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Nouvelles

Ce que nous avons perdu dans le feu, Mariana Enriquez

Ecrit par Cathy Garcia , le Jeudi, 23 Février 2017. , dans Nouvelles, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Amérique Latine

Ce que nous avons perdu dans le feu, Éditions du sous-sol, janvier 2017, trad. Espagnol (Argentine) Anne Plantagenet, 240 pages, 18 € . Ecrivain(s): Mariana Enriquez

Étranges, effrayantes, macabres ou le plus souvent même sordides, ces nouvelles de Mariana Enriquez ne peuvent laisser indifférent. Narrées pour une majeure partie d’entre elles à la première personne, elles nous enfoncent dans les côtés les plus obscurs de l’Argentine, à Buenos Aires le plus souvent, dans un contexte urbain et déshumanisé, où la pauvreté avance comme une gangrène. On peut penser effectivement à l’Uruguayen Quiroga ou même au Bolivien Oscar Cerruto, mais Mariana Enriquez possède une griffe très personnelle et très contemporaine. Ici le glissement vers le fantastique ou plutôt vers l’horreur surnaturelle, ce qu’on appelle le réalisme magique dans la littérature sud-américaine, est clairement un prétexte pour évoquer ou rappeler des faits qui n’ont rien de surnaturel, si ce n’est que leur cruauté semble absolument inhumaine. Que ce soit des cauchemars et des spectres d’une dictature et ses disparus qu’on ne peut faire que semblant d’oublier ou la violence effroyable d’une société où tous les pouvoirs qui se suivent sont corrompus, la misère, les bidonvilles, les ravages de la drogue, la sexualité prédatrice, le trafic d’enfants, la torture, les humiliations, l’exploitation, la pollution, les maladies, les difformités, la folie et la noirceur de l’âme, parfois érigées en culte. C’est de souffrance dont il est question, non pas seulement de la souffrance humaine, mais de la souffrance de tout le vivant.

Fès est une drogue, Naima Lahbil Tagemouati

Ecrit par Ahmed Slama , le Mardi, 31 Janvier 2017. , dans Nouvelles, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Maghreb

Fès est une drogue, Naima Lahbil Tagemouati, Emoticourt, 2016, 88 pages . Ecrivain(s): Naima Lahbil Tagemouati

 

Fès est une drogue ?

C’est un texte assez particulier, trois nouvelles, un territoire, Fès, une autrice marocaine, Naima Lahbil Tagemouati, trois points de vue sur Fès, cette ville singulière.

Il y a de ces histoires, divertissantes et c’est déjà beaucoup, ce Fès est une drogue, dont le titre (et le texte éponyme) est une référence (parfois trop appuyée, nous le verrons) au journal d’Anaïs Nin. Fès est une drogue subsume en ces pages trois histoires avec toujours pour motif cette ville, Fès, mais ici pas vraiment de carte postale, hormis quelques écarts ici ou là, mais il faut bien donner à voir au lecteur, ce dépaysement, ça passe aussi par ces mots, ces sonorités, en effet, on va en retourner de ces transcriptions, alphabet, latin de mots arabes, histoire de mieux nous immerger dans ce Fès est une drogue qui, comme nombre d’œuvres de ce que nous allons nommer avec beaucoup de précautions la littérature maghrébine d’expression française, correspond aux schèmes du roman balzacien, histoire bien linéaire, chronologie avec quelques exceptions tout de même. Le quotidien, le marocain.

Les mains pleines de bruits, Mireille Boluda

Ecrit par Pierrette Epsztein , le Vendredi, 06 Janvier 2017. , dans Nouvelles, Les Livres, Critiques, La Une Livres, L'Harmattan

Les mains pleines de bruits, août 2016, 106 pages, 12,50 € . Ecrivain(s): Mireille Boluda Edition: L'Harmattan

 

« Je ne suis rien de ce que j’avais rêvé d’être » nous annonce Mireille Boluda dans Qu’importe, sa première nouvelle brève. Son recueil Les mains pleines de bruit en comporte vingt huit. Il suffit qu’un désir s’éveille et s’avive pour que les doigts et l’esprit de l’écrivain se mettent en chemin et que le récit naisse, l’âge ne fait rien à l’affaire. Vingt-huit courtes nouvelles qui sont des éclats de vie, des éclats de sensations, des éclats de rire, des éclats de tristesse, qui déferlent sur la page blanche, des bribes de petits riens qui font tout le charme, la singularité et l’épaisseur d’une existence.

Mais dans ses brèves, ce qui est mis en évidence chez ces personnes simples que l’auteur nous permet d’approcher, c’est leur fragilité, en effet chez chacun, une pièce manque au puzzle, l’inachèvement de ces destins miniatures lève une béance, une faille qui évite toute mièvrerie superficielle. L’auteur porte un infini respect à chacun de ses personnages qui ont une présence sous l’écorce parfois ingrate d’existences définitivement tronquées. Dans Le tacot de Jules, la lucidité l’emporte « C’était comme s’il recevait des inconnues s’agitant comme des éphémères. Soudain une étrange tristesse l’envahit. Il avait l’impression de voir un vieux film muet, dont il ne reconnaissait pas les acteurs et dont il aurait oublié l’histoire ».

Comment vivre sans lui ?, Franz Bartelt

Ecrit par Catherine Dutigny/Elsa , le Vendredi, 16 Décembre 2016. , dans Nouvelles, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Gallimard

Comment vivre sans lui ?, octobre 2016, 272 pages, 18 € . Ecrivain(s): Franz Bartelt Edition: Gallimard

 

Dans ce nouveau recueil de treize nouvelles, Franz Bartelt poursuit son travail de sape d’une époque dont il scrute avec toujours autant d’humour noir les innombrables failles. Son inspiration puise dans les travers humains dont il pousse les conséquences à l’extrême. Ses personnages enfermés dans leur logique obsessionnelle deviennent ridicules, pathétiques, mais aussi métaphoriques d’une quête dont ils sont in fine les principales victimes. Ainsi en est-il, dans la nouvelle Le bel été, de cet homme qui passe son existence à retrouver un fils soi-disant disparu alors que le sens de sa vie se résume à la recherche de l’enfant heureux qu’il a été un bref instant dans sa jeunesse, ou encore dans la nouvelle éponyme Comment vivre sans lui ? qui décline les absurdités du star system.

Autre thème : imaginez, c’est l’objet de la nouvelle Le bon chien, que vous ayez recueilli un berger allemand abandonné qui ne réagit à aucun des noms que vous vous êtes ingénié à lui donner et qui brusquement, alors que vous regardez un documentaire télévisé sur la seconde guerre mondiale, manifeste une jubilation spectaculaire en entendant un soldat du Reich prononcer « Heil Hitler ! ». Dès lors, il n’obéit à vos ordres qu’à cette unique apostrophe. Maintenant emmenez le chien avec vous dans la rue et assumez les conséquences.

Romans, récits et nouvelles I, II, Jack London en La Pléiade

Ecrit par Yan Lespoux , le Mercredi, 07 Décembre 2016. , dans Nouvelles, Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Roman, Récits, La Pléiade Gallimard

Romans, récits et nouvelles I, II, octobre 2016, coffret de 2 volumes, 1536 pages et 1616 pages, 183 illustrations, 110 € (prix de lancement jusqu’au 30 avril 2017), ou 55 € (par volume acheté séparément) . Ecrivain(s): Jack London Edition: La Pléiade Gallimard

 

Les éditions Gallimard nous gratifiaient l’an dernier de la parution très attendue en Pléiade des œuvres – à tout le moins une partie conséquente et emblématique d’entre elles – de Mark Twain dans une édition dirigée par Philippe Jaworski. Un peu plus d’un an après, Philippe Jaworski est encore à la manœuvre pour l’édition des œuvres d’un autre auteur américain emblématique de la fin du dix-neuvième et du début du vingtième siècle : Jack London.

Pouvait-on mieux commémorer les cent ans de la mort de cet écrivain aux multiples vies et visages qu’avec cette formidable anthologie ? Car en l’espace de deux volumes, ce sont presque tous les écrits de l’auteur de Martin Eden qui défilent sous les yeux du lecteur et autant d’avatars de cet écrivain plongé de plain-pied dans la vie de son siècle que fut Jack London. Et ce faisant, Gallimard éveille en nous plus que des souvenirs de lecture, tout un inconscient collectif bien ancré dans notre culture littéraire occidentale et lié à l’image de cet auteur baroudeur et engagé auprès de ceux qui triment et subissent le capitalisme débridé de l’ère industrielle ou qui se lancent à l’aventure pour trouver une vie meilleure.