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Nouvelles

De la mort au matin, Thomas Wolfe (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mercredi, 27 Mai 2020. , dans Nouvelles, Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Stock

De la mort au matin (From Death to Morning, 1935) traduit de l’américain par R. N. Raimbault et Ch. P. Vorce. 280 p. . Ecrivain(s): Thomas Wolfe Edition: Stock

 

Ce recueil de textes est présenté – et c’est bien normal – comme un recueil de nouvelles. Or rien n’est plus étranger à Thomas Wolfe que ce genre littéraire spécifique. Si l’on s’en tient à la forme, oui, il s’agit de courts récits sur divers moments ou thèmes, des « nouvelles » donc. Mais très vite – pour qui connaît un peu l’œuvre du géant du Sud (par la taille et le génie) – on se rend compte qu’il s’agit de bribes de la montagne de feuilles manuscrites que Wolfe apporta un jour à son éditeur, le bon Maxwell Perkins de Scribner effaré, et dans laquelle il dut piocher, rapiécer, restructurer, pour en faire naître enfin quatre romans fabuleux et des « nouvelles » étincelantes. L’œuvre de Wolfe, en d’autres termes, est UNE, un bloc indissociable même s’il fut dissocié pour des raisons éditoriales. Wolfe se raconte comme une fiction, ou plutôt il raconte, dans un flot inextinguible, ce que sa mémoire ahurissante lui dicte. La phrase obsessionnelle en est l’outil, qui détaille tout, les recoins des lieux, des personnages, des faits. Le style de Wolfe est obsessionnel, fait de phrases récurrentes, d’imprécations exaltées, de champs lexicaux surchargés.

Sanction, Ferdinand von Schirach (par Charles Duttine)

Ecrit par Charles Duttine , le Lundi, 06 Avril 2020. , dans Nouvelles, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Langue allemande, Gallimard

Sanction, Ferdinand von Schirach, février 2020, trad. allemand, Rose Labourie, 169 pages, 16 € Edition: Gallimard

Généalogie de nos fautes

Cousine du genre romanesque, la nouvelle est un récit bref, tendu, centré autour de peu de personnages et conduisant vers une « chute ». Elle n’est pas qu’un « roman court », comme on le dit parfois. Elle possède ses particularités, l’art de la litote, la capacité de suggérer plutôt que de détailler longuement, et un style épuré, des mots choisis, une écriture à la serpe. Néanmoins, derrière cette économie d’écriture, elle sait dire le drame d’un personnage, évoquer la complexité d’un autre ou encore faire découvrir une situation inédite. Un genre à part entière, trop négligé par le monde de l’édition, à notre goût.

Il est des auteurs amateurs de nouvelles, Maupassant, Stefan Zweig, Alice Munro, pour les plus célèbres. Et c’est le cas de l’auteur allemand Ferdinand von Schirach dont le dernier opus Sanction paraît chez Gallimard dans la Collection Du Monde entier. Comme ses autres recueils de nouvelles, Crimes, Coupables, le livre gravite autour du monde de la justice. Von Schirach est d’ailleurs un célèbre avocat pénaliste outre-Rhin.

La Peur au milieu d’un vaste champ, Mustafa Taj Aldeen Almosa (par Tawfiq Belfadel)

Ecrit par Tawfiq Belfadel , le Jeudi, 05 Mars 2020. , dans Nouvelles, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Pays arabes, Actes Sud

La Peur au milieu d’un vaste champ, Mustafa Taj Aldeen Almosa, janvier 2020, trad. arabe Amal Albahra, 208 p. 20 € Edition: Actes Sud

Le recueil réunit 32 textes choisis parmi des recueils de nouvelles publiés entre 2012 et 2020.

Le recueil comprend différentes histoires : de ce rat qui sauve des êtres peints dans des tableaux, à ces hommes vivants dont les noms sont publiés dans la liste des décédés dans un journal, en passant par cet homme transformé en épouvantail par le génie d’une vieille théière…

Le recueil peint des thèmes dont certains sont très récurrents : la guerre, la mort, et l’amour. La guerre sert de décor à plusieurs nouvelles. Elle est représentée sous forme de bombardements et de balles. Elle contraint les habitants à l’exil, souvent en Turquie ou à l’enfermement dans une chambre ou un sous-sol. « Cela faisait deux mois que j’étais sur le point de quitter cette ville avec ma mère, car la guerre était devenue de plus en plus horrible » (p.120). Elle sert souvent à introduire le fantastique : des cadavres qui se réaniment, apparition de fantômes, métamorphoses… Par exemple dans la nouvelle Le Juge de l’exécution capitale, les personnes tuées par pendaison reviennent à la vie pour tourmenter le juge qui les a condamnées.

La Demoiselle Sauvage, S. Corinna Bille (par François Baillon)

Ecrit par François Baillon , le Jeudi, 13 Février 2020. , dans Nouvelles, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Gallimard

La Demoiselle Sauvage, S. Corinna Bille Gallimard, collection Blanche – Mai 1975 (réédition juin 2014) 216 pages – 16,90 € Edition: Gallimard

 

La Demoiselle Sauvage est un titre parfaitement choisi, à l’image de ce recueil de nouvelles où les femmes sont plus présentes que les hommes, où les forêts du Valais semblent ne pas nous quitter tout au long de la lecture, où le désir tient une place somme toute importante dans l’histoire des personnages, qu’il s’agisse d’un désir réprimé ou vécu avec complexité. Cependant, ce recueil, qui a reçu la Bourse Goncourt de la nouvelle en 1975, ne nous apparaîtrait pas aussi riche si une atmosphère de rêve et une forme de fausse innocence colorée ne venaient compléter ces tableaux de vie surprenants, oscillant entre le conscient et l’inconscient.

Les titres des nouvelles pourraient eux-mêmes faire penser à une suite de contes charmants, mais c’est une relative tromperie : « Le Garçon d’Aurore », « La Jeune Fille sur un cheval blanc », « Le Rêve », « L’Envoûtement »… Envoûtés, nous le sommes, comme sous l’effet d’un sort légué par le talent de Corinna Bille (qui, du reste, a aussi écrit des contes pour les enfants), mais c’est pour mieux nous faire entrer dans les turpitudes, les frustrations, les méandres intérieurs des femmes et des hommes parfois.

Le diamant gros comme le Ritz, Francis Scott Fitzgerald (par Catherine Dutigny)

Ecrit par Catherine Dutigny/Elsa , le Mercredi, 12 Février 2020. , dans Nouvelles, Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Folio (Gallimard)

Le diamant gros comme le Ritz, traduit de l’anglais (États-Unis) par Véronique Béghain, janvier 2020, 96 pages, 2,00 euros Edition: Folio (Gallimard)

Cette novella, écrite en 1922 par F. Scott Fitzgerald pendant qu’il séjournait avec sa femme Zelda à l’Eden-Roc sur la riviera française, fait partie de toutes ces nouvelles (on en dénombre environ 160) qui permirent à l’auteur de se faire connaître comme écrivain en Amérique et en Europe et surtout de gagner sa vie, car si l’on excepte son premier roman L’Envers du Paradis qui connut dès sa publication en 1920 un franc succès, ses écrits aujourd’hui incontournables comme Tendre est la nuit, ou Gatsby le magnifique, mirent un certain temps à trouver leur public et à lui rapporter de substantiels droits d’auteur.

Déjà traduite en français et publiée dans le recueil les Contes de l’âge du jazz, cette réédition dans la collection Folio 2 euros met la lumière sur une nouvelle de Fitzgerald riche en thèmes favoris et récurrents dans l’œuvre de l’écrivain, largement fournie en allégories religieuses et en références mythologiques. Autre spécificité, il s’agit d’un texte que l’on peut classer, ce qui n’est pas si courant chez l’auteur, dans le genre fantastique, au même titre que L’étrange histoire de Benjamin Button, adapté au cinéma en 2008 par David Fincher.