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Editions Viviane Hamy

 

Les éditions Viviane Hamy sont une maison d'édition française fondée en 1990 par Viviane Hamy.

Installées dans le 11e arrondissement de Paris, elles publient une douzaine de nouveautés par an, sans compter les rééditions en format semi-poche (Bis). Elles éditent notamment Léon Werth, François Vallejo, Magda Szabó, Gonçalo M. Tavares, Fred Vargas, Dominique Sylvain, Antonin Varenne, Goliarda Sapienza, Cécile Coulon.

 

Matteo a perdu son emploi, Gonçalo M. Tavares

Ecrit par Benoît Artige , le Lundi, 21 Novembre 2016. , dans Editions Viviane Hamy, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Langue portugaise, Roman

Matteo a perdu son emploi, septembre 2016, trad. du portugais Dominique Nédellec, 200 pages, 20 € . Ecrivain(s): Gonçalo M. Tavares Edition: Editions Viviane Hamy

Au premier abord, le nouveau livre de Gonçalo M. Tavares, paru chez Viviane Hamy, présente tous les aspects d’une machinerie littéraire d’une redoutable précision : de brefs chapitres y égrènent les aventures de personnages apparaissant par ordre alphabétique et dont les destins, étroitement liés les uns aux autres, se succèdent à la manière d’une chute de « dominos disposés en cercle » et ce, jusqu’à l’apparition finale du Matteo promis par le titre. En mettant en place ce dispositif, il ne s’agit pas pour l’auteur – ainsi que celui-ci le suggère malicieusement dès les premières pages avec la mort aussi tragique qu’incongrue d’un certain Aaronson au milieu d’un rond-point – de vouloir boucler la bouche (comme dans La Ronde d’Arthur Schnitzler), mais plutôt d’instaurer un ordre qui paraît sensé pour mieux le pervertir, d’installer sur les rails une chaîne de récits parfaitement ordonnancés pour mieux la faire dérailler.

En effet, pour gripper cette logique implacable qui semble tenir la trame narrative, l’auteur instaure des décalages constants où le malaise le dispute à un humour grinçant. A l’image de ces mannequins dont les visages étranges parsèment le livre, les personnages, mis en scène dans des situations où la cruauté et l’absurde affleurent bien souvent, semblent se mouvoir au sein d’une humanité désolée tels des animaux ou des machines, nous renvoyant, à peine déformée, l’image glaçante d’un monde hostile et cruel qui ressemble terriblement au nôtre.

N’appartenir, Karim Miské (2ème article)

Ecrit par Pierrette Epsztein , le Mardi, 30 Juin 2015. , dans Editions Viviane Hamy, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

N’appartenir, mai 2015, 83 pages, 12,50 € . Ecrivain(s): Karim Miské Edition: Editions Viviane Hamy

 

Dans quel rayon d’une bibliothèque ou d’une librairie pourrait-on ranger le nouveau livre de Karim Miské, N’appartenir ? Il serait aisé de le classer dans la rubrique des récits initiatiques. En effet, l’auteur s’y met en scène en partant de son enfance pour parvenir à l’âge adulte, mais ce serait trop simple puisque nous chercherions en vain une ligne droite chronologique. Et pourquoi ne pas l’associer à l’ensemble des récits autobiographiques ? Il en a maints ingrédients. L’auteur est le « héros » de cette histoire dont il remonte le cours jusqu’à la troisième génération à travers ce qu’on lui en a rapporté.

Il nous décrit avec précision et sensibilité deux clans, celui de la mère avec tous ses satellites de « camarades » parfois amis, parfois ennemis, et celui du père avec sa famille. Les deux parties s’emboîtent en lui, se complètent et s’affrontent. Tout semble les opposer mais, dans sa quête, il va découvrir qu’ils possèdent bien des traits communs au-delà des apparences, des masques et du faire-semblant. Dans chaque clan, il va constater, à chaque génération, des écarts par rapport à la norme. Des secrets vont se révéler qui parfois le désorienteront.

N’appartenir, Karim Miské

Ecrit par Marc Ossorguine , le Mardi, 16 Juin 2015. , dans Editions Viviane Hamy, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Biographie, Récits

N’appartenir, mai 2015, 83 pages, 12,50 € . Ecrivain(s): Karim Miské Edition: Editions Viviane Hamy

N’appartenir est un livre très autobiographique, mais en même temps il touche à des questions qui nous concernent tous plus ou moins dans un monde mondialisé et inégalitaire, où chacun doit se débrouiller pour trouver sa place et résoudre une partie des paradoxes qui l’entourent. La philosophie et la sociologie critiques attirent notre attention depuis un moment sur ce phénomène : dans nos sociétés inégalitaires et mondialisées, la question de la reconnaissance, et donc de l’identité et de l’appartenance, sont devenues des questions centrales pour la plupart de nos sociétés. Le métissage, quant à lui n’est pas une question bien neuve, et le fait qu’elle s’impose de plus en plus comme la norme, l’ordinaire de chacun d’entre nous, ne la rend ni plus simple ni plus facile à vivre, même dans ce même « monde mondialisé ». Surtout dans ce monde où la réalité et la peur de l’ouverture génèrent aussi les plus redoutables fermetures.

Il faut dire que les paradoxes du métissage, Karim Miské les a connus avec une certaine radicalité. Un père mauritanien, souvent absent, diplomate tiers-mondiste et anticolonialiste, puis sympathisant déclaré du Front Polisario, et une mère française issue de la France que l’on dit profonde, catholique, mais militante communiste jusqu’au bout des ongles qui fera découvrir les « merveilles » du communisme albanais à son fils.

Fleur et sang, François Vallejo

Ecrit par Laurence Biava , le Mardi, 02 Décembre 2014. , dans Editions Viviane Hamy, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Fleur et sang, août 2014, 282 pages, 19 € . Ecrivain(s): François Vallejo Edition: Editions Viviane Hamy

 

François Vallejo a écrit un grand roman sur l’espace et sur le temps. C’est une forme d’empressement, une sorte d’invasion du temps objectif (mesurable) dans le temps subjectif (celui que nous vivons). Ainsi, l’auteur se dépossède-t-il de ses sujets dans leur rapport au temps en suggérant une conception spatialisée, linéaire de ce dernier. Toute la lecture se passe ainsi : entrecoupée de variantes au rapport au temps, en imposant au lecteur un arrêt, et de chapitre en chapitre, on change d’époque, on chemine du temps révolu au temps actuel. Construction tout à fait originale et séduisante parce que maîtrisée.

François Vallejo entrelace les destins d’un jeune cardiologue du XXIe siècle et d’un apprenti médecin apothicaire fasciné par le temps au XVIIe siècle. C’est ce binôme qui a donné naissance à Fleur et Sang, passerelle construite entre deux temps et entre deux destins intimement liés et mêlés. Les deux trajectoires se déploient sensiblement et sensuellement et elles se cognent aussi l’une à l’autre, achevant de se réunir. La tension, palpable à chaque instant annonce le drame de la première. Pour finir, les deux protagonistes portent le même nom : Delatour.

La Main de Joseph Castorp, Joao Ricardo Pedro

Ecrit par Adrien Battini , le Jeudi, 03 Octobre 2013. , dans Editions Viviane Hamy, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Langue portugaise, Roman, La rentrée littéraire

La Main de Joseph Castorp, traduit du portugais par Elisabeth Monteiro Rodrigues, septembre 2013, 229 p. 19 € . Ecrivain(s): Joao Ricardo Pedro Edition: Editions Viviane Hamy

Antonio Lobo Antunes, Gonçalo M. Tavares, Joao Ricardo Pedro, la preuve par trois que la littérature portugaise ne cesse de se renouveler dans l’excellence. Les éditions Viviane Hamy, particulièrement actives dans l’érection de cet édifice littéraire, publient du dernier nommé La Main de Joseph Castorp, premier roman qui empoigne avec maestria le relais tendu par ses illustres prédécesseurs.

Difficile pour tout écrivain portugais de faire abstraction du régime salazariste qui aura dominé le pays pendant la majeure partie du XXème siècle. Non pas que la dictature soit un passage obligé ou un gage de solennité thématique, mais tout texte empruntant au genre de la saga ne peut faire l’économie de ce contexte qui aura pénétré l’intimité de l’ensemble des foyers lusitaniens. Il en va de la sorte avec La Main de Joseph Castorp, dont la première scène est une évocation de la Révolution des Œillets. Un moyen comme un autre de passer le seuil de la famille Mendes, actrice principale de la pièce composée par Pedro. Succession de tableaux non-linéaires où l’on sautille entre les personnages, les époques, les moments, les impressions et les anecdotes, le roman n’en possède pas moins son centre de gravité autour du jeune (puis du moins jeune) Duarte. Prodige du piano, l’enfant côtoie les figures paternelles et grand-paternelles, observe mais aussi écoute pour recueillir une mémoire familiale encore cachetée.