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Critiques

Sollers en peinture, Olivier Rachet (par Jean-Paul Gavard-Perret)

Ecrit par Jean-Paul Gavard-Perret , le Mercredi, 03 Avril 2019. , dans Critiques, Les Livres, Essais, La Une Livres, Tinbad

Sollers en peinture, mars 2019, 220 pages, 21 € . Ecrivain(s): Olivier Rachet Edition: Tinbad

Olivier Rachet : « dialogue » avec Sollers.

Olivier Rachet donne au Sollers, critique d’art, esthète, écrivain (forcément) et homme de « goût » (mot clé pour le sujet et pour l’auteur de Paradis lui-même), le premier essai consacré à la peinture dans son œuvre.

L’analyste ne s’est pas contenté des multiples articles en revue (les siennes, Tel Quel, L’infini, ou celles des autres, et dans la presse dont Le Monde entre autres) : il s’est frotté tout autant aux textes de « fiction » dans un texte où tout est dit des partis-pris jouissifs comme des « crucifixions » de Sollers qui au besoin pourrait se déguiser en soldat roman face à certains crétins.

Par ailleurs, il propose parfois une forme de dialogue à la fois critique et autocritique dans lequel il s’amuse. L’auteur et son modèle s’interpellent : page 184, par exemple, l’un reproche à l’autre d’être allé « baiser la mule du pape Jean-Paul II ». Et l’accusé de répondre de manière apocryphe : « que l’on puisse sortir indemne de l’enfer et de la damnation en rayonnant en peinture, vous agacez terriblement ».

Mystères, Knut Hamsun (par Cyrille Godefroy)

Ecrit par Cyrille Godefroy , le Mardi, 02 Avril 2019. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Pays nordiques, Roman, Le Livre de Poche

Mystères, trad. Ingunn Galtier, Alain-Pierre Guilhon, 26,30 € . Ecrivain(s): Knut Hamsun Edition: Le Livre de Poche

 

En 1892, deux ans après Faim, Knut Hamsun (1859-1952) publie Mystères, roman reposant derechef sur l’épaisseur, la complexité et l’extravagance du personnage principal. À cette nuance près que le héros ne crève pas la dalle et qu’il jouit cette fois-ci d’une certaine aisance financière. À la manière d’un justicier, sans passé ni famille, Nagel débarque dans une bourgade norvégienne congelée dans les conventions. L’excentricité, l’imprévisibilité et l’éloquence de Nagel fascinent et désarçonnent le petit groupe de personnes qu’il se met à fréquenter. Oscillant entre un sentimentalisme sincère et un machiavélisme cynique, entre une sensibilité aiguë et un nihilisme éhonté, il intrigue et sème le doute dans l’esprit des habitants. Avouant ses désirs les plus secrets puis pratiquant l’élucubration mythomane, il souffle le chaud et le froid. Tour à tour lyrique puis taciturne, euphorique puis abattu, généreux puis mystificateur, audacieux puis maladroit, Nagel est un puits de contradictions, l’homme énigmatique par excellence : « Quel intérêt y a-t-il donc, même concrètement, à enlever toute poésie, tout rêve, tout mystère, toute beauté, tout mensonge à la vie ? ».

Physique de l’esprit Empirisme, médecine et cerveau (XVIIe-XIXe siècles), Céline Cherici, Jean-Claude Dupont, Charles T. Wolfe (par Gilles Banderier)

Ecrit par Gilles Banderier , le Mardi, 02 Avril 2019. , dans Critiques, Les Livres, Essais, La Une Livres, Hermann

Physique de l’esprit Empirisme, médecine et cerveau (XVIIe-XIXe siècles), Céline Cherici, Jean-Claude Dupont, Charles T. Wolfe, janvier 2018, 248 pages, 24 € Edition: Hermann

 

« Poe avait un front vaste, dominateur, où certaines protubérances trahissaient les facultés débordantes qu’elles sont chargées de représenter – construction, comparaison, causalité –, et où trônait dans un orgueil calme le sens de l’idéalité, le sens esthétique par excellence ». Cette remarque de Baudelaire au sujet de l’écrivain américain dont il se fit l’intercesseur empressé, est inintelligible si l’on néglige son arrière-plan médical. Le poète convoque ici ce que nous regardons comme une « fausse science », qui connut toutefois un succès durable au XIXe siècle : la phrénologie ou étude des bosses du crâne, élaborée par le médecin allemand Franz Joseph Gall (1758-1828). Son idée était assez simple pour qu’elle fût séduisante : toutes les facultés de l’esprit devraient avoir une manifestation, une transcription anatomique, dans la forme du crâne et particulièrement dans la présence, à certains endroits, de certains reliefs (un crâne humain est rarement aussi lisse qu’on œuf ou un galet). Gall élabora une véritable cartographie de l’occiput.

Cachées par la forêt, Éric Dussert (par Philippe Leuckx)

Ecrit par Philippe Leuckx , le Mardi, 02 Avril 2019. , dans Critiques, Les Livres, Essais, La Une Livres, La Table Ronde

Cachées par la forêt, octobre 2018, 576 pages, 22 € . Ecrivain(s): Éric Dussert Edition: La Table Ronde

 

Ce livre qui rend hommage à des écrivaines oubliées par le monde des lettres ou introuvables en librairie prend la forme d’un véritable dictionnaire chronologique de ces femmes talentueuses que de nombreuses circonstances ont « cachées » du parcours régulier, à l’ombre de grands noms ou de personnalités qui se sont mises en avant.

De Ono No Komachi (825-900) à Emma Dante (1967), l’essayiste dresse un beau bilan de noms à sauver de l’oubli même si la sentence qui clôt nombre de notices s’intitule « Aucun livre de * n’est disponible ».

Beaucoup de découvertes, et aussi plusieurs noms qui sonnent leur reconnaissance, je n’en veux pour preuves que ceux d’Inès Cagnati, de Grazia Deledda, de Marguerite Audoux, de Christiane Rochefort. Les auteures du Jour de congé ou des Petits enfants du siècle sont de nouveau éclairées et ce n’est que justice.

La Vie lente, Abdellah Taïa (par Arnaud Genon)

Ecrit par Arnaud Genon , le Lundi, 01 Avril 2019. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Seuil

La Vie lente, mars 2019, 272 pages, 18 € . Ecrivain(s): Abdellah Taïa Edition: Seuil

Voilà bientôt vingt ans qu’Abdellah Taïa publie des livres. Patiemment, il construit une œuvre forte, cohérente, qui tourne toute entière autour de la question de la rencontre du monde arabe et de l’Occident, de leur histoire réciproque, de leur avenir incertain. Partant d’un « je », de son « je », celui d’un homosexuel marocain ayant grandi dans le quartier pauvre de Hay Salam, à Salé, à côté de Rabat, Abdellah Taïa mène son œuvre vers un « nous », donnant la parole à tous les exclus, à ceux que la société méprise et bâillonne, où qu’ils soient, d’où qu’ils viennent.

Dans La Vie lente, son nouveau livre, cette rencontre s’incarne à travers les deux personnages principaux que sont Mounir Rochdi, marocain homosexuel de quarante ans, et Madame Marty, une octogénaire vivant seule dans le Paris post attentats de 2015. Lui, il a quitté son pays dans lequel, adolescent, il avait été « persécuté par des hommes hétérosexuels affamés de sexe », et a obtenu en France « un doctorat sur Fragonard et le roman libertin au XVIIIe siècle ». Elle, c’est une « pauvre française qui survit depuis les années 1970 dans un studio de 14 mètres carrés ». Plus jeune elle avait travaillé pour une famille bourgeoise du 7e arrondissement puis avait préféré rester à Paris plutôt que d’aller s’enterrer en Ardèche avec son mari et son fils. Elle s’était ensuite installée à Barbès où vivent les gens pauvres.