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Langue allemande

En route vers Okhotsk, Eleonore Frey

Ecrit par Marc Ossorguine , le Vendredi, 16 Février 2018. , dans Langue allemande, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Quidam Editeur

En route vers Okhotsk, février 2018, trad. allemand, Camille Luscher (Unterweg nach Okhotsk, 2014, Engeler Verlag), 152 pages, 16 € . Ecrivain(s): Eleonore Frey Edition: Quidam Editeur

 

Peur de regarder la vérité en face. Parce que tu crois que la vérité existe ? demande-t-elle oubliant pour un instant de quoi est faite cette vérité-là. Ça ne te ressemble pas : toi et la vérité ! La vérité, peut-être pas, mais des vérités, si, rétorque-t-il. Autant que tu veux. A chaque jour sa nouvelle vérité jusqu’au Jugement Dernier.

La Sibérie et les terres extrêmes du continent, quelque part au bord des glaces, rares sont ceux qui y ont mis les pieds. Pour autant, l’imaginaire sur ces espaces perdus, désolés, est souvent des plus forts, occupant l’espace frontière entre la réalité, l’imaginaire et le rêve. Un rêve qui peut prendre des allures de cauchemar mais qui n’en est pas moins un rêve, avec ses ambiguïtés et ses énigmes. Il y a ainsi, quelque part vers les limites de la terre et de l’eau, de la lumière et de la nuit, de la civilisation et du néant, les rives de la mer d’Okhotsk, quelque part entre l’Alaska et le Japon, ces terres que l’on place aux deux extrémités de nos mappemondes, dans la marge que l’on oublie entre l’extrême est et l’extrême ouest.

Le Temps des immortelles, Karsten Dümmel

Ecrit par Philippe Chauché , le Vendredi, 17 Novembre 2017. , dans Langue allemande, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Quidam Editeur

Le Temps des immortelles, mars 2017, trad. allemand et notes, Martine Rémon, 16,50 € . Ecrivain(s): Karsten Dümmel Edition: Quidam Editeur

 

« Ils ne viendraient pas. A quoi bon, d’ailleurs ? Il n’y avait rien à découvrir. Il n’avait cessé d’entendre les rumeurs les plus absurdes. Des récits différents selon chacun. A moitié vrais, en partie inventés de toute pièce : des policiers brutaux et des informateurs aux écoutes occuperaient des appartements vides ».

« Le but est d’atteindre un degré d’insécurité provoquant chez la cible l’impression qu’elle ne contrôle plus sa vie ».

Le Temps des immortelles est un roman glacial venu de l’Est figé de Berlin. Roman de surveillance et de désintégration d’Arno K. Le roman de l’Avenir Radieux sans masque. Arno K travaille à l’usine et écrit, quand il le pouvait encore, il voyageait, et ramenait de ses escapades quelques livres, autant de preuves accablantes : Chamalov, Kopelev, Kundera, Orwell, Pasternak, toute une littérature de renégats.

Les Insatiables, Gila Lustiger

Ecrit par Marc Ossorguine , le Mercredi, 04 Octobre 2017. , dans Langue allemande, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Actes Sud

Les Insatiables (Die Schuld der Anderen, 2015, Berlin Verlag), trad. allemand Isabelle Liber, . Ecrivain(s): Gila Lustiger Edition: Actes Sud

 

Cet Insatiables n’est pas annoncé pas son éditeur comme un roman noir ou policier, et pourtant il y est question de crime, de corruption et d’investigation. Ce n’est certainement pas un essai et pourtant on y trouve de vraies réflexions et hypothèses sur plusieurs aspects de la société française. Cela se passe en France, à Paris, en Normandie et en Auvergne, mais l’auteure est allemande et écrit en allemand. Ce n’est pas un premier roman mais c’est un premier polar qui n’en est pas un… Cela commence à faire bien des raisons de s’intéresser de près à cet objet littéraire un peu atypique. Nous pourrions encore ajouter que l’auteure est journaliste et installée en France depuis 30 ans mais que Les Insatiables est un vrai roman, et que si c’est quand même un peu un polar, les policiers sont plutôt des personnages « secondaires » qui ne s’occupent pas vraiment de l’affaire ou qui ont pris leur retraite. Ajoutons avant d’aller plus loin que sa lecture a empêché le poly-lecteur que je suis de se tourner vers un seul autre titre avant de l’avoir achevé (ce qui est plutôt rare).

L’Etang et Félix, Robert Walser

Ecrit par Didier Smal , le Mercredi, 27 Septembre 2017. , dans Langue allemande, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Récits, Editions Zoe

L’Etang et Félix, juin 2016, trad. suisse allemand et allemand Gibert Musy, 96 pages, 8,50 € . Ecrivain(s): Robert Walser Edition: Editions Zoe

 

Débutons, une fois n’est pas coutume, par la célébration d’un métier en voie de disparition, comme tous ceux qui font intervenir de l’humain dans le commerce, voire font passer l’humain avant le commerce : bouquiniste. Dans la vie de tout lecteur, il y a un bouquiniste au moins, parce qu’on cherche un livre rare, épuisé, ou parce qu’on est sans le sou, et ce bouquiniste, par son manque total de lien à l’actualité (peu lui chaut la dernière sortie à la mode journalistique, de toute façon, il ne l’a pas en rayon), s’avère un véritable amoureux de la chose écrite, et un précieux conseiller en défrichage et en visite de sentiers peu battus. A titre personnel, j’ai connu deux bouquinistes de cet acabit : le lecteur que je suis devenu leur est redevable de beaucoup.

Un des deux, aujourd’hui décédé, a un jour attiré mon attention sur Robert Walser (1878-1956), en me citant la première phrase de son roman L’Institut Benjamenta (1909) : « Nous apprenons très peu ici, on manque de personnel enseignant, et nous autres, garçons de l’Institut Benjamenta, nous n’arriverons à rien, c’est-à-dire que nous serons tous plus tard des gens humbles et subalternes ».

3000 €, Thomas Melle

Ecrit par Cathy Garcia , le Lundi, 04 Septembre 2017. , dans Langue allemande, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Métailié

3000 €, mars 2017, trad. allemand Mathilde Julia Sobottke, 190 pages, 18 € . Ecrivain(s): Thomas Melle Edition: Métailié

 

Anton a eu ce qu’on pourrait appeler un accident de parcours, brillant étudiant en droit, il a comme on dit décroché, ses tentatives pour se rattraper en conduisant un taxi ont à peine ralenti la chute, une pente glissante bien arrosée à l’alcool. Denise est caissière, mère sexy et célibataire d’une fillette qui semble avoir quelques soucis de développement. 3000 € c’est le montant de la dette d’Anton pour laquelle il est sur le point de passer en procès, intenté par les banques. Dette qui roule amasse beaucoup, moins il peut payer et plus le montant enfle. 3000 € c’est le paiement que Denise attend pour avoir tourné un film porno diffusé sur le net. Anton et Denise. Ils n’ont pas grand-chose à voir l’un avec l’autre, si ce n’est que chacun dit non à sa façon. Chez Anton, cela prend la forme de renoncements, d’une fuite en avant dans les rêves. Hébergé dans un foyer, il préfère dormir carrément dehors.

Il a laissé faire. Laisser faire les choses, dans le cas d’Anton, ça équivaut à présent à une décision.

Pour Denise, c’est lutter contre sa parano qui la fait paniquer et voir des regards lubriques qui savent, qui l’ont vue, à chaque client qui passe à sa caisse. Et l’argent qui n’arrive pas…