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Critiques

Tout peut commencer à trembler, Lucien Noullez (par Philippe Leuckx)

Ecrit par Philippe Leuckx , le Vendredi, 19 Juin 2020. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Poésie

Tout peut commencer à trembler, Lucien Noullez, éd. Corlevour, avril 2020, 96 pages, 10 €

 

Du tremblement (de la langue, du cœur) naît la poésie, et chez Noullez, elle prend la forme nécessaire de petits conditionnements : blocs et gouttes de sens, manières de fables parfois cocasses, souvent graves, toujours légères, puisque la primauté, donnée aux images et aux étranges rapprochements, sans omettre la musique qui fournit à son auteur des « tremblettes ».

Les thèmes, et Dieu n’est jamais loin : Dieu au « confessionnal » qui tance doucement l’audacieux Lucien ; Dieu qui « est passé dans (son) sommeil », et même le « Dieu » « qui a commencé le monde » : manière d’apologue, puisqu’il faut « commencer à trembler » ou « à écrire » : ce qui relève du même.

Rien n’est donné, rien n’est stable, rien n’est définitif, et cependant, la langue s’invente « beaucoup de chemises dans le ciel », se « donne le temps de comprendre », et parfois elle croise le filial et le poétique :

Pour Genevoix, Michel Bernard (par Philippe Chauché)

Ecrit par Philippe Chauché , le Jeudi, 18 Juin 2020. , dans Critiques, Les Livres, Essais, La Une Livres, La Table Ronde - La Petite Vermillon

Pour Genevoix, octobre 2019, 217 pages, 7,30 € . Ecrivain(s): Michel Bernard Edition: La Table Ronde - La Petite Vermillon

 

« Au milieu de la forêt meusienne où disparaissait un écrivain français (le lieutenant Henri-Alban Fournier, dit Alain-Fournier) un autre naissait. Maurice Genevoix était sans superstition, mais il croyait à une sorte d’équilibre supérieur des choses du monde. La guerre y faisait un trou aveugle, puis l’univers se reformait, comme la surface de la mer ».

Nous lisons Pour Genevoix, et nous entendons Pour la langue et la mémoire, nous entendons également, Pour un certain style français, une manière d’être dans l’action, dans la terre et sur la terre, témoin de voix et de corps qui chutent. Il n’est pas surprenant que ce soit l’écrivain de Jeanne Le Bon Cœur et Le Bon Sens – Michel Bernard qui s’y soit engagé. Engagé à défendre avec style, un écrivain un peu oublié, comme le sont parfois ces autres amis de la République : Henri Bosco, Marguerite Audoux, Anatole France – Il fallait lui dire Monsieur France, comme on aurait pu dire Monsieur Espagne en s’adressant à Cervantès – Sacha Guitry –, Louis Pergaud, Alain-Fournier, Colette, Louis Hémon, Henri Pourrat, Marcel Pagnol, André Dhôtel – Ils disaient le sentiment du monde.

Comment je suis devenue un arbre, Sumana Roy (par Patrick Devaux)

Ecrit par Patrick Devaux , le Jeudi, 18 Juin 2020. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Asie, Poésie, Gallimard

Comment je suis devenue un arbre, Sumana Roy, Gallimard, Hoëbeke, Coll. Etonnants Voyageurs, février 2020, trad. anglais (Inde) Alexandra Maillard, 288 pages, 22 €

 

Il y a une certaine conviction personnelle à vouloir devenir autre chose que notre propre destinée, ce que tente de démontrer, avec brio et intelligence, le livre de Sumana Roy :

« Je dois le redire : parmi tous mes désirs de devenir un arbre, le plus impérieux était celui d’échapper au bruit. Deux choses le motivaient – l’une, le vacarme des humains, la seconde, le vocabulaire du silence de la vie active des arbres. Cette opposition était terrible – le ton plaintif qui accompagnait la vie laborieuse des hommes contrastait avec l’ardeur au travail quasi dénuée de bruit des arbres. Je voulais passer de l’autre côté ».

Le cheminement est très personnel et nourri de références intellectuelles, religieuses, biologiques, l’arbre prenant sa dimension originelle dans la conception quasi universelle de voir les choses sans pour autant envahir.

L’auteur ramène l’arbre jusque dans son vocabulaire personnel rendant ce dernier universel et fondateur, comparant par la même occasion des conceptions différentes de l’idée même de l’arbre dans la conceptualité de la société :

Maigret et le corps sans tête dans Tout Maigret, volume 6, Georges Simenon (par Marie-Pierre Fiorentino)

Ecrit par Marie-Pierre Fiorentino , le Mercredi, 17 Juin 2020. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Editions Omnibus

Maigret et le corps sans tête dans Tout Maigret, volume 6, Georges Simenon, 1242 pages, 28 € Edition: Editions Omnibus

 

« C’était la première fois qu’il restait seul dans un petit café

comme s’il en était le propriétaire

et l’idée l’amusa tellement

qu’il se glissa derrière le comptoir ».

 

Routine, pour Maigret, que cette affaire si le cadavre mutilé retrouvé dans la Seine avait été celui d’une femme et si le commissaire, à la recherche d’une cabine pour téléphoner, n’était pas entré par hasard dans le café du couple Calas. Le voici désormais irrésistiblement attiré par un délicieux petit blanc et l’intrigante tenancière. Un monde, pourtant, sépare ce café presque provincial, Quai de Valmy, de la Brasserie Dauphine, cantine attitrée du 36 Quai des Orfèvres.

Les gens légers, Jean Cagnard (par Marie du Crest)

Ecrit par Marie du Crest , le Mercredi, 17 Juin 2020. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Théâtre, Espaces 34

Les gens légers, 75 pages, 13 € . Ecrivain(s): Jean Cagnard Edition: Espaces 34


L’œuvre de Jean Cagnard est une œuvre prolifique, touchant à tous les grands genres littéraires (romans, nouvelles, poésie), mais le théâtre sans doute tient une place de choix dans l’ensemble de ses œuvres. Il a d’ailleurs été en 2018 lauréat du grand prix de Littérature Dramatique pour Quand toute la ville est sur le trottoir d’en face.

Les pièces de Jean Cagnard ont été publiées notamment chez Ed. 1057 Roses, Ed. Théâtrales et Espaces 34.

Espaces 34 propose une seconde édition des Gens légers, sorti en 2006. D’une certaine manière, le texte s’affirme dans un temps suspendu. Il s’agit d’une pièce qui échappe à quelque chose de particulier : elle ne prononce pas, elle n’articule pas ce que certains appellent hâtivement son sujet. L’auteur, en une seule page dense que l’on pourrait nommer « postface », écrit qu’il a effacé le mot shoah parce qu’il ne lui appartient pas. C’est un mot fantôme comme ces étranges voix qui se croisent ici.