Il y a des moments de grâce. Celui d’être entré dans ce livre en est un. Pur et complet « repas de littérature » ; quelque chose de la découverte d’un vin exceptionnel ; on sort avec l’état joyeux de la presque ivresse, la dernière page tournée ; un goût particulier qui reste sur les lèvres, qu’on n’oubliera pas ; une envie immédiate de partager avec ceux qu’on aime ; bref, un grand cru que ce bouquin !
Une magie qui s’inscrit d’emblée dans la grande littérature sud-américaine. Ce livre et son histoire, ses énormités, ses fantasmes ; odeurs et couleurs, ne peut appartenir qu’à la haute lignée des Garcia Marquez, et autres Alejo Carpentier ; Isabel Allende, et ses figures habitées aussi, du reste. Mais, Garcia Marquez, surtout, pour le son « barocco » et, pour cette histoire, quasi « hors sol »… Baroque est le mot qui passe en tête, tout au long du fleuve dépaysant de L’art de la résurrection. Typique opposition entre un fond de tableau unicolore et immobile (là, couleur-désert), et la multitude des personnages loufoques et agités, mélangeant allègrement réel et imaginaire.
Sobre est le décor : désert du Chili du nord ; concessions de salpêtre, à quelques encablures d’Antofagasta. « Toute la sphère du ciel était une solitude bleue, sans la moindre possibilité de petit nuage égaré loin de son troupeau blanc. C’était dimanche dans le désert, et dès le matin, la journée menaçait d’embraser les quatre coins de l’horizon : il allait faire une chaleur d’enfer ».