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Nouvelles

J’envisage de te vendre (j’y pense de plus en plus), Frédérique Martin

Ecrit par Fabrice del Dingo , le Jeudi, 14 Avril 2016. , dans Nouvelles, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Belfond

J’envisage de te vendre (j’y pense de plus en plus), janvier 2016, 224 pages, 17,50 € . Ecrivain(s): Frédérique Martin Edition: Belfond

De t’acheter surtout !

De son recueil de douze nouvelles intitulé J’envisage de te vendre (j’y pense de plus en plus), il ressort que l’univers de Frédérique Martin est personnel, étrange et parfois angoissant. A partir de situations d’apparence anodine, elle concocte de courtes histoires qui peuvent dériver jusqu’à la folie (Remugles) d’une plume tantôt légère, tantôt grave mais toujours belle.

Le titre du recueil est tiré de sa première nouvelle, Le désespoir des roses, histoire cruelle d’un jeune homme qui a décidé de vendre sa mère. Elle est veuve, elle commence à vieillir et il la propose contre la somme de 1500 € (avec le fauteuil où elle est assise). « Pour quitter l’enfance, vendre sa mère est indispensable ». Et il le faut bien : aucune femme n’accepterait d’épouser un célibataire qui garde encore sa mère auprès de lui. Après un marchandage sordide, il parvient à la céder pour un prix raisonnable. Rentré chez lui, il poursuit son existence misérable. « Je pleure sans pouvoir redresser la tête ». Parfois il croit reconnaître le pas de sa mère. « Je cours ouvrir la porte. Mais il n’y a personne dehors, rien d’autre que le désespoir tranquille des roses ». Moralité : ne vendez pas votre mère, elle n’a pas de prix.

FrICTIONS, Pablo Martín Sánchez

Ecrit par Marc Ossorguine , le Lundi, 11 Avril 2016. , dans Nouvelles, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Espagne, La Contre Allée

FrICTIONS, février 2016, trad. espagnol Jean-Marie Saint-Lu (FrICCIONES, 2011), 224 pages, 18 € . Ecrivain(s): Pablo Martín Sánchez Edition: La Contre Allée

 

Les humains sont épris d’ordre. Les humains passent le plus souvent leur temps – quoi qu’ils en disent ou pensent par ailleurs – à mettre le monde et les choses en ordre, à les ranger, les classer, les catégoriser… à les nommer et les renommer sans cesse. Le langage lui-même n’est-il pas autre chose qu’une activité de classement, de mise en ordre des sons qui font des signes ou des mots, que l’on arrange pour faire des phrases ? Je ne sais plus quel linguiste ou sémiologue disait que c’est de la combinaison que naît le sens. Que se passe-t-il alors quand vient le désordre ? Quand les mots n’obéissent plus aux phrases ? Quand les événements brouillent les récits, quand les idées et les images vagabondent sans avoir cure du sujet ou du thème ? C’est une des choses que nous fait explorer et expérimenter Pablo Martín Sánchez, en bon OuLiPien et dans un certain désordre.

Ces FrICTIONS, le titre nous le suggère avec un ironique surlignage, semblent jaillir à l’endroit où la fiction et la réalité se frottent l’une à l’autre. Une vague rigueur philosophique nous pousserait même à dire que ces divers textes – qu’il ne faut pas forcément prendre pour des récits ou des nouvelles au sens habituel des termes (pour ceux qui se targuent de causer littérature) – ont été engendrés par les contacts frictionnels, les frotti-frotta entre le réel et la fiction.

Nouvelles Animalières, Guy de Maupassant

Ecrit par Didier Smal , le Samedi, 02 Avril 2016. , dans Nouvelles, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Folio (Gallimard)

Nouvelles Animalières, janvier 2016, textes choisis et dossier par François Kerlouégan, 192 pages, 4,80 € . Ecrivain(s): Guy de Maupassant Edition: Folio (Gallimard)

 

Guy de Maupassant (1850-1893), le scandaleux, l’homme du canotage et de La Feuille de Rose, aurait probablement bien ri si on lui avait dit que son œuvre, en particulier ses nouvelles, deviendrait une manne inépuisable pour l’institution scolaire, en particulier les éditeurs en mal d’idées pour suggérer des leçons aux professeurs et donc vendre leurs livres. Va donc pour ces Nouvelles Animalières, choisies par François Kerlouégan, qui a aussi réalisé le dossier les accompagnant.

Les nouvelles sont choisies parmi le corpus classique de Maupassant, chacune bénéficiant, c’est parfois précieux, des précisions temporelles sur sa publication originale, tant dans la presse qu’en volume. Selon que l’on a plus ou moins fréquenté l’œuvre de Maupassant, ces onze Nouvelles animalières seront des découvertes ou des redécouvertes – quoi qu’il en soit, un véritable plaisir de lecture, où se retrouve la perfection stylistique d’un auteur à la fois « élève » de Flaubert et habitué à faire rentrer une histoire dans un carcan précis, celui de la place laissée à la littérature dans la presse de l’époque (1880-1890), qui ne laissait plus aux nouvellistes la place autrefois octroyée aux feuilletonistes. Ce sont donc onze fulgurances narratives qui sont ici réunies, avec pour thématique commune la présence d’un animal.

Le bleu du ciel est déjà en eux, Stéphane Padovani

Ecrit par Marc Ossorguine , le Vendredi, 01 Avril 2016. , dans Nouvelles, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Quidam Editeur

Le bleu du ciel est déjà en eux, février 2016, 148 pages, 15 € . Ecrivain(s): Stéphane Padovani Edition: Quidam Editeur

Au lecteur inconnu ?

Ce n’est qu’avec ce recueil de nouvelles que nous découvrons Stéphane Padovani qui en est pourtant à son sixième opus, le premier remontant à l’année 2002. Un recueil qui peut paraître un peu trop « appliqué » au premier regard, chacune des neuf nouvelles s’ouvrant sur un titre à l’infinitif accompagné d’une citation en exergue.

Nous découvrons ainsi Traduire, Se noyer, Pleuvoir, Se perdre, Occuper, Brûler, Conduire, Eclairer et Garder, respectivement introduits par Jacques Derrida, Giuseppe Ungaretti, Patrice de la Tour Dupin, Philippe Jaccottet, Anna Akhmatova, Jacques Dupin, Sophocle, Barbara et Bernard Noël. Une telle construction nous dit quelque chose du projet de l’auteur autant que de ses références, essentiellement poétiques. Cela pourrait être un guide dans notre lecture en même temps que l’on pourrait s’inquiéter d’un formalisme trop contraignant. Mais il nous suffira d’entrer en lecture pour que nos craintes se dispersent et que l’on découvre des personnages bien vivants confrontés à des situations qui les mènent à la limite. A quelle limite ? A celle de la langue le plus souvent, à celle des mots et de ce qu’ils peuvent dire ou ne pas dire. Cette langue qui peut faire et défaire le monde, qui nous habite autant que nous l’habitons. Une langue qui peut aussi bien être refuge que terre d’exil. Une langue qui côtoie d’autres langues et parfois tente d’exister en milieu hostile.

La guitare de diamants et autres nouvelles, Truman Capote

Ecrit par Catherine Dutigny/Elsa , le Vendredi, 11 Mars 2016. , dans Nouvelles, Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Folio (Gallimard)

La guitare de diamants et autres nouvelles, trad. anglais (USA) Germaine Beaumont, Serge Doubrovsky, février 2016, 112 pages, 2 € . Ecrivain(s): Truman Capote Edition: Folio (Gallimard)

 

Dans une interview donnée au magazine The Paris Review, fin 1957, Truman Capote s’exprimait sur son irrésistible penchant pour l’écriture de nouvelles :

« Mes ambitions les plus inébranlables tournent toujours autour de cette forme. Lorsqu’elle est sérieusement explorée, la nouvelle me semble la forme la plus difficile et demandant le plus de discipline en matière de prose existante. Quels que soient le contrôle et la technique que je peux avoir, je dois entièrement ma formation à ce genre littéraire ».

Il insiste également sur la qualité du rythme des phrases, l’importance de la ponctuation, allant jusqu’à qualifier Henry James de « maestro du point-virgule ».

Le recueil publié par Folio qui regroupe trois nouvelles écrites au début des années cinquante, La bonbonne d’argent, La guitare de diamants, et La maison de fleurs, est l’occasion d’apprécier de manière concrète son haut niveau d’exigences.