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Nouvelles définitions de l’amour, Brina Svit

Ecrit par Jean-Paul Gavard-Perret , le Lundi, 06 Mars 2017. , dans Nouvelles, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Gallimard

Nouvelles définitions de l’amour, Brina Svit, février 2017, 256 pages, 19,50 € . Ecrivain(s): Brina Svit Edition: Gallimard

 

Pour Brina Svit, écrire n’est pas forcément défendre la solitude dans laquelle ses personnages se trouvent mais la constater. Les nouvelles « actionnent » des isolements affectifs que les narrations rendent communicables, dans la mesure où à cause de l’éloignement de tous les êtres autres que les héros ou héroïnes, le dévoilement de leurs « relations » est rendu possible.

Selon la créatrice, la solitude n’a rien d’une nécessité qui doit être défendue, elle est même sans justification ce qui la rend plus âpre. Personne ne peut s’y retrouver sauf à être des ascètes ou une Maria Zambrano.

La romancière prouve que la solitude non choisie appartient à ces sentiments existentiels que nous assumons mal au moment où elle envahit et que sa pression vient du dehors. Elle est devenue un piège imposé par les circonstances (limogeage, décès, etc.). Et la parole de Svit ne prétend pas en libérer. Au contraire. Elle souligne une circonstance assiégeante et immédiate, un usage excessif obligé et qui désagrège.

L’Orient est rouge, Leïla Sebbar

Ecrit par Pierrette Epsztein , le Lundi, 27 Février 2017. , dans Nouvelles, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Maghreb, Elyzad

L’Orient est rouge, janvier 2017, 96 pages, 15,70 € . Ecrivain(s): Leïla Sebbar Edition: Elyzad

 

Si vous aimez les histoires à l’eau de rose, inutile d’ouvrir le recueil de nouvelles de Leïla Sebbar. Rien que le titre L’Orient est rouge, si ramassé, évocateur et grave, sera une arme de dissuasion.

Comment faire en sorte que des faits historiques ou d’actualité deviennent une expérience littéraire ? Comment réussir à relier les deux dans un ensemble unifié ?

C’est la prouesse à laquelle L’auteur de ce recueil parvient. Ces douze nouvelles, ces douze récits rouge pivoine, rouge grenade, rouge sang, rouge vie, rouge mort, présentent une très grande cohérence comme la mise en espace de douze tableaux dans une salle d’exposition autour d’un même peintre.

Douze personnages qui semblent mener une vie normale mais qui souterrainement se laissent emporter dans un tourbillon qui les déborde. Ses personnages, nous les avons frôlés, croisés, avec une parfaite indifférence mais Leïla Sebbar va nous obliger à les regarder au fond de leur être.

Ce que nous avons perdu dans le feu, Mariana Enriquez

Ecrit par Cathy Garcia , le Jeudi, 23 Février 2017. , dans Nouvelles, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Amérique Latine

Ce que nous avons perdu dans le feu, Éditions du sous-sol, janvier 2017, trad. Espagnol (Argentine) Anne Plantagenet, 240 pages, 18 € . Ecrivain(s): Mariana Enriquez

Étranges, effrayantes, macabres ou le plus souvent même sordides, ces nouvelles de Mariana Enriquez ne peuvent laisser indifférent. Narrées pour une majeure partie d’entre elles à la première personne, elles nous enfoncent dans les côtés les plus obscurs de l’Argentine, à Buenos Aires le plus souvent, dans un contexte urbain et déshumanisé, où la pauvreté avance comme une gangrène. On peut penser effectivement à l’Uruguayen Quiroga ou même au Bolivien Oscar Cerruto, mais Mariana Enriquez possède une griffe très personnelle et très contemporaine. Ici le glissement vers le fantastique ou plutôt vers l’horreur surnaturelle, ce qu’on appelle le réalisme magique dans la littérature sud-américaine, est clairement un prétexte pour évoquer ou rappeler des faits qui n’ont rien de surnaturel, si ce n’est que leur cruauté semble absolument inhumaine. Que ce soit des cauchemars et des spectres d’une dictature et ses disparus qu’on ne peut faire que semblant d’oublier ou la violence effroyable d’une société où tous les pouvoirs qui se suivent sont corrompus, la misère, les bidonvilles, les ravages de la drogue, la sexualité prédatrice, le trafic d’enfants, la torture, les humiliations, l’exploitation, la pollution, les maladies, les difformités, la folie et la noirceur de l’âme, parfois érigées en culte. C’est de souffrance dont il est question, non pas seulement de la souffrance humaine, mais de la souffrance de tout le vivant.

Fès est une drogue, Naima Lahbil Tagemouati

Ecrit par Ahmed Slama , le Mardi, 31 Janvier 2017. , dans Nouvelles, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Maghreb

Fès est une drogue, Naima Lahbil Tagemouati, Emoticourt, 2016, 88 pages . Ecrivain(s): Naima Lahbil Tagemouati

 

Fès est une drogue ?

C’est un texte assez particulier, trois nouvelles, un territoire, Fès, une autrice marocaine, Naima Lahbil Tagemouati, trois points de vue sur Fès, cette ville singulière.

Il y a de ces histoires, divertissantes et c’est déjà beaucoup, ce Fès est une drogue, dont le titre (et le texte éponyme) est une référence (parfois trop appuyée, nous le verrons) au journal d’Anaïs Nin. Fès est une drogue subsume en ces pages trois histoires avec toujours pour motif cette ville, Fès, mais ici pas vraiment de carte postale, hormis quelques écarts ici ou là, mais il faut bien donner à voir au lecteur, ce dépaysement, ça passe aussi par ces mots, ces sonorités, en effet, on va en retourner de ces transcriptions, alphabet, latin de mots arabes, histoire de mieux nous immerger dans ce Fès est une drogue qui, comme nombre d’œuvres de ce que nous allons nommer avec beaucoup de précautions la littérature maghrébine d’expression française, correspond aux schèmes du roman balzacien, histoire bien linéaire, chronologie avec quelques exceptions tout de même. Le quotidien, le marocain.

Les mains pleines de bruits, Mireille Boluda

Ecrit par Pierrette Epsztein , le Vendredi, 06 Janvier 2017. , dans Nouvelles, Les Livres, Critiques, La Une Livres, L'Harmattan

Les mains pleines de bruits, août 2016, 106 pages, 12,50 € . Ecrivain(s): Mireille Boluda Edition: L'Harmattan

 

« Je ne suis rien de ce que j’avais rêvé d’être » nous annonce Mireille Boluda dans Qu’importe, sa première nouvelle brève. Son recueil Les mains pleines de bruit en comporte vingt huit. Il suffit qu’un désir s’éveille et s’avive pour que les doigts et l’esprit de l’écrivain se mettent en chemin et que le récit naisse, l’âge ne fait rien à l’affaire. Vingt-huit courtes nouvelles qui sont des éclats de vie, des éclats de sensations, des éclats de rire, des éclats de tristesse, qui déferlent sur la page blanche, des bribes de petits riens qui font tout le charme, la singularité et l’épaisseur d’une existence.

Mais dans ses brèves, ce qui est mis en évidence chez ces personnes simples que l’auteur nous permet d’approcher, c’est leur fragilité, en effet chez chacun, une pièce manque au puzzle, l’inachèvement de ces destins miniatures lève une béance, une faille qui évite toute mièvrerie superficielle. L’auteur porte un infini respect à chacun de ses personnages qui ont une présence sous l’écorce parfois ingrate d’existences définitivement tronquées. Dans Le tacot de Jules, la lucidité l’emporte « C’était comme s’il recevait des inconnues s’agitant comme des éphémères. Soudain une étrange tristesse l’envahit. Il avait l’impression de voir un vieux film muet, dont il ne reconnaissait pas les acteurs et dont il aurait oublié l’histoire ».