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Critiques

Entrées libres, Nouvelles, Philippe Delerm (par Sandrine Ferron-Veillard)

Ecrit par Sandrine Ferron-Veillard , le Jeudi, 06 Septembre 2018. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Nouvelles, Les éditions du Rocher

Entrées libres, Nouvelles, avril 2018, 121 pages, 7,90 € . Ecrivain(s): Philippe Delerm Edition: Les éditions du Rocher

 

Trois nouvelles rééditées.

Les Entrées libres sont plurielles, un clin d’œil culturel ou tout l’art de se renouveler. Cette joie minuscule d’exhumer l’existant, la pépite archéologique oubliée, remontée des profondeurs qui, désormais exposée, s’invente.

Philippe Delerm. Aimer ces infiltrations sensorielles, ses pointillismes, sa pâte d’aquarelliste ou cette manière discrète, voire « diluée » de raconter les/des histoires. Première nouvelle. L’Envol. Delmas est un homme quelconque, un homme vu de loin. Delmas est un homme exquis, une fois installé dans un musée. Posé au bord pour n’y contempler que la beauté. Le vide. Au bord du vide, le vide permet l’extase. Placé devant un tableau, être au bord des larmes, avoir le désir insondable d’y sombrer. Aller au-delà du motif, se laisser pénétrer par la fibre, noyer par la couleur, absorber par la texture.

1994, Adlène Meddi

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mercredi, 05 Septembre 2018. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Maghreb, La rentrée littéraire, En Vitrine, Rivages/noir

1994, septembre 2018, 328 pages, 20 € . Ecrivain(s): Adlène Meddi Edition: Rivages/noir

 

Bien au-delà du roman noir passionnant qu’il nous offre, Adlène Meddi nous dresse un portrait saisissant de l’Algérie des terribles années 90, de ses horreurs, de ses lâchetés et des dégâts irréparables causés aux cœurs et aux esprits de ceux qui les ont traversées. Surtout quand ces cœurs avaient alors 15 ou 16 ans, et qu’ils étaient pleins d’espoir et d’amour avant de connaître la dévastation. Pleins d’idéaux aussi et d’élans libertaires.

Amin, Sidali, Farouk, Kahina, Nawfel et les autres sont lycéens, jeunes, insouciants, remplis de rêves de succès et d’amour. Leur amitié est fusionnelle, ils sont inséparables. On est en 1992 et Alger offre un écrin lumineux à nos compères, à leurs flirts, à leurs jeux, à leurs plaisanteries. Mais l’histoire va frapper et – comme toujours quand l’histoire frappe – violemment, impitoyablement. C’est le début des « années de Braise », celles où le sang algérien va couler à flots, celles où les Algériens vont massacrer des Algériens. Les tueurs sont des deux côtés, Barbus du FIS où flics et militaires ivres de vengeance devant l’hécatombe des leurs. Et, peu à peu, inexorablement, tous vont glisser dans le fleuve de l’histoire, dans le fleuve de sang.

Kronos, Witold Gombrowicz

Ecrit par Cyrille Godefroy , le Mercredi, 05 Septembre 2018. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Pays de l'Est, Biographie, Folio (Gallimard)

Kronos, mai 2018, trad. polonais Malgorzata Smorag-Goldberg, 432 pages, 8,30 € . Ecrivain(s): Witold Gombrowicz Edition: Folio (Gallimard)

 

Madame Gombrowicz, pourquoi diable avez-vous exhumé de la malle secrète ce second journal intime écrit par votre mari, le célèbre écrivain polonais Witold Gombrowicz (1904-1969) ? Quel est l’intérêt de publier un document non seulement dépourvu de pulpe psychologique, philosophique ou introspective mais de surcroît se dispensant d’un minimum de construction littéraire ? Que ce journal est sec et désincarné ! Qu’il est triste et laid ! Qu’il est froid et bâclé ! Tel un reliquat de charogne calanchée depuis plusieurs jours, au détour d’un sentier gisant, il n’attire qu’une frêle horde de drosophiles vibrionnantes, perpétuant par habitude sur ce corps décomposé leur torpide harcèlement.

Que ressort-il donc de cette hideuse dépouille, de ce cadavre honni ? Que retenir de ce document prétendument sensationnel, à en croire les propos exaltés du préfacier Yann Moix : « Pour la première fois, on peut assister, en temps réel, aux effets du quotidien sur le génie gombrowiczien ».

Presque une nuit d’été, Thi Thu (2ème critique)

Ecrit par Christelle d’Herart-Brocard , le Mercredi, 05 Septembre 2018. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, La rentrée littéraire, Rivages

Presque une nuit d’été, août 2018, 180 pages, 18,50 € . Ecrivain(s): Thi Thu Edition: Rivages

 

Sous une chaleur étouffante, à peine dissipée par quelques averses diluviennes, une photographe sillonne la ville afin de fixer l’instant et d’en capter l’humanité. A partir de cette quête esthétique, éminemment sensuelle, les récits se succèdent et s’enchevêtrent au gré des impressions personnelles de l’artiste. Chaque nouvelle rencontre fait naître un univers énigmatique et poétique, qui se dévoile, se dessine, se cristallise, et soudain s’évapore pour basculer dans le rêve, le mythe, le conte, la mémoire fragmentaire ou évanescente. Les dialogues intimistes entre la narratrice et chacun des personnages confortent la réalité de l’instant sans altérer l’incertitude et la fragilité des souvenirs évoqués. Nous croisons ainsi les chemins tourmentés de la belle et charnelle Ibtissem, de Loan, le tatoueur, de l’impénétrable Joh, et de l’attendrissante vieille dame au châle noir qui, au seuil du royaume des morts, ranime la légende de Tsukuyomi, dont le destin tragique reflète étrangement celui du pauvre Yuru. Les repères spatio-temporels s’abolissent au profit d’un « roman-monde », dans lequel la modernité épouse naturellement la tradition, les conditions atmosphériques nivèlent et tempèrent les humeurs, et la violence se dissout dans la poésie.

La Mélodie, Jim Crace

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mardi, 04 Septembre 2018. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Iles britanniques, Roman, La rentrée littéraire, Rivages

La Mélodie (The Melody), août 2018, trad. anglais Laetitia Devaux, 267 pages, 21 € . Ecrivain(s): Jim Crace Edition: Rivages

 

Jim Crace a toujours une intention au-delà de l’écriture d’une nouvelle œuvre. Avec QuarantaineMoisson, il nous avait montré ses hautes préoccupations morales, son obsession de la lutte entre le bien et le mal. Dans ce roman (à la limite du conte), il est de nouveau témoin de son temps, nous livrant une histoire en prise avec les fléaux de notre époque, la lâcheté, le rejet de l’autre, l’égoïsme des hommes.

Une affaire des plus étranges surgit – le mot est exact – dans la vie morne du vieux Busi, chanteur de charme sur le déclin et veuf inconsolé. Habitué aux bruits incessants que font divers animaux cherchant pitance dans ses poubelles devant sa villa à la nuit, il trouve cependant un soir que le tintamarre est plus important que de coutume. Il sort devant sa porte pour voir et il est assailli par… quelque chose, quelque bête ou quelqu’un.