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Le Livre de Poche

Le Livre de poche (parfois abrégé LDP) est, à l'origine, le nom d'une collection littéraire apparue le 9 février 1953 sous l'impulsion d'Henri Filipacchiet éditée par la Librairie générale française, filiale d'Hachette depuis 1954.


Purge (Puhdistus), Sofi Oksanen (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mercredi, 07 Octobre 2026. , dans Le Livre de Poche, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Pays nordiques, Roman, En Vitrine, Cette semaine

Purge (Puhdistus), Sofi Oksanen, 2008, traduit du finnois par Sébastien Cagnoli, Stock (puis Livre de poche 420 p.) Edition: Le Livre de Poche

 

Ce roman, au-delà des souffrances subies par ses héroïnes, est un chant de plainte, un lamento universel dédié aux femmes, aux douleurs que l’Histoire et les hommes leur font vivre et à la force inouïe qui les fait survivre et rester debout.

Il faut dire que l’Estonie, le pays de ce roman et (presque) celui de son auteure finlandaise (dont la mère est estonienne), a été longtemps une terre-martyre, occupée par l’URSS qui y a fait régner un régime de terreur dès 1940, avec une parenthèse nazie tout aussi terrible entre 1941 et 1944, et qu’en termes de lieu de douleur on ne peut hélas trouver d’écrin plus propice.

Purge va conjuguer, jusqu’à l’intolérable, les misères de l’Histoire et les misères de la vie de deux femmes qui semblent porter sur elles, à deux générations d’écart, tout ce que le ciel a pu imaginer de pire. Ce roman interroge la collaboration, la jalousie, la honte et la survie dans un pays occupé, en faisant de la mémoire féminine, celle d’Aliid et de Zara, un contre‑récit aux histoires officielles de la guerre.

Les Oiseaux du temps, Amal El-Mohtar et Max Gladstone (par Didier Smal)

Ecrit par Didier Smal , le Mardi, 07 Juillet 2026. , dans Le Livre de Poche, Les Livres, Critiques, Science-fiction, La Une Livres, USA, Roman

Les Oiseaux du temps, Amal El-Mohtar et Max Gladstone, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Julien Bétan, Livre de Poche, mars 2023, 216 pages, 8,70 € Edition: Le Livre de Poche

 

Sortons la grosse artillerie : Les Oiseaux du temps a valu à ses auteurs trois des principaux prix dans les domaines de la science-fiction et de la fantasy : le Nebula, le Locus et le Hugo. On peut ajouter à cela l’éloge de Ken Liu, auteur déjà célébré par deux fois ici : « L’une de ces rares histoires où l’on a du mal à décider s’il faut faire plus d’éloges sur sa structure et sa prose intelligentes ou sur ses idées et ses personnages brillants. »

Et que sont ces personnages ? Bleu et Rouge, deux combattantes temporelles non physiquement décrites, chacune au service d’un empire qui tâche d’obtenir la victoire absolue sur l’Histoire et donc le monde, Jardin et l’Agence, chacun désireux de voir se concrétiser ses « futurs prévus ». Rouge et Bleu voyagent d’un brin, d’un possible historique, d’une uchronie à peine effleurée, à l’autre, provoquant des guerres ou y mettant fin, parfois dans un bain de sang (ouverture du roman :

La Cité des nuages et des oiseaux, Anthony Doerr (par Didier Smal)

Ecrit par Didier Smal , le Mardi, 09 Juin 2026. , dans Le Livre de Poche, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

La Cité des nuages et des oiseaux, Anthony Doerr, trad. de l’anglais (Etats-Unis) par Marina Boraso, Le livre de poche . Ecrivain(s): Anthony Doerr Edition: Le Livre de Poche

Si toute littérature est fantasmatique, si toute littérature est invention en rapport avec un manque ou un désir, alors le troisième roman d’Anthony Doerr (on laisse de côté des récits brefs bien que non négligeables) est un objet littéraire d’une eau rare, comme on parle d’un diamant, puisqu’il naît d’un fantasme autour d’un livre dont ne nous est parvenu qu’un écho, restreint et frustrant : Les Merveilles d’au-delà de Thulé, d’Antoine Diogène. Un résumé par Photius byzantin, un érudit du IXe siècle, et c’est tout – et peut donc s’enclencher la machine fantasmatique de Doerr, qui fait revivre cette œuvre perdue mais redécouverte « grâce à un scanner à balayage électronique » qui a permis de visualiser les « fragments du texte d’origine » copié sur un petit codex bien endommagé : « les ravages de l’humidité, les moisissures et le passage du temps s’étaient ligués pour agréger ses pages en un bloc illisible » - qui ne rêverait de semblable découverte ?

Il fait revivre le texte d’Antoine Diogène dans la structure même de son roman, divisé en vingt-quatre chapitres pour autant de livres dans l’œuvre du deuxième siècle de notre ère (croit-on…), chacun de ces chapitres s’ouvrant sur un extrait de la traduction de cette œuvre par Zenos Ninis, l’un des personnages du roman de Doerr.

Les Diaboliques, Jules Barbey d’Aurevilly (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mercredi, 20 Mai 2026. , dans Le Livre de Poche, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Les Diaboliques, Jules Barbey d’Aurevilly, Le livre de poche . Ecrivain(s): Barbey d’Aurevilly Edition: Le Livre de Poche


« La Femme, ça n’existe pas ! » lançait Jacques Lacan un mardi de séminaire rue Saint-Jacques. Rien n’est moins sûr… Ou plutôt rien n’est plus évident et moins sûr. Aux femmes plurielles de la réalité, à la mère, à l’épouse, à l’amante, à la collègue de bureau, à la voisine, à celle qu’on aime, à celle qui nous encombre, s’ajoute, incontournable et entêtée, une LA-FEMME, l’Autre, celle que l’Occident a façonnée, fiction après fiction, image après image, mot après mot ; LA Femme imaginaire, tellement imaginaire qu’on ne peut la penser qu’en termes excessifs et violemment opposés, symétriques dans l’opposition, marquant ainsi l’immensité de l’abîme où s’engouffrent ses représentations.
Écrite, peinte ou chantée, elle est sans cesse « extrémisée », limite vivante de l’humain, archétype de l’Amour ou de la Haine, de la Grandeur d’âme ou de l’Ignominie, de la Beauté ou de la laideur. Ange ou Démon, la demi-teinte lui est interdite. Elle ne peut qu’être Tout pour n’être pas Rien.

Les derniers Indiens, Marie-Hélène Lafon (par Marie-Pierre Fiorentino)

Ecrit par Marie-Pierre Fiorentino , le Vendredi, 20 Février 2026. , dans Le Livre de Poche, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Les derniers Indiens, Marie-Hélène Lafon, Le livre de poche, 152 p. 7,90 € . Ecrivain(s): Marie-Hélène Lafon Edition: Le Livre de Poche

 

« Les Santoire vivaient sur une île, ils étaient les derniers Indiens, la mère le disait chaque fois que l’on passait en voiture devant les panneaux d’information touristique du parc régional des Volcans d’Auvergne, on est les derniers Indiens. »

La mère, c’est celle de Pierre, son préféré, mort prématurément d’un cancer généralisé, et de Marie et Jean, de quatre et cinq ans ses cadets. Quand la romancière livre l’histoire de la famille Santoire du point de vue de sa fille, la mère, veuve, est morte depuis longtemps mais elle n’a pas disparu, paradoxalement plus vivante ou du moins plus vivace que ses deux vieux enfants restés célibataires, gardiens d’un temple dans lequel les habitudes tiennent lieu de foi.

Car de la confiance en l’avenir, ils n’en ont pas sauf la certitude que leur destin est scellé dans ce constat de la mère : ils sont « les derniers Indiens », paysans du Cantal qui vivent dans leur ferme comme dans une réserve où la modernité de la fin du XXème et du début du XXIème siècle les a progressivement fait se reclure.