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Amérique Latine

Connaître et apprécier, Guillermo De La Roca

Ecrit par Marc Ossorguine , le Samedi, 03 Octobre 2015. , dans Amérique Latine, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Nouvelles

Connaître et apprécier, PhB éditions, Chroniques du ça et du là, 2013, 160 pages . Ecrivain(s): Guillermo De La Roca

 

Né en 1929 en Argentine, Guillermo de La Roca est peut-être plus connu comme musicien que comme écrivain, du moins pour ceux qui s’intéressent à la musique andine qu’il pratique et qui l’a amené à jouer avec quelques groupes de renommée (Los Calchakis, par exemple).

Ce recueil de nouvelles, dont le titre, Connaître et apprécier, semble un programme, a été publié en 2013 par les éditions PhB et nous permet de découvrir un écrivain méconnu, pour ne pas dire inconnu, qui mérite que l’on porte plus d’attention à son travail. Au fil des 16 nouvelles du recueil, nous découvrons en effet une voix qui sait jouer d’une ironie séduisante au travers des territoires de l’imaginaire, des mythes et des croyances, de la rationalité. On craint parfois de glisser dans un registre et une sensibilité « new age » dont on peut penser qu’elle est « hors d’âge », pour ne pas dire suspecte, mais non. Ce qui se déploie au fil des pages est d’un autre ordre.

Le plus jeune fils de Dieu, Carlos Salem

Ecrit par Prescillia Bourguignon , le Mardi, 22 Septembre 2015. , dans Amérique Latine, Les Livres, Critiques, Polars, La Une Livres, Roman, Actes Noirs (Actes Sud)

Le plus jeune fils de Dieu, février 2015, traduit de l’espagnol par Amandine Py, 416 pages, 23 € . Ecrivain(s): Carlos Salem Edition: Actes Noirs (Actes Sud)

 

Dans Le plus jeune fils de Dieu, Carlos Salem nous plonge dans la chaleur Madrilène où un serial killer s’en prend à des pseudos journalistes de la presse people. Le suspect de ces meurtres est Dieu Jr, ancienne célébrité de téléréalité, principalement connu pour affirmer être le plus jeune fils de Dieu. Le roman suit la quête de Poe, ancien ami du suspect, écrivain-poète raté qui n’a connu le succès que lorsqu’il a commencé à écrire par plaisanterie des livres à l’eau de rose érotiques. Convaincu de l’innocence de Dieu Jr, Poe va alors tout faire pour retrouver son ancien ami dont les seuls miracles à l’époque étaient de remplir des bières vides et de rendre vierges et chastes les jeunes filles avec lesquelles il souhaitait coucher. Tout au long de son enquête Poe va ainsi conter les aventures de Dieu Jr sous forme d’Evangile, le tout est ainsi entrecoupé des aventures amoureuses du narrateur et de sa recherche assidue du suspect. Au fil des meurtres, le héros nous raconte ses déboires quotidiens, sa passion enivrante, ses mensonges, son passé, tout semble décousu et pourtant Salem nous conduit au plus profond de l’intrigue page après page.

Restos humanos, Jordi Soler

Ecrit par Cathy Garcia , le Vendredi, 18 Septembre 2015. , dans Amérique Latine, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Belfond

Restos humanos, mars 2015, traduit de l’espagnol (Mexique) par Jean-Marie Saint-Lu, 170 pages, 17,50 € . Ecrivain(s): Jordi Soler Edition: Belfond

 

Difficile d’être un saint au Mexique, même si cette étrange vocation nous taraude comme elle taraude Empédocle, fils secret d’un curé licencieux qu’il appelait oncle, de même que son frère cadet, qui lui par contre ne vise pas la sainteté, mais le pouvoir et l’argent comme bien d’autres énergumènes qui garnissent ce roman. Un roman qui trace le portrait sans concession d’une société où la corruption est sans limite et les scrupules aussi volatiles que la vertu et la morale. Ainsi Empédocle, qui dans la vie ne s’est fixé d’autre but que d’aider ses semblables à s’améliorer, usant aussi bien d’inspiration jungienne, que de tarots et tout un méli-mélo new-ageux, aura bien du mal à se tenir à la sienne. Promenant sa sainteté autoproclamée qu’il s’offre de partager avec qui voudra, entre le marché et le bordel local, sa vocation est cependant réelle et affirmée, renforcée par les quolibets, les insultes et les volées de denrées plus ou moins avariées qu’il ne manque pas de recevoir sur son passage. Vêtu de ses sandales et d’une longue tunique blanche, sorte de christ bouffon et improbable au XXIe siècle, il est la risée de la plupart et révéré cependant par quelques bonnes femmes du cru.

Scipion, Pablo Casacuberta (2ème article)

Ecrit par Marc Ossorguine , le Jeudi, 17 Septembre 2015. , dans Amérique Latine, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Métailié

Scipion (Escipión), janvier 2015, traduit de l’espagnol (Uruguay) par François Gaudry, 264 pages, 18 € . Ecrivain(s): Pablo Casacuberta Edition: Métailié

 

Ne vous fiez pas à la couverture qui pourrait laisser supposer un roman noir. S’il y a bien de la noirceur dans ce Scipion, ce n’est pas celle propre au genre. Scipion, c’est l’histoire d’un fils qui s’est toujours senti rejeté, presque méprisé par un père encensé, lui, par les milieux intellectuels. Un père auquel il s’est opposé, auquel il a tenté d’échapper mais qui va irrésistiblement l’attirer à lui par-delà la mort. Un fils que son père historien, admiré pour son œuvre concernant la Rome antique, a prénommé Aníbal ! Aníbal, en référence directe à ce général qui mena ses éléphants à travers les Alpes. Un père prestigieux, honoré, reconnu, le Professeur Brener, qui veut faire son fils à son image. Qui attend de lui de grandes choses, mais seulement celles que lui-même attend. Avec un tel père, l’issue est prévisible : opposition, refus, rejet, rupture… Voilà plusieurs mois que le père est décédé. C’est par hasard que le fils l’a su, et il n’a accès à rien sur l’héritage, uniquement géré par sa sœur. Jusqu’au jour où… la maison paternelle où on lui concède un bref accès… trois boîtes comme seul héritage… un livre incontournable… et une note manuscrite, adressée du père au fils… et le monde d’Aníbal bascule.

Les Fleurs noires de Santa María, Hernán Rivera Letelier

Ecrit par Claire Mazaleyrat , le Mardi, 08 Septembre 2015. , dans Amérique Latine, Les Livres, Critiques, Livres décortiqués, La Une Livres, Roman, Métailié

Les Fleurs noires de Santa María, mai 2015, trad. espagnol (Chili) par Bertille Hausberg, 214 pages, 10 € . Ecrivain(s): Hernan Rivera Letelier Edition: Métailié

 

Montez de la mine, descendez des collines, camarades

« Il faut graver dans sa caboche tout ce qui s’est passé, le marquer au fer rouge dans sa mémoire ; plus tard, ces tyrans vont vouloir camoufler cet horrible massacre ; il faudra être là pour le raconter à nos enfants et aux enfants de nos enfants pour qu’à leur tour ils le transmettent aux nouvelles générations. Il faut le faire savoir au monde entier, camarade, dit l’homme, commotionné » (p.202).

Sous le présage funeste des deux vautours qui accompagnent de leur ombre et de leur tendresse Olegario Santana, mineur solitaire de San Lorenzo, commence et s’achève le récit d’une lutte sociale essentielle et de la répression féroce qui s’ensuivit dans les compagnies chiliennes du salpêtre, alors à leur apogée, en 1907. Le récit est limpide comme l’évidence de sa fin dramatique. Olegario se joint à ses amis Domingo Dominguez, Jesus Pintor et le jeune Idilio Montaño, les amis se mettent en marche avec des centaines d’autres personnes vers Iquique, la capitale régionale, et dans le cortège ils marchent aux côtés de l’intrépide et valeureuse Gregoria Becerra et de ses enfants.