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Métailié

 

Les Éditions Métailié ont été fondées en 1979, avec un capital permettant de financer la fabrication de trois livres. Les dix premières années ont été pour Anne Marie Métailié, sa fondatrice, des années de formation sur le tas et de construction des structures d'un catalogue qui, d'abord orienté vers les sciences sociales avec les collections Traversées, dirigée par Pascal Dibie, et Leçons de Choses, dirigée par Michael Pollak et Luc Boltanski, s'est tourné progressivement vers la littérature étrangère avec pour commencer le Brésil, Machado de Assis et Carlos Drummond de Andrade, et le Portugal avec Antonio Lobo Antunes, José Saramago et Lídia Jorge.

Au terme de ces années d'apprentissage, l'entrée de la maison dans le système de diffusion du Seuil et la publication d'un inconnu dont le bouche à oreille fera un best-seller - Luis Sepúlveda, Le Vieux qui lisait des romans d'amour - créent les conditions d'une meilleure présence en librairie et une stabilisation de la maison qui lui permet de s'ouvrir à de nouvelles découvertes et de nouveaux paris.

 

La servante et le catcheur, Horacio Castellanos Moya

Ecrit par Yan Lespoux , le Vendredi, 15 Janvier 2016. , dans Métailié, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Amérique Latine, Roman

La servante et le catcheur (La Sirvienta y el Luchador), septembre 2015, trad. espagnol (Salvador) René Solis, 238 pages, 10 € . Ecrivain(s): Horacio Castellanos Moya Edition: Métailié

 

En pleine guerre civile, un jeune couple disparaît, enlevé par les escadrons de la mort qui quadrillent San Salvador. María Elena, employée de la famille des jeunes gens, tente de les retrouver en contactant le Viking. Ancien catcheur devenu policier et spécialiste dans la traque et la torture des opposants, le Viking a un jour été amoureux de María Elena. Pourrissant aujourd’hui de l’intérieur, proche de la mort, il n’est pas dit qu’il puisse l’aider ou même qu’il le veuille.

En un peu plus de 230 pages qui content 48 heures de course dans la capitale salvadorienne à la fin des années 1970 et à travers les trajectoires de quelques personnages, Horacio Castellanos Moya suit méthodiquement l’engrenage de la violence et dépeint avec finesse une société qui semble s’être résolue à la situation et dans l’incapacité d’échapper à cette mécanique immuable.

Une infinie tristesse, Alfredo Bryce-Echenique

Ecrit par Marc Ossorguine , le Jeudi, 17 Décembre 2015. , dans Métailié, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Amérique Latine, Roman

Une infinie tristesse (Dándole pena a la tristeza), février 2015, trad. espagnol (Pérou) Jean-Marie Saint-Lu, 280 pages, 19 € . Ecrivain(s): Alfredo Bryce-Echenique Edition: Métailié

Chronique d’une décadence attendue

Voilà une saga familiale qui tourne bien mal. Qui tient même plus du jeu de massacre que de quoi que ce soit d’autre. Tout commence avec l’ancêtre à l’origine de cette dynastie liménienne (de Lima) au début du siècle dernier, Don Tadeo De Ontañeta, devenu très riche et très vieux. Une vieillesse qu’il accepte assez mal comme il annonce dès l’ouverture de cette « infinie tristesse ».

– Ne vieillis jamais, Alfonsinita… Ne sois jamais vieille, au grand jamais.

– …

– Et encore moins archivieille, Carlita, jamais…

– …

– Et toi non plus, Ofelita… Ne sois jamais archivieille, ce qui s’appelle jamais… Et encore moins archivieux, comme moi. Archivieux, comme moi. Archivieux pour de bon comme moi seul peut l’être. Archivieux, comme moi seul, ça alors non, jamais, jamais, jamais, Elenita…

Les fleurs noires de Santa Maria, Hernan Rivera Letelier

Ecrit par Victoire NGuyen , le Samedi, 21 Novembre 2015. , dans Métailié, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Amérique Latine, Roman

Les fleurs noires de Santa Maria, mai 2015, trad. espagnol (Chili) Bertille Hausberg, 214 pages, 10 € . Ecrivain(s): Hernan Rivera Letelier Edition: Métailié

 

La marche de la dignité

Dans ce roman, le lecteur est projeté au début du XXème siècle en 1907 au Chili dans le désert d’Atacama. C’est une année cruciale pour les mineurs des mines de nitrate appartenant à la compagnie salpêtrière San Lorenzo.

Le récit débute le 11 Décembre 1907, à l’aube. Le lecteur suit Olegario Santana, un mineur de cinquante-sept ans qui s’apprête à partir au travail : « A six heures et demie du matin, vêtu de sa blouse de travail et de son pantalon de droguet rapiécé de toutes parts, Olegario Santana coiffe son panama et, sa bouteille d’eau pendue à l’épaule, se dirige à grandes enjambées vers la mine ».

Cependant, le protagoniste de cette histoire ne sait pas qu’il y a une grève décrétée par les ouvriers. Ces derniers réclament des droits et une augmentation de salaire. Le cortège de grévistes grossit de jour en jour et décide d’effectuer une longue marche à travers le désert pour venir faire connaître leurs revendications dans la petite ville de Santa Maria de Iquique.

Illska, Eiríkur Örn Norddahl

Ecrit par Cathy Garcia , le Jeudi, 19 Novembre 2015. , dans Métailié, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Pays nordiques, Roman

Illska, août 2015, trad. Eric Boury, 600 pages, 24 € . Ecrivain(s): Eiríkur Örn Norddahl Edition: Métailié

 

Illska est une pièce monumentale, en taille pour commencer, presque 600 pages bien denses. Illska est comme une immense tapisserie murale au tissage parfois très resserré, où les motifs sont formés d’un mélange de temps qui finissent presque par se confondre : passé et présent historiques, passé et présent des individus, des protagonistes de cette histoire, avec une toile de fond amplement maculée du sang de l’Holocauste et notamment d’évènements qui se sont déroulés en Lituanie. Comme fil conducteur de la trame : l’idéologie populiste de droite (lire « fasciste ») en Europe aujourd’hui et tout particulièrement en Islande, et surtout comment l’Histoire et la politique viennent interférer en permanence, parfois même de façon obsessionnelle et souvent pour le pire, dans la vie intime des personnages du roman.

Personnages dont les trois principaux sont Agnès, Omar et Arnor, tous trois Islandais, mais seul Arnor est réellement de souche comme on dit.

Deux petites filles, Cristina Fallarás

Ecrit par Marc Ossorguine , le Vendredi, 30 Octobre 2015. , dans Métailié, Les Livres, Critiques, Polars, La Une Livres, Roman, Espagne

Deux petites filles (Las niñas perdidas, 2011), traduit de l’espagnol par René Solis, 216 pages, 17 € . Ecrivain(s): Cristina Fallarás Edition: Métailié

 

Deux petites filles de moins de cinq ans ont été enlevées dans Barcelone. Inutile de les chercher car l’on sait déjà que l’on ne peut plus rien pour elles : l’une retrouvée morte, l’autre dont une vidéo témoigne du peu d’espoir qu’elle soit encore en vie. Les circonstances ont été telles que c’est sans doute beaucoup mieux pour elles. La journaliste et détective privée Víctoria González, elle-même enceinte jusqu’au cou, a été payée pour enquêter sur ce crime monstrueux qui révulse les plus endurcis des enquêteurs.

La Fallarás (comme elle se désigne elle-même sur twitter) nous entraîne dans la part la plus sombre et obscure de Barcelone, plus noire que le noir, à la rencontre de ceux qui survivent malgré le mal, ou peut-être par le mal. Un univers où personne n’est blanc, absolument personne. Où ne semblent survivre que celles et ceux qui ont plongé au plus profond, au risque de s’y noyer et de n’en jamais revenir. Dans ce monde-là, les idéaux n’ont guère de place car la réalité les a déchiquetés et éparpillés en mille morceaux, il y a bien longtemps. Qu’il s’agisse d’idéaux d’amour, de famille, de justice… aucun n’a résisté.