Le pays de l’enfance, pour Sigolène Vinson, c’est Djibouti, terre du premier homme, refuge d’Arthur Rimbaud Une enfance au soleil, à courir sur le sable et la terre sèche, une enfance en noir et or. Une enfance terreau de rêves nobles : quand elle sera grande, Sigolène servira la justice et prendra la défense des plus faibles. Son existence ainsi deviendra destin.
« Je serai quelqu’un de bien, j’assisterai les victimes d’une société marchande, je me bagarrerai pour la défense du service public, je m’attacherai toujours plus au principe d’égalité qu’à n’importe quel autre […] J’aurai une robe d’avocat et je permettrai à des travailleurs précaires de voir leur contrat de travail à durée déterminée requalifié en CDI, j’obtiendrai des rappels de salaire, des rappels d’heures supplémentaires et même des rappels de panier-repas » (pages 47-48).
Quelques années plus tard, voici Sigolène en robe d’avocat. Si l’objectif est atteint en théorie, le rêve est-il pour autant accompli ? « Si la robe est large, pourquoi en-dessous porter un corset ? » Sigolène défend des puissants pour gagner sa vie, et représente gracieusement les nécessiteux pour sauver son âme.
Un jour, au tribunal où elle vient plaider, la narratrice s’évanouit. C’est l’audience de trop. Cette fuite, qui s’accompagnera de quelques jours en hôpital psychiatrique, s’avèrera salvatrice.