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Pays de l'Est

L’homme qui savait la langue des serpents, Andrus Kivirähk

Ecrit par Benjamin Dias Pereira , le Jeudi, 18 Septembre 2014. , dans Pays de l'Est, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

L’homme qui savait la langue des serpents, Éd. Le Tripode, traduit de l’estonien par Jean-Pierre Minaudier, 440 p. 23,00 € . Ecrivain(s): Andrus Kivirähk

 

À travers fables et légendes, Andrus Kivirähk nous propose avec ce roman de revenir sur tout un pan de l’histoire et du folklore estoniens, d’une culture qui s’efface peu à peu et subit au XIIIe siècle les apports et les assauts des Germains venus christianiser les contrées sauvages de la Baltique.

Au moment où notre intrigue commence, la forêt se dépeuple, les habitants préférant rejoindre le village et la prétendue civilisation. La solitude gagne ainsi les arbres et le jeune Leemet devient l’un des seuls représentants de ce peuple sylvestre qui vit en harmonie avec la faune et la flore. Il est alors entouré de son oncle, dont le dernier héritage fut justement l’apprentissage de cette langue des serpents – langage universel qui permet de communiquer avec les animaux –, de sa mère et de sa sœur, qui à défaut d’homme s’est éprise d’un ours – autre plantigrade de la forêt –, d’un vieux fou gardien des anciens cultes et enfin de Tambet qui déteste notre héros, de sa femme et leur fille qui est plutôt insipide aux yeux de l’adolescent. Et que serait Leemet sans Ints, son ami, un serpent avec qui il s’aventure à l’orée du monde moderne, espionner ces villageois qui l’intriguent et leurs coutumes qu’il méprise autant qu’elles le fascinent.

La Guerre des salamandres, Karel Čapek

Ecrit par Marc Ossorguine , le Jeudi, 20 Mars 2014. , dans Pays de l'Est, Les Livres, Critiques, Science-fiction, La Une Livres, Roman

La Guerre des salamandres, traduit du tchèque par Claudia Ancelot, Editions Cambourakis, 384 pages, 11 € . Ecrivain(s): Karel Čapek

 

La littérature tchèque n’est sans doute pas la plus connue et la plus lue, sauf peut-être à Prague. Même si à Montpellier, Bordeaux, Paris ou Etretat, on lit sans doute Milan Kundera, mais un auteur comme Karel Čapek (prononcer « Tchapek ») ne compte pas a priori parmi les best-sellers (les mieux renseignés savent sans doute qu’on lui attribue la création du mot « robot »). D’autant plus que celui-ci est mort depuis un moment déjà, à la veille de la 2ème guerre mondiale. C’est peut-être ce qui rend ce roman – pour autant que l’on puisse qualifier La guerre des salamandres de roman – si étonnant.

Grand récit de politique fiction, d’histoire fiction, de science fiction, d’économie fiction, de zoologie fiction…? Un peu tout cela à la fois. Et peut-être au bout du compte pas tant fiction que ça tant cela nous parle de notre monde d’aujourd’hui et de ses pires dérives. On est d’une certaine façon dans la veine de 1984, mais avec une fantaisie et un humour qu’on ne trouve guère chez Orwell.

Épépé, Ferenc Karinthy

Ecrit par Ivanne Rialland , le Vendredi, 29 Novembre 2013. , dans Pays de l'Est, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Zulma

Épépé, traduit du hongrois par Judith et Pierre Karinthy et présenté par Emmanuel Carrère, septembre 2013, 285 pages, 9,95 € . Ecrivain(s): Ferenc Karenthy Edition: Zulma

 

 

En route pour un congrès de linguistique se tenant à Helsinki, un linguiste hongrois se retrouve, sans savoir comment, dans une ville tout à fait inconnue, dont les habitants parlent une langue hermétique à cet érudit polyglotte.

Ce roman, publié en Hongrie en 1970, pourrait en somme amuser, décrivant les tribulations d’un Huron hongrois dans une contrée inconnue. Il pourrait aussi paraître banal comme le souligne Emmanuel Carrère dans sa préface, dénonciation, parmi d’autres, des perversions de la métropole moderne, en une sorte de dystopie évoquant l’ancien bloc de l’Est, et plus directement encore Budapest – l’intervention d’une armée étrangère dans la répression d’une révolte fait signe de façon évidente vers l’insurrection hongroise de 1956.

les nouveaux robinsons, Ludmila Petrouchevskaia

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 07 Novembre 2013. , dans Pays de l'Est, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Nouvelles, Christian Bourgois

Les nouveaux robinsons, octobre 2013, trad. du russe par Macha Zonina et Aurore Touya, 185 p. 15 € . Ecrivain(s): Ludmila Petrouchevskaïa Edition: Christian Bourgois

On ne peut trouver d’ailleurs plus ailleurs  que dans ces nouvelles de Ludmila Petrouchevskaia. Géographiquement on est en Russie, mais une Russie tellement vague, fantômatique, qu’elle en devient fantasmée. Narrativement, on s’enfonce dans les dédales d’un monde sombre et étrange, plus profondément encore de nouvelle en nouvelle. Quant à l’univers du style il est fascinant tant il invente une écriture qui allie raffinement et simplicité. Bien sûr on pense à des parentés. A commencer – Russie oblige – par Nicolas Gogol et ses nouvelles fantastiques. Car on oscille dans ces histoires entre un réalisme saisissant, un peu celui du socialisme soviétique de l’après-guerre - et/ou de la Russie post-URSS - et le fantastique presque horrifique. Gogol et ses univers qui, de la vie quotidienne nous bascule soudain dans l’impossible, l’horreur (« Le Nez »). L’autre référence est revendiquée directement par l’auteure dans une des nouvelles de ce recueil :

« Seule la chatte continuait à miauler, comme dans cette célèbre nouvelle où le mari tue sa femme et l’ensevelit dans un mur de briques ; à leur arrivée, les enquêteurs comprennent ce qui s’est passé grâce à un miaulement provenant de l’intérieur du mur, où le chat préféré de l’épouse a été emmuré avec elle et se nourrit de sa chair. »

(Hygiène)

Des voix dans le vent, Grozdana Olujic

Ecrit par Virginie Neufville , le Samedi, 26 Octobre 2013. , dans Pays de l'Est, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Des voix dans le vent, traduit du serbe par Alain Cappon, Editions Gaïa, septembre 2013, 320 pages, 22 € . Ecrivain(s): Grozdana Olujic

 

Une nuit, dans une chambre d’hôtel de Lexington Avenue à New-York, le docteur Danilo Araki ne dort pas. ce ne sont ni les lumières clignotantes des panneaux publicitaires, ni les marmonnements de l’inconnue qui dort à ses côtés qui le perturbent. Non, il a la vague impression de n’être pas seul. Et il a raison, car près de lui, tel un souffle, chuchotent les voix des défunts de sa famille. Elles le forcent à se rappeler son passé, ses souvenirs, non pas dans son exil américain, mais son enfance et sa jeunesse en Yougoslavie.

« Les âmes des ancêtres tournent sans fin autour de leurs descendants en vie afin de sentir à travers eux la chaleur du soleil et le contact de la peau humaine ».

Ainsi, Danilo revoit son grand-père, Luka Aracki, pilier de la légende familiale dont parle l’almanach de la ville que le docteur a pu récupérer et compulser. Luka était une personnalité forte. Colonel de l’armée et pourtant un fervent défenseur de la paix, considérant les guerres comme une malédiction. D’ailleurs sa mort fut un symbole de lutte contre les armes.