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Critiques

Un air de liberté, Variations sur l’esprit du XVIIIe siècle, Chantal Thomas

Ecrit par Guy Donikian , le Samedi, 05 Juillet 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Biographie, Récits, Payot Rivages, Histoire

Un air de liberté, Variations sur l’esprit du XVIIIe siècle, mars 2014, 304 pages, 19,50 € . Ecrivain(s): Chantal Thomas Edition: Payot Rivages

 

Nous aurions tort de considérer notre 20ème siècle comme celui d’un individualisme lié à une solitude de tous les instants. Nous ne sommes en aucun cas les créateurs de cet état d’esprit qui voulant absolument se dégager de toute contrainte nous conduit inévitablement à nous comporter en « esprit rebelle et vagabond ». Quant à considérer que le 18ème siècle n’est que celui d’une liberté chèrement acquise, ce sont là deux écueils que Chantal Thomas nous permet d’éviter avec cet essai particulièrement roboratif.

Il ne s’agit donc pas ici de refaire l’apologie des idéaux qui ont conduit à la Révolution, mais plutôt de repérer les traces d’un esprit de liberté singulière, d’une liberté qui ne s’enracine dans aucun dogme, qui tend seulement à affirmer la primauté de chacun, fût-ce au détriment de ces fameux idéaux de liberté. Parce qu’il ne s’agit plus d’un esprit de liberté, non plus d’un esprit révolutionnaire, mais d’un esprit libertin et/ou libertaire.

Une affaire de trois jours, Michael Kardos

Ecrit par Yan Lespoux , le Samedi, 05 Juillet 2014. , dans Critiques, Les Livres, Polars, La Une Livres, Série Noire (Gallimard)

Une affaire de trois jours (The Three-Day Affair, 2013), traduit de l’anglais (USA) par Sébastien Guillot, mai 2014, 275 pages, 20 € . Ecrivain(s): Michael Kardos Edition: Série Noire (Gallimard)

 

Comme tous les ans, Will, Nolan, Jeffrey et Evans, anciens camarades de l’université de Princeton ayant eu des fortunes diverses, doivent se retrouver le temps d’un week-end pour jouer au golf et se remémorer leur jeunesse étudiante. Cette année c’est chez Will, le narrateur, musicien et ingénieur du son dans une petite ville du New Jersey que les amis ont prévu de se voir. Mais dès le premier soir, Jeffrey, patron d’une start-up qui l’a rendu riche avant de le ruiner, entre dans un drugstore le temps d’un achat et en ressort avec la caissière que, sur un coup de tête, il vient de braquer et de kidnapper. Will, et Nolan, candidat à un poste de sénateur dans le Missouri, se trouvent entraînés avec lui dans cette folie dans les jours qui vont suivre.

« Ça aurait pu ne pas arriver – l’enlèvement et tout ce qui s’est passé ensuite. C’est ce qui me navre le plus, même maintenant ». Une phrase d’ouverture qui en dit déjà long, à commencer par le fait que si les protagonistes sont tous issus de Princeton, ils n’en sont pas moins de sacrés crétins et que cette affaire ne les a d’évidence pas rendus plus intelligents. C’est sans doute là la plus grande faiblesse de ce roman : il est nécessaire d’accepter l’idée que les personnages que l’on a en face de soi sont des idiots et ont agi en conséquence.

Ingrédients pour une vie de passions formidables, Luis Sepúlveda

Ecrit par Victoire NGuyen , le Samedi, 05 Juillet 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Amérique Latine, Roman, Métailié

Ingrédients pour une vie de passions formidables, traduit de l’espagnol (Chili) par Bertille Hausberg, avril 2014, 144 pages, 16 € . Ecrivain(s): Luis Sepulveda Edition: Métailié

 

L’autre Sepúlveda


Ingrédients pour une vie de passions formidables présente au lecteur un Luis Sepúlveda, chez lui, débarrassé de sa plume. Le livre s’ouvre sur une réunion de famille autour d’un repas où sont réunis enfants et petits-enfants. Luis Sepúldeva accède ici au rang de patriarche et on l’appelle par respect le Viejo.

Le récit est présenté comme une conversation avec le lecteur. Les chapitres sont courts. L’auteur aborde tous les sujets du quotidien. Il évoque ses années auprès de Salvador Allende et l’admiration qu’il nourrit depuis toujours pour cette figure politique. Il confie aussi sa relation difficile et ambivalente envers le Chili mais aussi envers l’Espagne, son pays d’accueil. Fidèle à sa position d’écrivain engagé, il dénonce les malversations financières et la corruption qui faisaient loi avant que la bulle financière n’éclate en Espagne.

Du pétrole sur l’eau, Helon Habila

Ecrit par Victoire NGuyen , le Vendredi, 04 Juillet 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Afrique, Roman, Actes Sud

Du pétrole sur l’eau, traduit de l’Anglais (Nigeria) par Elise Argaud, avril 2014, 289 pages, 22,80 € . Ecrivain(s): Helon Habila Edition: Actes Sud

 

La malédiction de l’or noir


Rufus est un jeune journaliste qui accepte une mission périlleuse, celle de retrouver une anglaise, enlevée par les rebelles, et de la ramener à son mari.

« Les jours précédents, il avait vu son visage accolé à celui de son épouse dans les journaux et à la télévision. Un ingénieur britannique travaillant pour une compagnie pétrolière, dont la femme, sortie seule, n’était jamais revenue – elle avait dû être enlevée par les rebelles ».

Accompagné de son ami et mentor, Zaq, un journaliste expérimenté et alcoolique, Rufus entame une descente du delta du Niger sur la piste de ces kidnappeurs. La description des vingt premières pages est retentissante tant par son style que par son contenu. En effet, Helon Habila se sert des mots comme d’un appareil photographique. Ses mots colorent de noir la nature du pays de l’or noir : le Nigéria. Même si le terme « écocide » n’est jamais prononcé, le lecteur ne peut que constater le désastre causé par le pétrole et les torchères à la nature et aux hommes.

Pierrot en mal de lune, Jung Young-Moon

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Vendredi, 04 Juillet 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Asie, Roman

Pierrot en mal de lune, traduit du coréen par Choe Ae-young et Jean Bellemin-Noël (Munhak dongme, 2004), Editions Decrescenzo, 252 pages, 19 € . Ecrivain(s): Jung Young-Moon

 

 

Pierrot en mal de lune, publié en 2004 par l’écrivain coréen Jung Young-Moon, est le singulier récit d’un héros d’une soixantaine d’années apparemment ordinaire mais étonnamment hors du commun. Cet homme solitaire quoique doté d’une famille, indécis et même contradictoire, indolent et contemplatif, a le chic pour inventer des histoires et on pourrait le penser égoïste, indifférent et lunatique.

Mais il « souffre de graves insomnies » et semble dans un état  d’« intranquillité » qui n’est pas sans renvoyer à Bernardo Soares, le héros et double de Fernando Pessoa. « Les pensées qui se frottent sans arrêt dans [sa] tête » – introspection poussée et méditations infinies – ainsi que les souvenirs peu fiables, flous ou détaillés qui jaillissent soudain et se superposent, les visions fugitives, les images et les scènes sans cesse fabriquées par son esprit, ne lui laissent en effet aucun repos.