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Classiques

Adolphe, Benjamin Constant (par Cyrille Godefroy)

Ecrit par Cyrille Godefroy , le Mercredi, 22 Mai 2019. , dans Classiques, Les Livres, Les Chroniques, La Une CED

Adolphe, Benjamin Constant, GF Flammarion, 206 pages, 3,90 €

 

Non, je n’écrirai pas de chronique sur Adolphe. Pourtant, après avoir lu les quinze premières pages de ce court roman, d’une densité psychologique ébouriffante, j’envisageais de fignoler un article du même acabit que ceux concoctés pour des œuvres d’envergure telles que Le Château de Kafka, La Connaissance de la douleur de Gadda ou Tango de Satan de Krasznahorkai.

Non, je n’écrirai pas de chronique sur un texte pourtant formidablement écrit, dont la prose, diablement belle et délicieusement précise, plane comme un aigle royal, à l’instar de la rhétorique déployée par les littérateurs du dix-huitième siècle (quiconque me soutiendrait mordicus que Benjamin Constant eût vécu au siècle des Lumières que je ne protesterais guère).

le Garçon qui voulait dormir, Aharon Appelfeld (2ème article, par Myriam Bendhif-Syllas)

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Mercredi, 04 Mai 2011. , dans Classiques, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, L'Olivier (Seuil), Israël

Le garçon qui voulait dormir, traduit de l’hébreu par V. Zenatti, Paris, 2011, 297 p., 21€. . Ecrivain(s): Aharon Appelfeld Edition: L'Olivier (Seuil)

Une traversée de l’Europe jusqu’en Israël qui amène Erwin, le garçon qui ne voulait pas dormir, à devenir Aharon ; qui transforme un réfugié en soldat paysan, pionnier d’un Etat en devenir ; qui transforme les rêves et l’irrépressible sommeil en une vocation d’écrivain.

Aharon Appelfeld évoque avec justesse le parcours de son narrateur adolescent, happé par les résurgences du passé et les racines familiales qu’il perd peu à peu au sein d’un nouveau pays, d’une nouvelle culture et surtout d’une nouvelle langue qui vient supplanter sa langue maternelle. Le monde du rêve prend le pas sur la réalité vécue, permettant au fil ténu du souvenir de perdurer.

« Cette nuit-là je ressentis une solitude infinie. Il me semblait que la rupture avec mes parents et avec leur langue, commencée pendant la guerre, était en passe d’être consommée. Par ma faute, j’en étais persuadé. Je n’avais fait aucun effort pour conserver la chaleur de leur langage. Une pensée me traversa l’esprit : Marc avait dû faire le même constat avant de mettre fin à ses jours. »

Le garçon qui voulait dormir, Aharon Appelfeld (par Anne Morin)

Ecrit par Anne Morin , le Mercredi, 04 Mai 2011. , dans Classiques, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, L'Olivier (Seuil), Israël

Le garçon qui voulait dormir, traduit de l’hébreu par V. Zenatti, Paris, 2011, 297 p., 21€. . Ecrivain(s): Aharon Appelfeld Edition: L'Olivier (Seuil)

« (…) ce pays lointain – quel est son nom déjà ? – » (p. 34), et c’est toute l’histoire des « réfugiés », ceux qui reviennent des camps, c’est aussi en grande partie, celle de la vie d’Aharon Appelfeld : revenir puiser dans son passé, pour l’écrire dans une langue qu’il doit forger, celle de sa nouvelle identité, car on a changé aussi son nom au jeune garçon. Non pas « dépouiller le vieil homme », au contraire, lui rendre, au mot près, dans cette musique nouvelle, celle dont Aharon Appelfeld dira qu’elle est celle de sa « langue maternelle adoptive ».

L’image de la mère, dont il fut orphelin très jeune se confond dans la langue qui se perd. Quand le jeune homme aura imité les chapitres de la Bible, qu’il recopie, il pourra ré-endosser tous les êtres qu’il aime. En attendant, le sommeil jette un pont entre deux états, entre deux mondes. Ce livre relate, avant tout, la réappropriation de soi, la reconstruction par la langue. Il est nécessaire au garçon de se reconnaître par les mots. A chaque instant, l’ascèse pour y parvenir : on est saisi, happé avec le jeune Aharon, par l’âpreté de la bataille qui se joue, ne pas, jamais laisser cours au désespoir.

Les trois roses jaunes, Raymond Carver (par Myriam Bendhif-Syllas)

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Dimanche, 01 Mai 2011. , dans Classiques, Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Nouvelles, L'Olivier (Seuil)

Les Trois roses jaunes, Œuvres complètes, volume V, traduit de l'anglais par Françoise Lasquin, février 2011, 182 p., 15€. . Ecrivain(s): Raymond Carver Edition: L'Olivier (Seuil)


Ce volume rassemble sept nouvelles, les dernières publiées du vivant de l’écrivain. Tout comme le précédent volume, Les Vitamines du bonheur, il plonge le lecteur dans un univers a priori des plus banals mais où de petits rouages se grippent, se bloquent, créant tantôt la surprise, tantôt un étrange sentiment de malaise. On est dans la quatrième dimension.
Plusieurs nouvelles mettent en scène le couple, dysfonctionnel, recomposé maintes fois, tantôt hanté par une belle-mère aux pulsions vagabondes dans Cartons, tantôt par une hypocondrie aussi soudaine qu’irrationnelle dans Débranchés. Le narrateur dans Le Bout des doigts s’enferme dans ses recherches au point de ne pas réaliser que sa femme le quitte, se trouvant rejeté « en dehors de l’histoire, relégué au rang de l’anecdote ».
Cette voix, à chaque fois différente, qui se raconte, focalisée sur son propre point de vue, donne l’impression de sombrer doucement dans la folie, une folie ordinaire faite de petites obsessions et d’inconscience, d’incompréhensions et d’un zeste de fantastique.

Les Vitamines du Bonheur, Raymond Carver (par Didier Bazy)

Ecrit par Didier Bazy , le Samedi, 05 Mars 2011. , dans Classiques, Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Nouvelles, L'Olivier (Seuil)

Les vitamines du bonheur. Traduit de l'anglais (US) par Simone Hilling. 2010. 255 p. 15€ . Ecrivain(s): Raymond Carver Edition: L'Olivier (Seuil)

 

Soit le tome 4 des œuvres complètes de Carver. Le recueil original de ces nouvelles avait pour titre : la cathédrale.

Ici, elle a été placée à la fin. Comme un hommage ou un clin d'œil. Est-ce parce que la cathédrale recèle les vitamines disjonctives du bonheur ? Cathédrale est un trésor, un monument de simplicité et de rapidité, d'efficacité et d'humour, le tout en quelques pages. L'art du bref. Quelques lignes pour un couple. Le couple  impossible, le couple au rendement incommunicable, le couple bien actuel, et pour longtemps. Ce couple n'en est pas à son galop d'essai. Pas un vieux couple pour autant. Enfin, peu de temps suffit à faire un vieux couple, un vrai couple, très duel, très disjonctif, bien vu par ses parties masculines : le narrateur. Il est campé. Il a des positions, des postures. Elle, est un peu plus floue, floutée par la narration et la distance de l'observation. Lui raconte. Il voit débouler un aveugle fraichement veuf dans son couple. Le point aveugle va déterminer la perspective. Le veuf, aveugle qui ne cache pas ses yeux et ne mâche pas ses mots, a du doigté : il a tripoté le visage de la femme quelques années plus tôt.