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Le Royaume, Emmanuel Carrère

Ecrit par Isabelle Siryani , le Samedi, 16 Mai 2015. , dans P.O.L, Les Livres, Critiques, Livres décortiqués, La Une Livres, Roman

Le Royaume, août 2014, 640 pages, 23,90 € . Ecrivain(s): Emmanuel Carrère Edition: P.O.L

 

La sortie d’un nouvel Emmanuel Carrère est toujours une évidence pour moi et un réel plaisir. Déjà parce qu’il remplit le difficile job de réunir élite et grand public, ensuite parce que je sais qu’il va m’apprendre beaucoup. Carrère est accessible tout en étant difficile. Il a le talent généreux qui ne toise pas son lecteur mais qui s’adapte et l’écoute avec la volonté d’être compris de lui.

Je l’avais laissé il y a trois ans en compagnie d’un Limonov qu’il avait alors sauvé de la mort littéraire et médiatique. Les livres et les biographies sauvent quelquefois et l’épopée contemporaine du scandaleux tour à tour loser-héros-voyou-poète en plein effondrement du bloc soviétique m’avait passionnée de sorte que je m’étais replongée dans les œuvres de cet auteur finalement méconnu.

Il est des vies passionnantes en effet. Celle d’Emmanuel Carrère ne l’est pas moins, de son point de vue, que celles de ses sujets puisqu’il choisit à chaque fois la première personne pour écrire. Ainsi, son héros favori dans chacun de ses romans reste lui-même. Et puisqu’il nous accompagne, reste en retrait, nous interpelle modestement et respecte notre « je », rien n’est dérangeant. Pas de branlette égotripée sur sa propre vie, pas de surplus impudique, pas de déballage people existentiel, juste l’essentiel, ce qui fait qu’en refermant un de ses livres, Carrère nous manque déjà un peu.

Le Royaume, Emmanuel Carrère

Ecrit par Johana Bolender , le Mercredi, 17 Décembre 2014. , dans P.O.L, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Royaume, septembre 2014, 640 pages, 23,90 € . Ecrivain(s): Emmanuel Carrère Edition: P.O.L

 

Fort d’une couverture médiatique flatteuse, d’avis d’historiens et de prêtres admiratifs, le travail d’investigation d’Emmanuel Carrère, d’ordonnance des expériences de foi qu’il livre sans appréhension et le talent littéraire en démonstration dans celles-ci, de son livre Royaume publié aux Editions P.O.L, retrace le mouvement erratique de la croyance Chrétienne de l’écrivain pareil à la succession féconde des périodes artistiques d’un peintre, tantôt bleues, tantôt roses.

Ecarté du Goncourt, Royaume se console du prix du Meilleur Livre de l’année Lire, de la distinction Lauréat-Palmarès 2014 du Point, enfin du prix littéraire attribué par le jury du journal Le Monde qui déclarait avoir « à cœur de célébrer la diversité des sensibilités, des regards et des expériences » de l’œuvre. Autant de prix qui récompensent près de sept ans de travail.

L’Authenticité et la sincérité des situations et des réflexions de Carrère portant sur sa foi qu’il affirme affiner à mesure qu’il en vient à en douter, le sentiment d’abandon au cœur de ses recherches et une compassion extrême pour ce qui est faible et méprisé, le Royaume du Christ, confèrent à l’autobiographie une justesse et une pertinence philosophique et spirituelle prodigieuses.

L’Absence d’oiseaux d’eau, Emmanuelle Pagano

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Vendredi, 18 Avril 2014. , dans P.O.L, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

L’Absence d’oiseaux d’eau, 297 pages, 18 € . Ecrivain(s): Emmanuelle Pagano Edition: P.O.L

 

Recueil de lettres pensées, senties, écloses, vécues, portées, bruissantes de pensées d’amour, de pensées d’espoir, de pensées de réconciliation, de pensées d’étreintes, de pensées de rivières, de pensées de fleuves. De pensées de baisers, enfin : ces frôlements de lèvres ou l’incisif de la douceur, avec la langue.

Lettres envoyées, où se lit à chaque instant un moi aimant totalement énucléé de son égoïté. Un moi qui pour toujours et à jamais – c’est en tout cas ce qu’il semble de prime abord – s’adresse à un être aimé, c’est-à-dire s’adresse à Toi, comme l’écrit Jankélévitch. La majuscule et l’absence d’article sont de rigueur, comme le précise le philosophe : « Il y a un monde entre Toi (sans article) et le toi, – entre toi que j’assiste ou que j’aime, et ce « toi » de la conjugaison qui est deuxième personne grammatique, mais qui est pneumatiquement troisième, qui est corrélat d’un duel grammatical, et non point partenaire d’un duo amatif ; le toi devenu chose indifférente ne se distingue des autres personnes de la conjugaison que par son numéro ordinal ».

C’est tout, Marguerite Duras

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Samedi, 15 Février 2014. , dans P.O.L, Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres

C’est tout, Marguerite Duras, 55 pages . Ecrivain(s): Marguerite Duras Edition: P.O.L

 

Le 5 octobre 1995 paraît aux éditions P.O.L. le dernier livre de Duras, constitué de propos recueillis par Yann Andréa, son compagnon : C’est tout.

 

Avant et maintenant c’est l’amour entre toi et moi.

Y.A. : Et après la mort, qu’est-ce qui reste ?

M.D. : Rien. Que les vivants qui se sourient, qui se souviennent.

Y.A. : Vous vous préoccupez de quoi ?

M.D. : D’écrire. Une occupation tragique, c’est-à-dire relative au courant de la vie. Je suis dedans sans effort.

Y.A. : Vous avez un titre pour le prochain livre ?

M.D. : Oui. Le livre à disparaître.

Love Hotel, Christine Montalbetti

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Samedi, 11 Janvier 2014. , dans P.O.L, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Love Hotel, 2013, 171 pages, 15 € . Ecrivain(s): Christine Montalbetti Edition: P.O.L

 

Comment retranscrire le réel ?

Que peut le roman face à la richesse si débordante de souffle qui fait chaque parcelle de nos vies ?

Comment dire non pas le visible mais notre rapport à lui, sans jamais éluder ce qui en constitue la trame la plus secrète ?

Comment, par l’écriture, retranscrire la saveur même des choses, qui, la plupart du temps, ne se conjugue que sur le mode de l’éphémère le plus abouti, toute saveur ayant pour vocation de se transformer au fur et à mesure de son envol, de se muer en autre chose, et, enfin, en la perte d’elle-même…

Enfin, comment faire du muscle de l’écriture cela même qui serait disposé à soulever, voile à la maille dense posé sur le monde, notre indifférence aux choses, pour qu’enfin nous puissions goûter, mastiquer, les pousses de réel par quoi la vie se fait jour au-dedans de nous et nous jette dans le ballet du visible, au centre d’idiosyncrasies qui, toutes, ont leur prénom à nous apprendre. À nous souffler. Et, pour quelques-unes, à souffler dans le cœur de nos vies…