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Critiques

Le Narrateur, Bragi Ólafsson (par Christelle Brocard)

Ecrit par Christelle d’Herart-Brocard , le Jeudi, 23 Mai 2019. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Pays nordiques, Roman, Actes Sud

Le Narrateur, avril 2019, trad. Robert Guillemette, 144 pages, 17,50 € . Ecrivain(s): Bragi Olafsson Edition: Actes Sud

 

Etant donné son titre, on conçoit aisément que ce roman accorde une place prépondérante au narrateur. Mais quel statut lui accorde-t-il ? Si les toutes premières pages sont déstabilisantes – on ne sait pas qui raconte quoi –, on devine rapidement que la forme narrative constitue l’ossature fondamentale du texte, à laquelle se rattachent les péripéties relatées. La structure est donc essentielle et s’exhibe sans complexe, au fil d’une narration ludique et insolite : du « je » traditionnel, le narrateur-roi passe sans vergogne au « il » lorsqu’il invente lui-même son personnage ; il n’hésite pas non plus à incorporer des réflexions métatextuelles à son propre discours et à prendre à partie le lecteur qui, de ce fait, se met à jouer, à son insu, un rôle actif dans l’histoire in progress. Une fois démasqué, ce petit jeu formel pourrait lasser le lecteur en mal d’aventures substantielles, or que nenni : l’intrigue n’est pas en reste, bien au contraire !

Mrs Caliban, Rachel Ingalls (par Yasmina Mahdi)

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Mercredi, 22 Mai 2019. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, USA, Roman, Belfond

Mrs Caliban, mars 2019, trad. Céline Leroy, 144 pages, 16 € . Ecrivain(s): Rachel Ingalls Edition: Belfond

 

 

Fantasy

Mrs Caliban est un roman condensé qui commence sous l’égide du temps chiffré : « trois oublis », « quelques minutes », « un parapluie », « sa voiture », une énumération d’objets appartenant à deux personnes, Fred et Dorothy (de Dorothée, doron et theos : cadeau et Dieu). Or Dorothy, sainte ou psychotique, entend des voix. De la trivialité d’une existence frustrée, nous passons à l’affabulation mentale, ce qui masque pour l’épouse le choquant de la désunion maritale de son mariage. Dès le début de Mrs Caliban, le lecteur est informé de la face cachée du couple, de ses mœurs, de sa dérive interne – une existence coincée entre le théâtre social et les obligations contingentes ; ce que Rachel Ingalls nomme « leur pauvre vie ».

Mon roman pourpre aux pages parfumées et autres nouvelles, Ian McEwan (par Catherine Dutigny)

Ecrit par Catherine Dutigny/Elsa , le Mercredi, 22 Mai 2019. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Iles britanniques, Nouvelles, Folio (Gallimard)

Mon roman pourpre aux pages parfumées et autres nouvelles, janvier 2019, trad. anglais France Camus-Pichon, Françoise Cartano, 112 pages, 2 € . Ecrivain(s): Ian McEwan Edition: Folio (Gallimard)

 

Une suave odeur de soufre.

Les publications de Ian McEwan sont souvent précédées d’une suave odeur de soufre. Va-t-on se laisser séduire ou s’effaroucher à la lecture de récits résolument pervers, d’histoires où les héros, jeunes ou vieux, se font rattraper par leurs fantasmes sexuels, va-t-on se pâmer à l’énoncé de crimes au sadisme feutré ?

A-t-il, cet anglais au regard bridé derrière ses lunettes rectangulaires, le talent littéraire assez chevillé à la plume pour nous embarquer dans des récits où un écrivain moins habile nous donnerait l’envie immédiate de refermer le livre et de tirer un trait définitif sur ses écrits ? Aborder son œuvre, pour ceux et celles qui ne s’y seraient pas encore risqués, par la lecture de nouvelles permet, à moindre effort, de humer son univers littéraire et de se rendre rapidement compte si des affinités existent, ou au contraire pas du tout.

Les Porteurs d’eau, Atiq Rahimi (par Tawfiq Belfadel)

Ecrit par Tawfiq Belfadel , le Mercredi, 22 Mai 2019. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, P.O.L

Les Porteurs d’eau, janvier 2019, 288 pages, 19 € . Ecrivain(s): Atiq Rahimi Edition: P.O.L

 

Vivre c’est errer

Après un roman inspiré par Crime et châtiment de Dostoïevski (1), Atiq Rahimi publie son nouveau roman Les Porteurs d’eau. Divisé en 30 chapitres, le roman raconte deux récits différents l’un de l’autre, mais reliés par un fait commun : la destruction des Bouddhas de Bâmiyân par les Talibans en 2001, en Afghanistan. Le pays était noyé dans une troisième phase de guerre civile.

Le premier récit est celui de Tamim, un Afghan exilé à Paris. Agé de 45 ans, il change de nom suite à sa naturalisation : il devient Tom. Le jour de la destruction des Bouddhas, Tom décide de changer de vie et choisit un autre exil : il quitte Paris en laissant sa femme et son enfant, pour s’installer définitivement avec son amante à Amsterdam, une ville où ne viennent « que les hommes perdus afin de se retrouver » (p.191). En route, sa mémoire le taraude de pensées et de questions sans réponses : ses origines, ses parents et ses ancêtres, Kaboul, ses vérités et ses mensonges.

Le syndrome Tom Sawyer, Samuel Adrian (par Lionel Bedin)

Ecrit par Lionel Bedin , le Mercredi, 22 Mai 2019. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Editions des Equateurs

Le syndrome Tom Sawyer, janvier 2019, 240 pages, 19 € . Ecrivain(s): Samuel Adrian Edition: Editions des Equateurs

 

Le Syndrome de Tom Sawyer est le récit d’un voyage à pied entre Paris et Jérusalem. En chemin le marcheur tient le journal de son voyage, journal qu’il reprend six mois après le retour, pour en faire ce récit, une « enquête sur ce jeune homme que j’étais et que je ne suis plus », et pour tenter de répondre à cette question : pourquoi suis-je parti ?

Les raisons supposées du départ : une envie d’ailleurs depuis l’enfance, le sentiment d’être « l’archétype de l’homme moderne habitué au confort », l’envie de « réapprendre le désir et, avec lui, le plaisir », se désennuyer. Surtout, pour Samuel Adrian qui se décrit comme un « enfant déçu du christianisme », c’est une crise de foi. Et il a cette conviction : « si tu ne peux plus prier, marche ». Alors il quitte Paris un matin de septembre 2017, à pied, léger, sans portable ni réseau, et « sans argent, pour démêler ce qui a de la valeur et ce qui n’en a pas ».