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Métailié

 

Les Éditions Métailié ont été fondées en 1979, avec un capital permettant de financer la fabrication de trois livres. Les dix premières années ont été pour Anne Marie Métailié, sa fondatrice, des années de formation sur le tas et de construction des structures d'un catalogue qui, d'abord orienté vers les sciences sociales avec les collections Traversées, dirigée par Pascal Dibie, et Leçons de Choses, dirigée par Michael Pollak et Luc Boltanski, s'est tourné progressivement vers la littérature étrangère avec pour commencer le Brésil, Machado de Assis et Carlos Drummond de Andrade, et le Portugal avec Antonio Lobo Antunes, José Saramago et Lídia Jorge.

Au terme de ces années d'apprentissage, l'entrée de la maison dans le système de diffusion du Seuil et la publication d'un inconnu dont le bouche à oreille fera un best-seller - Luis Sepúlveda, Le Vieux qui lisait des romans d'amour - créent les conditions d'une meilleure présence en librairie et une stabilisation de la maison qui lui permet de s'ouvrir à de nouvelles découvertes et de nouveaux paris.

 

L’été des Noyés, John Burnside

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 28 Août 2014. , dans Métailié, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Iles britanniques, Roman, La rentrée littéraire

L’été des Noyés (A summer of drowning). Août 2014. Traduit de l’anglais (Ecosse) par Catherine Richard. 320 p. 20 € . Ecrivain(s): John Burnside Edition: Métailié

 

Un roman de Burnside est toujours un moment d’éternité. Il n’y est pas de frontière spatiale, ni temporelle. Il n’y est pas de frontière non plus entre la réalité et le monde des chimères. Tout est suspendu dans l’air, incertain, improbable, oscillant, inquiétant. « Scintillation », son dernier opus avant celui-ci, nous avait déjà emmenés dans cet univers insécuritaire, menaçant, sans que l’on sache d’où, de qui, vient la menace. On ne sait même pas s’il y a vraiment menace. Un roman de Burnside dérange, questionne, ne répond pas, ne rassure jamais.

« L’été des noyés » emprunte – un peu – au roman noir : des jeunes gens disparaissent. Thème obsessionnel chez Burnside puisque dans « Scintillation » des enfants déjà disparaissaient. Mais il y a aussi du roman d’horreur : démons et forces du Mal sont à l’œuvre. Kyrre Opdahl, le vieux pêcheur en a convaincu la jeune Liv : Trolls, sirènes et par-dessus tout la Huldra – séduisante et terrible maîtresse du monde des Ténèbres – sont plus réels que ce qui semble être le réel. Le cadre de la Norvège septentrionale offre un écrin parfait aux fantasmagories les plus effrayantes : Lumière blanche et crue après l’interminable obscurité hivernale. Et dans l’entre-deux une période terrible d’entre-deux justement, où l’on perd le sens même de l’être.

Ingrédients pour une vie de passions formidables, Luis Sepúlveda

Ecrit par Victoire NGuyen , le Samedi, 05 Juillet 2014. , dans Métailié, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Amérique Latine, Roman

Ingrédients pour une vie de passions formidables, traduit de l’espagnol (Chili) par Bertille Hausberg, avril 2014, 144 pages, 16 € . Ecrivain(s): Luis Sepulveda Edition: Métailié

 

L’autre Sepúlveda


Ingrédients pour une vie de passions formidables présente au lecteur un Luis Sepúlveda, chez lui, débarrassé de sa plume. Le livre s’ouvre sur une réunion de famille autour d’un repas où sont réunis enfants et petits-enfants. Luis Sepúldeva accède ici au rang de patriarche et on l’appelle par respect le Viejo.

Le récit est présenté comme une conversation avec le lecteur. Les chapitres sont courts. L’auteur aborde tous les sujets du quotidien. Il évoque ses années auprès de Salvador Allende et l’admiration qu’il nourrit depuis toujours pour cette figure politique. Il confie aussi sa relation difficile et ambivalente envers le Chili mais aussi envers l’Espagne, son pays d’accueil. Fidèle à sa position d’écrivain engagé, il dénonce les malversations financières et la corruption qui faisaient loi avant que la bulle financière n’éclate en Espagne.

Je suis le Libanais, Giancarlo De Cataldo

Ecrit par Yan Lespoux , le Jeudi, 22 Mai 2014. , dans Métailié, Les Livres, Critiques, Polars, La Une Livres, Roman, Italie

Je suis le Libanais (Io sono il Libanese, 2012), traduit de l’italien par Paola de Luca et Gisèle Toulouzan, mai 2014, 127 p. 14 € . Ecrivain(s): Giancarlo De Cataldo Edition: Métailié

 

 

1976. Dans la cour de la prison où il purge une petite peine, le Libanais sauve la vie du neveu d’un boss de la Camorra. Pour l’ambitieux jeune truand romain, cet acte quasi fondateur est peut-être un marchepied vers le pouvoir. D’autant plus que l’oncle de l’homme qu’il a sauvé est prêt à le mettre sur un gros coup, un trafic de drogue qui pourrait s’avérer très lucratif. Mais il faut d’abord investir et, au sortir de la prison, remettre sa bande en ordre de marche afin de faire rentrer l’argent qui permettra à ces jeunes loups aux dents longues de se faire un nom dans la pègre romaine.

Après Romanzo Criminale et La saison des massacres, Giancarlo De Cataldo revient donc vers les personnages qui ont fait son succès et poursuit la peinture de sa fresque criminelle romaine en revenant aux origines.

Crimes et jardins, Pablo de Santis

, le Mercredi, 07 Mai 2014. , dans Métailié, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Amérique Latine, Roman

Crimes et jardins (Crímenes y jardines), traduit de l’espagnol (Argentine) par François Gaudry, mars 2014, 272 pages, 20 € Edition: Métailié

 

Dans la continuité du Cercle des douze (réédité par le même éditeur dans la collection « Suites »), Pablo de Santis nous propose une nouvelle enquête du jeune détective Sigmundo Salvatrio. Ce dernier, de retour en Argentine, a pris la succession de son mentor. Il dirige l’agence Craig tout en cohabitant avec la veuve du détective. Une série de meurtres va le sortir de sa routine ennuyeuse et l’amener à vivre sa première affaire d’envergure.

À la demande de Jeronimo Segui, poète et journaliste, Salvatrio se met à la recherche d’un de ses amis, l’antiquaire Isodoro Ranier. Malheureusement c’est son cadavre que retrouve le détective, au fond d’un bassin dans le jardin de l’antiquaire. Le meurtre d’Ignacio Clemm, président du Club des Chasseurs, dévoré par ses propres chiens, amène un recoupement inattendu : le criminel s’en prendrait uniquement aux membres d’un ancien Club, le cercle Sub Rosa, consacré à la passion des jardins. En plus de Ranier et de Clemm, il rassemblait Segui le poète, le psychiatre Rank et l’entrepreneur Dux Olaya. Chacun d’entre eux défendait sa propre vision idéale du jardin : jungle sauvage et indomptable, espace laissé à la libre créativité de la Nature, réplique du jardin d’Eden ou agencement parfait né de la main de l’homme.

Théorie générale de l’oubli, José Eduardo Agualusa

Ecrit par Martine L. Petauton , le Vendredi, 11 Avril 2014. , dans Métailié, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Langue portugaise, Roman

Théorie générale de l’oubli, traduit du Portugais (Angola) Geneviève Leibrich, février 2014, 171 pages, 17 € . Ecrivain(s): José Eduardo Agualusa Edition: Métailié

 

Il y a la littérature portugaise métropolitaine, magnifique de lumière et de mystère – de « saudade », aussi ; et puis il y a la littérature portugaise africaine – celle des anciennes colonies ; presque une autre langue, une autre lumière, des mystères et de la magie – encore plus. Les deux, une littérature sublime.

Cet Agualusa là – la jeune garde lusitano-africaine – est justement de ce tonneau : éclatant de lumière, larmes et rires, touillant merveilleusement les vieux mythes, les contes, la guerre civile, les coups d’Etat, la peur dans le ciel aveuglant de l’Angola au bord de son indépendance. D’autres y avaient mis la plume, et avec quel talent !

Le cul de Judas de Lobo Antunes nous avait laissé l’impression que la page était tournée pour la littérature, sur le conflit postcolonial. Et revoilà, pourtant, l’Angola, ses rues poussiéreuses, les milices cubaines, la fuite des colons… la guerre, mais autrement, et pas moins réussi.