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Amérique Latine

La peine capitale, Santiago Roncagliolo

Ecrit par Philippe Leuckx , le Jeudi, 15 Septembre 2016. , dans Amérique Latine, Les Livres, Critiques, Polars, La Une Livres, Roman, Métailié

La peine capitale, avril 2016, trad. espagnol François Gaudry, 382 pages, 20 € . Ecrivain(s): Santiago Roncagliolo Edition: Métailié

 

Quatrième livre d’un jeune auteur (né à Lima en 1975), déjà fêté pour son premier roman Avril rouge (2008), ce thriller politico-social entraîne le lecteur dans un imbroglio haut en couleur, dont le contexte est admirablement bien rendu. Sur fond de Mundial 1978 au Pérou, quand les activités publiques et privées sont réduites à leur plus simple expression, puisque tout le monde suit à la télévision les retransmissions des matches, un simple employé, assistant aux archives du Palais de Justice de Lima, enclenche presque sans le savoir une mécanique d’enquêtes, d’éclaircissements, de courses poursuites, et tout ça à partir d’un document mal classé, petite boule de neige de papier qui va huiler toute une intrigue.

Ce petit employé s’appelle Félix Chacaltana. Il vit encore chez sa mère, très dominatrice, très pieuse, très encombrante. Il a un directeur des archives qui passe le plus clair de son temps à regarder le foot. Félix est bien le seul à se préoccuper de son travail, et il doit joliment emmerder tout son petit monde par ce que les autres appellent des lubies : marottes de classement, souci précautionneux de ne pas faire de gaffes ; bref un employé modèle dans un monde qui s’en fout, endormi dans les conventions, assommé par la chaleur et anesthésié par le Mundial, sans parler bien sûr de la chape de plomb du régime militaire qui voit des subversifs partout.

Cuba année zéro, présenté par Orlando Luis Pardo Lazo

Ecrit par Marc Ossorguine , le Samedi, 10 Septembre 2016. , dans Amérique Latine, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Anthologie, En Vitrine

Cuba année zéro, présenté par Orlando Luis Pardo Lazo, éd. Hoëbeke, avril 2016, trad. espagnol François Gaudry, 207 pages, 18 €

 

Anthologie présentée par Orlando Luis Pardo Lazo :

11 nouvelles de Jorge Alberto Aguiar Díaz (1966), Jorge Enrique Lage (1979), Lien Carrazana Lau (1980), Jhortensia Espineta (1976), Ahmel Echevarría Peré (1974), Polina Martínez Shviétsova (1976), Michel Encinosa Fú (1974), Lia Villares (1984), Erick J Mota (1975), Raúl Flores (1977) et Orlando Luis Pardo Lazo (1971).

 

Beaucoup pensent que l’actualité récente ouvre une nouvelle page dans l’histoire de Cuba, après les années castristes. Une nouvelle page qui a peut-être commencé de se tourner au virage de l’année 2000. D’où le titre de ce recueil qui n’est pas sans écho avec une Allemagne année zéro qui témoignait d’une autre renaissance au lendemain de la guerre.

L’Echange, Eugenia Almeida

Ecrit par Claire Mazaleyrat , le Lundi, 22 Août 2016. , dans Amérique Latine, Les Livres, Critiques, Livres décortiqués, La Une Livres, Roman, Métailié, La rentrée littéraire

L’Echange, août 2016 trad. espagnol (Argentine) François Gaudry, 250 pages, 18 € . Ecrivain(s): Eugenia Almeida Edition: Métailié

 

Cousu de fil noir

Des dialogues brefs, de courtes phrases. Des personnages qui s’entrecroisent, qu’on aperçoit, qui disparaissent. Des pages arrachées dans des journaux anciens. Des rendez-vous au téléphone. Des cafés sous haute surveillance. Des menaces et des souvenirs. Une histoire impossible à raconter, et cette impression de devoir à chaque instant reprendre le fil qui s’emmêle, qui casse, qu’on maintient serré pourtant dans une main vide. Tout commence après coup, indirectement. Un dialogue lourd de non-dits pour évoquer la scène, comme si l’idée même d’un témoignage direct de la réalité était devenue impossible :

– Pour quoi faire ?

– Pour qu’on en parle !

– C’est un suicide.

– Etiologie douteuse.

– Suicide, je te dis.

Le congrès de littérature, César Aira

Ecrit par Marc Ossorguine , le Samedi, 20 Août 2016. , dans Amérique Latine, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Christian Bourgois

Le congrès de littérature (El congreso de literatura), avril 2016, trad. espagnol (Argentine) Marta Martinez-Valls, 128 pages, 14 € . Ecrivain(s): César Aira Edition: Christian Bourgois

Ceci est le livre d’un auteur qui voulait écrire un livre. Ou, autrement dit, le projet de ce livre, c’est le livre que vous tiendrez dans les mains le jour où vous le lirez. Voilà une manière d’avancer sans trop se risquer, et pourtant… Et pourtant, les choses avancent à un rythme tel qu’il aura fallu près de deux décennies pour que nous en arrive sa petite centaine de pages et après 9 autres titres publiés par le même éditeur, plus quelques autres chez Gallimard, Maurice Nadeau ou Actes Sud, entre autres.

A la veille de rejoindre un congrès de littérature au cœur d’une cité andine, le narrateur commence par résoudre naturellement une énigme du Nouveau monde et saura tirer le « fil de Macuto », comme d’autres tirent le fil de leur histoire, et amener à lui les trésors des temps légendaires de la piraterie… se sauvant du coup du naufrage dans lequel le marasme de l’édition pourrait bien l’entraîner. Car le narrateur est, précisons-le, écrivain. Qu’irait-il faire sinon à ce congrès de littérature ? Raconter des histoires ? Racontez une histoire ? Peut-être celle de toutes les histoires ? Peut-être…

Il était une fois, donc… un scientifique qui menait en Argentine des expériences sur le clonage de cellules, d’organes, de membres et qui en était arrivé à la possibilité de reproduire à volonté des individus entiers en quantité indéfinie.

33 révolutions, Canek Sánchez Guevara

Ecrit par Didier Bazy , le Jeudi, 18 Août 2016. , dans Amérique Latine, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Métailié, La rentrée littéraire

33 révolutions, traduit de l’espagnol (Cuba) par René Solis, août 2016, 100 pages, 9 € . Ecrivain(s): Canek Sánchez Guevara Edition: Métailié

 

Si on veut piger Cuba au XX° siècle et aujourd’hui, il faut lire le roman de Canek Sánchez Guevara: 33 révolutions. 33 tours par minute. 33 révolutions. C’est la fin et c’est le début. L’alpha et l’oméga de Cuba, du mythe et de sa réalité, de l’île aux trésors introuvables et de l’océan concrètement mondialiste, exterminateur et décentralisateur.

Roman ? Vrai roman. Roman vrai. Roman court. Roman rapide. Moins de deux heures de lecture. Moins qu’un match de boxe. Plus fort que le combat du siècle. Loin de toute fiction, ou pire, autofiction. Le roman n’est qu’une affaire de typographie, de caractères et d’impressions.

Ici, le « héros » n’a pas plus de nom qu’un Je ou un Il genre Kafka. Soi – à distance de l’expression – devient Nous, Je universel concret. Présent dans chaque sillon du microsillon. Lancinante répétition de celui qui préfère ne pas et qui finit par ne pas préférer car la vague, le détroit, le typhon appellent toujours l’homme libre dans sa tête et sur un canot, flottaison blême, fabrication du destin ultime des bidons et bouées périmées à l’abîme de l’ultime répétition.