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Critiques

Le Grand Rafraîchissement, Benoît Duteurtre (par Patrick Abraham)

Ecrit par Patrick Abraham , le Jeudi, 06 Novembre 2025. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Gallimard

Le Grand Rafraîchissement, Benoît Duteurtre, Gallimard, 2024, 215 pages, 20 euros. Edition: Gallimard

 

On ne lira pas, hélas ! Le Grand Rafraîchissement de Benoît Duteurtre comme on lisait n’importe quel autre livre de Benoît Duteurtre, et pour une raison imparable : Benoît Duteurtre est mort en juillet 2024 ; il s’agit donc, sauf inédits posthumes, d’un ouvrage ultime, paru en janvier de la même année.

Il ne faut cependant pas exagérer cette circonstance et voir à toute force dans Le Grand Rafraîchissement, qui complète une œuvre déjà importante mais ne prétend pas la parachever, un exercice testamentaire. Benoît Duteurtre n’avait pas prévu de mourir si soudainement, à soixante-quatre ans, des suites d’un malaise cardiaque, alors qu’il séjournait avec son compagnon au Valtin, dans les montagnes vosgiennes, où il possédait une maison et où il a été inhumé. Il n’avait pas l’intention de nous transmettre une vérité définitive. Il ne s’adresse pas à nous d’outre-tombe.

Comme les amours, Javier Marías (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mercredi, 05 Novembre 2025. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Espagne, Folio (Gallimard)

Comme les amours, Javier Marías (Los enamoramientos, 2011), Traduit de l’espagnol par Anne-Marie Geninet, Folio 421 p. Edition: Folio (Gallimard)

Le temps est une affaire vertigineuse. Dans l’axe, seul le passé existe. Le futur est hasardeuse spéculation. Le présent une pure fiction. C’est la ligne continue qui traverse ce sombre roman, ce presque roman noir. La mort (violente en l’occurrence) fige une histoire dans le passé. L’histoire est alors saisissable, elle a un début et une fin, l’observateur sait ce qu’il en est de la narration du mort. C’est la position du lecteur de biographies : Baudelaire est né, il a vécu, il a souffert, il a aimé, il a écrit, il est mort. Baudelaire est lisible, il appartient au passé, du moins par sa vie, son œuvre, elle, continue par un miracle que seul le génie peut produire.

Luisa, l’épouse, et Maria la narratrice sont désormais en aval de Miguel, assassiné sauvagement, tailladé au couteau papillon par un inconnu. Et en aval, il n’y a évidemment plus Miguel. Le temps de Miguel est clos, tellement clos qu’un retour (impensable) de Miguel serait un cauchemar aussi terrible que sa mort. Non pas que son épouse, Luisa, ne le regrette pas - elle est au contraire écrasée par sa disparition, incapable de s’en relever malgré ses deux enfants – mais parce que le temps ne permet pas de manquement à ses règles : ce qui est clos est clos, provoque un ordre nouveau et une faille dans cette règle serait le pire des désordres.

Les Rois d’Israël. Saül, David, Salomon. Essai comparatif, Dominique Briquel (par Gilles Banderier)

Ecrit par Gilles Banderier , le Mardi, 04 Novembre 2025. , dans Critiques, Les Livres, Essais, La Une Livres, Histoire, Les Belles Lettres

Les Rois d’Israël. Saül, David, Salomon. Essai comparatif, Dominique Briquel, Paris, Les Belles Lettres, juin 2025, 308 pages, 27 € Edition: Les Belles Lettres

En 1938, la Revue de l’histoire des religions fit paraître un article toutes proportions gardées aussi important que celui d’Albert Einstein publié trente-trois ans plus tôt dans les Annalen der Physik : « La préhistoire des flamines majeurs » de Georges Dumézil. Outre ses résultats immédiats, cet article eut le mérite de montrer qu’on pouvait atteindre dans le domaine des sciences dites « humaines » un degré d’exactitude aussi élevé que celui dont se prévalent les sciences dites « exactes » et, par conséquent, qu’il est faux d’affirmer comme le fera Louis Pauwels dans un mot plus spirituel qu’exact, que « les sciences humaines se disent sciences comme le loup se disait grand-mère ».

La correspondance onomastique entre le latin flamen et le sanscrit brahman avait été aperçue depuis fort longtemps, mais personne n’était parvenu à dépasser cette similitude phonétique. Dumézil montra qu’il existait bien un ensemble de correspondances précises, à condition qu’on s’intéressât non à une réalité isolée, particulière, mais à une structure d’ensemble (« cette proche parenté ne se réduit pas au vocabulaire, mais s’étend à la structure de la religion », écrivait-il en 1958 dans un premier livre-bilan, L’Idéologie tripartie des Indo-Européens).

Le bastion des larmes, Abdellah Taïa (par Abdelmajid Baroudi)

Ecrit par Abdelmajid Baroudi , le Mardi, 14 Octobre 2025. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Maghreb, Julliard

Le bastion des larmes, Abdellah Taïa Editions Julliard, Paris 2024 . Ecrivain(s): Abdellah Taïa Edition: Julliard

 

Le bastion des larmes est une vengeance. L’auteur remue la plume dans la plaie afin de se venger d’une souffrance dont le corps est le seul témoin. Comment oublier ce que la chair a subi ? La cicatrice est indélébile.  Se venger, c’est acheter le silence de la doxa. Donne-leur de l’argent, tu vas sûrement éviter leurs médisances. C’est donc le matériel qui détermine leur conscience, le reste n’est que pure hypocrisie. Qui a dit que la justice est faite pour les faibles ?  Nous ne sommes pas toutes et tous égaux devant la loi, car être homosexuel dans une société où la religion et le pouvoir politiques sont complices est anormal et contre-nature. La liberté individuelle, vous dites ? Allez vendre ce discours aux mécréants. Seules les sœurs comprennent ce que veut dire efféminé.

Dans Le bastion des larmes, les narrations s’écrivent en larmes.  Des larmes qui font mal au défunt. Plus on pleure, plus le corps brûle dans l’au-delà. Et puis, il y a des larmes qui réparent. Elles confirment le lien sacré avec celle qu’on aime, en l’occurrence la mère.

Bricolage(s) – Camille Revol (par Philippe Chauché)

Ecrit par Philippe Chauché , le Jeudi, 09 Octobre 2025. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Récits, Editions Louise Bottu

Bricolage(s) – Camille Revol – Editions Louise Bottu – 260 p. – 19 euros – septembre 2025. Edition: Editions Louise Bottu

 

« J’ai toujours aimé ça, griffonner. Tout le temps. Partout et dans la chambre. Des notes sur elle, sur rien, le jour et la saison, un livre, un film… Des notes sur tout. Surtout sur elle.

Notes en pagaille. Penser à classer. Y mettre un peu d’ordre. En faire quelque chose, quoi. »

 

Ce quelque chose a pour nom Bricolage(s), un livre qui porte bien son nom, il zigzague, il biaise, ses phrases ricochent, rebondissement, se cachent sous d’autres phrases, sous d’autres éclairs d’inspirations, et de souvenirs, et pourtant l’auteur se défend de raconter des histoires, il s’en défend tellement bien, qu’il excelle dans l’art de les ajuster au millimètre, comme des planches brutes, qui n’attendent que d’être mises bout à bout. L’écrivain ajuste tout ce qui lui passe par la main et par la tête.