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Amérique Latine

Ce que nous avons perdu dans le feu, Mariana Enriquez

Ecrit par Cathy Garcia , le Jeudi, 23 Février 2017. , dans Amérique Latine, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Nouvelles

Ce que nous avons perdu dans le feu, Éditions du sous-sol, janvier 2017, trad. Espagnol (Argentine) Anne Plantagenet, 240 pages, 18 € . Ecrivain(s): Mariana Enriquez

Étranges, effrayantes, macabres ou le plus souvent même sordides, ces nouvelles de Mariana Enriquez ne peuvent laisser indifférent. Narrées pour une majeure partie d’entre elles à la première personne, elles nous enfoncent dans les côtés les plus obscurs de l’Argentine, à Buenos Aires le plus souvent, dans un contexte urbain et déshumanisé, où la pauvreté avance comme une gangrène. On peut penser effectivement à l’Uruguayen Quiroga ou même au Bolivien Oscar Cerruto, mais Mariana Enriquez possède une griffe très personnelle et très contemporaine. Ici le glissement vers le fantastique ou plutôt vers l’horreur surnaturelle, ce qu’on appelle le réalisme magique dans la littérature sud-américaine, est clairement un prétexte pour évoquer ou rappeler des faits qui n’ont rien de surnaturel, si ce n’est que leur cruauté semble absolument inhumaine. Que ce soit des cauchemars et des spectres d’une dictature et ses disparus qu’on ne peut faire que semblant d’oublier ou la violence effroyable d’une société où tous les pouvoirs qui se suivent sont corrompus, la misère, les bidonvilles, les ravages de la drogue, la sexualité prédatrice, le trafic d’enfants, la torture, les humiliations, l’exploitation, la pollution, les maladies, les difformités, la folie et la noirceur de l’âme, parfois érigées en culte. C’est de souffrance dont il est question, non pas seulement de la souffrance humaine, mais de la souffrance de tout le vivant.

Les dénonciateurs, Juan Gabriel Vasquez

Ecrit par Victoire NGuyen , le Samedi, 07 Janvier 2017. , dans Amérique Latine, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Seuil

Les dénonciateurs, trad. espagnol (Colombie) Claude Bleton, 342 pages, 21,50 € . Ecrivain(s): Juan Gabriel Vásquez Edition: Seuil

 

Père et fils face à l’Histoire

Lorsqu’il publie son roman Une vie en exil, sur les Allemands qui ont émigré en Colombie pendant la Seconde Guerre Mondiale, Gabriel Santoro met en lumière une page douloureuse et peu glorieuse de l’histoire colombienne mais aussi de l’Allemagne. En effet, il relate la vie des Allemands exilés en Colombie pendant la guerre. Ils tentent de refaire leur vie tant bien que mal. Ils ouvrent des commerces ou deviennent gérants d’hôtels comme le père de Sara. Dans cet hôtel, baptisé la Nueva Europa, Sara et son père voient passer des clients de nationalités différentes mais aussi des personnalités. Ils assistent aussi aux nouvelles venant d’Europe. Cependant, dans cet hôtel, ils sont témoins malgré eux des discussions de certains Allemands nostalgiques du régime Nazi. Ces derniers n’hésitent pas à organiser des réunions et soutiennent ouvertement le Reich. Et c’est dans ce contexte de suspicion, de haine et de confusion qu’arrive le drame…

Brève Histoire de Sept Meurtres, Marlon James

Ecrit par Didier Smal , le Samedi, 08 Octobre 2016. , dans Amérique Latine, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Albin Michel, La rentrée littéraire

Brève Histoire de Sept Meurtres, août 2016, trad. anglais (Jamaïque) Valérie Malfoy, 864 p. 25 € . Ecrivain(s): Marlon James Edition: Albin Michel

 

 

Dire qu’on aime le reggae est parfois problématique ; des sourires en coin naissent, des clichés surgissent, faits de bandes vertes, jaunes et rouges, de cigarettes améliorées, d’une certaine indolence. Le mieux est de hausser les épaules et ne pas tenter d’expliquer que cette musique est bien plus complexe qu’un quelconque ramassis de clichés, et qu’on peut écouter Bob Marley sans nécessairement prononcer son prénom de façon alanguie, la bouche pâteuse, mettre de côté les paroles de ses chansons ou omettre qu’il est l’arbre qui cache une forêt sinueuse au possible. Le reggae n’est pas une musique de fumeurs de joints, c’est une musique fine et intelligente qui, à l’image de la soul par exemple, reflète aussi des réalités sociales parfois terribles, surtout dans sa composante roots, durant la seconde moitié des années soixante-dix (pour simplifier à outrance). On se retrouve ainsi à danser sur des chansons telles que Peace & Love In The Ghetto, de Johnny Clarke, ou Tribal War, de George Nooks. La première de ces deux chansons dit ceci entre autres :

Histoire d’un chien mapuche, Luis Sepulveda (Deux critiques)

Ecrit par Didier Bazy, Cathy Garcia , le Vendredi, 07 Octobre 2016. , dans Amérique Latine, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Métailié, La rentrée littéraire, Contes

Histoire d’un chien mapuche (Historia de un perro llamado Leal), traduit de l’espagnol (Chili) par Anne-Marie Métailié, octobre 2016, Illustrations Joëlle Jolivet, 95 pages, 12 € . Ecrivain(s): Luis Sepulveda Edition: Métailié

 

Critique de Didier Bazy

 

L’histoire d’un chien mapuche est un conte philosophique. Le titre original, histoire d’un chien nommé Loyal, en donne d’emblée l’indication thématique : loyauté, fidélité, devoir. Devoir, valeur première, comme le devoir d’obéissance et de respect. La fidélité ensuite, à condition qu’elle ne soit pas trop « bête ». La loyauté enfin comme valeur la plus haute même si souvent discrète…

Ce conte philosophique est aussi une histoire morale qui ne fait pas la morale. Sepulveda n’a rien à voir avec La Fontaine ou Walt Disney, il relèverait plutôt de Diogène, le cynique, le chien, le grand naturaliste. Conte cynique au sens strict. Le cynisme comme ancêtre du stoïcisme. Le cynisme comme théorie de la réduction des besoins.

De quoi avons-nous vraiment besoin ? est la grande question cynique. Et la belle réponse est : pas grand-chose… un peu d’eau fraîche.

La peine capitale, Santiago Roncagliolo

Ecrit par Philippe Leuckx , le Jeudi, 15 Septembre 2016. , dans Amérique Latine, Les Livres, Critiques, Polars, La Une Livres, Roman, Métailié

La peine capitale, avril 2016, trad. espagnol François Gaudry, 382 pages, 20 € . Ecrivain(s): Santiago Roncagliolo Edition: Métailié

 

Quatrième livre d’un jeune auteur (né à Lima en 1975), déjà fêté pour son premier roman Avril rouge (2008), ce thriller politico-social entraîne le lecteur dans un imbroglio haut en couleur, dont le contexte est admirablement bien rendu. Sur fond de Mundial 1978 au Pérou, quand les activités publiques et privées sont réduites à leur plus simple expression, puisque tout le monde suit à la télévision les retransmissions des matches, un simple employé, assistant aux archives du Palais de Justice de Lima, enclenche presque sans le savoir une mécanique d’enquêtes, d’éclaircissements, de courses poursuites, et tout ça à partir d’un document mal classé, petite boule de neige de papier qui va huiler toute une intrigue.

Ce petit employé s’appelle Félix Chacaltana. Il vit encore chez sa mère, très dominatrice, très pieuse, très encombrante. Il a un directeur des archives qui passe le plus clair de son temps à regarder le foot. Félix est bien le seul à se préoccuper de son travail, et il doit joliment emmerder tout son petit monde par ce que les autres appellent des lubies : marottes de classement, souci précautionneux de ne pas faire de gaffes ; bref un employé modèle dans un monde qui s’en fout, endormi dans les conventions, assommé par la chaleur et anesthésié par le Mundial, sans parler bien sûr de la chape de plomb du régime militaire qui voit des subversifs partout.