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Critiques

Cassandra, Todd Robinson

Ecrit par Yan Lespoux , le Mercredi, 02 Septembre 2015. , dans Critiques, Les Livres, Polars, La Une Livres, USA, Gallmeister, La rentrée littéraire

Cassandra (The Hard Bounce), août 2015, trad. de l’anglais (USA), par Laurent Bury, 380 pages, 17,50 € . Ecrivain(s): Todd Robinson Edition: Gallmeister

 

« Junior se dirigea vers eux à grands pas, la colère lui donnait un coup de soleil irlandais.

– Je vais te tuer et t’enculer après, tapette !

Je n’étais pas sûr que Junior pensait ce qu’il disait, mais je lui emboîtais le pas.

– Ouais, il est pas gay, c’est juste qu’il aime enculer les morts.

Dans les grands rétroviseurs, je vis la peur sur le visage de Mulet. Tout à coup, il se pencha pour ramasser quelque chose. J’étais à peu près sûr que ce n’était pas un chaton ».

Ainsi va la vie pour Boo et Junior, videurs du Cellar, boîte miteuse de Boston, et pas vraiment des prix Nobel de la Paix. Jusqu’au jour où les deux amis inséparables depuis l’orphelinat sont contactés par le procureur de la ville qui voudrait récupérer discrètement sa fille fugueuse. Dès lors, leur vie pas vraiment fabuleuse va devenir carrément dégueulasse.

La faille, Isabelle Sorente

Ecrit par Fabrice del Dingo , le Mardi, 01 Septembre 2015. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Jean-Claude Lattès, La rentrée littéraire

La faille, septembre 2015, 520 pages, 20 € . Ecrivain(s): Isabelle Sorente Edition: Jean-Claude Lattès

 

Lucie de l’amère mort

Comme Musset résumant Lorenzaccio dès la première scène de sa pièce, Isabelle Sorente dévoile l’intrigue de son roman dans ses deux premières pages. Car La faille, qui se déroule entre 1988, année où Mina et Lucie se rencontrent, et 2014, qui voit la mort du pervers manipulateur que Lucie a épousé, est savamment construit.

Dès leur premier regard – Mina la narratrice a presque 16 ans et Lucie la fille aux cheveux d’or 12 – elles savent que leur amitié appartiendra à l’espèce rare de celles qui durent toute la vie. Une de ces amitiés passionnées qui ressemblent à de l’amour. « Les yeux de Lucie, à vrai dire, n’étaient pas bleus, ils avaient la couleur d’un lac en automne, reflétant un ciel gris ».

Lucie est à la fois sombre et lumineuse, esclave et libre. D’une beauté sidérante, « sauf sous un certain angle, quand elle tirait ses cheveux en queue-de-cheval, alors ses paupières rondes et ses sourcils très pâles la faisaient ressembler à un batracien ».

La Colline des Potences, Dorothy M. Johnson

Ecrit par Didier Smal , le Mardi, 01 Septembre 2015. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, USA, Nouvelles, Gallmeister

La Colline des Potences, juin 2015, trad. de l’américain par Lili Sztajn, 301 pages, 10 € . Ecrivain(s): Dorothy M. Johnson Edition: Gallmeister

Regardez une photo de Dorothy M. Johnson (1905-1984) : il s’agit d’une honorable et américaine grand-mère à lunettes, dont la chevelure est sculptée d’impeccable façon, comme ça se faisait durant les années cinquante ou soixante ; on l’imagine auteur de romans à l’eau de rose. Ouvrez un livre de Dorothy M. Johnson, et voici qu’apparaît un tout autre univers narratif : la sauvagerie de l’Amérique de la Frontière se révèle, vous entrez de plain-pied dans un monde d’hommes rudes habiles avec un Colt ou un lasso à la main, et pourtant disposés à déposer leur cœur aux pieds d’une femme assez courageuse pour mener la vie des pionniers ; vous avez l’impression de lire les romans des films diffusés le mardi soir sur FR3 durant La Dernière Séance chère à Eddy Mitchell. D’ailleurs, ce n’est probablement pas qu’une impression : la longue nouvelle La Colline des Potences, extraite du recueil du même titre (1957), fut adaptée pour le cinéma en 1959, avec Gary Cooper dans le rôle masculin principal, et rien n’interdit de supposer que ce film eut les faveurs d’Eddy Mitchell durant les années quatre-vingt. D’ailleurs, pour en finir avec les rapports entre Dorothy M. Johnson et le cinéma, il n’est que d’ajouter qu’elle co-écrivit le scénario d’Un Homme Nommé Cheval (1970) et qu’une autre de ses nouvelles s’intitule The Man Who Shot Liberty Valance (1953), et on a plus ou moins fait le tour de la question.

À Lisbonne j’ai pensé à toi, Luiz Ruffato

Ecrit par Benjamin Dias Pereira , le Mardi, 01 Septembre 2015. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Amérique Latine, Roman

À Lisbonne j’ai pensé à toi, éd. Chandeigne, mars 2015, trad. du portugais (Brésil) par Mathieu Dosse, 112 pages, 16 € . Ecrivain(s): Luiz Ruffato

 

Quasi-documentaire sur l’immigration vécue de l’intérieur, À Lisbonne j’ai pensé à toi s’intéresse à l’individu, et par conséquent à la vie de Serginho, un Brésilien de Cataguases (Minas Gerais) qui finira par quitter son pays pour le Portugal. Les deux chapitres, Comment j’ai arrêté de fumer et Comment j’ai recommencé à fumer, forment ainsi les temps du récit et du voyage.

La première partie est celle de la prise de décision et du départ. Homme modeste, Serginho a cumulé les mauvais choix, notamment celui de sa femme plutôt imposée, cette dernière s’avère folle, et la famille de cette dernière est opportuniste. Notre héros doit lui-même composer avec sa propre sœur et sa mère, ou encore avec son fils dont il perd vite la garde. Encouragé par un ami, médecin, Serginho arrête de fumer et également exhorté par son entourage, il se décide à quitter le Brésil pour l’Europe, sorte de terre promise, notamment Lisbonne et le Portugal. Galvanisé par tous et la fortune à venir, Serginho se prend à rêver de partir là-bas pour mettre de l’argent de côté, revenir riche au Brésil, et ainsi devenir rentier et offrir un avenir à son fils et même se voir appeler Sergio ou encore M. Sergio. Les clichés sur l’Europe et le Portugal sont alors présents, montrant davantage leur méconnaissance.

Djibouti, Pierre Deram

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Lundi, 31 Août 2015. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, La rentrée littéraire, Buchet-Chastel

Djibouti, août 2015, 120 pages, 11 € . Ecrivain(s): Pierre Deram Edition: Buchet-Chastel

Dès son titre Djibouti réveille tout un imaginaire collectif au parfum fabuleux et sulfureux d’exotisme et d’aventure, renvoyant le lecteur aux nombreux écrivains et poètes qui célébrèrent ce petit pays « coincé entre un désert immense et un océan rouge » à l’entrée de la Corne d’Afrique. Un territoire mythique aux paysages contrastés semblant émerger du chaos primitif, qui fut le premier et le dernier fleuron de l’Empire colonial français. Mais Pierre Deram resserre son angle d’approche tout en l’élargissant à l’échelle de l’univers.

D’emblée il se focalise sur la ville-même de Djibouti, ville métaphorique perdue dans une vaste étendue silencieuse de blancheur pétrifiée, de sel, de gravats et de poussière, dans un « immense tas sans cohérence » d’une violente nudité : dans un « océan de néant ». Une ville desséchée, écrasée de soleil, piégée dans le « premier cercle d’une spirale de mort », et dont les fantômes s’animent dans une nuit grouillant d’« agitation secrète », « pleine de couleurs grandioses et de torrents de rêves ». Et il braque son projecteur sur la ville nocturne et militaire où « l’ivrognerie et la tension sexuelle sont partout palpables », sur un monde de soldats « damnés, ignobles jusqu’au bout des ongles » et sur les femmes et les filles qu’ils entraînent dans leur naufrage, sans oublier le chien domestique Snoopy (clin d’œil au chien de Charlie Brown qui dans la BD Peanuts se rêve légionnaire).