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Histoire

L’églantine et le muguet, Danièle Sallenave

Ecrit par Philippe Leuckx , le Mercredi, 11 Juillet 2018. , dans Histoire, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Récits, Gallimard

L’églantine et le muguet, Danièle Sallenave, Gallimard, mars 2018, 544 pages, 22,50 € . Ecrivain(s): Danièle Sallenave Edition: Gallimard

 

Romancière, essayiste, traductrice de l’italien, ethnographe et mémorialiste des vies proches et ordinaires (Un printemps froid La vie fantôme Passages de l’est D’amour), Sallenave poursuit son travail de géologue et d’historienne des terres qu’elle connaît bien. Sa méthode éprouvée – fouiller les strates d’une culture, qu’elle soit antique (Rome) ou contemporaine (Nous, on n’aime pas lire) –, réussit à éclairer des pans entiers d’une province qu’elle comprend bien, l’Anjou, elle native d’Angers, qu’aujourd’hui, mis à part ses lisières, le département de Maine-et-Loire occupe.

Début 2017, Danièle Sallenave entreprend en voiture ses multiples traversées de ce département natal en quête de savoirs et d’éclairages. Cette terre des contrastes, des contradictions, tissée d’histoire révolutionnaire, écartelée entre communautés et intérêts bien étrangers les uns aux autres, a vécu les tragiques événements des Vendéens, des Chouans, entre 1793 et 1795.

Les Héritiers du Roi-Soleil, Gilbert Mercier

Ecrit par Gilles Banderier , le Mardi, 12 Juin 2018. , dans Histoire, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Editions de Fallois

Les Héritiers du Roi-Soleil, février 2018, 300 pages, 22 € . Ecrivain(s): Gilbert Mercier Edition: Editions de Fallois

 

La phrase est une des plus simples qu’on puisse formuler en français : « Le roi est mort ». Sujet – verbe – attribut. Elle a résonné au long des siècles pour dire l’imperturbable continuité de la monarchie, sitôt prononcée la suite : « Vive le roi ! ». Si la phrase est simple, le processus qu’elle résume n’est moins et, dans un cas précis, il avait atteint un niveau de complication particulier.

Le long règne de Louis XIV s’accompagna d’un véritable jeu de massacre parmi ses descendants et successeurs potentiels. Ses six enfants disparurent avant lui. Son fils aîné, le Grand Dauphin, successeur naturel, mourut en 1711. L’année suivante, ce fut le tour du petit-fils, le duc de Bourgogne, pour qui Fénelon avait composé le Télémaque. Saint-Simon l’admirait (c’est assez rare pour être signalé), ce qui ne l’empêcha pas de mourir à trente ans, peu après sa femme et avant son fils aîné. Ne restait plus, comme une flamme vacillante, qu’un arrière petit-fils encore enfant, le duc d’Anjou. Ces décès successifs ne pouvaient qu’exciter les ambitions, surtout parmi les bâtards que le Roi-Soleil avait déposés de ci de là et qui avaient été légitimés. La continuité monarchique en ligne directe ne tenant plus qu’à un fil, tous les espoirs leur étaient permis.

Les années Mitterrand. Journal politique 1981-1995, Michel Winock

Ecrit par Martine L. Petauton , le Vendredi, 18 Mai 2018. , dans Histoire, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Récits, Editions Thierry Marchaisse

Les années Mitterrand. Journal politique 1981-1995, mars 2018, 477 pages, 25 € . Ecrivain(s): Michel Winock Edition: Editions Thierry Marchaisse

 

On connaît Michel Winock, l’incontournable intellectuel, historien de l’époque contemporaine, pile en haut dans nos listes de livres à l’université, actuelle et plus ancienne ; on a en mémoire l’honnête homme au sens de la Renaissance, qu’il semble être ; on connaît « notre » Mitterrand, notre génération politique et pour beaucoup d’entre nous, militante. On a pu, enfin, par expérience de lecteur, mesurer combien, chez Thierry Marchaisse, comme d’autres, dit-on, changeaient l’eau en vin, on peut se trouver face à un bouquin apparemment sérieux sur les institutions, et se passionner autant que dans le roman le plus fou… Alors, on fonce d’entrée vers ce pavé – quand même de presque 500 pages ; car tous les ingrédients semblent réunis, en une étrange équation, la période, le grand homme d’Etat passé historique, et le regard acéré, et bien entendu, sans concession, d’un Monsieur Histoire. On salive d’avance, et certains d’attendre ces grands tout ou petits rien, qui nous manquaient pour connaître, voire comprendre un temps historique, mais il s’agit bien d’autre chose…

Savoir et civisme Les sociétés savantes et l’action patriotique en Europe au XVIIIe siècle

Ecrit par Gilles Banderier , le Mercredi, 02 Mai 2018. , dans Histoire, Les Livres, Critiques, La Une Livres

Savoir et civisme Les sociétés savantes et l’action patriotique en Europe au XVIIIe siècle, Michèle Crogiez Labarthe, Juan Manuel Ibeas Altamira, Alain Schorderet, Slatkine Érudition, octobre 2017, 412 pages, 50 €

 

Le XVIIIesiècle fut l’âge d’or des académies et des sociétés savantes en général, des académies et des sociétés savantes de province en particulier. Loin de ne rassembler que des notables chenus ou des abstracteurs de quintessence et du mouvement perpétuel (comme ce fut le cas par la suite), ces sociétés jouèrent un rôle important dans la vie intellectuelle du temps. Deux exemples suffiront à le montrer. En 1749, l’académie de Dijon mit à son concours la question de savoir « si le rétablissement des sciences et des arts a contribué à épurer les mœurs ». Les académiciens bourguignons primèrent la réponse envoyée par un jeune Suisse inconnu, Jean-Jacques Rousseau ; réponse qui sera publiée sous le titre de Discours sur les sciences et les arts. En 1787, la Société royale de Metz posa une autre question : « Est-il des moyens de rendre les Juifs plus utiles et plus heureux en France ? » (l’abbé Grégoire y participa avec son Essai sur la régénération physique, morale et politique des Juifs).

A l’école en Algérie des années 1930 à l’Indépendance, Martine Mathieu-Job

Ecrit par Dominique Ranaivoson , le Lundi, 16 Avril 2018. , dans Histoire, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Récits

A l’école en Algérie Des années 1930 à l’Indépendance, éd. Bleu autour, mars 2018, 368 pages, 25 € . Ecrivain(s): Martine Mathieu-Job

 

Ce livre collectif rassemble 54 témoignages d’anciens élèves passés par les écoles françaises en Algérie avant 1962 et qui vivent et écrivent actuellement en France. Il suit le même principe que les titres précédents de la collection, qui, sous la direction de Leïla Sebbar, rassemblaient des textes sur l’enfance juive (Une enfance juive en Méditerranée musulmane, 2012) puis sur l’enfance pendant la guerre (Une enfance dans la guerre. Algérie 1954-1962, 2016). Une grande partie des contributeurs (33), sous la direction de Martine Mathieu-Job originaire de Blida, sont les mêmes. Hommes et femmes, issus de familles juives, arabes, kabyles, métropolitaines, de colons, scolarisés à Alger, Constantine, Oran, en campagne, sont invités à dérouler la « pelote des souvenirs » (Alain Vircondelet, 317) pour inscrire ensemble la « trace mémorielle » (Noureddine Saadi, 285) de ce temps perdu resté si vivant en eux. Ils évoquent tous leur entrée dans l’institution, la place de l’école dans leur milieu, les éventuels autres lieux éducatifs (école coranique et talmudique, cinéma), leurs autres langues, la pédagogie, les programmes, les jeux. Ils égrènent les noms des rues, des écoles, des enseignants, des camarades, s’arrêtent sur l’anecdote qui les a marqués.