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Babel (Actes Sud)

Le Dernier Amour d’Attila Kiss, Julia Kerninon

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Mercredi, 23 Mai 2018. , dans Babel (Actes Sud), Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Le Dernier Amour d’Attila Kiss, mai 2018, 144 pages, 6,80 € . Ecrivain(s): Julia Kerninon Edition: Babel (Actes Sud)

 

Filant une métaphore guerrière tout au long de ce roman très maîtrisé, dont le héros porte un nom et un prénom résumant à eux seuls son ambition, Julia Kerninon explore le rapport amoureux avec beaucoup d’acuité, de sensibilité et de poésie, mais aussi d’humour, en mêlant la petite histoire à la grande.

Elle y raconte « l’histoire d’un amour », d’une guerre sans vainqueur ni vaincu. Celle de la rencontre de deux êtres aussi différents qu’un « lion d’Afrique » et « un sanglier européen » qui vont faire « l’expérience confondante de l’intimité partagée avec l’altérité », et de la confiance qui permet d’accepter de « déposer les armes » la tête haute.

L’histoire se déroule en 2007/2008 dans la ville de Budapest, seule survivance des splendeurs passées de la Hongrie devenue désormais « une oasis pour touristes occidentaux ». Un jour d’automne, Theodora, jeune et riche Viennoise gérant l’héritage musical de son père, un célèbre chanteur et compositeur d’opéras, investit le territoire d’Attila Kiss, un Hongrois démuni, de vingt-cinq ans son aîné, qui peint le jour et travaille la nuit comme « trieur de poussins » dans une fabrique de foie gras de la grande banlieue.

La Destruction du Parthénon, Christos Chryssopoulos

Ecrit par Marc Ossorguine , le Jeudi, 02 Mars 2017. , dans Babel (Actes Sud), Les Livres, Critiques, La Une Livres, Bassin méditerranéen, Roman

La Destruction du Parthénon, Christos Chryssopoulos, trad. grec Anne-Laure Brisac (O βομβιστής τον Παρθενώνα, 2010), 96 pages, 5,80 € . Ecrivain(s): Christos Chryssopoulos Edition: Babel (Actes Sud)

 

Difficile d’imaginer une image qui colle plus à Athènes que celle de l’Acropole et du Parthénon. Même mangé par la pollution et l’urbanisme depuis des décennies, le monument reste l’emblème de la Grèce, ignorant du cours de l’histoire, il semble avoir figé une fois pour toutes la Grèce dans son antiquité en dépit des nationalismes, des guerres, de la dictature des colonels, comme des crises socio-économiques endémiques. On peut aisément concevoir qu’un tel monument puisse aussi être une charge et un poids qui pèse de toute son histoire sur les épaules des grecs, alors qu’il ne leur appartient plus vraiment. Rien de vraiment surprenant alors que lors de la période trouble de la deuxième guerre mondiale finissante, alors que vacille la dictature en place et que s’annonce une guerre civile, des voix se fassent entendre appelant à faire table rase du passé, et à commencer par mettre à bas le Parthénon. Cet appel fut lancé en 1944, par un certain Yorgos Makris, alors âgé d’une vingtaine d’années. Un appel entendu quelques décennies plus tard par Ch. K. qui décide de passer à l’acte.

Le cocher, Selma Lagerlöf

Ecrit par Marc Ossorguine , le Mercredi, 07 Décembre 2016. , dans Babel (Actes Sud), Les Livres, Critiques, La Une Livres, Pays nordiques, Fantastique, Récits

Le cocher (Körkalen, 1912), trad. suédois Marc de Gouvenain, Lena Grumbach, 152 pages . Ecrivain(s): Selma Lagerlöf Edition: Babel (Actes Sud)

 

 

Ce récit publié peu avant la « grande guerre » est sans doute de ceux qui témoignent des derniers éclats du romantisme et du post-romantisme avant la grande bascule. Il peut aujourd’hui nous sembler vraiment appartenir à un autre temps qui serait si révolu qu’il en deviendrait pour nous exotique, quasiment incompréhensible. C’est qu’il y a quelque chose dans ce récit des danses macabres, celles mises en images par nombres de peintres au cours des siècles (de Jérôme Bosch à Holbein, pour n’en citer que deux), par des musiciens au cours des grandes années du romantisme (Saint-Saëns ou Franz Liszt, par exemple). S’y ajoute la touche moraliste propre à cette époque, que l’on peut aussi trouver désuète et bien mélodramatique, et qui n’est pas sans rappeler le ton d’une autre grande plume scandinave, celle d’Andersen.

Danser les ombres, Laurent Gaudé

Ecrit par Zoe Tisset , le Samedi, 03 Décembre 2016. , dans Babel (Actes Sud), Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Danser les ombres, 250 pages, 7,80 euros. . Ecrivain(s): Laurent Gaudé Edition: Babel (Actes Sud)

 

Laurent Gaudé à travers ce roman  rend hommage à Haïti et à sa population. Il en trace une cartographie emplie d’humanité, de courage, sans pour autant tomber dans le misérabilisme. Ici, ce sont encore les liens humains qui priment, malgré les manœuvres et les turpitudes politiques. Lucine, arrive de Jacmel à Port-au-Prince pour y annoncer un décès. Mais très vite, elle prend conscience qu’elle ne pourra plus repartir de cette ville où elle a vécu les révoltes estudiantines. « Elle était là, elle, au milieu de tout cela, et elle sentait qu’elle retrouvait non seulement sa ville, puante, grouillante, frénétique, mais aussi sa propre existence. » Gaudé montre aussi à travers des vies et des personnages qui se croisent les différences sociales énormes de ce pays. «La grande porte du grillage s’ouvre enfin et Saul découvre ce qu’il ne pensait pas possible à Port- au-Prince : un vaste parc en terrasse, verdoyant, où des petites allées de graviers serpentent à travers les manguiers, descendent en escalier jusqu’à une immense villa qui domine la ville (….). Le vrai luxe pense t-il à cet instant, c’est d’échapper aux regards. Dans cette ville où tout le monde vit dehors, où l’on peut assister- le temps d’une promenade- à des disputes, des parties de cartes entre amis, des bains de nourrissons, le vrai pouvoir, c’est se soustraire aux yeux des autres. »

A l’origine, notre père obscur, Kaoutar Harchi

Ecrit par Patryck Froissart , le Mardi, 22 Novembre 2016. , dans Babel (Actes Sud), Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

A l’origine, notre père obscur, août 2016, 164 pages, 6,80 € . Ecrivain(s): Kaoutar Harchi Edition: Babel (Actes Sud)

 

Ce roman sombre, ténébreux, dont la tonalité est donnée d’emblée par le caractère énigmatique du titre et, par connotation, par le qualificatif obscur qui y figure, est un constat terrible de l’obscurantisme socio-religieux qui règne dans certaines régions et qui se répand insidieusement dans d’autres.

La narratrice est tout au long du récit, successivement et progressivement, une enfant, une fillette, une jeune fille, une femme. La métamorphose est lente, douloureuse, anormale.

Car cette enfant, cette jeune fille, vit recluse depuis sa naissance, avec sa mère, dans « la maison des femmes », une prison sans serrure où les maris ou les pères conduisent leur femme ou leur fille pour les punir d’une quelconque prétendue faute susceptible de porter l’opprobre sur eux-mêmes et sur leur parentèle.