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Critiques

Par le vent pleuré, Ron Rash

Ecrit par André Angot , le Mercredi, 08 Novembre 2017. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, USA, Roman, Seuil, En Vitrine

Par le vent pleuré, août 2017, trad. anglais (USA) Isabelle Reinharez, 208 pages, 19,50 € . Ecrivain(s): Ron Rash Edition: Seuil

 

La découverte macabre d’ossements humains au bord d’une petite rivière bordant un bourg des Appalaches va être l’occasion pour Eugène Matney, écrivain raté noyant les ruines de sa vie personnelle dans les brumes de l’alcool, de replonger dans un douloureux passé.

50 ans auparavant, au cours de l’été, Eugène et son frère lors d’une banale partie de pêche vont voir leurs vies bouleversées par une ondine surgissant des flots : Ligeia Mosely, sirène sexuelle, éclaireuse d’un monde nouveau, symbole d’une révolution qui va marquer leurs destins.

Dans ce court roman, proche de la « novella », Ron Rash se sert de la structure du polar pour revenir sur ses thèmes de prédilection.

Une fois de plus l’eau, comme dans les légendes celtiques qui lui sont chères, est associée à la mort.

De sa voix singulière et cynique, il joue avec l’intensité dramatique pour croquer le portrait d’homme pris dans le piège d’une existence vouée à la solitude infinie et le chagrin le plus implacable.

Alpha-Bêêê, Fable théâtrale, Sébastien Kwiek

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) , le Mercredi, 08 Novembre 2017. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Théâtre

Alpha-Bêêê, Fable théâtrale, éd. La Chouette imprévue, 2017, Illust. Fabian Lemaire, 149 pages, 10 € . Ecrivain(s): Sébastien Kwiek

 

Cette fable théâtrale touche dans le mille farcesque la mascarade de notre comédie sociétale version 21e siècle, avec son lot de sous-fifres exécutants, leurs révérences et retraits tels d’authentiques hypocrites, sbires, individualistes opportunistes, prédateurs, charognards et proies s’inversant leur rôle dans un temps cyclique, profiteurs & Co. Les lecteurs reconnaîtront si bien le décor et les personnages qu’ils riront volontiers devant ces miroirs tendus par les deux compères – l’auteur Sébastien Kwiek & l’illustrateur Fabian Lemaire – réunis par un humour de bon aloi roboratif et salutaire davantage qu’un grincement d’écriture ironique ; les lecteurs pourront aussi rire de leur(s) propre(s) situation(s), armés d’un sens de l’autodérision, ou de celle(s) des autres, dotés d’une curiosité de clairvoyance ; tous reverront par écrit certains ressorts et tours d’esprits viciés de notre machiavélique société.

Société-Cirque dont le manège grignoté par l’Open Mal illimité ronge ses brebis (ses moutons cf. in Divertissement), timorées et consentantes, muettes de docilité face au boss, au Boss des boss qui souhaite les voir toutes sauter par-dessus bord, ces « gros flans visqueux » malléables dont il exploite à volonté la chair à travailler (« D1. Un mouton. D2. Deux moutons. D1. Trois moutons. D2. Le plein de moutons »).

Un fusil, une vache, un arbre et une femme, Meir Shalev

Ecrit par Gilles Banderier , le Mardi, 07 Novembre 2017. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Gallimard, En Vitrine, Israël

Un fusil, une vache, un arbre et une femme, octobre 2017, trad. hébreu Sylvie Cohen, 394 pages, 21 € . Ecrivain(s): Meir Shalev Edition: Gallimard

Israël est une nation fertile en paradoxes : on pourrait croire que ce pays, plus petit qu’une région française d’avant la réforme territoriale, entouré de voisins qui seraient enchantés de le voir disparaître et souvent firent ce qu’il fallait pour cela, aurait organisé toutes ses forces, déployé toutes ses ressources morales, humaines et intellectuelles, en vue de sa seule survie. À bien des égards, c’est le cas. Mais Israël possède également une production scientifique, technique (même les antisémites les plus acharnés se servent de clefs USB), poétique et romanesque de tout premier ordre. Le nouveau roman de Meir Shalev en apporte une preuve supplémentaire.

Meir Shalev est né le 29 juillet 1948 et ce millésime n’est pas anodin : l’écrivain a le même âge que l’État hébreu. Officiellement, en tout cas, car Herzl avait raison d’intituler son roman utopique Altneuland, selon un oxymore intraduisible en un seul mot français (« le vieux pays jeune »). Dès la fin du XIXe siècle, des Juifs s’installèrent sur des terres achetées le plus légalement du monde à des paysans arabes ravis de la bonne affaire et, pendant que la pire des catastrophes s’abattait sur leurs coreligionnaires restés en Europe, les Juifs d’Israël menaient une existence relativement paisible, quoique dure.

Hôtel International, Rachel Vanier

Ecrit par Cathy Garcia , le Mardi, 07 Novembre 2017. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, éditions intervalles

Hôtel International, 2015, 256 pages, 11,99 € . Ecrivain(s): Rachel Vanier Edition: éditions intervalles

 

Hôtel International évoque sur fond d’un drame personnel le petit monde des expatriés, avec un regard vif et sans concession, une plume acerbe et le genre d’humour noir qui permet de survivre au désespoir.

« La vraie vie, c’est ce décalage aberrant entre le drame d’une situation et la banalité du quotidien qui continue son chemin, impassible, autour de nous. Le contrôleur contrôle, le mendiant mendie, le Parisien parisie. Alors qu’on souhaiterait flotter au-dessus du monde qui s’anime, et que la réalité nous ramène brutalement sur la terre ferme, l’atterrissage donne le vertige ».

L’héroïne d’Hôtel International s’enfuit subitement au Cambodge suite au suicide de son père, sans même un visa et sans prévenir ses proches et ses amis, elle débarque là-bas sans connaître grand-chose de ce pays sinon un peu de sa tragique histoire et cherche avant tout à mettre un mur entre elle et tout ce qu’elle a laissé derrière. Sa façon de faire le deuil ou peut-être d’en refuser la réalité.

« Parler, c’est la dernière chose au monde dont j’avais envie. Je ne souhaitais que m’enterrer bien profondément dans un abri anti-atomique, anti-monde extérieur, anti-gens, anti-tout ».

La France en automobile, Edith Wharton (2ème critique)

Ecrit par Jean Durry , le Mardi, 07 Novembre 2017. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Récits, Mercure de France, Voyages

La France en automobile, trad. anglais Jean Pavans, Préface Julian Barnes, 176 pages, 16,80 € . Ecrivain(s): Edith Wharton Edition: Mercure de France

 

« Publié aux Etats-Unis en [octobre] 1908 avec succès, La France automobile n’avait jamais été traduit en français jusqu’à aujourd’hui », souligne le « Prière d’insérer ». Grâce donc au traducteur Jean Pavans et au Mercure de nous en faire le cadeau, complété ou plus exactement précédé d’une substantielle préface de Julian Barnes. A quel point Edith Newbold Wharton fut un écrivain d’abondance aux innombrables publications, on en est en général assez ignorant, il faut l’avouer, et du fait qu’en 1921 son roman Le Temps de l’innocence reçut – rare pour une femme – le Pulitzer.

C’est en France que cette grande voyageuse se fixera en 1907, à 45 ans (née à New-York en 1862) ; et qu’elle vivra la seconde partie de sa vie : à Paris – dix ans rue de Varenne à compter de 1910 –, puis au sortir du conflit mondial – qu’elle chronique dans La France en guerre – à Saint-Brice-sous-Forêt (Val d’Oise) ainsi qu’à Hyères en son Castel Sainte Claire. Son divorce en 1913 est une autre marque de son indépendance d’esprit.