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Le Tripode

 

Le Tripode est une maison d'édition de littératures au service d'auteurs dont elle admire la seule liberté possible : privilégier la sensibilité aux doctrines, le cheminement de l’imaginaire à l'immédiateté du discours. Le lyrisme de Jacques Abeille, l'exigence de Robert Alexis, l’irrévérence d’Edgar Hilsenrath, l’iconoclasme d’Andrus Kivirähk, l'espièglerie de Jacques Roubaud, la virtuosité de Juan José Saer, le désir sans limite de Goliarda Sapienza, la rigueur de Jonathan Wable, la lucidité de Louis Wolfson ou encore la fantaisie de Fabienne Yvert ?... voilà quelques-uns des regards rassemblés ici qui, de façon salutaire, nous sortent de la marche ordinaire du monde.

 

L’Art de la joie, Goliarda Sapienza

Ecrit par Mélanie Talcott , le Samedi, 13 Mai 2017. , dans Le Tripode, Les Livres, Critiques, Livres décortiqués, La Une Livres, Roman, Italie

L’Art de la joie, octobre 2016, trad. italien Nathalie Castagné, 800 pages, 14,50 € . Ecrivain(s): Goliarda Sapienza Edition: Le Tripode

 

Goliarda Sapienza, une Punk avant l’heure…

L’art de la joie est une manière d’être au monde. Accepter l’existence telle qu’elle est par un lâcher-prise constant, ce que d’aucuns nomment actuellement l’esprit d’enfance. Rester serein quelles que soient les tempêtes auxquelles l’on s’affronte. Et surtout, ne jamais perdre cette foi incorruptible aussi irrévérencieuse que jubilatoire en la vie qu’il nous est donné à chacun de vivre plutôt que de la subir, cette foi qui est le sésame de la liberté individuelle et intérieure dont nous usons en général si peu.

Car c’est bien de cela dont parle Goliarda Sapienza, véritable Punk avant l’heure, dans L’art de la joie dont la rédaction lui a demandé dix ans (de 1967 à 1976). De son vivant (elle est décédée en 1996), le manuscrit fut refusé par tous les éditeurs. On peut le comprendre. Son auteur, aussi fantasque que son personnage, Modesta, a l’audace de faire sauter les cadenas de la construction littéraire normative, peut-être parce que Goliarda Sapienza est convaincue que « le mal réside dans les mots que la tradition a voulu absolus, dans les significations dénaturées que les mots continuent à revêtir. Le mot amour mentait, exactement comme le mot mort. Beaucoup de mots mentaient, ils mentaient presque tous ».

Anguille sous roche, Ali Zamir

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Jeudi, 08 Septembre 2016. , dans Le Tripode, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, La rentrée littéraire

Anguille sous roche, septembre 2016, 320 pages, 19 € . Ecrivain(s): Ali Zamir Edition: Le Tripode

Dans l’océan indien déchaîné, Anguille, 17 ans, sœur jumelle de Crotale et fille de Connaît-tout, pêcheur comorien pseudo moraliste et philosophe réduisant l’existence à des formules creuses, est en train de se noyer. « Fourgonnant le passé » dans le laps de temps qu’il lui reste, elle entreprend de « [se]déboutonner jusqu’au vertige du sommeil éternel », de raconter les secrets de sa vie anguillaire née de la mer et retournant à la mer, ces secrets habituellement cachés sous le silence et l’obscurité de la roche. Une histoire d’amour déçu, d’amour trompé se répétant à l’infini, illustration de la voracité des hommes qui, dominés par leur esprit ou leur corps, oublient qu’entre « tête et cul » se trouve un cœur.

Il s’agit de se faire entendre, de crier sa liberté et sa singularité, de montrer qu’elle a existé, qu’elle « a choisi [sa]vie et [ses] actes », qu’elle a été l’actrice de sa propre tragédie sur cette « scène obscure du monde », plutôt que de quitter cette dernière avec amertume « comme une abrutie qui a mal joué [son] rôle ». Car dans ce monde qui n’a pas de fin, « les acteurs doivent obligatoirement déserter en se faufilant dans les coulisses » et autant le faire « avec un goût de sucré dans la gorge ». C’est dire l’importance pour elle de capter l’attention de son auditoire et de la garder tout au long de son récit. L’urgence aussi de l’entreprise si elle veut la mener à terme avant de « tomber dans [son] dernier sommeil ».

L’homme qui savait la langue des serpents, Andrus Kivirähk

Ecrit par Benjamin Dias Pereira , le Jeudi, 18 Septembre 2014. , dans Le Tripode, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Pays de l'Est, Roman

L’homme qui savait la langue des serpents, traduit de l’estonien par Jean-Pierre Minaudier, 440 p. 23,00 € . Ecrivain(s): Andrus Kivirähk Edition: Le Tripode

 

À travers fables et légendes, Andrus Kivirähk nous propose avec ce roman de revenir sur tout un pan de l’histoire et du folklore estoniens, d’une culture qui s’efface peu à peu et subit au XIIIe siècle les apports et les assauts des Germains venus christianiser les contrées sauvages de la Baltique.

Au moment où notre intrigue commence, la forêt se dépeuple, les habitants préférant rejoindre le village et la prétendue civilisation. La solitude gagne ainsi les arbres et le jeune Leemet devient l’un des seuls représentants de ce peuple sylvestre qui vit en harmonie avec la faune et la flore. Il est alors entouré de son oncle, dont le dernier héritage fut justement l’apprentissage de cette langue des serpents – langage universel qui permet de communiquer avec les animaux –, de sa mère et de sa sœur, qui à défaut d’homme s’est éprise d’un ours – autre plantigrade de la forêt –, d’un vieux fou gardien des anciens cultes et enfin de Tambet qui déteste notre héros, de sa femme et leur fille qui est plutôt insipide aux yeux de l’adolescent. Et que serait Leemet sans Ints, son ami, un serpent avec qui il s’aventure à l’orée du monde moderne, espionner ces villageois qui l’intriguent et leurs coutumes qu’il méprise autant qu’elles le fascinent.