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Critiques

Revue Apulée, #9 Art et Politique, Collectif (par Yasmina Mahdi)

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Mardi, 10 Septembre 2024. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Revues, Zulma

Revue Apulée, #9 Art et Politique, Collectif, éditions Zulma, mai 2024, 416 pages, 25 € Edition: Zulma

 

Création et pouvoir

Le numéro 9 de la Revue Apulée, riche de près de 90 contributrices et contributeurs, aborde ce qui fait lien entre l’art comme « invention permanente (ou pour le dire autrement work in process) et le politique, lieu [qui] n’échappe guère aux ressacs de l’histoire » [Hubert Haddad]. Et ce, en dépit d’une société contemporaine, travaillée et minée par l’« explosion des typologies identitaires, assignations sexuées, biologiques, communautaristes, ethniques [et de la] subite profusion de micro-intégrismes claniques » [Haddad]. La Revue Apulée propose un panorama des 20ème et 21ème siècles, du point de vue historique, anthropologique et esthétique. Ce qui semble transparaître ici, c’est le concept cher à Jean-Paul Sartre, celui de « littérature engagée », ou plus précisément de l’écrivain engagé, conscient, et le plus lucide possible ; l’engagement vu comme une obligation morale définissant une éthique dans laquelle l’homme est toujours responsable de lui-même.

L’Enchanteur, René Barjavel (par Didier Smal)

Ecrit par Didier Smal , le Lundi, 09 Septembre 2024. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Folio (Gallimard)

L’Enchanteur, René Barjavel, Folio, 1987, 480 pages, 9,90 € Edition: Folio (Gallimard)

 

Depuis plus de neuf cents ans, Merlin hante la littérature et l’imaginaire occidentaux, avec juste un passage à vide durant la Renaissance – mais un retour en force depuis l’époque romantique. Aujourd’hui encore, séries télévisées, parodiques ou non, et films s’inspirent de cette figure du magicien conseiller des rois et prophète. Et si l’influence de Merlin sur Gandalf, le magicien de Tolkien, est diffuse (Tolkien s’inspirait d’un fonds nordique plutôt que celtique), elle est évidente sur Dumbledore, le directeur de Poudlard, l’école de magie créée par J.K. Rowling pour sa saga Harry Potter. Bref, Merlin est une figure omniprésente, comme un point de repère dans l’histoire des histoires racontées.

Il était logique que Barjavel, en 1984, pour ce qui va s’avérer être son avant-dernier roman, choisisse de s’attacher à la destinée de cette figure emblématique entre autres d’un rapport fort à la nature, ce Merlin qui en vient à se fondre dans la forêt, devenant « bois vif, écorces, racines, feuilles vertes et feuilles mortes, graines germées, sèves montantes, odeurs mouillées, couleurs lavées que le soleil revenu chauffait et caressait ».

La maison Dieu, Céline Laurens (par Philippe Chauché)

Ecrit par Philippe Chauché , le Vendredi, 06 Septembre 2024. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Albin Michel

La maison Dieu, Céline Laurens, Albin Michel, août 2024, 240 pages, 20,90 € Edition: Albin Michel

 

« Chaque fenêtre de la maison de Monsieur et Madame donne à voir sa saison préférée. Imaginez. Celle du salon de musique, le printemps : Mallora et Abel boivent de la citronnade. Ils feuillettent des livres sur une table blanche et rouillée disposée sur la terrasse en pierre. Le ciel est clair, l’arrosoir rutile perdu dans l’herbe et leurs visages éclatent de nudité dans ces premières tonalités franches du printemps » (Élise, La maison Dieu).

Avant d’être le nom du dernier roman de Céline Laurens, La Maison-Dieu est la lame XVI du Tarot de Marseille, dont Paul Marteau nous dit « qu’elle représente les constructions éphémères et fécondes de l’Homme, toujours détruites, toujours reprises, douloureuses parce qu’elles ruinent ses ambitions, bienfaisantes parce qu’elles accroissent sans cesse les richesses de son savoir (1) ».

Demande à la poussière, John Fante (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 05 Septembre 2024. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, USA, Roman, 10/18, En Vitrine, Cette semaine

Demande à la poussière (Ask the Dust) traduit de l’américain par Philippe Garnier, 10/18 . Ecrivain(s): John Fante Edition: 10/18

 

Ask the Dust (l’un des plus beaux titres de la littérature romanesque) fut publié pour la première fois en 1939, quelques années à peine après la Grande Dépression dont il est encore profondément imprégné. Cet ouvrage, longtemps sous-estimé, a eu une influence considérable sur le roman américain (on peut aussi penser sur le cinéma), notamment sur Charles Bukowski, qui voyait en Fante sa source littéraire, Richard Brautigan et toute la Beat Generation. Ce roman, à la fois rude et poétique, raconte la lutte d’un jeune écrivain pour trouver sa place, tout en dépeignant la ville de Los Angeles avec une précision crue et évocatrice, un peu à la manière de Raymond Chandler et du roman noir de la Côte Ouest.

La Grande Dépression plane sur le roman, avec sa charge de difficultés économiques profondes qui affectent la vie quotidienne de millions d’Américains, ravagent les esprits, diffusent sur le pays une morosité morbide. Los Angeles, la ville où l’action se situe, est présentée comme un lieu de rêves et de désillusions, une terre d’opportunités où les espoirs souvent se brisent sur une réalité impitoyable.

La Vie simple, Pour soi et pour les autres, Carlo Ossola (par Gilles Banderier)

Ecrit par Gilles Banderier , le Mercredi, 04 Septembre 2024. , dans Critiques, Les Livres, Essais, La Une Livres, Italie, Les Belles Lettres

La Vie simple, Pour soi et pour les autres, Carlo Ossola, Les Belles-Lettres, 2023, trad. italien, Lucien d’Azay, Olivier Chiquet, 140 pages, 11,50 € Edition: Les Belles Lettres

 

Qu’est-ce qu’une vie simple ? Sitôt la question formulée, on devine que la réponse sera complexe ou, en tous cas, pas aussi succincte et directe qu’on pourrait s’y attendre. Mais cette question s’est toujours posée, de savoir comment user au mieux de ce bref intervalle de vie (« Nous ne disposons que d’un instant de soleil, un instant précieux et béni », écrivait Irwin D. Yalom) qui nous est accordé entre un néant et – et quoi ? Seules les religions ont prétendu répondre à cette dernière interrogation.

Depuis que la mode est apparue aux États-Unis, les ouvrages de développement personnel abondent et qui voudrait en constituer une collection exhaustive remplirait vite une maison de bonne taille. Il est à peine besoin de souligner leur caractère répétitif, leur désespérante horizontalité et le fait que leur succès accompagne fort bien des sociétés où la consommation d’antidépresseurs et de psychotropes divers atteint des records, et ce, dès le plus jeune âge.