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Nouvelles

L’enfant du bonheur et autres proses de Berlin, Robert Walser

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Mardi, 10 Novembre 2015. , dans Nouvelles, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Langue allemande, Récits, Editions Zoe

L’enfant du bonheur et autres proses de Berlin, octobre 2015, trad. de Marion Graf, préface de Peter Utz, 298 pages, 20,50 € . Ecrivain(s): Robert Walser Edition: Editions Zoe

 

L’enfant du bonheur et autres proses pour Berlin réunit soixante-douze textes inédits – à l’exception de cinq d’entre eux – écrits par Robert Walser pour le Berliner Tageblatt. Les quatre premiers datent de 1907/1908, époque où le jeune écrivain suisse résidait chez son frère à Berlin et commençait à y être reconnu comme romancier dans les milieux littéraires. De retour en Suisse dès 1913, il n’y publia plus que de courtes nouvelles et des poèmes, son dernier recueil, La Rose, paraissant en 1925. Et il se détournera ensuite « de la littérature agrafée et reliée pour se diriger vers celle qui voltige de feuille en feuille ». Les soixante-huit autres textes concernent la période 1925/1933 où l’activité de chroniqueur-feuilletoniste qui faisait vivre Robert Walser prit un grand essor jusqu’à ce que, après avoir continué d’envoyer ses articles de la clinique psychiatrique de la Waldau, près de Berne, où il fut interné en 1929, il se taise définitivement après avoir été transféré dans un établissement psychiatrique à Herisau en 1933 où il restera jusqu’à sa mort.

L’éditeur nous présente opportunément ces proses abordant une grande diversité de sujets dans leur ordre chronologique, ce qui permet de les mettre en parallèle avec le contexte politique dans lequel elles furent rédigées et avec le parcours personnel de l’écrivain, comme de saisir l’évolution de son écriture.

Les Filles du Pasteur, D.H. Lawrence

Ecrit par Didier Smal , le Lundi, 09 Novembre 2015. , dans Nouvelles, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Iles britanniques, Gallimard

Les Filles du Pasteur, trad. de l’anglais par Colette Vercken et Bernard Jean, 272 pages, 9,90 € . Ecrivain(s): D. H. Lawrence Edition: Gallimard

 

En 1914, D.H. Lawrence (1885-1930) publie son premier recueil de nouvelles, intitulé The Prussian Officer, dont sont extraites les sept nouvelles traduites en français et réunies sous le titre Les Filles du Pasteur. Il n’a alors publié que trois romans, dont un au moins a rencontré un certain succès critique, Amants et Fils (1913), mais on est encore loin du roman qui lui vaudra sa réputation, littéraire et sulfureuse à la fois, L’Amant de Lady Chatterley (1928), l’un des romans les plus puissants du vingtième siècle. Pourtant, dans les sept nouvelles ici réunies, certaines des thématiques propres à l’œuvre de Lawrence sont déjà présentes, et développées avec talent dans des histoires solides aux personnages consistants.

La nouvelle qui donne son titre au recueil voit Lawrence puiser son inspiration, comme il le fera pour, par exemple, La Fille Perdue (1920), dans son histoire familiale, lui le fils de mineur qui grandit dans une petite ville du centre de l’Angleterre : elle raconte l’histoire d’un pasteur anglican pauvre s’établissant à « Aldecross », ayant avec sa femme plusieurs enfants, parmi lesquels deux filles, Mary et Louisa. Cette nouvelle, longue d’environ quatre-vingts pages, offre un aperçu sur ce que peut être la vie dans une petite ville minière, la pauvreté qui s’y accroche – on est quasi du côté d’Orwell, à se demander si celui-ci n’aurait pas lu Lawrence dans sa jeunesse…

Le trompettiste tchèque, Desző Kosztolányi

Ecrit par Marc Ossorguine , le Samedi, 07 Novembre 2015. , dans Nouvelles, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Pays de l'Est, Editions Cambourakis

Le trompettiste tchèque, mai 2015, traduit du hongrois sous la direction d’András Kányádi, 128 pages, 10 € . Ecrivain(s): Desző Kosztolányi Edition: Editions Cambourakis

 

Desző Kozstolányi (1885-1936) fait partie de ces écrivains trop rares qui réjouissent à chaque lecture ceux qui les connaissent et qu’ils préservent un peu comme un jardin secret. Régulièrement, un éditeur passionné publie quelques titres dont on parle peu, trop peu, puis que l’actualité oublie. Nous avons déjà dit dans nos pages le bonheur que pouvait procurer la lecture de Cinéma muet avec battements de cœur ou Kornél Esti. Les lecteurs attentifs à ce qui nous vient de Hongrie ont pu découvrir il y a quelques années Le traducteur Kleptomane et – s’ils ont été séduits – c’est avec un bonheur redoublé qu’ils devraient découvrir ce nouveau recueil de nouvelles. Car il s’agit en France d’une vraie nouveauté, aucune des nouvelles présentées ici n’avait encore fait l’objet d’une traduction française.

Les nouvelles présentées dans ce recueil sont majoritairement des écrits de jeunesse de l’auteur, antérieurs à la Grande Guerre (9 nouvelles réparties entre 1907 et 1913, et une 10e de 1929), mais l’auteur a réalisé pour ces « coups d’essai » de véritables « coups de maître ». Le lecteur y trouvera déjà ce mélange d’ironie et de gravité, de réalisme teinté d’absurde ou de fantastique poétique.

Les Saisons de la vie, Nadine Gordimer

Ecrit par Marc Ossorguine , le Mercredi, 04 Novembre 2015. , dans Nouvelles, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Afrique, Grasset

Les Saisons de la vie, novembre 2014, 1952-2007 traduit de l’anglais (Afrique du Sud) par P. Boyer, J. Damour, J. Guiloineau, G.Lory, 608 pages, 24 € . Ecrivain(s): Nadine Gordimer Edition: Grasset

 

Première chose à préciser concernant ce gros volume de nouvelles de la grande Dame sud-africaine : tous les textes publiés ici l’ont déjà été dans divers recueils. Pas d’inédits donc, mais une anthologie qui balaye un demi-siècle d’écriture et d’histoire. Un volume de poids, matériellement et à la lecture. Les nouvelles y sont éditées par ordre chronologique mais on peut regretter que les dates de publication ne soient pas plus mises en évidence (il faut aller les rechercher dans les indications des sources en fin de volume). Avouons aussi qu’un petit rappel sur les évènements que traversait l’Afrique du Sud en parallèle aurait été tout aussi appréciable, tout le monde n’ayant pas en tête le dernier demi-siècle d’histoire de ce pays. Voilà pour les regrets concernant l’édition.

Un recueil que nous avons trouvé par ailleurs bien inégal, avec des nouvelles hélas parfois un peu trop longues et bavardes. Il y a, pour votre serviteur en lectures, quelques perles mais hélas aussi de la lourdeur qui fait que l’on peine à venir au bout de cet énorme recueil qui jette souvent un regard ironiquement et paradoxalement désespérant sur l’histoire qu’ont traversée ce pays et cette nation.

Têtes blondes, Perrine Le Querrec

Ecrit par Cathy Garcia , le Lundi, 26 Octobre 2015. , dans Nouvelles, Les Livres, Critiques, La Une Livres

Têtes blondes, éd. Lunatique, juillet 2015, (en couverture La Main de Gaïa, photo d’Isabelle Vaillant), 80 pages, 8 € . Ecrivain(s): Perrine Le Querrec

 

Abus, abandon, aliénation, agression, dépression, démence, isolement, paranoïa, peur, violences psychologiques, physiques et ce jusqu’à ce que mort s’ensuive… On retrouve dans ce recueil de nouvelles, au titre faussement léger, les thématiques qui travaillent la plume de Perrine Le Querrec, la vase où elle va puiser. Ces têtes blondes, tantôt victimes, tantôt bourreaux, parlent d’enfance, de jeunesse saccagée par la folie des uns ou des autres, dans un climat toujours très oppressant, « comme à la maison où on doit sculpter sa place dans le marbre des cris », se dit la petite fille dans Fourmilière.

Difficile de respirer, Perrine le Querrec écrit une langue d’apnée. Le lecteur est pris au piège.

La première nouvelle nous happe dans un tourbillon de parures, de boutiques, de cabines d’essayage, et une enfant putain de sa mère qui n’a qu’un souhait, disparaître, petite lolita contrainte par une mère toxique, on pense à Irina Ionesco et sa fille Eva.