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Critiques

Comme si c’était hier, Ariane Dreyfus (par Marc Wetzel)

Ecrit par Marc Wetzel , le Mercredi, 01 Juin 2022. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Poésie, Editions Tarabuste

Comme si c’était hier, avril 2022, 292 pages, 15 € . Ecrivain(s): Ariane Dreyfus Edition: Editions Tarabuste

 

« La pelouse épanouie

“Venez courir ! Venez courir !”

La petite, l’éclat-fille,

Bondit hors du repas

Rapide comme une balle intacte

Puis roule dans le sommeil,

Carrosse jusqu’au jour,

Ce portail invisible.

Nous restons dans nos chaises

Où s’appuient nos entrailles.

Le semeur de peste, Gesualdo Bufalino (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mardi, 31 Mai 2022. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, En Vitrine, Italie, Cambourakis, Cette semaine

Le semeur de peste, Gesualdo Bufalino (Diceria Dell’Untore, 1992), trad. italien Ludmilla Thévenaz, 205 pages, 10 € Edition: Cambourakis

Rembrandt, triste hôpital tout rempli de murmures,

Et d’un grand crucifix décoré seulement,

Où la prière en pleurs s’exhale des ordures,

Et d’un rayon d’hiver traversé brusquement ;

 

(Baudelaire. Les phares)

 

Clairement, ce roman plonge ses sources dans un moment essentiel de la vie de son auteur. En 1943, Bufalino fut capturé par les Allemands, réussit à s’évader, et contracta quelque temps plus tard, en 1946, une grave tuberculose qui le conduisit dans un sanatorium près de Palerme. C’est cet épisode terrible, l’enfermement médical qui constitue le cadre de roman, sa source, son inspiration.

Le Temps des secrets, Marcel Pagnol (par Didier Smal)

Ecrit par Didier Smal , le Lundi, 30 Mai 2022. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Grasset

Le Temps des secrets, Marcel Pagnol, mars 2022, 264 pages, 8 € Edition: Grasset

 

Trente-deux ans après qu’Yves Robert a adapté au cinéma La Gloire de mon père (1957) et Le Château de ma mère (1958), c’est Christophe Barratier, le réalisateur des Choristes, qui adapte Le Temps des secrets (1960), le troisième volet des Souvenirs d’enfance de Marcel Pagnol. Certes, Le Temps des secrets et Le Temps des amours avaient fait l’objet d’une adaptation télévisuelle en 2007, mais la sortie sur grand écran est une belle occasion pour Grasset pour rééditer ce troisième volet dans une belle petite édition de poche agrémentée d’un cahier de photos du film – qui, ainsi que la bande-annonce, incitent à se dire qu’il s’agit d’une belle ode ensoleillée à une Provence et une enfance désormais révolues. Certains hurleront à la nostalgie, voire verront dans ce film des intentions fâcheuses, comme à chaque fois que le vrai en nous est célébré autrement que par le laid – laissons hurler les loups, et replongeons-nous dans Le Temps des secrets (avant d’aller le voir au cinéma avec des enfants dont l’âge oscille entre celui de Petit Pierre et celui du jeune Marcel, de Lili, son ami provençal, et d’Isabelle, celle avec qui il découvrira qu’aimer, c’est intense).

La Pensée de Carl Schmitt (1888-1985), David Cumin (par Gilles Banderier)

Ecrit par Gilles Banderier , le Lundi, 30 Mai 2022. , dans Critiques, Les Livres, Essais, La Une Livres, L'Harmattan

La Pensée de Carl Schmitt (1888-1985), David Cumin, décembre 2021, 1020 pages, 2 volumes, 45 €, 42 € Edition: L'Harmattan

 

Dans un volume hommage à George Steiner (Avec George Steiner, Les chemins de la culture, Albin-Michel, 2010, p.96), Jeffrey Mehlman a raconté comment, en 1979, le philosophe et talmudiste Jacob Taubes (1923-1987), fils du grand-rabbin de Zurich, passa les fêtes du Nouvel An juif en compagnie d’un antisémite notoire, qui « était, hélas, le grand penseur politique du XXe siècle ». Comme avec le fameux « Victor Hugo, hélas ! » de Gide, tout est dans l’interjection.

À l’instar de Heidegger, avec qui il possède plus d’un point commun (entre autres le goût de la poésie – il fut fasciné par l’immense épopée de Theodor Däubler, Nordlicht, qu’il qualifiait de « grand cours d’eau qui emporte tout sur son passage : du limon, des troncs d’arbres, des chats crevés, mais aussi des pépites d’or », propos cité par Nicolaus Sombart, Chronique d’une jeunesse berlinoise, trad. O. Mannoni, Quai Voltaire, 1992, p.308), Carl Schmitt – c’est de lui qu’il s’agissait – se tient à la limite entre canonisation et exécration.

Le Cavalier de la Nuit, Robert Penn Warren (par Patryck Froissart)

Ecrit par Patryck Froissart , le Mercredi, 25 Mai 2022. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, USA, Roman, En Vitrine, Séguier, Cette semaine

Le Cavalier de la Nuit, février 2022, traduit anglais (USA) Michel Mohrt, 607 pages, 22 € . Ecrivain(s): Robert Penn Warren Edition: Séguier

 

En introduction à l’analyse très documentée et fort éclairante qu’il a consacrée en préface à ce sombre roman « de bruit et de fureur », Hubert Prolongeau écrit ceci :

« Sans doute est-il difficile d’exister à côté de la sainte Trinité des lettres américaines de l’entre-deux-guerres : William Faulkner, John Steinbeck, Ernest Hemingway… Tout au plus aperçoit-on dans leur ombre F. Scott Fitzgerald ou John Dos Passos. Robert Penn Warren n’a même pas eu cette chance, bien qu’il soit, de tous, celui qui affiche aux Etats-Unis le palmarès le plus éblouissant : trois prix Pulitzer (performance rarissime) ».

Dès les premières pages du Cavalier de la Nuit on se rend compte qu’on pénètre en effet dans l’univers romanesque d’un maître du genre, et on se met à évoluer dans une atmosphère qui fait immédiatement penser à celle des Raisins de la colère.