Identification

Critiques

Cueillette matinale, Martine Rouhart

Ecrit par Patrick Devaux , le Vendredi, 29 Juin 2018. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Poésie

Cueillette matinale, éditions Demdel, mai 2018, 67 pages, 10 € . Ecrivain(s): Martine Rouhart

 

La multi romancière, notamment récemment de La Solitude des étoiles(éd. Murmure des soirs), se jette à corps perdu dans une tendre poésie avec une profondeur que ne laisse pas soupçonner le titre.

Martine pratique la discrétion comme un oiseau le vol.

Son instinct va au-delà du poème, au-delà d’une cage aux ailes grandes ouvertes comme elle ouvre ses bras : « s’évader de toutes les cages, s’attaquer au vide », nous dit-elle. Cette attitude m’a fait penser à celle de Catherine Deneuve dans La Sirène du Mississipi, un film de François Truffaut de 1969 où l’héroïne attend avec une cage à oiseaux sur un quai portuaire… La cage et l’oiseau : la liberté et son contraire… dans un même mouvement… l’important étant le moment où quelque chose ou quelqu’un intervient au niveau de l’ouverture, au niveau de l’échappatoire…

Son coup d’essai poétique est derechef un coup de maître : éloquence mesurée des mots, simplicité ouverte à des poésies suggérées davantage qu’écrites. Cela rend son secret intérieur encore mieux lumineux et participatif : « c’est l’heure du voyage muet au fond de soi/ l’heure de retrouver les absents ».

Hommage à Philip Roth (5) : Le rabaissement

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 28 Juin 2018. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, USA, Roman, Folio (Gallimard)

Le rabaissement (The humbling), trad. de l'anglais (USA) par Marie-Claire Pasquier, décembre 2011, 122 p. 13,90 € . Ecrivain(s): Philip Roth Edition: Folio (Gallimard)

 

Un livre de Philip Roth n’est jamais un livre parmi ses autres livres. C’est un polygone de plus dans la toile tissée par le maître, une pièce de plus placée dans le puzzle – l’unique puzzle – bâti, pièce après pièce, depuis des décennies. Avec, comme tous les grands obsessionnels que sont toujours les grands écrivains, des thèmes récurrents, des « idées fixes » : ici, dans « le rabaissement », celui probablement qui domine l’œuvre de Roth, la boucle fatale du corps. Autour de l’Arc d’Héraclite : « l’Arc porte le nom de vie, mais son œuvre c’est la mort ».

Aussi « ne pas aimer » un livre de Roth, ou trouver – ça s’est lu à propos de « le rabaissement » - que « c’est un livre moins fort que les autres », c’est simplement passer à côté du projet, de la vie, de la passion littéraire de Roth. C’est aussi et surtout passer à côté de l’unicité d’une entreprise esthétique. Dans un tableau de maître, on ne trouve pas que le coin en bas à gauche est plus faible que le reste : le tableau est un discours indissociable, indivisible. Il en est de même de l’œuvre de Philip Roth : chaque élément constitue le sens esthétique de l’œuvre entière. Chaque élément est synecdoque.

Je ne suis que le regard des autres, Alain Marc

Ecrit par Carole Darricarrère , le Jeudi, 28 Juin 2018. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Nouvelles

Je ne suis que le regard des autres, Z4 éditions, avril 2018, 65 pages, 12€ . Ecrivain(s): Alain Marc

 

Charité au loup

solitaire

Ni effet de gorge ni effet de style : c’est indélébile

Çà colle à la grolle comme à la peau : un fond de province çà colle au goulot

Nausée le cœur : beauf c’est glauque

LA RÉALITÉ

est une potion amère

c’est moi qui vous le dis

La Confession, John Herdman

Ecrit par Patryck Froissart , le Mercredi, 27 Juin 2018. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Iles britanniques, Roman, Quidam Editeur

La Confession (Ghostwriting), avril 2018, 184 pages, 20 € . Ecrivain(s): John Herdman Edition: Quidam Editeur

 

Léonard Balmain, journaliste écossais, écrivain sans succès est contacté par Torquil Tod, un personnage trouble, qui le charge contre rétribution de rédiger sa biographie.

Tod raconte sa vie, Léonard prend des notes puis en fait un récit, dont il soumet à intervalles réguliers le déroulement à Tod, ce qui donne lieu à d’intéressantes discussions et interrogations sur les statuts respectifs d’auteur, de narrateur, de personnage, sur leurs interrelations, sur ce qui est dicible et ne l’est pas dans un récit biographique, sur ce que l’individu sujet de la biographie veut bien dire et ce qu’il cherche à cacher, sur les raisons pour lesquelles il décide de mettre sa vie en narration, sur la distance entre le dit et le non-dit, sur les omissions, volontaires ou non, sur les mensonges, sur ce que le narrateur voudrait savoir pour donner à son personnage toute l’épaisseur qu’il considère littérairement nécessaire, sur la limite entre biographie brute, biographie romancée, autobiographie, roman biographique…

La Pension Eva, Andrea Camilleri

Ecrit par Philippe Leuckx , le Mercredi, 27 Juin 2018. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Métailié, Italie

La Pension Eva, mai 2018, trad. italien Serge Quadruppani, 144 pages, 9 € . Ecrivain(s): Andréa Camilleri Edition: Métailié

 

Pour ses quatre-vingts ans, le romancier sicilien d’Agrigente s’inventa une enfance en plein conflit mondial. Le livre paru en français en 2007 est réédité pour notre plus grand bonheur. Ici s’allient humour, truculence, joie de raconter, découvertes propres à l’adolescence, éveil à la sensualité, à la sexualité…

Nené – double sans doute du romancier – et ses copains Ciccio et Jacolino, pour qui la maison de passe « Pension Eva » devient un terrain de jeu, traversent cette période troublée – on gagne souvent les abris – à l’ombre des jeunes femmes et filles en fleurs. La Pension change de filles comme de chemises : tous les quinze jours, dans les belles semaines et beaux jours, une nouvelle « fournée » et ça fait le bonheur des locaux, des militaires, des jeunes oisifs, vitelloni siciliens, futurs étudiants palermitains.