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Babel (Actes Sud)

Platonov, Anton Tchekhov

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Jeudi, 20 Novembre 2014. , dans Babel (Actes Sud), Les Livres, Critiques, La Une Livres, Russie, Théâtre

Platonov, traduction André Markowicz et Françoise Morvan, octobre 2014, 390 pages, 5,70 € . Ecrivain(s): Anton Tchekov Edition: Babel (Actes Sud)

 

Platonov, cette pièce de jeunesse de Tchekhov, commencée en 1878, dont le titre perdu serait vraisemblablement Bezotsovchtchina (néologisme à connotation péjorative que l’on peut traduire par « l’absence de pères »), ne fut publiée de manière posthume qu’en 1923 et fut longtemps jugée injouable du fait de sa longueur. Sa première traduction française, publiée en 1962, par Elsa Triolet, ne retint qu’une version courte résultant de trois strates de correction de l’auteur et gommant de plus les supposées lourdeurs et maladresses, les « acrobaties stylistiques » de Tchekhov qui, avec ces nombreux points d’exclamation et de suspension et ces pauses figurant des « moments d’unisson dans le silence », constituent la caractéristique essentielle de son écriture.

C’est dire si cette traduction intégrale d’André Markowicz et de Françoise Morvan publiée en 2004, et enfin rééditée chez Babel en octobre 2014, constitua un événement. Car replaçant entre crochets les passages supprimés et donnant en notes toutes les variantes, les traducteurs s’y montrèrent également soucieux de respecter au plus près le rythme et les intonations qui impulsent le mouvement et précisent le sens, tous ces contrastes induits notamment par les variations de registres de langue, toutes ces inclusions de dialectes ou de langues étrangères et ces citations, toutes ces répétitions et ces motifs récurrents qui n’ont rien d’anodin.

Cherchez la femme, Alice Ferney

Ecrit par Sophie Galabru , le Jeudi, 30 Octobre 2014. , dans Babel (Actes Sud), Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Cherchez la femme. Réédition 10/2014. 702 p. 11 € . Ecrivain(s): Alice Ferney Edition: Babel (Actes Sud)

 

A travers un récit transgénérationnel décliné selon deux grandes histoires d’amour, Alice Ferney entreprend un vaste roman et une analyse psychologique du couple, de ses débuts à son délitement. Racontant l’histoire de Serge Korol à partir de la seconde moitié du livre, l’auteur déploie d’abord patiemment celle de ses parents, de leur rencontre, des motivations secrètes, sous-tendu par un principe psychanalytique bien connu : le passé de nos aïeux, et de nos parents pèse de toute sa force sur notre éducation, notre enfance, nos projets, nos désirs, et nos choix.

Dès lors, Alice Ferney revient sur cette première intrigue amoureuse, celle des parents de Serge : Nina Javorsky, fille et petite-fille de mineurs polonais et Vladimir Korol ingénieur de la mine. A travers les lignes, l’auteur entend moins décrire le présent des protagonistes pour ce qu’il est que pour le résultat de facteurs conjugués dont il résulte : nulle vérité romanesque à l’œuvre, mais le décryptage du mensonge romantique à partir du passé des êtres et des désirs qu’il sécrète. La rencontre tend donc vers sa décomposition en éléments simples : désir de s’élever socialement pour Nina Javorsky, désir de transformer un simple désir charnel en un coup de foudre pour Vladimir Korol. L’amour et le couple naissent plus souvent qu’on ne veut bien le dire de ces ingrédients dont on souhaite se cacher la simplicité :

Variétés de la mort, Jérôme Ferrari

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Mercredi, 22 Octobre 2014. , dans Babel (Actes Sud), Les Livres, Critiques, Livres décortiqués, La Une Livres, Nouvelles

Variétés de la mort, octobre 2014, 288 pages, 7,70 € . Ecrivain(s): Jérôme Ferrari Edition: Babel (Actes Sud)

 

Avec la réédition de Variétés de la mort chez Babel, les sept livres que comporte actuellement l’œuvre littéraire du lauréat du Goncourt 2012 sont désormais accessibles dans la célèbre collection de poche d’Actes Sud. Ce premier recueil publié par Jérôme Ferrari chez Albiana en 2001, dans la foulée de Prighjuneri/Prisonnier de Marc Biancarelli qu’il venait de traduire – et qui avait provoqué un scandale en Corse à sa sortie –, fut également pour l’auteur un geste iconoclaste répondant au contexte littéraire insulaire d’une époque. Mais les neuf nouvelles qu’il regroupe, écrites entre 1995 et 1999, n’en présentent pas moins un grand intérêt. Elles semblent en effet avoir été aussi le travail préparatoire des romans ultérieurs de l’écrivain dont elles annoncent les thématiques essentielles et même certains personnages. Et, si l’écriture à la tonalité humoristique souvent violemment provocatrice n’est pas encore ce style ayant fait sa renommée, il émane déjà beaucoup de compassion de plusieurs de ces textes qui revêtent parfois une douloureuse gravité. Des raisons justifiant que l’on s’attarde à l’analyse de ces nouvelles.

Seins et œufs, Mieko Kawakami

Ecrit par Frédéric Aribit , le Mardi, 10 Juin 2014. , dans Babel (Actes Sud), Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Japon

Seins et œufs, traduit du japonais par Patrick Honnoré, mars 2014, 108 pages, 6,50 € . Ecrivain(s): Mieko Kawakami Edition: Babel (Actes Sud)

 

Les touche-à-tout exaspèrent. Elle est japonaise. Diplômée de philo. Musicienne. Actrice. Romancière. Poète. Et d’autant plus exaspérante qu’elle a la beauté griffante des héroïnes futuristes d’un Enki Bilal. Seins et œufs (Chichi to Ran), son premier roman traduit en français, et qui lui avait valu le prestigieux prix Akutagawa à sa sortie, en 2007, vient de ressortir dans la collection de poche Babel. Mieko Kawakami nous ferait vraiment tout gober.

Les seins, ce sont ceux de Makiko, qui rêve, du haut de ses quarante ans, de se les faire refaire, dans cette clinique de la ville d’Osaka où elle se rend avec sa fille de douze ans, Midoriko. Installées dans le petit appartement de Natsu, la jeune sœur célibataire de Makiko, mère et fille vont partager avec elle leurs embrouilles successives, leurs disputes, leurs incompréhensions devant les questions que posent la féminité de leur corps mutant et les regards bridés de la société nippone contemporaine.

Les noces de Zeyn et autres récits, Tayeb Salih

Ecrit par Victoire NGuyen , le Samedi, 12 Avril 2014. , dans Babel (Actes Sud), Les Livres, Critiques, La Une Livres, Afrique, Nouvelles

Les noces de Zeyn et autres récits, traduit de l’Arabe (Soudan) par Anne Wade Minkowski, février 2014, 150 pages, 7 € . Ecrivain(s): Tayeb Salih Edition: Babel (Actes Sud)

 

Tayeb Salih : l’art de conter


Les noces de Zeyn et autres récits est un recueil de trois nouvelles. Il est composé d’un long récit d’environ 110 pages et de deux autres nouvelles, Le doum de Wad Hamid, et Une poignée de dattes d’une longueur extrêmement courte par rapport à la première histoire.

Dans la première nouvelle, Zeyn, un simplet du village, surprend tout le monde car il va se marier avec la plus belle fille de la région. Il s’agit de la fille du maire, sa cousine, Ni’ma. Elle est réputée pour sa beauté mais aussi pour sa moralité et son caractère bien trempé. De ce fait, comment un homme aussi laid, aussi difforme et aussi peu clairvoyant que Zeyn a pu obtenir l’amour de la jeune femme ? La nouvelle suscite jalousie et envie.