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Pays de l'Est

La mélancolie de la résistance, Laszlo Krasznahorkai (par Anne Morin)

Ecrit par Anne Morin , le Lundi, 01 Juin 2026. , dans Pays de l'Est, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Folio (Gallimard), En Vitrine, Cette semaine

La mélancolie de la résistance, Laszlo Krasznahorkai, traduit du hongrois par Joëlle Dufeuilly, Gallimard 2006, folio n° 6152, 443 pages. . Ecrivain(s): László Krasznahorkai


Une boucle, une ronde, un rythme oppressant avec une reprise à chaque nouveau chapitre de la phrase terminale du précédent, comme le jeu des Surréalistes et des enfants, un « marabout, bout de ficelle » qui fait ressortir l’enchaînement lancinant ou accéléré des personnages à l’histoire.

Que se passe-t-il dans cette ville fantôme laissée à l’abandon, oubliée, où tout devient poussière, se dégrade, où les monuments tombent d’eux-mêmes, où l’on marche sur des détritus accumulés et les gravats des habitations ?

Un étrange convoi survient et stationne sur la place principale, on y montre en attraction une baleine morte monstrueuse.

La place de cette ville dont on suit quelques-uns des habitants se peuple soudain d’une foule de personnages venus d’ailleurs, attendant l’ouverture des guichets.

L’ivresse de la violence, Gabor Zoltan (par Guy Donikian)

Ecrit par Guy Donikian , le Lundi, 04 Mai 2026. , dans Pays de l'Est, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Belfond

L’ivresse de la violence, Gabor Zoltan, Editions Belfond, parution 8 janvier 2026, 363 pages, 23 euros, traduit du hongrois par Thomas Sulmon Edition: Belfond


C’est là un premier roman qui nous plonge dans Budapest des années 40, plus précisément en 1944. Budapest est alors occupée par les nazis, et le chaos qui règne dans la capitale hongroise est exploité par les Croix-Fléchées et leurs miliciens qui vont faire régner la terreur dans la capitale.

Gabor Zoltan écrit ici son premier roman qui, et le titre est explicite, narre les exactions de ces miliciens qui semblent s’étourdir de violence gratuite et féroce ; une spirale qui voue celui qui s’y adonne à commettre le pire sans en prendre conscience. Et c’est la force des pages du roman que de nous donner à lire le pire commis par les Croix-Fléchées, une violence sans limite à l’égard des Juifs qui sont traqués dans la capitale, violences quotidiennes, évidemment gratuites, humiliantes, sans retenue aucune.

Les miliciens des Croix-Fléchées ont les coudées franches, les nazis leur ayant laissé le champ libre dans la capitale. Ces hommes, assoiffés de violence, de pouvoir, jurent de rendre la Hongrie aux Hongrois, et ils mettent leur cruauté au service de cette volonté qui n’est pas sans nous rappeler notre actualité.

Guerre & guerre, Laszlo Krasznahorkai (par Gilles Cervera)

Ecrit par Gilles Cervera , le Jeudi, 19 Mars 2026. , dans Pays de l'Est, Les Livres, Les Chroniques, La Une CED, Babel (Actes Sud)

Laszlo Krasznahorkai, Guerre & guerre, éd Babel, 338 pp, 9,30€

 

Lisons un Nobel, ça donne à lire le monde lointain, et celui, si proche des révolutions littéraires que Nobel n’ennoblit pas à chaque fois (LF Céline, Thomas Bernhard, Beckett).

Comment approcher László Krasznahorkai ?

Le lire suffit. Pas seulement le lire, se faire engloutir, se laisser couler, risquer la noyade, et se surprendre, remonter, mieux, voler ! Krasznahorkai ferait s’envoler un non-nageur au fond de n’importe quel abysse.

Lire Guerre & guerre. Cela prend un peu de temps, nécessite un certain, comment dit-on à présent, lâcher prise ! Calembredaine ! Fadaise ! Nous ne lâcherons rien mais nous lirons car, oui, il faut lâcher les rênes de nos imaginaires.

S’avouer en premier qu’on n’y comprend rien. Ne pas s’en défendre, voire même, suprême plaisir, aimer ne rien comprendre – car en vérité on ne comprend jamais grand-chose ! Perdons nos repères :

Le jardinier et la mort, Guéorgui Gospodinov, (par Gilles Cervera)

Ecrit par Gilles Cervera , le Jeudi, 12 Février 2026. , dans Pays de l'Est, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Guéorgui Gospodinov, Le jardinier et la mort, Trad. du bulgare Marie Vrinat-Nikolov, 232 pp, 21,50 €

 

Soleil bulgare

Nous voilà dans le jardin le plus doux. Celui des quatre saisons et des gestes que les semaisons imposent. La mort du semeur y compris.

L’auteur, Guéorgui Gospodinov est bulgare et fils de son père, le jardinier qui est mort.

Il meurt en douceur. Au long d’un livre triste, mélancolique et joyeux comme des fleurs qui viennent au printemps, des fruits qu’on cueille à l’automne et l’odeur des terres, dans les mains, entre les ongles.

Gospodinov dit le deuil gai, le deuil doux, le deuil jardinier.

Énumération des maladies…. Mon père énumère ses maladies comme Homère les vaisseaux dans le Chant II de l’Iliade ou comme il décrit la fabrication du bouclier d’Achille au chant XVIII.

Abraxas, Bogdan-Alexandru Stanescu (par Anne Morin)

Ecrit par Anne Morin , le Mardi, 10 Février 2026. , dans Pays de l'Est, Critiques, La Une Livres, Roman, Gallimard, En Vitrine

Bogdan-Alexandru Stanescu, Abraxas, Gallimard, du monde entier, traduit du roumain par Nicolas Cavaillès, 654 pages, 27 € Edition: Gallimard

 

Abraxas, formule magique, appel à un élément divin, représentation païenne… Tout ce qui transpire dans ce livre parle de/à plusieurs voix. Chacun des personnages principaux est montré, faisant des allers-retours dans sa vie, telle qu’elle est, telle qu’il pense vouloir qu’elle soit, et telle qu’elle lui échappe.

Roman de la déchirure entre soi et la représentation de soi, entre le passé qui boucle, qui s’étonne et dont on s’étonne et le présent qui devient le cœur -et le chœur- du passé.

Un livre de mort, de passages entre la vie que l’on croit tenir et l’engloutissement, bouffi de créatures chimériques et la violence du présent.