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Nouvelles

La mer couleur de vin, Leonardo Sciascia

Ecrit par Stéphane Bret , le Lundi, 22 Juin 2015. , dans Nouvelles, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Denoël, Italie

La mer couleur de vin, traduit de l'italien par Jacques de Pressac mai 2015, 192 pages, 15,50 € . Ecrivain(s): Leonardo Sciascia Edition: Denoël

 

Le genre de la nouvelle est difficilement maîtrisable, dit-on, pour un écrivain ayant l’intention d’inclure dans ce type de récit autant de force de conviction et d’intensité que dans un roman, catégorie prétendument plus aisée pour l’atteinte de ce type de but. Leonardo Sciascia, dans un recueil de nouvelles intitulé La mer couleur de vin, contredit magnifiquement ce présupposé. Il parvient à y décrire pêle-mêle le mirage d’un voyage organisé par un passeur sans scrupules, monnayant ses services fort cher pour organiser un voyage vers l’Amérique… Las, la traversée se termine au point de départ : « Ils se jetèrent assommés sur le bord du fossé : il n’y avait pas urgence à porter aux autres la nouvelle qu’ils avaient débarqué en Sicile ».

Dans la nouvelle la plus longue, La mer couleur de vin, ayant donné son titre à l’ouvrage, il est question du voyage en train d’un ingénieur quittant Rome pour Reggio de Calabre en Sicile. Cet homme, ayant choisi a priori une vie solitaire, est fasciné par les enfants de la famille dont il partage le compartiment. Comme si ces derniers ravivaient en lui le regret toujours vivace de n’avoir pas adopté une vie de famille, d’avoir configuré son existence autrement :

Un membre permanent de la famille, Russell Banks

Ecrit par Didier Smal , le Mercredi, 27 Mai 2015. , dans Nouvelles, Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Actes Sud, En Vitrine

Un membre permanent de la famille, janvier 2015, traduit de l’américain par Pierre Furlan, 240 pages, 22 € . Ecrivain(s): Russel Banks Edition: Actes Sud

 

Le hasard des lectures permet parfois de belles collisions : ainsi, lire à quelques semaines de distance seulement Survivants, premier recueil de nouvelles signé Russell Banks, et Un membre permanent de la famille, permet d’à la fois mesurer la distance parcourue par l’auteur du point de vue narratif (la technique est ici maîtrisée à un point humiliant pour tous les auteurs incapables de cohérence), et constater à quel point il est ancré dans quelques thématiques, qu’il cultive et creuse au fil des décennies, comme pour montrer que l’humain a bien peu évolué en quarante ans (sous-entendu : rien de nouveau sous le soleil).

Les treize nouvelles recueillies ici relatent, comme à l’habitude donc chez Banks, l’insignifiance de petites vies banales, sans jamais céder à la tentation des auteurs imbéciles, cette sale manie consistant à vouloir « réenchanter le réel » ou toute autre tricherie narrative ; non, chez Banks, l’homme (et la femme) se distingue par sa banalité, oxymore apparent dont l’auteur tire toute la richesse possible, que ce soit dans le Nord-Ouest des Etats-Unis ou à Miami, lieux entre lesquels se partagent les présentes nouvelles.

Une vraie jeune fille, Michel Host (2ème article)

Ecrit par Didier Bazy , le Mercredi, 27 Mai 2015. , dans Nouvelles, Les Livres, Critiques, La Une Livres

Une vraie jeune fille, Plumes du coq, Weyrich, février 2015, 200 pages, 14 € . Ecrivain(s): Michel Host

 

Sept nouvelles et trois contes. Un nouveau décalogue signé Michel Host ?

(Des dix injonctions nous n’en évoquerons que trois, au hasard)

Le genre de la nouvelle demande : que s’est-il passé ? Allons-y. Que s’est-il donc passé dans la nouvelle Une vraie jeune fille, long récit inaugural jusqu’au titre de l’éditeur ?

Première nouvelle.

Miss Atta est Une vraie jeune fille. Elle chasse à l’arbalète, à poil, en compagnie d’Holopherne, lui aussi à poil. Que chassent-ils ? Le plaisir ? Le bonheur ? Les chasseurs à fusils ? Que s’est-il passé pour qu’une jeune baronne en arrive là ? Comme le narrateur est ici enquêteur, on apprendra vite ce qui s’est passé. Mais on ne saura jamais comment ça s’est passé. Michel Host, loin des modes, casse le code de la nouvelle. Excellente nouvelle.

La fête des corbeaux, Thomas McGuane

Ecrit par Catherine Dutigny/Elsa , le Mardi, 26 Mai 2015. , dans Nouvelles, Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Christian Bourgois

La fête des corbeaux, mai 2015, traduit de l’anglais (USA) par Éric Chédaille, 336 pages, 20 € . Ecrivain(s): Thomas McGuane Edition: Christian Bourgois

 

La fête des corbeaux, ce sont dix-sept nouvelles et autant de superbes pochades dans lesquelles Thomas McGuane déroule les fils emmêlés des rapports des liens du sang. Rapports dont la haute toxicité façonne des êtres qui subissent, se plient passivement aux désirs des figures parentales ou tentent de s’en échapper, le plus souvent en vain, par manque de confiance et surtout d’estime de soi. Une toxicité qui se transmet inéluctablement de génération en génération, empoisonne et emprisonne les couples, détruit les enfants, fait se dissoudre les rapports amicaux et conduit les anciens, faute de solidarité, vers l’asile ou la maison de retraite. Dix-sept tranches de vies déliquescentes.

La perversité à peine voilée des relations à l’intérieur des couples, l’absence de communication véritable, les jeux malsains de pouvoir au sein de ces binômes, s’exercent avec une saisissante acuité dans nombre de ces nouvelles. Prise à témoin ou plutôt comme otage, la descendance morfle et trouve des aménagements pour survivre. Ainsi dans la première histoire, Un problème de poids, le narrateur déclare : Je ne manque pas d’affection pour mes parents, mais ces deux-là sont enfermés dans quelque chose d’exclusif au point d’être hermétiquement clos à tous les autres, y compris moi-même (p.21).

Une vraie jeune fille, Michel Host

Ecrit par Martine L. Petauton , le Mardi, 12 Mai 2015. , dans Nouvelles, Les Livres, Critiques, La Une Livres

Une vraie jeune fille, Plumes du coq, Weyrich, février 2015, 197 pages, 14 € . Ecrivain(s): Michel Host

 

Rien que la couverture, rouge /sang, une fille agencée Petit Chaperon Rouge qui se serait trompée de chemineau, vous visant avec une arbalète – ceci couronné, l’air de ne pas y toucher, par un titre-programme : Une vraie jeune fille. Et revoilà Michel Host, son regard dénué de l’innocence dont il dit se parer, une causticité un rien british, son élégance et une écriture ! Il en est en littérature, comme en gastronomie ; le magret de canard au miel est sur toutes les ardoises, mais le sublime est plus que rare. Cet Host de début de saison chaude ? avis ferme : Trois Étoiles littéraire.

7 petites nouvelles, et, au bout, 3 contes pour aujourd’hui. Il faut les aimer, toutes ces tranches fines – roboratives, parfois aussi, de vie (d’imaginaire, n’est-ce-pas la même chose ?) – campées quelque part dans les vallées Wallonnes ou dans les brumes de Flandre. C’est au pied d’une cheminée qu’embaume un feu de genièvre, qu’on veut les déguster, et dans nos mémoires d’enfant, passera cette Geneviève de Brabant qui en enchanta plus d’un d’entre nous. Histoires qu’on lit, sans doute, mais qu’on peut écouter, murmurées à voix haute, qui – n’en doutons pas – peuvent rejoindre le troupeau de ces Livres qui prennent soin de nous dont la magicienne Régine Detambel parle ces temps-ci, dans ses ateliers.