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Critiques

Une histoire érotique de la psychanalyse, Sarah Chiche (par Cyrille Godefroy)

Ecrit par Cyrille Godefroy , le Mardi, 21 Avril 2020. , dans Critiques, Les Livres, Essais, La Une Livres, Petite bibliothèque Payot

Une histoire érotique de la psychanalyse, mars 2020, 350 pages, 9,70 € . Ecrivain(s): Sarah Chiche Edition: Petite bibliothèque Payot


Sarah Chiche nous convie à une balade éclairée et passionnante dans les coulisses de la psychanalyse et opère une plongée dans l’alcôve obscure de la psyché où sinuent les dédales du désir et de la souffrance, les méandres du tourment et du plaisir.

Tout à la fois point cardinal, point de fixation et point de chute, la femme influe inexorablement sur la destinée de l’homme. Les psychanalystes n’échappent guère à cette loi, y compris le père de la discipline, Sigmund Freud, dont les conclusions ont remis en cause la souveraineté de la rationalité chez l’homme, par la mise en lumière d’un déterminisme souterrain pressenti dès le dix-septième siècle par le philosophe Baruch Spinoza : « Les hommes se croient libres pour cette seule cause qu’ils sont conscients de leurs actions et ignorants des causes par où ils sont déterminés ».

La fantaisie répond à la mélancolie, François Baillon (par Patrick Devaux)

Ecrit par Patrick Devaux , le Lundi, 20 Avril 2020. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Poésie, Le Coudrier

La fantaisie répond à la mélancolie, François Baillon, novembre 2019, ill. Odona Bernard, 139 pages, 20 € Edition: Le Coudrier

 

Dieu hésite au-dessus de son œuvre dans la bouillante marmite de sa création. Aurait-il un doute ?

François Baillon l’aide-t-il à faire feu de tout poème à précipiter, entre les mots du juste questionnement, la vivacité culinaire de la Poésie ?

C’est qu’il ne manque pas d’ingrédients à épicer une mélancolie philosophale d’une pincée de fantaisie : « Je réduis la cuisson, se dit Dieu, et tous les éléments devraient pouvoir rester ».

Dieu et le scientifique se confrontent dans une sorte d’hilarité explosive qui n’a rien à envier aux rétrécissements et agrandissements « d’Alice » dans son « Pays des merveilles », François tirant les audaces littéraires d’une sorte de chapeau d’Eternité, laissant éclater une sorte d’irresponsabilité d’un Dieu laissant échapper un projet inabouti ou peut-être bien, plus volontairement, obligeant l’Homme à prendre ses responsabilités.

Les Yeux dans les yeux, Le Pouvoir de la conversation à l’heure du numérique, Sherry Turkle (par Ivanne Rialland)

Ecrit par Ivanne Rialland , le Lundi, 20 Avril 2020. , dans Critiques, Les Livres, Essais, La Une Livres, Actes Sud

Les Yeux dans les yeux, Le Pouvoir de la conversation à l’heure du numérique, Sherry Turkle, janvier 2020, trad. anglais, Elsa Petit, 553 pages, 28 € Edition: Actes Sud

 

Sherry Turkle, professeure au MIT, étudie depuis des dizaines d’années nos interactions avec les objets technologiques, concentrant son attention sur la manière dont ils affectent notre identité et nos relations sociales. Comme de nombreux autres penseurs des nouvelles technologies, son regard d’abord positif sur les possibilités d’expression offertes en ligne – à travers par exemple les avatars créés par les joueurs de jeux vidéo – est devenu beaucoup plus négatif à mesure que ces technologies s’imposaient dans notre quotidien, à la faveur du développement des smartphones, des progrès de l’intelligence artificielle, de la multiplication des objets connectés.

Le livre traduit par Actes Sud date de 2015 : c’est beaucoup pour un domaine en forte évolution. Les pages que Sherry Turkle consacre à l’impact des algorithmes des moteurs de recherche et des réseaux sociaux peuvent paraître ainsi un peu rapides, pour qui aura été attentif à la question durant ces cinq dernières années – les médias s’étant par exemple fait largement l’écho du livre du sociologue Dominique Cardon, À quoi rêvent les algorithmes (Seuil, 2015).

Écorces, Hajar Bali (par Tawfiq Belfadel)

Ecrit par Tawfiq Belfadel , le Vendredi, 17 Avril 2020. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Belfond

Écorces, Belfond, janvier 2020, 304 pages, 18 € Edition: Belfond

 

Les écorces de l’être

Nour, 23 ans, est un étudiant en mathématiques. Il vit avec sa mère Meriem, sa grand-mère Fatima, et son arrière-grand-mère Baya. « J’ai trois mères », dit-il.  Au jour le jour, Nour découvre des fragments de la mémoire familiale où règnent la soumission et la tradition sur les deux sexes, à travers toutes les générations, des années 1930 à 2016. Même les hommes sont soumis aux mères qui « couvent exagérément leurs fils ». De Haroun le grand-père, à Kamel le père, à Nour le fils, personne ne décide lui-même : tout est axiomatisé et vertical. « Papa n’a jamais rien choisi. Je ne veux pas lui ressembler » (p.154).

Nour se trouve relégué entre le pouvoir de ses trois mères et l’élan de liberté qui le pousse à vivre sa vie librement. Parvient-il à s’éloigner des trois mères et décider lui-même ? Et si la femme qu’il aime, Mouna, était sa sœur cachée, fruit d’un amour interdit ?

Au pays des poules aux œufs d’or, Eugène Savitzkaya (par François Baillon)

Ecrit par François Baillon , le Jeudi, 16 Avril 2020. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Les éditions de Minuit

Au pays des poules aux œufs d’or, Eugène Savitzkaya, février 2020, 192 pages, 17 € Edition: Les éditions de Minuit

 

Plus qu’un roman, cet ouvrage peut être qualifié de long (et admirable) poème en prose. Le narrateur le dit aussi « conte » ou « fable » à plusieurs reprises, et il en possède en effet de nombreux aspects.

Sous ces diverses caractéristiques, il est tout aussi indéniable qu’on nous invite dès les premières lignes à une grande aventure, puisque nous assistons à la naissance (ou à la renaissance) d’une terre. Terre qui semble singulièrement proche de la nôtre, mais qui s’en distingue aussi par des traits très nets : comment admettre qu’une renarde et un héron soient devenus un couple, par exemple, et qu’ils aient le don de la parole, de surcroît ?

Nous l’avons dit, c’est une aventure : au sein du monde dont on nous parle, la temporalité est visiblement une donnée mineure. Seul compte le portrait d’une forme d’existence dans ce qu’elle a de plus léger et de plus innocent, de plus pourri et de plus envenimé. Qui dit aventure dit aussi quête et objectif : luisant comme un Saint-Graal indistinct, il nous faudrait enfin toucher ce « pays inaccessible » ; cependant, « aucune route ne menait au pays des poules aux œufs d’or » (p.26).