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Langue allemande

Le Cauchemar, Hans Fallada (par Didier Smal)

Ecrit par Didier Smal , le Mercredi, 02 Février 2022. , dans Langue allemande, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Folio (Gallimard), En Vitrine, Cette semaine

Le Cauchemar, Folio, octobre 2021, trad. allemand, Laurence Courtois, 336 pages, 8,60 € . Ecrivain(s): Hans Fallada Edition: Folio (Gallimard)

 

Der Alpdruck (1947), en allemand signifie le cauchemar, mais aussi le mauvais rêve, celui dont on s’éveille en priant qu’il n’ait été qu’un moment d’égarement du cerveau, celui qui laisse en sueur et qui parfois incite à se lever, sortir de la chambre, traverser le couloir ou monter une volée de marches, et ouvrir discrètement la porte de la chambre où dorment des enfants qui ignorent tout de l’angoisse ressentie au cœur de la nuit. On prie. Et on referme, apaisé, la porte, puis on retourne au lit. Malheureusement pour l’Allemagne, malheureusement pour les Allemands montrés avec humanité dans le roman Seul dans Berlin (1947), dont Primo Levi disait qu’il était « l’un des plus beaux livres sur la résistance allemande antinazie », l’Allemagne d’après le « Renversement », celui initié par la défaite cinglante devant Stalingrad en 1942, n’est pas celle du réveil après un cauchemar : c’est celle du cauchemar continué.

Sur Dieu, Rainer Maria Rilke (par Marc Wetzel)

Ecrit par Marc Wetzel , le Mardi, 12 Octobre 2021. , dans Langue allemande, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Poésie, Arfuyen, Correspondance

Sur Dieu, septembre 2021, trad. allemand, Gérard Pfister, 123 pages, 14 € . Ecrivain(s): Rainer Maria Rilke Edition: Arfuyen

 

Cinq lettres (datées de 1915 à 1925 – Rilke meurt en 1926) sont ici réunies, écrites à des correspondants divers – auxquels Rilke fait l’honneur de confier quelque chose, et dont il sait mériter déjà la confiance. Pas nécessairement des très proches, mais gens tels qu’ici ses efforts de comprendre leur (et nous) parlent en amis. La tonalité d’ensemble de ces lettres est en effet, familièrement, plutôt ceci : des conseils (spirituels) d’ami.

Car ici, incontestablement, Rilke est moins poète que penseur : il tente de dévoiler (de restituer) la réalité de Dieu derrière ses apparences, alors que chanter Dieu en poète, en artiste, ce serait forger une apparence réussie (stylistiquement, imaginativement, expressivement réelle – et seulement une de plus !) du divin, et il ne le fait pas : une œuvre verbale enrichirait notre expérience de Dieu, mais la compliquerait d’autant. Alors Rilke, sans composer, pense – mais, autre surprise, sans philosopher, sans éclairer conceptuellement notre approche du divin, mais plutôt en purifiant notre accès à lui. Avant même de chercher l’être de Dieu, Rilke veut s’assurer (comme Eckhart, par exemple) que c’est bien Dieu seul que nous y cherchons, et (comme Augustin) pour Lui que nous le tentons.

La huitième vie (pour Brilka), Nino Haratischwili (par Patryck Froissart)

Ecrit par Patryck Froissart , le Vendredi, 01 Octobre 2021. , dans Langue allemande, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Folio (Gallimard)

La huitième vie (pour Brilka), Nino Haratischwili, août 2021, trad. allemand, Barbara Fontaine, Monique Rival, 1200 pages, 12,90 € Edition: Folio (Gallimard)

La huitième vie est une saga familiale d’une rare intensité dramatique qui couvre mille-deux-cents pages et qui court de 1917 à 2007.

L’histoire, dont la destinataire annoncée par la narratrice est la jeune Brilka, le plus récent rejeton du clan, commence avec la vie de l’ancêtre Ketevan, le patriarche, pâtissier chocolatier dans une petite ville de Géorgie, pays où se situe, tout au cours du récit, le centre de rayonnement narratif qui exerce sur la totalité des personnages une indestructible attraction centripète, même si certains d’entre eux, à un moment donné de leur existence, se sentent passagèrement animés par des forces centrifuges.

Ketevan a inventé une recette de chocolat qui fait tourner les têtes, remue les estomacs et ravit tous les sens mais dont la confection et la consommation, qui doivent rester exceptionnelles, sont potentiellement annonciatrices de grands malheurs. Il en garde précieusement le secret, ne la transmettant, sur serment de ne jamais en dévoiler les ingrédients, qu’à l’aînée de ses filles, Stasia.

Perturbation, Thomas Bernhard (par Patryck Froissart)

Ecrit par Patryck Froissart , le Vendredi, 17 Septembre 2021. , dans Langue allemande, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Gallimard

Perturbation, Thomas Bernhard, trad. allemand, Bernard Kreiss, 220 pages, 9,50 € . Ecrivain(s): Thomas Bernhard Edition: Gallimard

 

Sombre journée ! Sombres pensées auxquelles est livré le narrateur ! Sombre tournée que, jeune étudiant autrichien, il effectue avec son père, médecin de campagne, qui l’a invité à l’accompagner dans l’itinéraire tortueux et bourbeux de ses visites habituelles à des patients repoussants dont l’état de morbidité, l’existence bornée, le rapport au monde, le mal-être latent, la méchanceté naturelle et les propos décalés plongent le lecteur dans un malaise permanent, oppressant et… prenant.

« Maintenant, dit [mon père], il emmenait plus souvent son fils, c’est-à-dire moi, il me fallait apprendre à connaître le monde, c’était absolument indispensable ».

Sombres décors, sombre vallée, sombre café, sombre moulin, sombres habitations, sombre château enfin, perché en haut de nulle part et surtout sombres spécimens de l’espèce humaine : tels sont les divers éléments de ce poignant itinéraire narratif, tel est le monde que le médecin veut que son fils connaisse.

« Il y avait en effet plus de brutes et de criminels à la campagne qu’à la ville. A la campagne, la brutalité tout comme la violence étaient fondamentales ».

L’Œil immuable, Oskar Kokoschka (par Charles Duttine)

Ecrit par Charles Duttine , le Lundi, 13 Septembre 2021. , dans Langue allemande, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Arts, L'Atelier Contemporain

L’Œil immuable (Articles, conférences et essais sur l’art), Oskar Kokoschka, avril 2021, trad. allemand, Régis Quatresous, 456 pages, 25 € Edition: L'Atelier Contemporain

A l’école de la peinture

C’est un plaisir étrange que de fréquenter les œuvres des grands peintres. On y découvre toutes sortes d’univers, des créations marquées par un tempérament, ou encore des visions du monde où le regard joue un rôle essentiel. On apprend, avec eux, à voir ce qui nous entoure, nous qui sommes si souvent borgnes ou franchement aveugles en ce monde. C’est une riche école où il est question de formes et de vibrations, de lumières, de contrastes ou du feu intérieur des couleurs. Les peintres savent nous suggérer l’impalpable, l’intelligible ou le presque rien. Nous avons beaucoup à apprendre d’eux.

C’est ce à quoi l’on pense en lisant la publication des éditions L’Atelier contemporain, L’Œil immuable, ouvrage qui réunit des textes d’Oskar Kokoschka parus entre 1910 et les années 60. On y découvre que le grand artiste autrichien ne fut pas simplement peintre, contemporain de Klimt, acteur de l’expressionnisme naissant dans la Vienne du début du XXème, mais qu’on lui doit aussi une œuvre littéraire assez fournie. Des récits autobiographiques, des textes purement littéraires (poèmes et drames), des écrits politiques et des essais sur l’art. Ce sont ces derniers que rassemble l’ouvrage L’Œil immuable.