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L’Exil, Çiler İhlan

Ecrit par Marc Ossorguine , le Lundi, 02 Juillet 2018. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Bassin méditerranéen, Roman, Galaade éditions

L’Exil, trad. turc Jean Descat (Sürgün, 2010), 144 pages, 16 € . Ecrivain(s): Çiler İhlan Edition: Galaade éditions

 

Nul ne contestera, a priori, que la Turquie a depuis quelque temps pris largement place dans l’actualité. En tout cas dans l’actualité politique et stratégique. Pour ce qui est de l’actualité littéraire cela reste un peu plus court. Elle nous offre pourtant à entendre d’autres voix que celles de la politique pour découvrir ce monde que nous connaissons souvent bien peu, même si sa place dans notre propre histoire est loin d’être négligeable. Pour ma part, j’avoue volontiers qu’au delà du classique Yachar Kemal et de la plus proche Asli Erdogan ou de Mine Kirikkanat… C’est donc avec une curiosité toute en éveil que j’ai récemment découvert Nazim Hikmet ou Çiler İhlan que les éditions Galaade nous ont fait découvrir dans la foulée d’un prix européen en 2011 pour L’Exil (Sürgün, qui lui a valu des traductions en espagnol, allemand, italien, danois, roumain…).

Ce qu’on vaut de poussière, Felip Costaglioli

Ecrit par Estelle Fenzy , le Lundi, 02 Juillet 2018. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Poésie, La Boucherie Littéraire

Ce qu’on vaut de poussière, juin 2018, 86 pages, 18 € . Ecrivain(s): Felip Costaglioli Edition: La Boucherie Littéraire

 

Entrer dans le dernier recueil de Felip Costaglioli, c’est entrer dans une maison de poèmes, peuplée de « chambres fraîches de l’absence » et de « chaussures d’enfants perdus ». Modestie comme maître mot : chaque texte s’égrène sur la page, « cailloux », « billes » et « poussières ». Une simplicité de matériau pour une recherche infinie : apprendre « le métier d’être ». Sa conscience aussi : « N’est-ce pas cela aussi s’appartenir ? ». Une quête dont la noblesse n’a d’égale que l’humilité : « Je ne fais pas le poids », « C’est toujours bien de garder quelques preuves / de l’oubli joyeux de soi ».

Avec une grâce d’elfe, une profondeur joyeuse, Felip Costaglioli construit son domaine de mots : « arche », « fondations », « murs ». Nous voici conviés à sa table, « hôte irrévocable » de son talent, et de sa sensualité pure et audacieuse : « Tu me caresses me parles et m’ouvres / et moi je veux que tu embrasses / embrasse ma vacance ! ».

Plus la neige tombe sur le divan, Marie-Philippe Deloche, Julie Fuster

Ecrit par Jean-Paul Gavard-Perret , le Lundi, 02 Juillet 2018. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman

Plus la neige tombe sur le divan, Editions Mains-Soleil, 2018, 13 € . Ecrivain(s): Marie-Philippe Deloche, Julie Fuster

 

Ce qui sépare ouvre à tous les vents.

Il existe dans ce livre à quatre mains les émerveillements de nouveaux paysages par effet de déplacement d’une des correspondantes qui a rejoint le corps allongé de l’Islande « dont l’âme inspire l’ombre portée / comme les poissons des gyotakus /aux peintres pêcheurs japonais ».

Peu à peu les jours s’allongent, le temps aussi. Deux vies de (mère et de fille) se tissent en parallèle. Si bien que le silence n’est jamais vraiment présent : un poème (et son « répons ») par mois le cassent. Il y a des mots sur la neige, sur le ciment pour dire – mais à peine, à peine – juste ce qu’il faut afin que la vie se fraye un passage.

Se sentent l’odeur de l’eau et le parfum des violettes. Attendre encore attendre : car la déliaison n’est pas ; le monde avance. Les deux correspondantes aussi dans le pacte biographique qui devient chant d’amour pudique comme on l’est entre une mère et sa fille en âge de le devenir.

Penseurs et tueurs, Roland Jaccard

Ecrit par Philippe Chauché , le Vendredi, 29 Juin 2018. , dans Critiques, Les Livres, Essais, La Une Livres, Pierre Guillaume de Roux éditeur

Penseurs et tueurs, mai 2018, 122 pages, 19,90 € . Ecrivain(s): Roland Jaccard Edition: Pierre Guillaume de Roux éditeur

 

« L’affaire est entendue : je suis le fils – illégitime, bien sûr – de Louise Brooks et de Cioran. L’actrice américaine et le volcanique Roumain partageaient la conviction que la création est une aberration, la procréation un crime et la concision un devoir ».

Roland Jaccard a de qui tenir, de Cioran et Louise Brooks, mais aussi d’Arthur Schopenhauer, de son cousin Schnitzler, de George Sanders – Mémoires d’une fripouille –, ou encore de Clément Rosset et Richard Brautigan. Il a parfois écrit sur eux, quand il ne les a pas édités, du temps où il dirigeait « Perspectives critiques »aux Presses Universitaires de France. Penseurs et tueurs est un essai des extrêmes, comme on le dit d’une course en très haute montagne, alors face au danger, au risque de chute, d’avalanche ou d’étouffement, le suisse amateur de tennis de table éclate de rire, comme s’il disait, même si tout cela n’a aucun sens, on ne doit pas se priver d’en rire.

Le graillon, Guillaume Déloire

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) , le Vendredi, 29 Juin 2018. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Poésie, Editions Les Vanneaux

Le graillon, 2018, 233 pages, 17 € . Ecrivain(s): Guillaume Déloire Edition: Editions Les Vanneaux

 

La vie est là, qui fut, il y a trois ou quatre générations, qui fuse encore attablée au comptoir, « un ballon de rouge » dans les tripes, un « foie de génisse » dans les entrailles de la mémoire, encore vivante, servie dans le plat du jour des souvenirs.

Un poète « ayant échoué » pour devenir fonctionnaire –

« le jury a trouvé ma présentation trop lyrique

et je n’ai pas su répondre l’obéissance

quand ils m’ont demandé de leur dire

la principale obligation du fonctionnaire »

– traverse à bord de la mythique Fiat 126 « pétaradante » un ancien quartier d’usines où travaillèrent d’arrache-mains des ouvriers comme ses grands-parents.