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Pays de l'Est

La Fête de l’Insignifiance, Milan Kundera

Ecrit par Didier Smal , le Mardi, 05 Avril 2016. , dans Pays de l'Est, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Folio (Gallimard)

La Fête de l’Insignifiance, Milan Kundera, Folio, octobre 2015, 128 pages, 6,40 € . Ecrivain(s): Milan Kundera Edition: Folio (Gallimard)

 

Fin des années quatre-vingts, début des annés quatre-vingt-dix, Milan Kundera (1929) a été un auteur à la mode en francophonie, très à la mode : ses principaux romans tchèques étaient publiés en édition de poche, et il était de bon ton de les lire et d’en parler. Ainsi, toute une génération intellectuelle s’est frottée à La Valse des Adieux (1976), au Livre du Rire et de l’Oubli (1979) ou encore à L’Insoutenable Légèreté de l’Etre (1984) ; il semblait que ces romans entraient en parfaite résonance avec l’époque : leur modernité, leur côté parfois elliptique, la présence du narrateur et ses commentaires ironiques, tout cela convenait et plaisait. On pourrait d’ailleurs se demander ce que donnerait la relecture de ces romans en 2015 ; en tout cas, ce qui est certain, c’est que la façon d’écrire de Kundera, telle qu’observée dans La Fête de l’Insignifiance (2014), son quatrième roman rédigé directement en français, relève quasi du maniérisme aujourd’hui : par sa modernité dans la structure comme dans l’écriture, ce roman semble daté, voire agace ; stylistiquement en tout cas, tout cela semble tellement léger, voire vain.

Aventures dans l’armée rouge, Jaroslav Hašek

Ecrit par Marc Ossorguine , le Mardi, 01 Mars 2016. , dans Pays de l'Est, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, La Baconnière

Aventures dans l’armée rouge, novembre 2015 (première traduction française en 1979 sous le titre Les formes du secret), trad. tchèque Héléna Fantl, Rudolph Bénès (Velitelem města Bugulmy, 1921), illustrations de Josef La . Ecrivain(s): Jaroslav Hašek Edition: La Baconnière

 

Jaroslav Hašek (1883-1923) pourrait bien faire partie de ces quelques écrivains qui ne sont souvent pour le public, que les auteurs d’un seul livre, en l’occurrence Le Brave Soldat Chveïk, largement traduit de par le monde, dont on connaît surtout le premier des trois volumes que finalisa leur auteur (sur les six qu’il avait prévus).

Pour apprécier pleinement l’humour férocement absurde et trop réaliste de Jaroslav Hašek, il n’est sans doute pas inutile de savoir que l’homme était connu pour un engagement anarchiste, mâtiné de revendications proprement tchèques et qui ne l’a pas empêché de fréquenter différentes armées, autrichienne puis soviétique, dans les temps troublés de la première guerre mondiale. Ce sont ces quelques mois passés au sein de l’Armée rouge en tant que « commissaire », entre 1918 et 1920, qui lui inspireront les pages de ces aventures. Il y apparaît bien en tant que lui-même (le passage par la langue russe transformant son nom en Gasek) et non sous la figure de Chveïk qu’il adoptera peu après.

Le fou, Raffi

Ecrit par Guy Donikian , le Mardi, 09 Février 2016. , dans Pays de l'Est, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Le fou, éd. Bleu Autour, trad. arménien Mooshegh Abrahamian, 392 pages, 15 € . Ecrivain(s): Raffi (Hakob Melik Hakobian)

 

 

« Bayazed était assiégée. Des Turcs, des Kurdes, des Tsiganes, des Djoulo et plus de vingt mille bachi-bouzouks s’étaient joints dans une grande confusion aux troupes régulières turques. La ville, encerclée, à demi détruite, n’était plus qu’un immense brasier. Les maisons des arméniens chrétiens étaient vides. Leurs habitants avaient été passés au fil de l’épée ou faits prisonniers par les barbares. Rares étaient ceux qui étaient parvenus à fuir jusqu’à la ville frontière de Magou, en territoire perse ».

Ainsi commence le roman de Raffi, l’écrivain arménien du 19ème siècle. Le roman a pour cadre la guerre russo-turque de 1877-1878, guerre au cours de laquelle Turcs et Kurdes perpétrèrent des massacres sur les Arméniens. Le prétexte de cette guerre fut idéal pour accuser les Arméniens d’intelligence avec l’ennemi, les Russes, pour désarmer les sujets arméniens, puis pour les massacrer, ou les enrôler dans l’armée turque au front.

La Nuit du Bûcher, Sándor Márai

Ecrit par Didier Smal , le Mercredi, 27 Janvier 2016. , dans Pays de l'Est, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Albin Michel

La Nuit du Bûcher, octobre 2015, trad. hongrois Catherine Fay, 272 pages, 19 € . Ecrivain(s): Sandor Marai Edition: Albin Michel

 

Depuis quelque temps, sous l’excellente plume traduisante de Catherine Fay, Albin Michel continue son programme de publication de l’œuvre du Hongrois Sándor Márai (1900-1989), entamé en 1992, gratifiant en 2015 l’amateur de l’auteur des Braises et de La Nuit du Bûcher, Erösítö en hongrois : littéralement « confortateur », celui en charge de conforter un hérétique dans sa conversion durant les grandes heures de l’Inquisition italienne, fin du XVIe siècle, début du XVIIe siècle. En effet, contrairement à nombre de romans signés Sándor Márai traduits en français à ce jour, celui-ci n’est pas un récit de la Mittel-Europa déclinante, un de ces récits qui ont permis de dresser des comparaisons aussi élogieuses que méritées entre Márai et Zweig, Roth ou Schnitzler ; La Nuit du Bûcher, sous un titre français un rien malheureux car donnant l’impression qu’un seul moment compte, raconte seize mois dans la vie d’un carmélite castillan originaire d’Avila, la ville de Thérèse, arrivé à Rome en novembre 1598 pour y étudier les méthodes inquisitoriales italiennes et ainsi répondre à une question cruciale, éliminer ce « doute qui […] rongeait au moment de délivrer la sentence et de l’exécuter, [qui] concernait la parole d’un hérétique qui se convertit : pouvait-on y croire et quel était le signe attestant de la sincérité de cette conversion ? »

Bétonnière ivre, Károly Fellinger

Ecrit par Sanda Voïca , le Mercredi, 27 Janvier 2016. , dans Pays de l'Est, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Poésie, Editions du Cygne

Bétonnière ivre, novembre 2015, traduction du hongrois et préface de Károly Sándor Pallai, 104 pages, 14 € . Ecrivain(s): Károly Fellinger Edition: Editions du Cygne

 

Une poésie de la communication

Le traducteur, Károly Sándor Pallai, dans sa préface, fait une vraie étude de cette poésie, soulignant dès le début que « Comme toute poésie de qualité, l’œuvre de Károly Fellinger relève aussi d’univers multiples, d’axes interprétatifs pluriels ». Etude très pénétrante, les traits de la poésie de Károly Fellinger apparaissant au traducteur sont surtout « la portée métaphysique et philosophico-théologique », « sa quête intense qui le mène au-delà de la perception, des frontières cognitives, des connaissances ». Et surtout : « Dans ce recueil, le monde semble évoluer dans un vague précaire, dans l’incertitude et le suspens. Les profondeurs, les étendues poétiques et la dimension de l’abstraction philosophique de la présence et de la nature de Dieu sont jalonnées par la banalité de l’ordinaire et du quotidien […] ». Mais aussi « Fellinger sonde, explore, explicite et nuance merveilleusement les dimensions inhérentes à l’évident et au banal, il nous offre une cartographie de l’existence dans son intégralité, y compris l’univers mental et spirituel ». Et je fais des efforts pour ne pas citer d’autres phrases de cette préface, si compréhensive – pour laisser aussi sa découverte au lecteur.

Et comme l’interprétation reste libre, voilà aussi la nôtre.