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Critiques

Chroniques des années d’amour et d’imposture, Christophe Fourvel (par Sylvie Zobda)

Ecrit par Sylvie Zobda , le Mercredi, 17 Avril 2019. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman

Chroniques des années d’amour et d’imposture, Médiapop Editions, mai 2019, 459 pages, 18 € . Ecrivain(s): Christophe Fourvel

 

Comment écrire un roman aujourd’hui ? C’est la question posée par Christophe Fourvel dans ces Chroniques des années d’amour et d’imposture.

« Longtemps, les artistes ont tenté de fabriquer de l’imaginaire avec de la réalité. Puis il y a eu Proust. Sans doute que Proust, bien avant l’internet, a proposé l’alchimie inverse : faire de la réalité à partir de l’imaginaire. Après, on connaît l’histoire […], nous en sommes à fabriquer de l’imaginaire avec de l’imaginaire. […] Nous n’avons plus que des références fictionnelles ».

L’auteur aime la fiction et propose des personnages nourris au parfum de séries télévisées (Amicalement vôtre, Mannix) et de films (ceux de Rohmer, de Woody Allen, de Buñuel, de Desplechin, des titres cultes comme Le Parrain ou la série des James Bond…) qui les entraînent tour à tour dans un roman familial à partir d’une recette allemande de pommes de terre, un générique du début légèrement décalé, des trouées comme la télévision sait nous les proposer au cœur d’une fiction, un roman d’espionnage, un non générique de fin.

Tignasse étoile, Evelyne Wilwerth (par Patrick Devaux)

Ecrit par Patrick Devaux , le Mercredi, 17 Avril 2019. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman

Tignasse étoile, Evelyne Wilwerth, éditions M.E.O., février 2019, 168 pages, 16 € . Ecrivain(s): Evelyne Wilwerth

 

Le dialogue est endiablé, presque incisif mais joyeux chez cette enfant (fille), Jacinthe soucieuse de son aspect transcendé par ce que peut être ou devenir (parfois malgré elle) sa coiffure.

L’intelligence, elle, se pose en adulte : « Mais je distingue bientôt des oiseaux étranges qui tournent, tournent dans le ciel. Dans mon ciel, à l’intérieur de moi. Vite sous les couvertures ».

Style enlevé. Phrases courtes emportant l’idée : « Annonce l’arrivée du ministre dans dix minutes ».

Gestuelle impeccable. Diction irréprochable.

Introduction claire et charpentée. Choyé, l’enfant se fait son monde : « Je ferme les yeux. J’entre dans de l’ouate. Je n’entends plus rien. Sauf ma respiration ».

En très peu de mots mais qui se succèdent à eux-mêmes comme une évidence, Evelyne suscitant une idée évaluée à la rapidité de l’action, suggère l’envie de lire en continu et presque même de la précéder dans sa démarche, ce genre de style motivant fortement l’intrigue à percevoir.

Trois jours à Jérusalem, Stéphane Arfi (par Gilles Banderier)

Ecrit par Gilles Banderier , le Mardi, 16 Avril 2019. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Jean-Claude Lattès

Trois jours à Jérusalem, octobre 2018, 316 pages, 18,50 € . Ecrivain(s): Stéphane Arfi Edition: Jean-Claude Lattès

 

Les « vies de Jésus » forment une sous-catégorie particulière du genre littéraire appelé « biographie » et aucun être humain, si longue que soit son existence, ne pourra les lire toutes. Comme cela se produit invariablement, cet amoncellement de volumes, qui soutiennent des positions contradictoires, finit par s’auto-annuler et par s’affaisser sous sa propre masse. On en revient alors au point de départ, à ces quelques dizaines de pages du Nouveau Testament, dues à de très grands écrivains, de même qu’on revient toujours à Platon ou à Shakespeare, quand les yeux et l’esprit sont fatigués d’avoir compulsé des piles de thèses et d’études critiques à leur sujet.

Loin d’être une biographie exhaustive, le mince recueil que l’on désigne sous l’expression de Nouveau Testament garde un silence infranchissable sur des pans entiers de la vie du Christ. De même que certains individus ne supportent pas le silence et éprouvent le besoin de le remplir par ce qui vaut rarement mieux que lui – du bruit ou du verbiage – on a très tôt tenté de meubler le silence des Évangiles. Une bonne part de ce qu’on appelle la littérature apocryphe n’est rien d’autre qu’une tentative, très rarement réussie, de briser ce silence.

Médée chérie, Yasmine Chami (par Tawfiq Belfadel)

Ecrit par Tawfiq Belfadel , le Mardi, 16 Avril 2019. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Maghreb, Actes Sud

Médée chérie, janvier 2019, 144 pages, 15,80 € . Ecrivain(s): Yasmine Chami Edition: Actes Sud

 

La vie est une errance

Mère de trois enfants, Médée est sculpteur marocaine. Son époux Ismaïl est chirurgien. La vie leur était toujours voluptueuse et leur amour platonique. Médée a fait de lui le centre de sa vie et du monde.

Un jour, le couple entame son voyage vers Sidney. A l’aéroport, Ismaïl s’excuse pour revenir dans un instant. Mais il ne reviendra pas. Persuadée qu’elle a été abandonnée par l’homme de sa vie, le sens de son existence, elle se réfugie dans une chambre d’hôtel attenant à l’aéroport et refuse d’entrer chez elle.

Aussitôt, sa vie bascule et tout se métamorphose : son corps, son esprit… Elle devient étrangère à elle-même. Dans cette chambre envahie de laideur, seule la mémoire l’attache par un fil minuscule à la vie ; dans le flux des souvenirs, elle retrouve sa généalogie, son enfance, ses enfants, et tous les liens du passé. Tout a disparu et tout est là. Tout est mort et tout revient à la surface par la mémoire. Seule dans cette chambre,

Ce que le bleu ne sait pas du fragile, Anne-Marielle Wilwerth (par Philippe Leuckx)

Ecrit par Philippe Leuckx , le Mardi, 16 Avril 2019. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Poésie

Ce que le bleu ne sait pas du fragile, Éditions Le Taillis Pré, 2019, 98 pages, 14 € . Ecrivain(s): Anne-Marielle Wilwerth

 

Sur le papier, toutes les garanties : un bon éditeur, une belle présentation graphique, un auteur chevronné, dont on avait apprécié le dernier livre de poèmes, et, hélas, à l’arrivée, des déconvenues à lire et relire cet ensemble de poèmes, lestés de clichés, de « qui, que, dont, où, ce qui » quasi à toutes les pages de ces sizains. Ajoutons-y la lourdeur de participes présents, l’abus d’adjectifs qui font poétique, les métaphores au génitif, les termes qui font philosophique (l’inécrit, l’inachevé, l’inouï, l’inattendu, l’informulé, l’intranquille, l’inchoisi), l’abus de ne… que restrictif… sans oublier les infinitifs nominalisés (le devenir…).

On voudrait aimer ; on voit les chevilles, les tics de langage, la suavité doucereuse, les naïvetés, voire les coutures.