Identification

Pays de l'Est

Lettres d’Angleterre, Karel Čapek

Ecrit par Marc Ossorguine , le Mardi, 21 Novembre 2017. , dans Pays de l'Est, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Correspondance, Voyages, La Baconnière

Lettres d’Angleterre, octobre 2017, trad. tchèque Gustave Aucouturier, 184 pages, 12 € . Ecrivain(s): Karel Čapek Edition: La Baconnière

 

 

En 1924, le florissant et puissant Empire Britannique s’autocélébrait dans une grande exposition coloniale, la British Empire Exhibition, à Wembley, aujourd’hui plus connu pour son stade. Bien entendu, celle-ci était ouverte à d’autres que les sujets de sa gracieuse majesté, le roi George V. L’écrivain tchèque Karel Čapek, également journaliste aguerri – et connu depuis l’année précédente à Londres comme auteur dramatique, sa pièce R.U.R., à laquelle on attribue la création du mot « robot » ayant été traduite et jouée au St Martins Theatre avec le célèbre acteur Basil Rathbone – y fut invité. L’auteur de La fabrique d’absolu en profite pour visiter Londres et l’Angleterre, mais aussi le Pays de Galles et l’Ecosse (il ne parviendra pas à visiter l’Irlande) et en rapporte ces lettres d’Angleterre, un journal de voyage illustré de ses propres dessins.

La Poupée russe, Gheorghe Craciun

Ecrit par Patryck Froissart , le Vendredi, 22 Septembre 2017. , dans Pays de l'Est, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

La Poupée russe (Pupa rusa), éd. Maurice Nadeau, mai 2017, trad. roumain Gabrielle Danoux, 450 pages, 25 € . Ecrivain(s): Gheorghe Craciun

 

Quel destin que celui de Leontina, l’héroïne de ce roman fleuve !

Porteuse de tous les espoirs, de toutes les illusions, de tous les excès, de toutes les déviances du régime communiste, en particulier durant les trente-cinq années de pouvoir de Ceausescu, Leontina suit une trajectoire aléatoire, dont le sens lui échappe, dans une société marquée par l’arbitraire du népotisme et par la bureaucratie du parti, tatillonne, suspicieuse et pleine de menaces, dont le bras justicier est incarné par la tristement célèbre Securitate.

Belle, sportive de haut niveau, membre de l’équipe nationale de basket, après une éphémère velléité, lors d’un déplacement à l’étranger pour un tournoi international, de déserter, Leontina s’intègre avec succès dans la société kafkaïenne de l’ère Ceausescu et profite à corps perdu de la seule liberté totale qui lui est faite, celle d’une vie sexuelle sans attache, ponctuée de partenaires multiples, licence sexuelle censée représenter le revers révolutionnaire du mariage bourgeois mais vite devenue instrument d’ascension sociale aussi nécessaire que la délation.

L’homme qui savait la langue des serpents, Andrus Kivirähk (2ème critique)

Ecrit par Marc Ossorguine , le Mercredi, 06 Septembre 2017. , dans Pays de l'Est, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Le Tripode

L’homme qui savait la langue des serpents, 2015 et 2017 (poche), (Mees, kes teadis ussisõnu), trad. estonien Jean-Pierre Minaudier, 470 pages, 13,90 € (en poche) . Ecrivain(s): Andrus Kivirähk Edition: Le Tripode

 

Voilà de trop long mois que je différais la rencontre avec L’Homme qui savait la langue des serpents. Que de temps perdu ! Quel monde ! Quelle découverte !

Puis l’on réalise après le voyage d’une telle lecture que deux autres titres traduits nous attendent chez le même éditeur (Les Groseilles de novembre et Le Papillon). Puis encore que l’auteur a publié en Estonie près d’une quarantaine de titres depuis 1995… Bref tout un monde à découvrir.

Le monde dans lequel nous plongeons est un monde médiéval réinventé, où le fantastique et le merveilleux ne sont pas loin bien que menacés d’oubli par un monde qui évolue inexorablement vers un soi-disant progrès. Le narrateur, c’est l’homme qui savait la langue des serpents, un langage que tous ces ancêtres qui vivaient dans la forêt connaissaient parfaitement. Un langage puissant auquel obéissaient les animaux de la forêt et dans lequel il y avait de la magie, mais pas de tromperie.

L’histoire de ma femme, Milan Füst

Ecrit par Didier Smal , le Vendredi, 20 Janvier 2017. , dans Pays de l'Est, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Gallimard

L’histoire de ma femme, janvier 2016, trad. hongrois Elisabeht Berki, Suzanne Peuteuil, 504 pages, 16,50 € . Ecrivain(s): Milan Füst Edition: Gallimard

 

Milan Füst (1888-1967) est un écrivain hongrois, et l’un des plus importants qui soient, à en croire la préface de L’histoire de ma femme (1942), signée Albert Gyergyal, un sien compatriote. Cet aimable préfacier prend de nombreuses précautions, craignant de la part du « public lettré français » un franc « dédain » pour les chefs-d’œuvre de la littérature hongroise ; cette crainte était peut-être valable en 1958, date de traduction et de première publication de ce roman en français, mais c’est depuis affaire réglée et L’histoire de ma femme n’a pas été massivement rejeté par le public francophone, puisque ce roman connaît même en 2016 une réimpression bienvenue.

Dès le premier paragraphe, tout le propos du roman est offert :

« Ma femme me trompe. Bon. Je m’en doutais depuis longtemps. Mais vraiment, avec celui-là… Moi, je suis haut de six pieds, un pouce, je pèse deux cents livres, je suis donc, comme on dit, un authentique géant : si je crache sur ce type-là, il en claquera ».

Une trop bruyante solitude, Bohumil Hrabal

Ecrit par Marc Ossorguine , le Jeudi, 05 Janvier 2017. , dans Pays de l'Est, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Pavillons (Poche)

Une trop bruyante solitude (Prilis hlucna samota, 1976), trad. tchèque Anne-Marie Ducreux-Palenicek , 126 pages . Ecrivain(s): Bohumil Hrabal Edition: Pavillons (Poche)

 

Les livres vivent. Ils meurent aussi. Envoyés au pilon, ils passent par des presses qui en font des cubes de papier, compressés après avoir été déchiquetés. Depuis trente-cinq ans, l’homme est aux commandes de sa presse artisanale, à compresser de vieux papiers qui furent des livres. Qui sont encore des livres qu’il sauve parfois et auxquels il assure une belle fin, qui les mette en valeur une fois qu’il a pu les feuilleter et les lire. Une presse et une trappe qui donne sur la cour où l’on décharge les vieux papiers sont le décor de toute sa vie. Parfois une tête furibarde se manifeste, pour lui crier des ordres, lui reprocher son laisser aller, son retard… Et l’homme continue à sauver pour un temps quelques livres, à leur offrir un digne tombeau de papier compressé, entre quelques litres de bières.

Souillés, déchirés, dévorés par les souris et enfin écrasés, les livres survivent cependant comme autant d’œuvres, de cubes de papier transfigurés par une attention finale : une page ouverte, une couverture, une reproduction soigneusement déposée avant l’écrasement final. Quant aux images et aux idées que les auteurs ont déposées sur les pages desdits livres, elles survivent aussi à l’écrasement et à la destruction car elles se sont déjà fondues en l’homme qui commande la presse.