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Critiques

La Toile du monde, Antonin Varenne (par Charles Duttine)

Ecrit par Charles Duttine , le Jeudi, 11 Octobre 2018. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Albin Michel

La Toile du monde, août 2018, 347 pages, 21,50 € . Ecrivain(s): Antonin Varenne Edition: Albin Michel

Une américaine à Paris.

A quoi tient le charme d’un roman que l’on dit « historique » ? On peut proposer(d’une manière un peu sommaire) plusieurs réponses. Un tel roman peut nous restituer l’atmosphère d’une époque, nous décrire aussi des évènements précis qui ont marqué le cours de l’histoire, faire encore se mouvoir des personnages telles des ombres chinoises devant cette toile de fond et pourquoi pas nous montrer du doigt aussi quelques détails surprenants, propres à cette époque et dont nous n’avons pas idée, aujourd’hui.

On retrouve de tels « ingrédients » dans le roman d’Antonin Varenne, La Toile du monde, et la recette fonctionne…

Une époque : le roman se situe en 1900 à Paris, époque charnière s’il en est, celle de la construction du métro parisien (la ligne 1 « historique » dont on nous raconte les difficultés techniques et l’ambition prométhéenne), période également où la médecine est encore hasardeuse et tâtonnante (l’auteur nous fait assister, entre autres, à une séance ratée de transfusion sanguine). Période enfin d’espérances fébriles et où l’on sent peser toutes sortes de menaces à venir.

L’amie, la mort, le fils, Jean-Philippe Domecq (par Jean-Jacques Bretou)

Ecrit par Jean-Jacques Bretou , le Jeudi, 11 Octobre 2018. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Editions Thierry Marchaisse

L’amie, la mort, le fils, septembre 2018, 128 pages, 14,50 € . Ecrivain(s): Jean-Philippe Domecq Edition: Editions Thierry Marchaisse

Le 21 juillet 2017, alors que l’auteur se trouve en vacances avec son fils Guilhem, à Ramatuelle chez le père d’Anne Dufourmantelle, compagne de Frédéric Boyer, ce dernier est appelé d’urgence sur la plage de Pampelonne, à Saint-Tropez, où un accident est arrivé à Anne. Jean-Philippe Domecq conduit son ami, F. Boyer, sur le lieu de l’accident. Ils découvrent la conjointe de l’écrivain allongée sur le sable, entourée de secouristes. Elle a été prise d’un malaise après avoir sauvé des enfants de la noyade, dont Guilhem, le fils de l’auteur. Les pompiers et les médecins ne pourront rien faire, Anne est morte. Le surlendemain après une veillée mortuaire, Domecq et son fils partent « en pèlerinage » à Chamonix, avant de revenir assister aux funérailles d’Anne et de repartir, le fils avec sa mère, le père dans le Cotentin.

Ce livre est écrit dans le chagrin qui ne « quitte » pas J. P. Domecq : « (…) j’essayais juste de raconter. Mais je n’avais pas prévu de raconter non plus, quand j’ai commencé. Je sais seulement que je ne le fais pas par besoin de guérir, on n’a aucune envie de guérir d’un chagrin – le chagrin est tout ce qu’il y a de fidèle ». Ce texte est comme un thrène, ayant pour thème la fidélité. Être fidèle en amitié jusque au-delà de la mort. L’amitié commune à tous : Anne, Boyer, auteur du fameux Mes amis mes amis, Domecq et les autres.

Verveine et Venin, Annie Perec Moser (par Patrick Devaux)

Ecrit par Patrick Devaux , le Jeudi, 11 Octobre 2018. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Poésie

Verveine et Venin, éditions Le Coudrier, juin 2018, 71 pages, 18 € . Ecrivain(s): Annie Perec Moser

 

Annie transcende le désir de la chose à portée de main en lui offrant des confrontations d’idées sublimes dans les images ; ainsi l’orange convoitée est mise en parallèle avec le soleil : « Oui, toutes les pensées de la petite malade se résumaient à ce désir d’orange, sève de vie, acidulée, bienfaisante, qui devrait l’éloigner de loin, très loin du soleil cognant et meurtrissant sa chair ».

En effet, l’auteur se sert de l’exotisme des mots pour « parer de volupté » le décor du voyage ressenti plutôt que de se contenter du voyage « organisé ».

Fausse ingénue de la réalité, ses messages sont ainsi encore plus forts.

Etonnante par son approche de la poésie « à la Prévert » dans le ton, l’auteur effleure les grands classiques de la force d’un Apollinaire :

Le garçon, Marcus Malte (par Cyrille Godefroy)

Ecrit par Cyrille Godefroy , le Mercredi, 10 Octobre 2018. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Folio (Gallimard)

Le garçon, août 2018, 592 pages, 8,90 € . Ecrivain(s): Marcus Malte Edition: Folio (Gallimard)

 

Écrit par Marcus Malte et publié chez Zulma en 2016, Le garçon vient de sortir en poche chez Folio. Contrairement à flopée de spécimens, cette promotion n’est pas usurpée, pas plus que l’attribution du prix Femina 2016. Le garçon est un roman d’aventures par excellence, au sens étymologique du terme, c’est-à-dire que le héros se nourrit d’expériences advenues par hasard ou par accident, se confronte à une multitude d’évènements pour ainsi dire concoctés par les émissaires invisibles du destin. En l’occurrence, ce roman initiatique déroule le périple d’un enfant sauvage et mutique catapulté dans le monde, projeté dans le tourbillon de l’Histoire, propulsé dans la France du début du vingtième siècle.

Durant la scène d’ouverture, poignante et crépusculaire, le garçon de 14 ans porte sa mère agonisante sur le dos, cheminant péniblement vers la mer. Celle avec qui il a toujours vécu en reclus meurt et le laisse seul face à son destin. Le garçon entame alors une errance sur les chemins de France, laquelle s’achèvera de l’autre côté de l’atlantique : « C’est l’incontrôlable pulsion du dromomane qui le meut ».

Histoire d’un chien mapuche, Luis Sepúlveda (par Christelle d'Hérart-Brocard)

Ecrit par Christelle d’Herart-Brocard , le Mercredi, 10 Octobre 2018. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Amérique Latine, Métailié, Contes, Jeunesse

Histoire d’un chien mapuche, octobre 2018, trad. De l’espagnol (Chili) Anne Marie Métailié, dessins Joëlle Jolivet, 98 pages, 7 € . Ecrivain(s): Luis Sepulveda Edition: Métailié

Il n’en a pas toujours été ainsi mais aujourd’hui, force est de constater que le roman représente un, sinon le genre prééminent dans le paysage littéraire. Faut-il pour autant bouder les autres genres, ceux dits mineurs, tels que la nouvelle, le conte ou encore la poésie ? C’est une question ouverte qu’il serait intéressant de poser à Luis Sepúlveda, ce conteur si talentueux qu’il serait bien capable d’attendrir les âmes les plus endurcies. Histoire d’un chien mapuche fait partie de ces contes merveilleux abolissant naturellement les frontières entre le réel et l’imaginaire sans toutefois verser dans l’écueil d’une littérature dite de jeunesse, tout à fait méritoire, certes, mais qui, comme son nom l’indique, ne serait destinée qu’à un jeune lectorat. Aussi les adultes y trouveront-ils également leur compte, et quel conte !

Le narrateur est un animal, un chien nommé Afmau. D’abord recueilli par Nawel, le jaguar, il est ensuite adopté par les Mapuches, une communauté d’hommes, avec laquelle il vit des jours heureux. Mais Wenchulaf, le chef indien de cette communauté, est tué par des hommes blancs et son clan logiquement chassé du territoire. Capturé par les assaillants, Afmau perd son nom propre et devient « le chien ».