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Critiques

James, Percival Everett (par Sandrine-Jeanne Ferron)

Ecrit par Jeanne Ferron-Veillard , le Vendredi, 16 Janvier 2026. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, USA, Roman, L'Olivier (Seuil)

JAMES, Percival Everett, éditions de L’Olivier, 2024 pour la traduction française, traduit de l’anglais par Anne-Laure Tissut, 283 pages. Edition: L'Olivier (Seuil)


As-tu lu le roman de Mark Twain, Les Aventures de Huckleberry Finn, paru à Londres en 1884 ?

Avant de lire James, tu dois savoir qu’il est la réponse de Percival Everett au livre de Mark Twain. L’hommage. La suite ou une recomposition, peut-être même un parti pris. La continuité d’une écriture, de 1884 à 2024. Le narrateur n’est plus l’enfant, Huck, le narrateur c’est Jim. Jim est l’esclave qui ose dire Je. Défier le langage.

L’attente constitue une grande partie de la vie d’un esclave, qui attend et attend qu’on le fasse attendre encore. On attend des ordres. De la nourriture. La fin des jours. La récompense chrétienne, juste et méritée, au bout du bout.

Bastard Battle, Céline Minard (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mercredi, 14 Janvier 2026. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, En Vitrine, Tristram, Cette semaine

Bastard Battle, Céline Minard, Ed. Tristram souples, 114 p. 7,95 € . Ecrivain(s): Céline Minard Edition: Tristram


A bele hystoire Minard nos conviet. Dans un bonheur permanent de jeux avec notre langue telle qu’elle fut au XVe siècle, agrémentée de clins d’œil et d’anachronismes, avec une dextérité folle et une jouissance débordante, ce bref roman nous jette dans la folie sans frein des hommes de guerre, abreuvés de sang, nourris de ripailles, ivres de vin et de sexe. Pochade sanglante et débridée, ce récit – loin des sources historiques – est irrésistiblement cinématographique, proche de Tarantino, revisitant Les sept samouraïs, et en allusion directe aux Kill Bill.

C’est ainsi que le quatre septembre mil quatre cent trente sept, nous autres sept samouraïs avons pris Chaumont ville et chasteau, et c’est ainsi que le cinq du mesme mois mil quatre cent trente sept, à prime, tant court vitement le bruict, nous recevions toute la menuaille des gens de la hourde d’Enguerrand, demandant asile et résolus à defendre les murs, item gens de commerce anciennement enfuis ou chassés, item divers artisans.

Paolina - Mystères du Coperto des Figini, Iginio Ugo Tarchetti (par Laurent LD Bonnet)

Ecrit par Laurent LD Bonnet , le Mardi, 13 Janvier 2026. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Italie

Paolina - Mystères du Coperto des Figini, Iginio Ugo Tarchetti, Traduction : Elena Miraglia Lambert, Les défricheurs, 138 p, 15€.


Iginio Ugo Tarchetti (1839–1869) est un écrivain italien lié au mouvement de la Scapigliatura, une avant-garde littéraire et artistique née à Milan dans les années 1860. Anticonformiste et critique envers les valeurs religieuses et patriotiques du Risorgimento, il développe une œuvre marquée par le fantastique, le pessimisme et la satire sociale. Mort à trente ans, il laisse des romans, des poèmes et des récits qui annoncent les bouleversements esthétiques de la modernité.

La traductrice : Elena Miraglia Lambert, née à Turin, enseigne la littérature italienne entre l’Europe et l’Amérique latine. Elle s’intéresse à la Scapigliatura milanaise du XIXe siècle et a publié en 2024 dans la revue Daïmon une traduction française d'un texte d’Iginio Ugo Tarchetti.


Paolina :  figure intemporelle d’une condition féminine

L’Aventurier et la cantatrice, Hugo Von Hofmannsthal (par Claire Fourier)

Ecrit par Claire Fourier , le Lundi, 12 Janvier 2026. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Langue allemande, Théâtre, En Vitrine, Cette semaine

L’Aventurier et la cantatrice, Hugo Von Hofmannsthal, traduit de l’allemand et présenté par Jean-Yves Masson. Éditions de la Coopérative, 2025


L’Aventurier et la cantatrice, sous-titré Les Dons de la vie, est un livre vertigineux. Délicieusement vertigineux. Couleurs, sensations, allant. Ivresse de l'inspiration. Valse d’images somptueuses. J’avoue avoir rarement vu ça. Inouï. Un livre « ailé ».

L’Histoire ? Un prétexte. Mais le sujet ? Quel est-il ? Le hasard, ce « dieu exubérant qui danse », envoie des doubles sur notre route et « fait germer les semences » quand cela lui chante.

Dans un palais à Venise (qui renvoie à la Vienne chère à Hofmannsthal) où évoluent des patriciens, des jeunes musiciens, un vieux compositeur, un valet de chambre rompu aux intrigues, le hasard donc réunit un aventurier, baron allemand (le double de Casanova ?) ; une cantatrice, Vittoria ; un mari, Lorenzo ; le fils de la cantatrice, Cesarino… Dans le majestueux salon se croisent ainsi un ancien amant oublieux, son amante encore amoureuse, un père, une mère, un mari, un fils... Mais dites-moi, qui est le père de ce fils ? L’aventurier ou le mari ?

Le Procès de Baudelaire, Raphaël Belaïche (par Gilles Banderier)

Ecrit par Gilles Banderier , le Mardi, 06 Janvier 2026. , dans Critiques, Les Livres, Essais, La Une Livres, Histoire

Le Procès de Baudelaire, Raphaël Belaïche, préface d’André Guyaux, Genève, Droz, 2025, 674 pages, 24 €

Fondées en 1924 par Eugénie Droz (1893-1976), les éditions éponymes furent dès l’origine spécialisées dans les livres d’érudition, conçus pour être lus pendant plusieurs décennies et constituer des références ; des ouvrages solides, érudits, échappant à toutes les modes qui, avec une belle constance dans le néant, ont déferlé sur le monde universitaire depuis les années 1950 (marxisme, structuralisme, « nouvelle critique », gender et queer studies, études coloniales, etc.).

En plus de ces qualités, l’ouvrage de maître Raphaël Belaïche, Le Procès de Baudelaire, est un livre passionnant. Quiconque a approché Les Fleurs du Mal sait que, sitôt son recueil paru, Baudelaire se retrouva avec sur les bras un procès pour « outrage à la morale publique et aux bonnes mœurs », sort qu’il partagea la même année avec Flaubert, jugé également sous le même chef d’accusation. Le patronyme du procureur qui officia lors des deux procès – Pinard – a fait rire des générations d’étudiants en lettres.