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A l’aube, Philippe Djian

Ecrit par Sylvie Ferrando , le Lundi, 25 Juin 2018. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Gallimard

A l’aube, avril 2018, 192 pages, 19 € . Ecrivain(s): Philippe Djian Edition: Gallimard

 

Philippe Djian aime les vastes espaces ruraux ou urbains, dans lesquels il place des personnages pulsionnels et torturés et des intrigues sulfureuses.

Dans ce roman, la scène se passe autour de la très Old-England, East-Coastville de Boston, dans la campagne de l’état du Massachussetts, mais en fait d’Amérique il s’agirait bien plutôt d’une France sudiste, brute et profonde, à l’image de celle de 37°2 le matin, ou encore d’une lointaine inspiration du fabuleux roman Le Bruit et la Fureur de William Faulkner. Ainsi, les prénoms des personnages, tous américanisés sauf celui de Sylvie, la femme du shérif, et l’omniprésence de Marlon, qui, comme le Benjy de Faulkner, souffre de maladie mentale, tissent un entrelacs de références torrides que le désert froid et enneigé des dernières pages ne suffit pas à oblitérer.

Surtout, ce que l’on retrouve dans les romans de Djian, ce qui fait sa force, son charme et qui forge sa prose narrative, ce sont les dialogues, mi-intérieurs mi-extériorisés, à peine signalés par un retour à la ligne, sans ponctuation, sans marque énonciative distincte, souvent sans incise. Des phrases hâchées qui sont le propre de personnages sous tension.

La Survivance, Claudie Huntzinger

Ecrit par Christian Massé , le Lundi, 25 Juin 2018. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, J'ai lu (Flammarion)

La Survivance, 251 pages, 7,10 € . Ecrivain(s): Claudie Huntzinger Edition: J'ai lu (Flammarion)

 

Sils et Jenny dénichent les bons livres, plus qu’ils n’en vendent. Déclarés en faillite, ils font de leurs cartons de livres, des barricades. Les livres sont pour eux des orphelins abandonnés, qui se suivent, ne se ressemblent pas, ne se quittent pas.

Achetée par le couple quarante ans plus tôt, La Survivance est une ancienne métairie, en pleine montagne de Merveille, près de Colmar. La Survivance devient pour eux deux l’Eldorado de leur exil – exil au sens premier, où il va falloir tout réapprendre, survivre. Une éternelle fuite en avant, avec Brecht, Kafka, Cadou, Ponge, Corti, et aussi une chèvre, une ânesse et la tête dans les étoiles. Ni eau, ni électricité. Autour, les loups du monde entier rôdent – des gens qui n’aiment pas que l’on suive une autre route qu’eux. Jusqu’aux jours où les Autorités les prient de quitter ce zade pour un autre refuge. Nous sommes nés pour ne rien posséder, constate calmement Sils.

Bitna, sous le ciel de Séoul, J.M.G. Le Clézio

Ecrit par Patryck Froissart , le Jeudi, 21 Juin 2018. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Stock, En Vitrine

Bitna, sous le ciel de Séoul, mars 2018, 217 pages, 18,50 € . Ecrivain(s): J-M G. Le Clézio Edition: Stock

 

Les talents de conteur de J.M.G. Le Clézio sont mondialement connus. Ce nouveau roman en est une autre illustration.

Le roman est à double niveau de narration. Tantôt la narratrice, Bitna, raconte à la première personne l’histoire dont elle est le personnage principal, tantôt, ouvrant un second tiroir narratif, elle prend le statut de conteuse pour aider un autre personnage, Salomé, à supporter sa réclusion solitaire provoquée par une maladie dégénérative.

Le roman, comme l’indique le titre, se déroule « sous le ciel de Séoul », où Bitna, jeune fille issue d’une famille pauvre de pêcheurs, est venue entreprendre des études universitaires. D’abord hébergée chez une tante qui l’exploite, la maltraite et l’humilie, elle ira, au cours d’une unité de temps s’étendant sur une année scolaire, de chambres insalubres en petits logements plus ou moins précaires. C’est pour payer son loyer qu’elle accepte, à la demande d’un mystérieux Frederick, alias M. Pak, vendeur en librairie avec qui elle noue une relation équivoque et sans issue, de faire fonction de dame de compagnie pour la paralytique.

Stendhal, Dominique Fernandez

Ecrit par Philippe Leuckx , le Jeudi, 21 Juin 2018. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Biographie, Buchet-Chastel

Stendhal, Dominique Fernandez, avril 2018, 240 pages, 14 € . Ecrivain(s): Dominique Fernandez Edition: Buchet-Chastel

Ces pages choisies du grand auteur amoureux de l’Italie sont présentées à point nommé par Dominique Fernandez qui a consacré tant d’ouvrages à son amour pour la péninsule, ses auteurs, ses lieux.

Stendhal se donne là à (re)lire au travers de longs extraits de Lettres à Pauline ; Vie de Henry Brulard ; Rome, Naples et Florence ; Promenades dans Rome ; San Francesco a Ripa ; Le Rouge et le Noir ; La Chartreuse de Parme.

La préface à ces pages sobrement intitulée Le courage d’être singulier dévoile combien l’auteur, dont la chasse au bonheur a été souvent source d’aléas, a réussi à donner des œuvres bien éloignées de sa vie malheureuse ou décevante, des œuvres toniques, enjouées, pleines d’exaltations et de réjouissances. Le plaisir d’écrire saute à chaque phrase et Fernandez met en balance le travail d’un Flaubert, toujours à récrire dans l’épuisement, et celui d’un Stendhal, léger, libre, spontané. Il n’a rien du « corset de l’artiste ». « Grand critique », le romancier a une carrière remplie, mais la solitude foncière d’Henry Beyle lui a donné l’occasion et le soulagement de répondre à l’insuffisance par des romans qui sont à rebours. Rien de son parcours n’est directement exploité, il est à mille lieues de la littérature de soi. Il ne fait pas de la littérature pour elle-même, il compose des histoires où les personnages hauts en couleurs peuvent transformer une vie médiocre (« navrante fut sa vie érotique ») en un roman qui emballe.

Le Dernier amour du Lieutenant Petrescu, Vladimir Lortchenkov

Ecrit par Marc Ossorguine , le Mercredi, 20 Juin 2018. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Russie, Roman, En Vitrine, Agullo Editions

Le Dernier amour du Lieutenant Petrescu, trad. russe (Moldavie) Raphaëlle Pache, 321 pages, 21,50 € . Ecrivain(s): Vladimir Lortchenkov Edition: Agullo Editions

 

Cela se passe en Moldavie dans la capitale Chisinau, plus précisément… et j’imagine déjà quelques lecteurs de cette chronique en train de commencer à sourire en se souvenant des planches d’Hergé et du Sceptre d’Ottokar. N’empêche que la Moldavie existe bel et bien et si l’on sait y faire preuve d’humour, ce n’est pas pour autant que les réalités de cette ex-république soviétique, aujourd’hui coincée entre la Roumanie et l’Ukraine, prêtent franchement à sourire ou à rire. L’humour y est donc plus qu’opportun ou nécessaire : vital.

C’est que la Moldavie a hérité de l’Union soviétique un goût très prononcé pour les services secrets et des fonctionnaires zélés, ou presque, entendent bien assumer l’héritage des Tchéka, GPU, NKVD et KGB. Le lieutenant Petrescu, le lieutenant Sergueï Konstantinovitch Petrescu, son prénom russe et son nom roumain, n’a en principe rien à voir avec les services secrets du SIS. En principe. Il n’est qu’un simple policier qui retrouve des télés volées. En principe. Car il suffit de peu de choses pour que les agents désœuvrés du SIS s’intéressent à quelqu’un, surtout si cela peut faire avancer leur carrière.

Et justement,