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Amérique Latine

Les veines ouvertes de l’Amérique latine, Eduardo Galeano

Ecrit par Alexis Brunet , le Lundi, 17 Août 2015. , dans Amérique Latine, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Pocket, Histoire

Les veines ouvertes de l’Amérique latine, Traduit de l’espagnol (Uruguay) par Claude Couffon 147 p. . Ecrivain(s): Eduardo Galeano Edition: Pocket

 

Il y a des auteurs qu’on ne découvre que lorsqu’ils disparaissent. Ce fut malheureusement mon cas pour l’uruguayen Eduardo Galeano, que je n’ai connu que cette année. Pour d’autres, c’était déjà un auteur incontournable pour comprendre l’Amérique latine, notamment à travers l’ouvrage qui l’a fait connaître : Les veines ouvertes de l’Amérique latine (Las veinas abiertas de América latina). Près d’un demi-siècle après sa parution, ce brillant essai, qui relate le traitement de l’Amérique latine depuis Christophe Colomb jusqu’à nos jours, est malheureusement très ancré dans la réalité actuelle ; permet de comprendre les problèmes contemporains et persistants du nouveau continent, et nous interroge sur les fondements du mode de vie confortable dans lequel nous baignons en Europe et en Occident.

La conquête de l’Amérique par les Espagnols et Hernán Cortés a été très sanglante, on le sait. Et a été facilitée par une certaine passivité des Indiens. Au Pérou cependant, un dénommé Túpac Amaru, descendant direct des empereurs Incas, décréta la liberté des esclaves, et initia un mouvement de résistance, puis de révolution. Lui et ses guérilleros vaincus, il sera humilié et torturé en public à Cuzco, avec sa femme et ses enfants, puis décapité. Sa tête et ses quatre membres seront envoyés dans cinq lieux différents.

La volonté et la fortune, Carlos Fuentes

Ecrit par Alexis Brunet , le Mercredi, 08 Juillet 2015. , dans Amérique Latine, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Gallimard

La volonté et la fortune, Carlos Fuentes, 528 pages . Ecrivain(s): Carlos Fuentes Edition: Gallimard

 

Alors qu’en terme de produit intérieur brut, le Mexique occupe la treizième place mondiale, devant l’Espagne, la Russie, la Hollande ou même… la Suisse ; une étude de la Banque Mondiale (la Jornada, 23 avril 2015) dénombre plus de 60 millions de Mexicains en situation de « pauvreté modérée », et 23 millions en pauvreté extrême, sur une population de 125 millions d’habitants. Cela ramène à la politique d’Enrique Peña Nieto, le président actuel, qui affirme fièrement que si son pays fait partie des puissances de ce monde, c’est « parce que les entrepreneurs y trouvent de meilleures conditions de compétitivité », et révèle un sérieux problème de redistribution des richesses, au delà du seul chiffre du PIB.

Cela ramène aussi à la lecture de l’ultime livre de Carlos Fuentes, La Volonté et la Fortune, récit de Josué et Jéricho, deux adolescents qui se lient durant les cours d’un prof prêtre leur parlant de Saint Augustin, discutent du sens de la vie pendant des heures, deviennent inséparables au point de connaître leur dépucelage au même moment, se séparent du fait des aspirations de chacun (Jéricho ira séjourner quelque temps à Paris, du moins c’est ce qu’il prétend), pour se retrouver, échanger sur leur vie amoureuse ou sur leur sexualité, jusqu’à ce qu’ils s’entichent de la même femme.

Corps étranger, Adriana Lunardi

Ecrit par Anne Morin , le Jeudi, 21 Mai 2015. , dans Amérique Latine, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Langue portugaise, Roman, Joelle Losfeld

Corps étranger, mars 2015, trad. du portugais (Brésil) par Maryvonne Lapouge-Pettorelli, traduction révisée par Briec Philippon, 272 pages, 22,50 € . Ecrivain(s): Adriana Lunardi Edition: Joelle Losfeld

 

Le corps étranger c’est, pour chacun des personnages du roman, ce composé chimique à quoi se réduisent ses sensations, ses absences à être, à la vie, son détournement, sa maladie ou son addiction. Aucun d’entre eux n’est bien dans sa peau, chacun développe des terminaisons nerveuses ou des projections, qui lui reviennent en boomerang, ou des greffons qui prennent plus ou moins bien. Chaque concentré de personnage semble agir comme un électron libre dont la seule finalité est de se décharger dans la rencontre, à l’instar de ces plantes : Cela faisait déjà un moment que certaines espèces de fleurs natives souffraient de véritables reconfigurations (…) N’expérimente-t-elle pas elle-même la disparition furtive et sans protestations des références qui lui ont enseigné à être qui elle est ? Des livres qui furent de véritables bibles pour sa génération et que personne aujourd’hui ne connaît ? (p.16-17).

Mariana, peintre de renom d’un certain âge a relégué sa vie, troqué la vie mondaine et l’abstraction contre une vie de solitude en montagne, à la recherche de la représentation d’une espèce rare de plante, qui ne fleurit qu’une fois. Ce choix (?) de vie est intervenu après la mort accidentelle de son frère, José, bien des années auparavant.

Scipion, Pablo Casacuberta (2ème article)

Ecrit par Marc Michiels (Le Mot et la Chose) , le Jeudi, 21 Mai 2015. , dans Amérique Latine, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Métailié

Scipion, janvier 2015, traduit de l’espagnol (Uruguay) par François Gaudry, 264 pages, 18 € . Ecrivain(s): Pablo Casacuberta Edition: Métailié

 

« Ce… tableau qui à première vue est si…

noir et blanc comporte aussi des parties grises comme dans tout paysage ».

 

L’écriture de Pablo Casacuberta dans Scipion bouscule les frontières littéraires par son langage cinglant tinté d’une amertume lucide, un dialogue mental que l’on aurait avec sa conscience et qui dissèque l’état paranoïaque de l’âme avec une autodérision jubilatoire envers le monde qui nous environne. Il faut dire que, peu à peu, la cartographie de l’intime va croiser dans le livre les contours d’une vérité machiavélique, sous couvert d’un roman psychologique qui laisse petit à petit place à l’explosion d’un cerveau : celui du narrateur, de ses représentations sociales binaires, dogmatiques où se trouve le cœur d’une géode en abyme, remplie d’ombres, d’images envoûtantes, d’un père vénéré, omniprésent, étouffant ; et qui deviendra, pour le fil survivant, un ectoplasme à libérer sous peine d’une mort certaine, entre noyade et brûlures, entre libération et héritage sous conditions…

Avaler du sable, Antônio Xerxenesky

Ecrit par Cathy Garcia , le Mercredi, 08 Avril 2015. , dans Amérique Latine, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Asphalte éditions

Avaler du sable, février 2015, traduit du portugais (Brésil) par Mélanie Fusaro, 178 pages, 15 € . Ecrivain(s): Antônio Xerxenesky Edition: Asphalte éditions

 

« Un fils qui ne savait même pas boire. Ça ne pouvait pas être un homme, un vrai. Surtout dans une ville où, selon Miguel, la sobriété est déraison ».

Ce roman parle d’un homme qui nous raconte comment il écrit un roman sur l’histoire de ses ancêtres, et en même temps ce roman que nous lisons est aussi le roman que cet homme écrit, et le roman qu’écrit cet homme démarre comme un western : Mavrak, petite ville perdue au milieu d’un désert du Far-West, sable, poussière, saloon, prostituées, une église qui a brûlé, deux familles rivales depuis des lustres, les Marlowe et les Ramirez… Un western donc, qui va finir comme un remake de La nuit des morts vivants. Sang, sable et poussière.

« Il y avait la peur. Il y avait la peur partout. Aujourd’hui, les hommes ont peur pour un rien ; autrefois ils craignaient la nuit et la mort. Même avec un révolver dans la poche. Peu importait l’arme qui pesait dans l’étui ».