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Nouvelles

Les noces de Zeyn et autres récits, Tayeb Salih

Ecrit par Victoire NGuyen , le Samedi, 12 Avril 2014. , dans Nouvelles, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Afrique, Babel (Actes Sud)

Les noces de Zeyn et autres récits, traduit de l’Arabe (Soudan) par Anne Wade Minkowski, février 2014, 150 pages, 7 € . Ecrivain(s): Tayeb Salih Edition: Babel (Actes Sud)

 

Tayeb Salih : l’art de conter


Les noces de Zeyn et autres récits est un recueil de trois nouvelles. Il est composé d’un long récit d’environ 110 pages et de deux autres nouvelles, Le doum de Wad Hamid, et Une poignée de dattes d’une longueur extrêmement courte par rapport à la première histoire.

Dans la première nouvelle, Zeyn, un simplet du village, surprend tout le monde car il va se marier avec la plus belle fille de la région. Il s’agit de la fille du maire, sa cousine, Ni’ma. Elle est réputée pour sa beauté mais aussi pour sa moralité et son caractère bien trempé. De ce fait, comment un homme aussi laid, aussi difforme et aussi peu clairvoyant que Zeyn a pu obtenir l’amour de la jeune femme ? La nouvelle suscite jalousie et envie.

La Havane noir, recueil de nouvelles présenté par Achy Obejas

Ecrit par Victoire NGuyen , le Samedi, 05 Avril 2014. , dans Nouvelles, Les Livres, Critiques, Polars, La Une Livres, Asphalte éditions

La Havane noir, nouvelles présenté par Achy Obejas et traduit de l’Espagnol (Cuba) par Olivier Hamilton, et de l’Anglais (USA) par Marthe Picard, 2013, 312 pages, 22 € Edition: Asphalte éditions

 

La Havane démythifiée


La Havane Noir est un ouvrage de dix-huit nouvelles de longueurs inégales. Elles ont toutes été écrites par des auteurs cubains contemporains ou d’origine cubaine vivant aux Etats-Unis. Cet opus est scindé en quatre parties. Chacune est dotée d’un titre et contient entre quatre et cinq nouvelles qui répondent avec finesse à la problématique posée en filigrane dans le titre des sections.

Achy Obejas a ici le souci de la cohérence. Elle veut mettre en exergue tous les aspects de sa Havane natale. En effet, dès le titre de sa préface Un cœur sauvage, tout est dit. Le fil conducteur du recueil dans sa globalité est donné. Elle n’entend pas présenter ici la Havane fantasmée, désirée ou exotique que les touristes occidentaux ont tant de fois déclamée :

Los Angeles Nostalgie, Ry Cooder

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 03 Avril 2014. , dans Nouvelles, Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, 13ème note éditions

Los Angeles nostalgie (Los Angeles stories), Traduit (USA) par Ariane Bataille, 296 p. 22,90 € . Ecrivain(s): Ry Cooder Edition: 13ème note éditions

 

Ryland Peter Cooder, ô combien mieux connu sous le nom de Ry Cooder, nous avait ébloui de son talent fabuleux de guitariste slide et de bluesman depuis la fin des années 60. Le voici dans un rôle d’écrivain, de nouvelliste, et le résultat est brillant.

Qu’on se rassure, Ry n’a pas oublié la musique. Elle est présente dans toutes les nouvelles de ce recueil. Sous toutes les formes – et Dieu sait qu’il y en a moult ! – qui le passionnent : le texmex, le blues, le jazz, le country. On croise à chaque coin des rues de LA des personnages rares, souvent déjantés, qui grattent pour des cachetons de misère, ou qui soufflent, ou qui poussent la chansonnette.

Le LA de Ry est celui qu’on attendait de lui et de ses convictions affichées « à gauche » (!) : c’est celui des pauvres, des ouvriers, des chicanos, des noirs, des paumés, des petits malfrats à la petite semaine. L.A. nostalgie compose un tableau bigarré et attachant de la Cité des Anges des années 50, celle de Raymond Chandler et de Dashiell Hammett, des débuts du Rock and Roll, du règne du blues. Au détour d’une page, on rencontre John Lee Hooker, d’une autre page, TBone Walker. Et tant d’autres. Ry cooder rend hommage au berceau de son enfance.

La langue d’Altmann, Brian Evenson

Ecrit par Yan Lespoux , le Jeudi, 06 Mars 2014. , dans Nouvelles, Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Le Cherche-Midi

La langue d’Altmann (Altmann’s Tongue, 1994), traduit de l’anglais (USA) par Claro, janvier 2014, 286 p. 17 € . Ecrivain(s): Brian Evenson Edition: Le Cherche-Midi

 

Après Contagion, Inversion, Père des mensonges, La confrérie des mutilés et Baby Leg, la collection Lot 49 publie enfin les premiers écrits de Brian Evenson. Initialement paru en 1994, ce recueil de nouvelles intègre déjà les thèmes qui fondent jusqu’à l’obsession l’œuvre d’Evenson. Et l’on comprend que les nouvelles de La langue d’Altmann aient scandalisé les Mormons de la Brigham Young University de Provo où Evenson, alors membre de l’Église de Jésus Christ des Saints du Dernier Jour, enseignait au moment de la parution du recueil.

Car Brian Evenson, à travers ses histoires souvent situées dans un monde proche du nôtre mais propre à basculer rapidement dans une espèce de futur post-apocalyptique, parle de manipulation des esprits, de faux prophètes délestant leurs ouailles de leur humanité et de leur libre arbitre et du caractère mouvant de la vérité. Et si les esprits sont torturés les corps ne sont pas en reste : souillés, mutilés, ils sont l’expression de la souffrance intérieure des personnages comme de leurs propres vices. Ont tue, on ampute, on fait tuer chez Evenson, et l’on trouve toujours un moyen de justifier cette violence. C’est bien ce que montre l’extrait de la nouvelle dont le recueil tire son nom et que Lot 49 a choisi de mettre en quatrième de couverture :

Amok, Stefan Zweig

Ecrit par Patryck Froissart , le Mercredi, 29 Janvier 2014. , dans Nouvelles, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Langue allemande, Folio (Gallimard)

Amok, septembre 2013, traduit de l’allemand Bernard Lortholary, présentation et notes de Jean-Pierre Lefebvre, 140 p. 3,50 € . Ecrivain(s): Stefan Zweig Edition: Folio (Gallimard)

 

Confession d’un désespéré, cette nouvelle de Zweig parue en 1922 plonge le lecteur dans les sombres abysses du remords et de la folie.

Le temps de l’écriture s’inscrit dans le contexte trouble et perturbé des grands bouleversements sociaux et moraux de l’immédiate après-guerre, du rayonnement des thèses de Freud, dont Zweig est un admirateur inconditionnel et avec qui il échangera pendant plus de trente ans une copieuse correspondance, et des questions posées par le surréalisme sur la relation entre le rêve et la réalité, entre le conscient et l’inconscient dans la création littéraire.

Le temps du récit est antérieur, son dénouement étant précisément daté de mars 1912.

L’espace du récit cadre est clos. Nous sommes sur un paquebot, l’Oceania, où le narrateur premier, homodiégétique selon la classification de Genette, reçoit la confession, découpée comme un feuilleton, racontée en plusieurs nuits dans l’obscurité déserte et fantomatique du pont d’avant, du narrateur second, un médecin colonial en fuite tentant de regagner clandestinement son Europe natale.