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Critiques

Tacite, Pascal Boulanger

Ecrit par Marie-Josée Desvignes , le Jeudi, 30 Avril 2015. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Poésie, Flammarion

Tacite, Pascal Boulanger, Flammarion, 2001, 109 pages . Ecrivain(s): Pascal Boulanger Edition: Flammarion

 

Comment rendre par la poésie ce réel le plus désabusé de nos contemporains sur notre époque ? Comment dire ses obsessions, ses faux-semblants dans lesquels nous vivons, feignant d’avancer alors que nous nous enferrons de plus en plus dans le nihilisme ?

En réalité, pour Pascal Boulanger, la poésie est ce lieu où se réfléchit l’histoire mais une histoire toujours en devenir, jamais certaine, jamais fixée, et ce serait plutôt dans un refus obstiné du nihilisme contemporain que l’écriture de Pascal Boulanger, portant un regard d’une extrême lucidité, cherche avant tout à célébrer l’humain pour peut-être tenter de le sauver. C’est une poésie du réel ancrée au cœur de l’émotion et non l’inverse, une émotion, celle du poète, à dire toujours et sans ménagement la difficile ascension de l’homme, sa difficulté à sortir de son état d’être rampant dans le verger. Derrière les défaites toujours plus nombreuses de la pensée et de l’action, où en sommes-nous dans la fraternité et la terreur toujours complices ? Paroles intemporelles et qui résonnent très fort dans notre actualité ! Ce texte écrit en 2001 réactive et prolonge, dès les premiers vers, la vulnérabilité de ce monde plongé dans l’angoisse, tentant de se donner tous les courages, espérant encore une lumière quelque part :

La Peinture et son Ombre, Jean-Claude Schneider

Ecrit par Philippe Chauché , le Jeudi, 30 Avril 2015. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Poésie, Arts

La Peinture et son Ombre, L’Atelier contemporain, mars 2015, 208 pages, 20 € . Ecrivain(s): Jean-Claude Schneider

 

« La vue m’est venue avant la parole, avant toute autre chose. Elle est mon premier effleurement du monde. Vivre, dès lors, c’est ne plus interrompre mon regard, être dans l’incapacité de redevenir aveugle ».

L’écrivain ne fait pas que regarder les toiles, les dessins, les gravures, les ardoises, les aquarelles, les vitraux, il les voit, c’est alors qu’il peut écrire. La Peinture et son Ombre est un livre de voyant – Je dis qu’il faut être voyant, se faire voyant (1) –, de l’œil à la langue, il y a un livre et des peintres. La littérature et son Ombre, la peinture et sa Lumière, le bel agencement des mots est là pour vérifier tout cela.

« Je l’ai longtemps regardée, cette gravure : sinuosité de la ligne qui creuse le relief des nuées, hachures obliques de la pluie, l’eau recueille la lumière, l’humanise après l’orage qui s’éloigne, mais cruelle demeure la blancheur au-dessus des trois arbres ».

L’œuvre poétique, Giorgio Caproni

Ecrit par Marc Michiels (Le Mot et la Chose) , le Jeudi, 30 Avril 2015. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Poésie, Galaade éditions, Italie

L’œuvre poétique, trad. de l’italien par Isabelle Lavergne, Jean-Yves Masson, Philippe Renard, Bernard Simeone, 1024 pages, 45 € . Ecrivain(s): Giorgio Caproni Edition: Galaade éditions

 

« Tout dit le renoncement qui conduit vers le Même. Le renoncement ne prend pas, mais il donne. Il donne la force inépuisable du Simple. Par l’appel, en une lointaine Origine, une terre natale nous est rendue ».

Martin Heidegger, Le Chemin de campagne, in. Questions III et IV

 

Le Poème de Caproni est un Homme qui doute de sa propre histoire, une « pOeuvretique » (contraction de L’œuvre poétique), un esprit, une parole athéologie, condition nécessaire du vide pour vivre son humanité et entièrement placée sous le signe de l’adieu, non pas à Dieu, mais de la non-existence de Dieu, puisqu’il n’est plus !

Ce que nous portons, Dorianne Laux

Ecrit par Vincent Motard-Avargues , le Jeudi, 30 Avril 2015. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, USA, Poésie

Ce que nous portons, éd. du Cygne, 2014, traduit de l’anglais (USA) par Hélène Cardonna, 64 pages, 10 € . Ecrivain(s): Dorianne Laux

 

Voila un recueil de poèmes en vers, sobres, sans fioritures. Soixante pages de la vie d’une femme. Américaine. Dont les voisins ne savent sans doute pas grand-chose. L’essentiel. La base superficielle de son appartenance à leur communauté. Possible qu’ils ignorent son talent de poète.

« Digression ! Digression ! Digression ! »

Il arrive peut-être plus vraisemblablement que ces voisins, ces inconnus familiers, la voient chasser des chats qui se disputent sous sa fenêtre, en pleine nuit, quasi nue. Ou bien est-ce elle qui rêve ? ou l’a-t-elle fait un autre jour,  une autre nuit, cette danse du balai qui miaule et feule ?

Parfois, la poète peut confondre les jours, les nuits ; la vie tourne en rond, le réel se rêve, ou l’inverse, peu importe ; mais dans ces heures-là, elle affronte sa solitude affective, ce qui, sans paradoxe, la rend complice des autres, tous les autres.

Elle est cette femme, seule, qui, parfois, roule sur la route déserte d’un village paumé, perdu dans la chaleur, sa solitude. Et qui décrit sa vie, la vie, dans ses moindres détails, comme la liste exhaustive du vide qu’on tente vaguement, vainement, de combler.

Tous les hommes sont des causes perdues, Mabrouck Rachedi

Ecrit par Pierrette Epsztein , le Mercredi, 29 Avril 2015. , dans Critiques, Les Livres, Livres décortiqués, La Une Livres, Roman, L'Âge d'Homme

Tous les hommes sont des causes perdues, mars 2015, 228 pages, 19 € . Ecrivain(s): Mabrouck Rachedi Edition: L'Âge d'Homme

 

C’est la chanson de Christophe, Les mots bleus, qui sert d’exergue au nouveau roman de Mabrouck Rachedi, Tous les hommes sont des causes perdues. Cela paraît tout à fait pertinent. Mais les paroles d’une autre chanson celle de Cora Vaucaire peuvent nous revenir en tête lancinantes : « Plus je repense à nos amours/ A ses bonheurs et à ses peines/ Plus je me dis que tu avais/ Le génie de la mise en scène/ Comme au théâtre/ Comme au théâtre. Comme au théâtre, comme au théâtre ».

En effet c’est une pièce de théâtre qui se déroule devant nos yeux dès que nous ouvrons ce roman. Une pièce en quatre actes. L’intrigue prend son envol juste avant l’engagement définitif des deux amoureux. Le premier acte est un court prologue qui met en place la situation. Deux personnages, Adam et Sofia, s’aiment et sont à deux jours de leur mariage. Le deuxième acte est un long monologue où Adam se raconte et raconte à la première personne tous les prémisses de cette histoire. Le troisième acte Sofia, à son tour, déroule sa vision de la vie et de l’amour. En quelques pages, le quatrième acte conduit au dénouent où l’auteur dévoile le fin mot de ce récit.