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Critiques

Arabe, Hadia Decharriere (par Tawfiq Belfadel)

Ecrit par Tawfiq Belfadel , le Mardi, 07 Mai 2019. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Jean-Claude Lattès

Arabe, février 2019, 168 pages, 17 € . Ecrivain(s): Hadia Decharriere Edition: Jean-Claude Lattès

 

À la recherche du passé perdu

Après Grande section, Hadia Decharriere publie son nouveau roman, Arabe. Le roman relate l’histoire de Maya, une jeune Française qui travaille comme habilleuse. « Maya aime écouter l’habit et observer l’attitude qu’emprunte l’esprit selon l’étoffe qui pare le corps » (p.52).

Un certain matin, Maya se réveille en parlant parfaitement la langue arabe, une langue qu’elle n’a jamais connue ou apprise. Son mari et ses parents, son entourage, sont étonnés devant cette métamorphose. « Une langue que personne ne lui a transmise, ni son père ni sa mère, une langue dont elle ignore tout de l’histoire, une grande inconnue qu’elle a pourtant immédiatement reconnue, malgré elle, comme un reflexe qui, pour exister, se passe de volonté et de raison » (pp.22-23).

Maya commence alors sa quête pour identifier le secret de cette langue. En parlant arabe, tout ce qui a relation avec cette langue attire son attention : la gastronomie, les prénoms, et notamment la situation des femmes bafouées dans le monde dit arabe.

Le tour de l’oie, Erri De Luca (par Philippe Leuckx)

Ecrit par Philippe Leuckx , le Mardi, 07 Mai 2019. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Gallimard, Italie

Le tour de l’oie, février 2019, trad. italien Danièle Valin, 176 pages, 16 € . Ecrivain(s): Erri de Luca Edition: Gallimard

 

Renonçant à la fiction mais la nourrissant par un autre tour – comme un jeu inventif –, celui de se donner un fils interlocuteur, le romancier Erri De Luca signe un dialogue étrange, au creux de sa maison, entamant avec un enfant inventé une conversation à bâtons rompus sur le tout, le rien, le passé qui revient lancinant, ses propres parents, son aventure d’homme, travailleur, rebelle, contestataire, écrivain, apprenti de la vie.

L’auteur, Napolitain né en 1950, a été ouvrier, est devenu alpiniste, romancier, a failli terminer en prison pour la défense de la nature contre un projet d’autoroute, vit aujourd’hui pour l’écriture. L’un des derniers a suscité un enthousiasme certain : La nature exposée (dont j’ai évoqué la teneur ici même).

Ici, le romancier se dévoile, recourt à ses parents morts, revitalise cette période de l’enfance – souvent tombée en cendres chez d’autres –, ici, nourrie d’anecdotes et du grain de réalisme qui fait sa patine.

Cioran, archives paradoxales, Collectif (par Cyrille Godefroy)

Ecrit par Cyrille Godefroy , le Lundi, 06 Mai 2019. , dans Critiques, Les Livres, Essais, La Une Livres, Classiques Garnier

Cioran, archives paradoxales, Collectif, février 2019, 273 pages, 39 € Edition: Classiques Garnier

 

 

En mémoire du mariole atrabilaire

Pour qui aime Cioran ou souhaite le découvrir, se frotter à ses élucubrations fulgurantes, ce spicilège d’une étoffe résistante tombe à point nommé. Fruit de diverses études menées par des connaisseurs de l’œuvre du funambule de l’abîme, il explore l’archipel cioranien et en valorise toutes les richesses. Le thème de la solitude en est le pivot : « Véritable aiguillon existentiel et nœud gordien de son œuvre, la solitude est à la fois, chez Cioran, ressort littéraire et invitation au mutisme » (Aurélien Demars).

Lisière trouble des métamorphoses, Jean-Louis Clarac, Françoise Cuxac (par André Sagne)

Ecrit par André Sagne , le Lundi, 06 Mai 2019. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Arts

Lisière trouble des métamorphoses, Editions du Petit Véhicule, coll. L’Or du temps, octobre 2018, 60 pages, 25 € . Ecrivain(s): Jean-Louis Clarac, Françoise Cuxac

 

Pour leur dernier livre d’artiste, publié avec soin par les éditions du Petit Véhicule basées à Nantes, dans leur belle collection Galerie Or du temps, le poète Jean-Louis Clarac et la plasticienne Françoise Cuxac nous convient à un bien étrange voyage vers un bien étrange pays, « en lisière trouble des métamorphoses ». C’est en effet dans cet entre-deux, cette frontière précaire et mouvante que se situe le cœur de leur exploration. Chacun avec son moyen d’expression, le poème pour Jean-Louis Clarac, la sculpture par assemblage de différents matériaux naturels pour Françoise Cuxac (végétaux, minéraux, coquillages, insectes, os, plumes, cornes… placés sur des structures grillagées ou des corps de poupées et liés par de la pâte à papier, pâte à modeler ou tissus), ils partent à la rencontre de ce monde des métamorphoses en croisant leur art et leur technique grâce au dispositif mis en œuvre dans l’ouvrage. Intercalées entre les poèmes, les sculptures photographiées, dont chacune porte un titre rappelé en bas à droite, sont accompagnées de l’extrait d’un poème, un ou deux vers le plus souvent, trois plus rarement, en guise de légende. Ainsi confrontés, le mot et l’image entrent en relation sous les yeux du lecteur qui va librement de l’un à l’autre.

Venise à double tour, Jean-Paul Kauffmann (par Fabrice Del Dingo)

Ecrit par Fabrice del Dingo , le Lundi, 06 Mai 2019. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Récits, Editions des Equateurs

Venise à double tour, février 2019, 336 pages, 22 € . Ecrivain(s): Jean-Paul Kauffmann Edition: Editions des Equateurs

 

Il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée

Habitué des endroits où personne ne songe à aller se morfondre – Sainte Hélène Eylau, la Courlande – Jean-Paul Kauffmann a choisi de passer quelques mois là où tout le monde se précipite, parfois sans prendre le temps d’en apprécier les splendeurs et les mystères : Venise. C’est une cité hors du commun. « Elle ne crée aucun temps mort. Aucune pause. Le spectacle de la beauté requiert le passant de partout ».

Il garde en mémoire l’image d’une peinture qui miroite mais il est incapable de se souvenir dans quelle église il l’a vue, lui qui est si souvent allé à Venise où il a visité tant d’églises ouvertes au public.

Il n’est pas question qu’il s’attarde sur la place Saint Marc, visite le palais des Doges ou emprunte le pont du Rialto. Non, Jean-Paul Kauffmann s’est mis en tête de pénétrer dans les églises qui ne sont jamais ouvertes. Depuis longtemps, pour un motif bien compréhensible, il est obsédé par l’enfermement. Et depuis bien plus longtemps encore, par les églises.