une curieuse coïncidence de destins communs entre l’affirmation philosophique de la fiction poétique d’une femme de l’Antiquité à travers un texte théâtral et la quasi disparition de l’ouvrage original.

Séverine Auffret choisit ces textes (ce qu’il en reste), à un moment où la discipline savante (la philosophie) n’est pas encore définie. L’autrice relève comment « aux origines de la philosophie », les femmes ont été ridiculisées, évincées puis censurées et invisibilisées dans leur participation active à la littérature. À partir du grec ancien, Séverine Auffret démontre la façon dont le sens du vocabulaire, des mots, se métamorphose, « minore ou majore » le féminin. Elle démontre ainsi la manière dont les philosophes ont défini et genré les catégories, en instaurant leur « conformité », c’est-à-dire, une obligation à la soumission d’un unique décret.

L’Homme qui mit fin à l’histoire, Ken Liu (par Didier Smal)

Ecrit par Didier Smal , le Lundi, 06 Avril 2026. , dans Critiques, Les Livres, Science-fiction, La Une Livres, USA, Roman

L’Homme qui mit fin à l’histoire, Ken Liu, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Sylvie Denis, Le Bélial’, coll. « Une Heure-Lumière », août 2016, 112 pages, 9,90 €

 

Ken Liu est un auteur spécialisé dans le récit court de science-fiction, mais avec un talent rare pour transformer une brève histoire en une méditation sur l’un ou l’autre sujet, souvent notre rapport à nous ou à l’Autre, ou notre rapport au langage. Ainsi, je tiens la nouvelle Le Jardin de poussière pour l’une des plus belles réflexions qui soient relatives à ce qu’est l’art, à sa raison d’être dans l’Univers. Et le texte en coda de L’Armée de ceux que j’aime est une merveille absolue de prose poétique. Au passage, ajoutons que Ken Liu multiplie les procédés narratifs, comme s’il était à la recherche de l’expression ultime.

Pour L’Homme qui mit fin à l’Histoire, le procédé est celui du documentaire, avec une langue donc plutôt plate mais extrêmement précise, genre oblige ; cette longue nouvelle (ou ce bref roman – une novella, pour reprendre le terme anglo-saxon ?) se présente comme la retranscription fidèle des propos tenus par les participants à un documentaire du même titre que la nouvelle.