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Critiques

Le poids du cœur, Rosa Montero

Ecrit par Marc Ossorguine , le Mercredi, 10 Février 2016. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Espagne, Métailié

Le poids du cœur, janvier 2016, trad. espagnol Myriam Chirousse (El peso del corazón, Seix Barral), 357 p. 22€ . Ecrivain(s): Rosa Montero Edition: Métailié

 

Rosa Montero sait avec adresse naviguer d’un genre littéraire à l’autre et a un certain goût pour les récits qui permettent d’interroger le présent et le destin de l’humain en nos temps incertains et passablement troublés. C’est ainsi qu’elle s’est glissée il y a quelques années dans la peau de Bruna Husky, la réplicante de combat, mi-humaine mi-machine, femme d’action soumise à la violence de ses propres questionnements sur la vie – sa vie de « rep », limitée à 10 années et construite sur une mémoire fabriquée par d’autres – mais aussi habitée d’une colère permanente contre les violences mises en œuvre, intentionnellement ou pas, par un gouvernement mondial élitiste et manipulateur qui contrôle étroitement l’information comme les personnes, humaines ou non-humaines.

Encombrée et soutenue par les faux souvenirs que son mémoriste a programmés en elle, Bruna est obsédée par le compte à rebours des jours qui lui restent à vivre (3 ans, 10 mois et 14 jours au début du récit), et fréquente plus d’humains que de « reps », malgré toutes les douloureuses ambiguïtés qu’il peut y avoir dans l’attachement entre humains et reps.

La Fayette, Jean-Pierre Bois

Ecrit par Vincent Robin , le Mercredi, 10 Février 2016. , dans Critiques, Les Livres, Livres décortiqués, La Une Livres, Histoire, Perrin

La Fayette, août 2015, 496 pages, 24 € . Ecrivain(s): Jean-Pierre Bois Edition: Perrin

 

Convoquée par des personnalités historiques dont la notoriété résonne encore, l’exploration du passé révèle quelquefois des situations qui préfigurent étonnamment les marques de notre actualité. Le président Obama faisant tout récemment l’éloge d’une alliance séculaire mais primordiale entre les Etats-Unis et la France, puis, la question de la bi-nationalité refaisant surface à travers un débat national subit et prometteur de houle, illustrent aujourd’hui d’assez près ce genre de coïncidences curieuses.

En ajoutant également à ces deux faits sans relation très pertinente, celui a priori tout aussi peu corrélatif de la mise à la mer récente d’un navire français rebaptisé L’Hermione et qui effectuait il y a peu un très symbolique pèlerinage outre-Atlantique, la magie du rebondissement mémoriel opérait ainsi tout dernièrement de façon étrange.

Rouge vive, Estelle Fenzy

Ecrit par Pierre Perrin , le Mercredi, 10 Février 2016. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Poésie

Rouge vive, éditions Al Manar, 2016, poèmes avec des dessins de Karine Rougier, 68 pages, 15 € . Ecrivain(s): Estelle Fenzy

 

Estelle Fenzy marie brièveté et fermeté de l’écriture. Pour être bref, son vers n’en est cependant pas moins plein, plein de sens ; et le poème qu’il lève, de sensations. Elle a renoncé, pour ce recueil éminemment construit, à la ponctuation, à la seule exception d’un point d’interrogation, page 43. On verra pourquoi. La quatrième de couverture annonce, en 3 lignes : « Une histoire d’amour. Chacune à leur tour deux voix pour la dire. Et les berges de la rivière où poussent les rosiers sauvages ».

La première partie, délivrée par la voix d’un garçon, pose le décor de terre et de rivière, l’attente, entremêle le rêve éveillé, le souvenir déjà de l’enfant en butte à la solitude.

La seconde partie tisse la douleur féminine, celle d’une femme dont le promis a été fauché à la guerre et dont la mémoire reste « emmurée dans sa bouche ». Sa fille apparaît ensuite et nous donne à découvrir, dans le filigrane de cette nature, un homme plus âgé qui fait penser à Nouvelle histoire de Mouchette de Bernanos, avec « à sa ceinture // un faisan colleté /pendu par les pieds ».

Ce qui reste après l’oubli, Alain Duault

Ecrit par France Burghelle Rey , le Mardi, 09 Février 2016. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Poésie, Gallimard

Ce qui reste après l’oubli, 143 pages, 17,75 € . Ecrivain(s): Alain Duault Edition: Gallimard

 

Le troisième volet du triptyque d’Alain Duault mériterait bien que son titre soit éponyme de cet ensemble de près de 400 textes car il énonce un paradoxe que développe l’œuvre toute entière et qui s’exprime, en effet, dès le premier recueil, Une hache pour la mer gelée. Déjà, en effet, la répétition des thèmes, les récurrences de mots, les assertions métaphoriques, les questionnements de l’incipit à la chute des quinzains permettent de comparer le travail du poète au ressac de la mer devant laquelle il aime travailler. C’est sans doute devant elle qu’il a évoqué les horreurs de la guerre qui l’ont marqué au point qu’il en est arrivé à écrire : « la guerre, c’est moi ». Mais, dès les premiers textes, il s’était, à l’inverse, rappelé les bons souvenirs comme, dans cette description au présent, où, à propos de la femme aimée, il parle de « la ligne de ses cheveux ou cette manière de monter son cheval bai ». Dans les nombreux passages consacrés à celle qui n’est plus et qu’il fait revivre ici, le poète hésite, sans aucun doute volontairement, entre l’emploi du temps présent et celui des temps du passé en les faisant alterner d’un chapitre à l’autre et même d’un texte à l’autre.

Le fou, Raffi

Ecrit par Guy Donikian , le Mardi, 09 Février 2016. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Pays de l'Est, Roman

Le fou, éd. Bleu Autour, trad. arménien Mooshegh Abrahamian, 392 pages, 15 € . Ecrivain(s): Raffi (Hakob Melik Hakobian)

 

 

« Bayazed était assiégée. Des Turcs, des Kurdes, des Tsiganes, des Djoulo et plus de vingt mille bachi-bouzouks s’étaient joints dans une grande confusion aux troupes régulières turques. La ville, encerclée, à demi détruite, n’était plus qu’un immense brasier. Les maisons des arméniens chrétiens étaient vides. Leurs habitants avaient été passés au fil de l’épée ou faits prisonniers par les barbares. Rares étaient ceux qui étaient parvenus à fuir jusqu’à la ville frontière de Magou, en territoire perse ».

Ainsi commence le roman de Raffi, l’écrivain arménien du 19ème siècle. Le roman a pour cadre la guerre russo-turque de 1877-1878, guerre au cours de laquelle Turcs et Kurdes perpétrèrent des massacres sur les Arméniens. Le prétexte de cette guerre fut idéal pour accuser les Arméniens d’intelligence avec l’ennemi, les Russes, pour désarmer les sujets arméniens, puis pour les massacrer, ou les enrôler dans l’armée turque au front.