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Histoire

L'Or, l’Empire et le Sang, Martin Bossenbroek (par Stéphane Bret)

Ecrit par Stéphane Bret , le Lundi, 17 Septembre 2018. , dans Histoire, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Seuil

L'Or, l’Empire et le Sang, mai 2018, trad. du néerlandais Bertrand Abraham, 558 pages, 25 € . Ecrivain(s): Martin Bossenbroek Edition: Seuil

 

Quelles furent les origines et les causes profondes de la guerre anglo-boer ? Ses fondements idéologiques ? Martin Bossenbroek, historien néerlandais, tente de répondre à ces questions dans son ouvrage L’or, l’Empire et le sang.

Dans son introduction, il situe d’emblée ce conflit : c’est tout d’abord une « expression paroxystique atypique de l’impérialisme britannique ». C’est la seule épreuve de force de grande envergure entre blancs. Ce conflit a conduit l’Empire britannique à la recherche d’alliances et à sortir du « splendide isolement ». Autre caractéristique, qui prend un relief tout particulier pour des lecteurs contemporains, la place donnée aux médias : 200 correspondants de guerre furent mobilisés, un réseau étendu de communications télégraphiques, des transports intensifiés vers cette partie du continent africain, donnèrent un grand écho à ce conflit. Enfin, et c’est le sujet le plus attendu, les conséquences de cette guerre sur les populations civiles : 230.000 blancs et non-blancs furent internés, 46.000 d’entre eux périrent par suite de malnutrition et de leurs conditions de détention.

Un Russe nommé Poutine, Héléna Perroud

Ecrit par Gilles Banderier , le Lundi, 27 Août 2018. , dans Histoire, Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres, Les éditions du Rocher

Un Russe nommé Poutine, janvier 2018, 314 pages, 18,90 € . Ecrivain(s): Héléna Perroud Edition: Les éditions du Rocher

La réélection de Vladimir Poutine pour un quatrième mandat présidentiel à la tête de la Russie, le 18 mars 2018, s’est accompagnée d’un véritable concert de casseroles dans les mass medias d’Europe de l’Ouest. En particulier, c’est peu dire que les canaux d’« information » français, qui avaient sans doute oublié que l’élection se jouait à plusieurs milliers de kilomètres de nos frontières (on avait déjà eu le sentiment que la dernière élection américaine nous concernait au premier rang), avaient multiplié les considérations désobligeantes, accusant – sans produire trop de preuves (c’est pénible, les preuves) – Vladimir Poutine de truquer les élections, dans son propre pays comme aux États-Unis, d’espionner un peu partout, d’empoisonner les agents doubles, d’avoir la main sur les médias russes, de réchauffer le climat… Dans l’affaire Skripal, peu de journalistes eurent assez de sens commun pour rappeler que, si le métier d’espion est déjà dangereux en soi, celui d’agent double comporte double dose de risques : comme dans le décès d’Alexandre Litvinenko, probablement « retourné » par le MI 6, empoisonné au polonium 210 et converti in extremis à l’islam, la seule chose sûre est l’implication d’un « grand » service secret (mais lequel ?). La presse française faisait-elle assaut d’esprit critique, afin de faire oublier sa servilité, son obséquiosité, depuis la campagne présidentielle de 2017 (quelques jours avant l’élection présidentielle russe, un journaliste de Paris-Match écrivait qu’à New Dehli « même les chèvres s’inclinent sur [le] passage » de MmeMacron) ?

L’églantine et le muguet, Danièle Sallenave

Ecrit par Philippe Leuckx , le Mercredi, 11 Juillet 2018. , dans Histoire, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Récits, Gallimard

L’églantine et le muguet, Danièle Sallenave, Gallimard, mars 2018, 544 pages, 22,50 € . Ecrivain(s): Danièle Sallenave Edition: Gallimard

 

Romancière, essayiste, traductrice de l’italien, ethnographe et mémorialiste des vies proches et ordinaires (Un printemps froid La vie fantôme Passages de l’est D’amour), Sallenave poursuit son travail de géologue et d’historienne des terres qu’elle connaît bien. Sa méthode éprouvée – fouiller les strates d’une culture, qu’elle soit antique (Rome) ou contemporaine (Nous, on n’aime pas lire) –, réussit à éclairer des pans entiers d’une province qu’elle comprend bien, l’Anjou, elle native d’Angers, qu’aujourd’hui, mis à part ses lisières, le département de Maine-et-Loire occupe.

Début 2017, Danièle Sallenave entreprend en voiture ses multiples traversées de ce département natal en quête de savoirs et d’éclairages. Cette terre des contrastes, des contradictions, tissée d’histoire révolutionnaire, écartelée entre communautés et intérêts bien étrangers les uns aux autres, a vécu les tragiques événements des Vendéens, des Chouans, entre 1793 et 1795.

Les Héritiers du Roi-Soleil, Gilbert Mercier

Ecrit par Gilles Banderier , le Mardi, 12 Juin 2018. , dans Histoire, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Editions de Fallois

Les Héritiers du Roi-Soleil, février 2018, 300 pages, 22 € . Ecrivain(s): Gilbert Mercier Edition: Editions de Fallois

 

La phrase est une des plus simples qu’on puisse formuler en français : « Le roi est mort ». Sujet – verbe – attribut. Elle a résonné au long des siècles pour dire l’imperturbable continuité de la monarchie, sitôt prononcée la suite : « Vive le roi ! ». Si la phrase est simple, le processus qu’elle résume n’est moins et, dans un cas précis, il avait atteint un niveau de complication particulier.

Le long règne de Louis XIV s’accompagna d’un véritable jeu de massacre parmi ses descendants et successeurs potentiels. Ses six enfants disparurent avant lui. Son fils aîné, le Grand Dauphin, successeur naturel, mourut en 1711. L’année suivante, ce fut le tour du petit-fils, le duc de Bourgogne, pour qui Fénelon avait composé le Télémaque. Saint-Simon l’admirait (c’est assez rare pour être signalé), ce qui ne l’empêcha pas de mourir à trente ans, peu après sa femme et avant son fils aîné. Ne restait plus, comme une flamme vacillante, qu’un arrière petit-fils encore enfant, le duc d’Anjou. Ces décès successifs ne pouvaient qu’exciter les ambitions, surtout parmi les bâtards que le Roi-Soleil avait déposés de ci de là et qui avaient été légitimés. La continuité monarchique en ligne directe ne tenant plus qu’à un fil, tous les espoirs leur étaient permis.

Les années Mitterrand. Journal politique 1981-1995, Michel Winock

Ecrit par Martine L. Petauton , le Vendredi, 18 Mai 2018. , dans Histoire, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Récits, Editions Thierry Marchaisse

Les années Mitterrand. Journal politique 1981-1995, mars 2018, 477 pages, 25 € . Ecrivain(s): Michel Winock Edition: Editions Thierry Marchaisse

 

On connaît Michel Winock, l’incontournable intellectuel, historien de l’époque contemporaine, pile en haut dans nos listes de livres à l’université, actuelle et plus ancienne ; on a en mémoire l’honnête homme au sens de la Renaissance, qu’il semble être ; on connaît « notre » Mitterrand, notre génération politique et pour beaucoup d’entre nous, militante. On a pu, enfin, par expérience de lecteur, mesurer combien, chez Thierry Marchaisse, comme d’autres, dit-on, changeaient l’eau en vin, on peut se trouver face à un bouquin apparemment sérieux sur les institutions, et se passionner autant que dans le roman le plus fou… Alors, on fonce d’entrée vers ce pavé – quand même de presque 500 pages ; car tous les ingrédients semblent réunis, en une étrange équation, la période, le grand homme d’Etat passé historique, et le regard acéré, et bien entendu, sans concession, d’un Monsieur Histoire. On salive d’avance, et certains d’attendre ces grands tout ou petits rien, qui nous manquaient pour connaître, voire comprendre un temps historique, mais il s’agit bien d’autre chose…