Identification

Critiques

Il fait nuit chez les Berbères, Mohamed Nedali (par Abdelmajid Baroudi)

Ecrit par Abdelmajid Baroudi , le Dimanche, 15 Juin 2025. , dans Critiques, Les Livres, Essais, La Une Livres, Maghreb, Folio (Gallimard), Editions de l'Aube

Il fait nuit chez les Berbères, Mohamed Nedali. Ed. de l’Aube 2025. 280 p. 19 € Edition: Editions de l'Aube

 

Le rapport à la terre dans Il fait nuit chez les berbères se construit dans la langue, en l’occurrence la langue amazighe. Tizi ounddam (le col du poète) marque la transition. On n’est plus dans la relation d’une langue à une géographie qui nous renvoie à une altérité dans laquelle l’animal est le trait d’union qui relie l’espace à l’Homme. Ifri n’izem (la caverne du lion), Tizi n’tscourte (le col du perdrix), tous ces lieux marquent l’altérité que seule la langue amazighe détient l’histoire et les secrets. Il se trouve que Tizi ounddam représente la transition, le passage de la nature à la culture, en assignant à la géographie une connotation humaine. Il s’est avéré que l’espace exprime sa subjectivité et s’installe une fois pour toute dans la créativité.

L’académie française définit l’acculturation comme suit : « Adoption progressive par un groupe humain de la culture et des valeurs d’un autre groupe humain qui se trouve, relativement à lui, en position dominante. Par extension. Adaptation d’un individu à une culture étrangère. »

Seaside, Didier Ben Loulou (par Philippe Chauché)

Ecrit par Philippe Chauché , le Vendredi, 13 Juin 2025. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Arts, La Table Ronde, Israël

Seaside – Didier Ben Loulou, La Table Ronde – 84 p. – 28 euros – 08/05/25 . Ecrivain(s): Didier Ben Loulou Edition: La Table Ronde

 

« Voilà longtemps que je chemine aux abords de la Méditerranée et, arpentant la côte israélienne de la frontière de Gaza à celle du Liban, j’ai voulu montrer autre chose que le conflit, la guerre, la souffrance. C’est pourquoi je voudrais que mes images racontent mille histoires, mille consolations, mille beautés : les brûlures jubilatoires du sable, les fleurs folles en bouquets, des amoureuses enlacées, la brume tombant sur les faubourgs de Haïfa, comme abandonnés un jour d’hiver. «

Didier Ben Loulou

« La couleur, clé de chaque tableau. »

Pierre Bonnard – Observations sur la peinture – 25 août 1934 – L’Atelier contemporain

Ce nouveau livre d’images de Didier Ben Loulou, s’ouvre sur cette phrase : Home is where the waves are, il s’agit donc d’habiter le bord de mer, d’habiter la mer, la méditerranée qui baigne Haïfa, et qui aimante le photographe voyageur.

Sherlock Holmes, Arthur Conan Doyle, Éditions de La Pléiade (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 12 Juin 2025. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Iles britanniques, Roman, Nouvelles, En Vitrine, La Pléiade Gallimard, Cette semaine

Sherlock Holmes, Arthur Conan Doyle, Éditions de La Pléiade NRF, 2 tomes, 124 € l’intégrale Edition: La Pléiade Gallimard

 

D’aucuns pensent que Sherlock Holmes est un personnage de fiction. Quelle sottise. Par un mouvement de déplacement et de condensation, il est plus réel que tous les personnages que vous croiserez dans la rue. Il a existé et, probablement ici et là, il existe encore. C’est le philosophe épris de vérité, le théologien fou d’absolu, le scientifique qui ne jure que par la preuve. Il est Platon regardant hors de sa caverne, Spinoza dans son rejet du mensonge, Descartes dans sa religion de la Raison, Freud dans sa quête indiciaire, Einstein dans sa mise en rapport du grand tout.

Sherlock Holmes est l’homme occidental dans sa version la plus éclatante.

Il était donc grand temps que la plus belle maison d’édition littéraire d’Occident accueille en ses pages l’homme du 221 b. Baker Street, en compagnie de ses chroniqueurs officiels : Les docteurs John Watson et Arthur Conan Doyle. Et cette édition est une fête d’intelligence, de jeux d’esprit, de magie littéraire.

Sphère, Didier Ayres (par Yasmina Mahdi)

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Mercredi, 11 Juin 2025. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Poésie

Sphère, Didier Ayres, 128 p., éd. La Rumeur libre, 2024, 126 p. 18 €

 

Dans l’univers en interprète

L'histoire a beau prétendre nous raconter toujours du nouveau, elle est comme le kaléidoscope : chaque tour nous présente une configuration nouvelle, et cependant ce sont, à dire vrai, les mêmes éléments qui passent toujours sous nos yeux.

Le monde comme volonté et comme représentation, chap. XLI, Schopenhauer

Tout d’abord, 3 chapitres et 33 poèmes composent le nouveau recueil de Didier Ayres, édité par La Rumeur libre. Rappelons que le chiffre 3 évoque le solide, le liquide, le gazeux, le passé, le présent et l’avenir ; le bleu, le jaune et le rouge ; le minéral, le végétal et l’animal, ce qui équivaut à une synthèse et à une totalité. Ensuite, 33 est un nombre qui associe la dualité et le ternaire, un palindrome, également nombre du symbolisme du miroir et de l’initiation. En multipliant 3 par 33, nous trouvons 99. Or, 99 est un nombre composé, associé à la fin, à la complétude.

Le Paradoxe ambulant, Gilbert K. Chesterton (par Gilles Banderier)

Ecrit par Gilles Banderier , le Mardi, 10 Juin 2025. , dans Critiques, Les Livres, Essais, La Une Livres, Iles britanniques, Les Belles Lettres

Le Paradoxe ambulant, Gilbert K. Chesterton, essais choisis et préfacés par Alberto Manguel, traduits de l’anglais par Isabelle Reinharez, Paris, Les Belles-Lettres, 2024, 508 pages, 15, 50 €. Edition: Les Belles Lettres

 

On peut discuter pour savoir si la notion de terme ou d’expression intraduisible d’un idiome à l’autre aurait ou non un sens. Tout dépend de ce que l’on entend par traduire.

Les anglicistes connaissent l’expression tongue in cheek. L’image anatomique fait sens (on met sa langue contre sa propre joue, afin de ne pas se trahir en riant), mais si l’on fait comme un dictionnaire très répandu, le Harrap’s Shorter, en le rendant par « avec une ironie moqueuse » ou « en plaisantant », a-t-on vraiment traduit l’expression de façon organique, avec son génie propre, ou a-t-on donné une simple équivalence ?

Quoi qu’il en soit, s’il fallait trouver un livre illustrant cette expression, Le Paradoxe ambulant conviendrait à la perfection, comme conviendrait à son auteur ces phrases de Péguy :