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Amérique Latine

L’Echange, Eugenia Almeida

Ecrit par Claire Mazaleyrat , le Lundi, 22 Août 2016. , dans Amérique Latine, Les Livres, Critiques, Livres décortiqués, La Une Livres, Roman, Métailié, La rentrée littéraire

L’Echange, août 2016 trad. espagnol (Argentine) François Gaudry, 250 pages, 18 € . Ecrivain(s): Eugenia Almeida Edition: Métailié

 

Cousu de fil noir

Des dialogues brefs, de courtes phrases. Des personnages qui s’entrecroisent, qu’on aperçoit, qui disparaissent. Des pages arrachées dans des journaux anciens. Des rendez-vous au téléphone. Des cafés sous haute surveillance. Des menaces et des souvenirs. Une histoire impossible à raconter, et cette impression de devoir à chaque instant reprendre le fil qui s’emmêle, qui casse, qu’on maintient serré pourtant dans une main vide. Tout commence après coup, indirectement. Un dialogue lourd de non-dits pour évoquer la scène, comme si l’idée même d’un témoignage direct de la réalité était devenue impossible :

– Pour quoi faire ?

– Pour qu’on en parle !

– C’est un suicide.

– Etiologie douteuse.

– Suicide, je te dis.

Le congrès de littérature, César Aira

Ecrit par Marc Ossorguine , le Samedi, 20 Août 2016. , dans Amérique Latine, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Christian Bourgois

Le congrès de littérature (El congreso de literatura), avril 2016, trad. espagnol (Argentine) Marta Martinez-Valls, 128 pages, 14 € . Ecrivain(s): César Aira Edition: Christian Bourgois

Ceci est le livre d’un auteur qui voulait écrire un livre. Ou, autrement dit, le projet de ce livre, c’est le livre que vous tiendrez dans les mains le jour où vous le lirez. Voilà une manière d’avancer sans trop se risquer, et pourtant… Et pourtant, les choses avancent à un rythme tel qu’il aura fallu près de deux décennies pour que nous en arrive sa petite centaine de pages et après 9 autres titres publiés par le même éditeur, plus quelques autres chez Gallimard, Maurice Nadeau ou Actes Sud, entre autres.

A la veille de rejoindre un congrès de littérature au cœur d’une cité andine, le narrateur commence par résoudre naturellement une énigme du Nouveau monde et saura tirer le « fil de Macuto », comme d’autres tirent le fil de leur histoire, et amener à lui les trésors des temps légendaires de la piraterie… se sauvant du coup du naufrage dans lequel le marasme de l’édition pourrait bien l’entraîner. Car le narrateur est, précisons-le, écrivain. Qu’irait-il faire sinon à ce congrès de littérature ? Raconter des histoires ? Racontez une histoire ? Peut-être celle de toutes les histoires ? Peut-être…

Il était une fois, donc… un scientifique qui menait en Argentine des expériences sur le clonage de cellules, d’organes, de membres et qui en était arrivé à la possibilité de reproduire à volonté des individus entiers en quantité indéfinie.

33 révolutions, Canek Sánchez Guevara

Ecrit par Didier Bazy , le Jeudi, 18 Août 2016. , dans Amérique Latine, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Métailié, La rentrée littéraire

33 révolutions, traduit de l’espagnol (Cuba) par René Solis, août 2016, 100 pages, 9 € . Ecrivain(s): Canek Sánchez Guevara Edition: Métailié

 

Si on veut piger Cuba au XX° siècle et aujourd’hui, il faut lire le roman de Canek Sánchez Guevara: 33 révolutions. 33 tours par minute. 33 révolutions. C’est la fin et c’est le début. L’alpha et l’oméga de Cuba, du mythe et de sa réalité, de l’île aux trésors introuvables et de l’océan concrètement mondialiste, exterminateur et décentralisateur.

Roman ? Vrai roman. Roman vrai. Roman court. Roman rapide. Moins de deux heures de lecture. Moins qu’un match de boxe. Plus fort que le combat du siècle. Loin de toute fiction, ou pire, autofiction. Le roman n’est qu’une affaire de typographie, de caractères et d’impressions.

Ici, le « héros » n’a pas plus de nom qu’un Je ou un Il genre Kafka. Soi – à distance de l’expression – devient Nous, Je universel concret. Présent dans chaque sillon du microsillon. Lancinante répétition de celui qui préfère ne pas et qui finit par ne pas préférer car la vague, le détroit, le typhon appellent toujours l’homme libre dans sa tête et sur un canot, flottaison blême, fabrication du destin ultime des bidons et bouées périmées à l’abîme de l’ultime répétition.

Le monde extérieur, Jorge Franco (Critique 2)

Ecrit par Cathy Garcia , le Mercredi, 29 Juin 2016. , dans Amérique Latine, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Métailié

Le monde extérieur, traduit de l’espagnol (Colombie) par René Solis, mars 2016. 272 pages, 20 €. . Ecrivain(s): Jorge Franco Edition: Métailié

 

Entre polar de bras cassés, drame socio-psychologique et conte de fée, ce roman est un tissage de genres aux contours floutés, où chaque personnage, quelque soit son statut, sa classe sociale, son rêve ou son opiniâtreté, ne pourra jamais accéder au bonheur.

Mono, l’antihéros est l’un des personnages centraux de l’histoire. Enfant des quartiers modestes devenu petit caïd trentenaire et ambitieux, il est obsédé depuis son plus jeune âge par Isolda, la fille du château. El Castillo, cette improbable copie de château-fort, qu’a fait construire sur les hauteurs de Medellin, Don Diego Echavarría Misas, issu d’une très riche famille colombienne et compagnon de Dita, une allemande qui n’a jamais voulu se marier. Isolda est leur fille unique.

Isolda a grandi à l’abri du monde extérieur, derrière les murs du château, mais elle s’échappe aussi souvent qu’elle le peut dans la forêt tropicale du parc qui l’entoure. C’est de là qu’elle ressort avec d’extraordinaires et mystérieuses coiffures, joliment décorées d’herbes et de fleurs. C’est aussi dans ce parc, que Mono et ses copains savent se faufiler pour observer en cachette cette jolie fillette, puis jeune adolescente, si différente d’eux.

Banzo, Mémoires De La Favela, Conceição Evaristo

Ecrit par Benjamin Dias Pereira , le Mardi, 21 Juin 2016. , dans Amérique Latine, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Récits

Banzo, Mémoires De La Favela, Éd. Anacaona, mars 2016, trad. portugais (Brésil) Paula Anacaona, ill. Lúcia Hiratsuka, 224 pages, 17 € . Ecrivain(s): Conceição Evaristo

De la langue portugaise, saudade est le mot le plus difficile à traduire. Il désigne un état nostalgique, une mélancolie, un sentiment de tristesse associé à un manque profond… Le terme de banzo, propre aux esclaves du Brésil nés en Afrique, probablement issu de la langue kongo, peut également revêtir cet aspect. Il évoque, lui, une forme de nostalgie parfois mortelle, un manque du pays, un déracinement profond. Des aspects qu’il nous est essentiel de comprendre – ou du moins se doit-on d’essayer – avant d’entreprendre la lecture de Banzo, Mémoires De La Favela.

Récit aux échos autobiographiques, Banzo, Mémoires De La Favela nous emporte sur le chemin de ces sentiments redoutables que Tite-Maria, malgré son jeune âge, s’efforcera de maîtriser et de canaliser après s’être immergée puis noyée avidement dedans. Néanmoins cette collectionneuse d’histoires – celles de la favela et des personnes qui la composent – n’est pas dénuée de pouvoir : elle sait lire et écrire.

« Un jour, elle raconterait, libérerait, ferait résonner les voix, les murmures, les silences, les cris étouffés de chacun et de tous. Tite-Maria écrirait un jour la parole de son peuple ».