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Critiques

La Morale des sens, Vicomte de Mirabeau (par Patryck Froissart)

Ecrit par Patryck Froissart , le Vendredi, 01 Février 2019. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Cette semaine, Libretto

La Morale des sens, novembre 2018, 214 pages, 8,70 € . Ecrivain(s): Vicomte de Mirabeau Edition: Libretto

 

Quelle riche initiative que la réédition de cet ouvrage exquis, et probablement quasiment inconnu, du Vicomte de Mirabeau !

André Boniface Louis Riquetti, vicomte de Mirabeau, passait, tout comme son frère le célèbre Comte de Mirabeau, pour libertin, au sens classique.

Rappelons qu’au XVIIe siècle ce mot désigne la liberté de pensée affranchie de toute doctrine religieuse et qu’au XVIIIe siècle s’ajoute à ce sens une idée de transgression morale. L’Encyclopédie en donne cette définition : « C’est l’habitude de céder à l’instinct qui nous porte aux plaisirs des sens » (source : Intellego).

Le roman libertin d’époque s’inscrit dans cette posture intellectuelle. La Morale des Sens en est une parfaite illustration.

Le pouvoir de l’optimisme, Christelle Crosnier (par Marjorie Rafécas-Poeydomenge)

Ecrit par Marjorie Rafécas-Poeydomenge , le Vendredi, 01 Février 2019. , dans Critiques, Les Livres, Essais, La Une Livres

Le pouvoir de l’optimisme, Idéo Editions, septembre 2018, 273 pages, 15,90 € . Ecrivain(s): Christelle Crosnier

 

Pourquoi une telle floraison de livres sur la pensée positive et le développement personnel ? Il semblerait que la recherche de son propre accomplissement soit devenue depuis quelques décennies le nouveau Graal pour survivre à une société individualiste. L’optimisme est-il une façon de se protéger des horreurs de l’extérieur ? Lorsqu’on ouvre le livre de Christelle Crosnier, on se rend compte au contraire que l’optimisme est un élan vital indispensable pour faire confiance à la vie et aux autres.

Lire des livres sur l’optimisme, comme ceux sur le bonheur, est une thérapie, un entraînement pour muscler notre persévérance. Car contrairement à la culture Instagram où l’on fait miroiter aux jeunes que l’on peut devenir une star en quelques clics, réussir passe nécessairement par une série d’échecs. Et c’est pour cette raison que nous avons besoin de la magie du pouvoir de l’optimisme. Aucune grande victoire ne s’est accomplie sans petites victoires.

Lumière, doucement, Marian Draghici (par Patrick Devaux)

Ecrit par Patrick Devaux , le Vendredi, 01 Février 2019. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Pays de l'Est, Poésie, L'Harmattan

Lumière, doucement, avril 2018, trad. roumain, Sonia Elvireanu, 114 pages, 13,50 € . Ecrivain(s): Marian Draghici Edition: L'Harmattan

 

La mer, la lumière et puis la présence obsédante qui s’avance sur la pointe des douleurs :

« doucement, viens à moi mot à mot » avec aussi le poids d’une plume passant par « un hibou de dix tonnes » pour faire apparaître, dans cette sorte de rêve, la « chose », la douleur transcendant l’image de souvenirs doux rêvés en cauchemars colorés à l’instar d’un film terrifiant puisque « elle souriait à la fenêtre/ après qu’on lui avait arraché/ mains/ cœur/ cheveux ».

Le souvenir se fait terre, os, cheveux, autant d’images suggérant une sorte d’éclatement de la stupéfaction. Comme une idée se serait jetée contre un mur le souvenir la tête la première. Avec une dislocation à partir de soi éclaboussée sur les éléments tout autour, le texte est pressenti, page après page, de titres improbables annonçant le chaos. J’ai songé à des tableaux de Bosch où toute l’humanité s’éclate en diverses attitudes quotidiennes exacerbées dans une imagination prolifique.

L’origine du monde, Vie du modèle, Claude Schopp (par Matthieu Gosztola)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Jeudi, 31 Janvier 2019. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Arts, Phébus, Cette semaine

L’origine du monde, Vie du modèle, octobre 2018, 160 pages, 15 € . Ecrivain(s): Claude Schopp Edition: Phébus

Ne manque pas de saveur l’histoire de L’Origine du monde de Courbet, depuis sa brève possession par son commanditaire Khalil-Bey, de 1866 à 1868, jusqu’à son arrivée au musée d’Orsay en 1995.

« Les circonstances de la commande à un artiste célèbre et controversé, la personnalité du commanditaire, le sujet du tableau, ses étranges aventures, ses disparitions, tout concourt à construire une légende », remarque Sylvie Aubenas, directrice du département des estampes et de la photographie de la Bibliothèque nationale de France.

En 1864, Courbet peint un tableau refusé au Salon pour son sujet scabreux : Vénus poursuivant Psyché de sa jalousie (tableau dont on a perdu la trace lors de la Seconde Guerre mondiale). « Au début de l’été 1866, Khalil-Bey en entend parler par Sainte-Beuve dans le fameux salon de Mme de Tourbey. Sa curiosité est piquée, il désire le voir. Il s’aventure chez Courbet, 32, rue Hautefeuille, loin des quartiers élégants de la rive droite, et offre d’acquérir la toile. Courbet vient de la vendre à un amateur. “Faites m’en un pareil”, dit le prince. “Non, je vous ferai la suite” répondit Courbet ». Ces prémices sont rapportés par Jules Troubat, alors secrétaire de Sainte-Beuve. L’Origine du monde fait partie de la transaction conclue entre le peintre et le collectionneur. Et le tableau est réalisé par Courbet rapidement, durant le même été 1866.

L’Adversaire, Emmanuel Carrère (par Marianne Braux)

Ecrit par Marianne Braux , le Jeudi, 31 Janvier 2019. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Folio (Gallimard)

L’Adversaire . Ecrivain(s): Emmanuel Carrère Edition: Folio (Gallimard)

 

Lorsque, étudiant en médecine, il raconte à son entourage qu’il a réussi son examen d’entrée alors qu’il ne l’a même pas passé, Jean-Claude Romand ne sait pas que ce mensonge marquera le début d’une spirale infernale qui le conduira à mener, pendant près de dix-huit ans, une insupportable double vie. Insupportable, tout au moins vers la fin, quand, réalisant qu’il n’a plus les moyens (entre autres financiers) de continuer à mentir, il se retrouve au pied du mur et assassine, en 1993, ses parents, sa femme et ses deux enfants pour ne pas avoir à leur avouer la vérité sur sa véritable identité : non pas un médecin travaillant en Suisse pour l’Organisation Mondiale de la Santé à Genève, non pas un ami à qui on peut faire confiance pour garder au chaud son argent de l’autre côté de la frontière, non pas un mari ni un fils fiable et sûr de ce qu’il dit et fait, mais un homme sans emploi qui passe ses journées dans sa voiture et à se promener dans les bois, et dilapide l’argent qu’on lui a (frauduleusement) confié pour mener la vie qu’il souhaite donner à ses proches.