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Amérique Latine

Le deuxième voeu, Ramon Diaz-Eterovic

Ecrit par Françoise Quillier , le Lundi, 22 Avril 2013. , dans Amérique Latine, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Métailié

Le deuxième Vœu, traduit (Esp. Chili) par Bernardo Toro, avril 2013, 350 pages, 18 € . Ecrivain(s): Ramon Diaz-Eterovic Edition: Métailié

 

Le nouveau client du détective Heredia l’a chargé d’une mission apparemment simple : retrouver son père. Les deux hommes se sont brouillés à cause de leurs divergences politiques. Au moment du coup d’état, le fils est parti en exil et vit toujours à l’étranger. Après des années d’intransigeance mutuelle, il a décidé de revenir à Santiago pour renouer avec ce père maintenant âgé. Mais le vieillard semble jouer à cache-cache avec le détective que d’autres énigmes en même temps taraudent, celles de ses origines : élevé à l’orphelinat depuis la mort précoce de sa mère, il ignore jusqu’au nom de son géniteur. Comment se situer par rapport à ces pères d’une façon ou d’une autre absents ? Quelle transmission reste possible ? Dans un pays qui, comme le Chili, a connu la rupture historique du coup d’état, la question est particulièrement sensible.

Enigme du temps qui passe. Heredia en relève les empreintes sur son propre corps qui s’alourdit et se ride, dans les maisons de retraite où croupissent les vieillards. Mais aussi dans la ville où les anciens quartiers cèdent la place à de froides constructions. Dans les façons de vivre, dans les amours qui ne sont plus que souvenirs. Peut-on revenir sur le passé, renouer ou réparer ?

Un jambon calibre 45, Carlos Salem

Ecrit par Yan Lespoux , le Jeudi, 28 Mars 2013. , dans Amérique Latine, Les Livres, Recensions, Polars, La Une Livres, Roman, Actes Noirs (Actes Sud)

Un jambon calibre 45, trad. espagnol (Argentine) Claude Bleton, Février 2013, 341 p. 22 € . Ecrivain(s): Carlos Salem Edition: Actes Noirs (Actes Sud)

 

Nicolas Sotanovsky, argentin exilé à Madrid, a la surprise, à son réveil, de se trouver nez à nez avec l’immense Serrano et son calibre 45. Il apprend alors qu’il a une semaine pour retrouver Noelia, propriétaire de l’appartement dans lequel il vient de s’installer et qu’il n’a jamais vu, sans quoi il aura le malheur de goûter au 45 de Serrano. Le voilà donc parti pour une errance à travers un Madrid caniculaire aux côtés de la belle Nina et avec pour chaperon ce gros jambon calibre 45 qui ne les quitte pas d’une semelle. L’occasion de croiser un détective désespéré, un chat de gouttières philosophe, des chauffeurs de taxis adeptes de tangas et quelques tueurs.

Comme de coutume chez Salem, l’intrigue débridée et dénuée de toute crédibilité est prétexte à une réflexion de fond sur l’identité. Dans Aller simple, premier roman de l’auteur, Octavio Rincón se voyait changer (très intimement) après la mort de sa femme et rencontrait même un hypothétique Carlos Gardel errant dans le désert marocain ; dans Nager sans se mouiller, Juanito Pérez Pérez, propulsé dans un camp naturiste, avait bien du mal à dissimuler sa double vie et sa double identité ; dans Je reste roi d’Espagne, enfin, Txema, détective spécialiste du déguisement, partait avec le roi d’Espagne à la recherche de l’enfant que ce dernier avait été.

La servante et le catcheur, Horacio Castellanos Moya

Ecrit par Marie Elora Bernard , le Jeudi, 14 Mars 2013. , dans Amérique Latine, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Métailié

La Servante et le Catcheur, Trad. de l'espagnol (Honduras) par René Solis, 235 p. 20 € . Ecrivain(s): Horacio Castellanos Moya Edition: Métailié

 

 

Horacio Castellanos Moya est le genre d’auteur que l’on rencontre assez peu en France. Il a grandi entre le Honduras et le Salvador. Après une dizaine de romans publiés dont sept ont été traduits en français, il se révèle que l’auteur, nous offrant ainsi une œuvre d’une grande cohérence, est préoccupé par une chose : la dénonciation d’une violence endémique en Amérique Centrale. Alors que, dans les premiers romans, ce thème est traité avec un humour noir indéniable, il est affronté plus directement avec Effondrement (Les Allusifs, 2010) puis avec La servante et le catcheur.

Avec ce roman, nous partons pour 48 longues heures au San Salvador durant la guerre civile qui fait rage à la fin des années 1970. Kidnapping, viols et tortures sont monnaie courante et le danger est à tous les coins de rues.

Horacio Castellanos Moya offre quatre points de vue à son histoire :

L'art de la résurrection, Hernan Rivera Letelier

Ecrit par Martine L. Petauton , le Mercredi, 06 Février 2013. , dans Amérique Latine, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Métailié

L’art de la résurrection, trad. de l’espagnol (Chili) Bertille Ausberg, 228 p. 19 € . Ecrivain(s): Hernan Rivera Letelier Edition: Métailié

Il y a des moments de grâce. Celui d’être entré dans ce livre en est un. Pur et complet « repas de littérature » ; quelque chose de la découverte d’un vin exceptionnel ; on sort avec l’état joyeux de la presque ivresse, la dernière page tournée ; un goût particulier qui reste sur les lèvres, qu’on n’oubliera pas ; une envie immédiate de partager avec ceux qu’on aime ; bref, un grand cru que ce bouquin !

Une magie qui s’inscrit d’emblée dans la grande littérature sud-américaine. Ce livre et son histoire, ses énormités, ses fantasmes ; odeurs et couleurs, ne peut appartenir qu’à la haute lignée des Garcia Marquez, et autres Alejo Carpentier ; Isabel Allende, et ses figures habitées aussi, du reste. Mais, Garcia Marquez, surtout, pour le son « barocco » et, pour cette histoire, quasi « hors sol »… Baroque est le mot qui passe en tête, tout au long du fleuve dépaysant de L’art de la résurrection. Typique opposition entre un fond de tableau unicolore et immobile (là, couleur-désert), et la multitude des personnages loufoques et agités, mélangeant allègrement réel et imaginaire.

Sobre est le décor : désert du Chili du nord ; concessions de salpêtre, à quelques encablures d’Antofagasta. « Toute la sphère du ciel était une solitude bleue, sans la moindre possibilité de petit nuage égaré loin de son troupeau blanc. C’était dimanche dans le désert, et dès le matin, la journée menaçait d’embraser les quatre coins de l’horizon : il allait faire une chaleur d’enfer ».

Tes yeux dans une ville grise, Martin Mucha

Ecrit par Guy Donikian , le Mardi, 08 Janvier 2013. , dans Amérique Latine, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, La rentrée littéraire, Asphalte éditions

Tes yeux dans une ville grise, 10 janvier 2013, 16 €, 192 p . Ecrivain(s): Martin Mucha Edition: Asphalte éditions

 

 

Martin Mucha offre avec ce roman singulier et attachant un panorama kaléidoscopique d’une époque et d’une ville. L’époque est la fin du vingtième siècle, la ville est Lima, une ville qu’il traverse chaque jour et qui lui donne l’occurrence d’une perception plurielle du monde urbain. Si Jeremias, le narrateur, nous fait voyager dans la capitale péruvienne de long en large, Lima est le personnage principal du texte. Deux moyens de transport sont privilégiés en raison de la modicité du coût, le bus et le combi. « A voir les gens derrière les vitres du bus, on dirait qu’ils sont attrapés dans un écran ». Vision du monde urbain qui n’offre aucun attrait, sauf à considérer les populations comme canalisées par une force qui les contraint. Jeremias n’aime pas sa ville, d’autant moins qu’elle sécrète des « prophètes », tel ce « cinglé qui monte dans le bus pour disserter sur la société et la folle religion qui est la sienne ».