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Amérique Latine

Si nous vivions dans un endroit normal, Juan Pablo Villalobos

Ecrit par Cathy Garcia , le Mercredi, 25 Février 2015. , dans Amérique Latine, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Actes Sud

Si nous vivions dans un endroit normal, octobre 2014, traduit de l’espagnol (Mexique) par Claude Bleton, 190 pages, 17 € . Ecrivain(s): Juan Pablo Villalobos Edition: Actes Sud

 

« Va te faire voir chez ta salope de mère, connard, enfoiré de merde ! » Ainsi débute ce succulent roman, juteux à souhait, un jus plutôt amer, mais drôle, terriblement drôle. De cet humour typiquement latino-américain, qui permet de témoigner des pires travers de la société avec un pied de nez à l’humiliation et l’injustice. Ici il s’agit du Mexique des années 80, avec ses absurdités (un pays surréaliste, avait dit Breton), sa mélasse de corruption, de trafics, de dangereux bouffons politiques, de fraude électorale, abus de pouvoir et compagnie. Dans le village de Lagos de Moreno, entre bétail, prêtres, ouailles hallucinées, élus véreux et démagogues, nationalistes populistes et autres illuminés, vit la famille d’Oreste, dit Oreo, comme les biscuits du même nom. Ou disons plutôt que la famille vit au-dessus du village, au sommet d’une colline, la Colline de la Foutaise. Lui et ses six frères et une sœur, tous affublés de prénoms grecs, lubie du père professeur d’éducation civique, et la mère, dévouée à la préparation des quesadillas au fromage. Base quasi unique de l’alimentation familiale et dont l’épaisseur et le nombre oscillent comme le statut familial, entre classe moyenne et classe pauvre, avec une tendance à stagner dans cette dernière.

La seule fin heureuse pour une histoire d’amour, c’est un accident, João Paulo Cuenca

Ecrit par Benjamin Dias Pereira , le Vendredi, 06 Février 2015. , dans Amérique Latine, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Langue portugaise, Roman, Editions Cambourakis

La seule fin heureuse pour une histoire d’amour, c’est un accident, janvier 2014, traduit du portugais (Brésil) par Dominique Nédellec, 141 pages, 18 € . Ecrivain(s): João Paulo Cuenca Edition: Editions Cambourakis

Roman brésilien à la japonaise ou roman brésilien à la japonaise, La seule fin heureuse pour une histoire d’amour, c’est un accident est tout bonnement un OLNI (Objet Littéraire Non Identifié). Et, c’est plutôt sa provenance qui semble douteuse. La littérature et la culture nippones ont influencé bien des auteurs – notamment au pays de la samba, du fait même de la forte communauté japonaise qui y vit depuis le début du XXe siècle. L’auteur, Bernardo Carvalho, évoquait il y a peu le lien qui existe entre le Brésil et le pays du Soleil-Levant dans son roman Le soleil se couche à São Paulo (2008) – où Tōkyō nous était grandement décrite à travers les yeux d’un gaijin (étranger en japonais) ou plutôt d’un nisei, terme qui désigne un émigré japonais de deuxième génération.

Là où João Paulo Cuenca fait fort, c’est qu’il nous décrit l’univers tokyoïte à travers les yeux d’un natif mais surtout à la manière d’un natif. Le Tōkyō secret dans lequel évolue Shunsuke – le personnage principal – n’est pas sans rappeler le Londres de 1984 puisqu’à l’aide d’un gigantesque système d’espionnage notre héros vit sous l’observation constante des agents de son père, M. Okuda qui satisfait ainsi ses pulsions malsaines et perverses voire sadiques envers « [s]on petit fugu débile ».

Hérétiques, Leonardo Padura

Ecrit par Victoire NGuyen , le Jeudi, 15 Janvier 2015. , dans Amérique Latine, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Métailié

Hérétiques, août 2014, traduit de l’Espagnol (Cuba) par Elena Zayas, 620 pages, 24 € . Ecrivain(s): Leonardo Padura Edition: Métailié

Un hymne à la liberté et du libre arbitre

Le roman de Leonardo Padura adopte une structure narrative en millefeuille. En effet, Hérétiques englobe dans son écriture le genre policier, aventure, épopée et récits de voyage. Son sujet est donc riche mais aussi complexe à cause des ramifications qui existent entre les personnages et les époques. Leonardo Padura étale devant le lecteur les turbulences tragiques de la lointaine Pologne du XVIIème siècle. Il le guide aussi dans les dédales de la ville d’Amsterdam à l’époque de Rembrandt. Puis, il fait un saut dans le temps et plonge le lecteur dans le chaos de la Seconde Guerre Mondiale, de la dictature cubaine avant de le lâcher, plus serein, dans l’époque présente. Comment cette voie narrative est-elle rendue possible sans que le lecteur ne se perde dans ces sauts perpétuels dans le temps ?

C’est sans compter sur la virtuosité de notre auteur. En effet, le roman est scindé en quatre parties. Chacune est intitulée Le livre de… Elle est ordonnancée comme un récit biblique, celui du Premier Testament (selon l’appellation dans la doctrine théologique chrétienne). Ainsi, avons-nous Le livre de Daniel, Livre d’Elias, Livre de Judith, et la conclusion se voit attribuer le nom de Genèse qui répond à toutes les questions posées par le lecteur.

Scipion, Pablo Casacuberta

Ecrit par Didier Bazy , le Mercredi, 14 Janvier 2015. , dans Amérique Latine, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Métailié

Scipion, janvier 2015, traduit de l’espagnol (Uruguay) par François Gaudry, 262 pages, 18 € . Ecrivain(s): Pablo Casacuberta Edition: Métailié

 

Après avoir fermé le Scipion de Pablo Casacuberta, on comprend que l’auteur – jeune – ne signe pas ici un galop d’essai mais réussit parfaitement la difficile course d’obstacles des délicats rapports « fils-père ». Si le thème de la filiation irrigue la plupart des grandes œuvres littéraires, si la question de la maternité motive nombre d’auteurs, la problématique du fils et du père est bien plus délicate. Son universalité n’oblitère pas sa subtilité. Pâle Télémaque au regard d’Ulysse. Epoustouflante lettre au père de Kafka. Eblouissant Stephen héros sans qualité de Joyce…

Quoi ? Casacuberta aurait-il synthétisé le verbe et l’humour d’Homère, de Kafka et du grand maître ? Scipion le prouve tant il brouille les cartes d’Hamlet et d’Œdipe.

Comment le fils d’un illustre universitaire parviendra-t-il à recevoir l’héritage d’un père tout-puissant qui pousse un malin plaisir d’outre-tombe à léguer sous conditions ? Telle est la question qui nous tient sans cesse hors d’haleine lors de la lecture de ce Scipion très spécial.

Histoire d’un escargot qui découvrit l’importance de la lenteur, Luis Sepúlveda

Ecrit par Marc Michiels (Le Mot et la Chose) , le Samedi, 20 Décembre 2014. , dans Amérique Latine, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Métailié, Contes

Histoire d’un escargot qui découvrit l’importance de la lenteur, dessins Joëlle Jolivet, octobre 2014, traduit de l’espagnol (Chili) par Anne-Marie Métailié 96 pages, 12,50 € (existe aussi en ebook, 9,99 €) . Ecrivain(s): Luis Sepulveda Edition: Métailié

 

De l’urgence de la lenteur, Il faut retrouver son escargot intérieur !

Luis Sepúlveda est né le 4 octobre 1949 à Ovalle, dans le nord du Chili. Il a reçu, entre autres, le prix de poésie Gabriela Mistral en 1976, le prix Casa de las Americas en 1979, le prix international de Radio-théâtre de la Radio espagnole en 1990, le prix du court-métrage de télévision de TV-Espagne en 1991. Il est en outre le fondateur du Salon du Livre ibéro-américain de Gijón (Espagne) destiné à promouvoir la rencontre entre les auteurs, les éditeurs et les libraires latino-américains et leurs homologues européens.

Cette Histoire d’un escargot qui découvrit l’importance de la lenteur est son deuxième ouvrage publié avec l’illustratrice Joëlle Jolivet, le premier étant Histoire du chat et de la souris qui devinrent amis, une histoire d’animaux encore, tout comme son Histoire d’une mouette et du chat qui lui apprit à voler écrit en 2004 et Le Monde du bout du monde, illustré par Miles Hyman en 1993, tous parus aux éditions Métailié.