Identification

Classiques

Adolphe, Benjamin Constant (par Cyrille Godefroy)

Ecrit par Cyrille Godefroy , le Mercredi, 22 Mai 2019. , dans Classiques, Les Livres, Les Chroniques, La Une CED, Cette semaine

Adolphe, Benjamin Constant, GF Flammarion, 206 pages, 3,90 €

 

Non, je n’écrirai pas de chronique sur Adolphe. Pourtant, après avoir lu les quinze premières pages de ce court roman, d’une densité psychologique ébouriffante, j’envisageais de fignoler un article du même acabit que ceux concoctés pour des œuvres d’envergure telles que Le Château de Kafka, La Connaissance de la douleur de Gadda ou Tango de Satan de Krasznahorkai.

Non, je n’écrirai pas de chronique sur un texte pourtant formidablement écrit, dont la prose, diablement belle et délicieusement précise, plane comme un aigle royal, à l’instar de la rhétorique déployée par les littérateurs du dix-huitième siècle (quiconque me soutiendrait mordicus que Benjamin Constant eût vécu au siècle des Lumières que je ne protesterais guère).

Eureka Street, Robert McLiam Wilson

Ecrit par Alexandre Muller , le Mercredi, 16 Novembre 2011. , dans Classiques, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Iles britanniques, Roman, 10/18

Eureka Street (1999), 545 p., 8,60 € . Ecrivain(s): Robert McLiam Wilson Edition: 10/18


Entre les immeubles de briques tagués de sigles politiques*, se profilent les collines cinglant la ville. Belfast, Irlande du Nord. Les « Troubles » clouent toujours l’actualité de pointes meurtrières tirées par les luttes intestines opposant unionistes et républicains. Ici ou là, les bombes explosent. Les informations se font les échos de ce quotidien de violences que les habitants tentent d’occulter pour vivre le leur. Ici ou là, McLiam Wilson projette les mots comme les lambeaux de chaires et de tripes dans une explosion.

Au cœur de cette guerre fratricide, rendue avec réalisme et dégoût, une bande de potes écume les bars en matant les filles. Intérêt porté particulièrement sur Chuckie et Jack dont les aventures, tour à tour, orientent le récit.

Jack (catholique, doué pour la bagarre, apolitique) encaisse, comme autant d’uppercuts, déconvenue amoureuse sur déconvenue. Peu doué dans le jeu de la séduction, il zone à la recherche de l’âme sœur dans les rues de Belfast (inondées de trublions ivres, vidées par la peur ou agitées d’émeutes). Dans son rôle de narrateur, Jack offre les paragraphes les plus poétiques de ce roman. Soulignons poétique.

Les figures du vide dans l'écriture de Samuel Beckett

Ecrit par Sophia Dachraoui , le Mardi, 01 Novembre 2011. , dans Classiques, Les Dossiers, Etudes, La Une CED


La répétition du Même


« Ne rien dire » serait trop facile, mais, dans l’écriture beckettienne, il s’agit d’un message plus exquis : dire le rien. Beckett parvient à dire le rien, le vide en écrivant le Même. En effet, l’entreprise de la destruction des personnages chez Beckett est la conséquence de la réduction de leur vie au Même. Au début de L’Innommable, Mahood parle de ce parcours à l’envers :

"J’avais déjà fait une bonne dizaine de pas, si on peut appeler ça des pas, non pas en ligne droite bien sûr, mais selon une courbe fort prononcée, laquelle, sans peut-être me ramener précisément à mon point de départ, semblait destinée à me le faire frôler de fort près, pour peu que je m’y maintinsse. Je m’étais probablement empêtré dans une sorte de spirale renversée, je veux dire dont les boucles, au lieu de prendre de plus en plus d’ampleur, devaient aller en rétrécissant, jusqu’à ne plus pouvoir se poursuivre, vu l’espèce d’espace où j’étais censé  me trouver. À ce moment-là, dans l’impossibilité matérielle d’aller plus loin, j’aurais été sans doute obligé de m’arrêter, quitte à la rigueur à repartir aussitôt en sens inverse, ou beaucoup plus tard, en me dévissant en quelque sorte […]" (1).

Oeuvres complètes, Charles Baudelaire

Ecrit par Eddie Breuil , le Samedi, 30 Juillet 2011. , dans Classiques, Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres, Poésie, Bouquins (Robert Laffont)

Œuvres complètes, Charles Baudelaire, 2011, 27 euros, 1024 p. . Ecrivain(s): Charles Baudelaire Edition: Bouquins (Robert Laffont)

Les éditions Bouquins ont proposé cette année une nouvelle édition des Œuvres complètes de Charles Baudelaire. Le défaut des « œuvres complètes » des écrivains classiques est qu’en tant que lecteur, l’on est souvent amené à considérer d’abord la qualité prêtée à l’auteur et à ses textes qu’à l’établissement du texte lui-même, alors qu’il convient surtout de se demander si la nouvelle édition propose une lecture intéressante de l’œuvre concernée ? Car la mention trop facilement apposée d’« œuvres complètes » est une construction commerciale qui a le défaut d’aider à ignorer cette question. Pour ne regarder que le contenu même de l’œuvre (et donc pas l’annotation) presque aucune édition d’« œuvres complètes » ne se ressemble et même aucune n’est jamais « complète » (car selon les contextes, on considère tel ou tel document de l’auteur comme faisant partie de son Œuvre : les actes notariés, la correspondance, les œuvres écrites en collaboration, les traductions sont parmi les premières victimes de ces purges). L’édition Bouquins n’échappe pas à la règle avec ses « Œuvres complètes » de Baudelaire : il convient cependant d’apprécier la particularité du choix réalisé (puisque choix il y a). L’avantage de cette édition par exemple est d’avoir accepté et explicité la majorité de ses choix (quand d’autres éditeurs préfèrent simplement passer sous silence les éléments non retenus).

Rilke : seconde élégie de Duino

Ecrit par Gabrielle Althen , le Samedi, 21 Mai 2011. , dans Classiques, Les Dossiers, Etudes, Chroniques Ecritures Dossiers, La Une CED, Langue allemande, Poésie

Etude : seconde élégie de Duino (Rainer Maria Rilke)

Tout ange est effroyable. Pourtant – Malheur à moi ! –

je vous invoque, oiseaux de l’âme presque mortels,

sachant bien qui vous êtes. Qu’il est loin le temps de Tobie,

où l’un des plus radieux se tenait à la porte

un peu déguisé pour le voyage, cessant déjà d’être effrayant

(Simple jeune homme pour le jeune homme qui, avec curiosité, le regardait).


Tout Ange est effroyable : la proposition si puissante est cette fois reprise depuis le tout début de la seconde Elégie. Le même contexte semble l’accompagner : mêmes mots, même image, même effroi, même appel à l’Ange, en somme même matériel mythologique. Alors, est-ce répétition ? Répétition rythmique semblable au refrain d’un chant ? Sans doute. Mais un grand poème ne peut se suffire de la prééminence de la forme, si marquante soit-elle. Il y faut quelque grande vision et celle qui est à l’œuvre ici, plus que grande, est grandiose.