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Histoire de la littérature récente tome I, Olivier Cadiot

Ecrit par Arnaud Genon , le Lundi, 06 Novembre 2017. , dans P.O.L, Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres

Histoire de la littérature récente tome I, octobre 2017, 160 pages, 6,60 € . Ecrivain(s): Olivier Cadiot Edition: P.O.L

 

En 2007, dans Désenchantement de la littérature (Gallimard), puis en 2012 dans L’Enfer du roman (Gallimard), l’éditeur, romancier et essayiste polémiste Richard Millet annonçait, de manière quasi apocalyptique, le déclin – voire même la mort – de notre langue, de notre culture et de notre littérature.

Quelques dix années plus tard, Olivier Cadiot entend et écoute les sempiternelles jérémiades des « pleureuses ». « Cette histoire de déclin, note-t-il, ce sont aussi les gens qu’on aime qui nous l’ont soufflée à l’oreille. Des êtres merveilleux, des penseurs, à la fois rigoureux et fantaisistes. Il n’y a plus rien à transmettre, nous disent-ils ; nous ne pouvons plus faire d’expériences. Nous voilà noyés dans le récent éternel, sans les lumières du passé qui viennent éclairer une face inconnue de la maison que vous habitez. Bref, on nous a expliqué qu’on était morts ». Morts ? Vraiment ? Pourquoi ne pas y aller voir de plus près ?

Le Retour imaginaire, Atiq Rahimi

Ecrit par Outhman Boutisane , le Samedi, 06 Mai 2017. , dans P.O.L, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Le Retour imaginaire, 128 pages, 27,30 € . Ecrivain(s): Atiq Rahimi Edition: P.O.L

 

Livre écrit et publié en 2005 par l’écrivain afghan Atiq Rahimi à la mémoire de son frère tué en Afghanistan. Il est aussi un ouvrage à la mémoire du grand poète Afghan B. Majrouh. Un mélange entre la prose poétique et la photographie incarne la réalité nocturne d’un Afghanistan noyé dans les bains du sang. L’écrivain est un voyageur blessé, il essaye de se retrouver dans la nuit, dans les ruines de sa ville, dans l’ombre de ses images prises dans la noirceur des temps.

Le Retour Imaginaire est un retour à l’enfance, un retour à l’écriture dans toutes ses formes. La crise identitaire traverse tout le livre, présente dans chaque phrase. Chercher à s’identifier dans un passé obscur est l’objectif de cette écriture poétique qui devient de plus en plus philosophique. Un travail acharné de la mémoire parce que l’auteur ne cesse de creuser dans ses blessures pour trouver des réponses à ses questions. Ce métissage de la photographie et de l’écriture rend ce texte plus problématique, sinon symbolique. Pour Atiq Rahimi, l’écriture n’est pas suffisante pour retracer les cicatrices du passé car elle ne fixe pas l’instant comme la photographie. Autrement, c’est la photographie qui donne souffle à la continuité de l’écriture. A ce propos, Atiq Rahimi affirme dans ce livre que : « Les images de la mémoire, une fois fixées par les paroles, s’effacent » (p.38).

Première à éclairer la nuit, Jocelyne Desverchère

Ecrit par Jean-Paul Gavard-Perret , le Vendredi, 14 Octobre 2016. , dans P.O.L, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, La rentrée littéraire

Première à éclairer la nuit, octobre 2016, 140 pages, 9 € . Ecrivain(s): Jocelyne Desverchère Edition: P.O.L

 

Ce court roman saisit d’abord par le vocabulaire et la syntaxe minimalistes en parfait accord avec les personnages : « Je n’ai connu que le sud, Marseille, Aix-en-Provence, au-delà je n’ai jamais rien imaginé » dit le narrateur. Il finit par renoncer à aller voir les putes. Son histoire aussi est simple. Une histoire d’adultère si l’on veut avec des allers mais aussi des retours. Tout lecteur (ou lectrice) avec un peu d’honnêteté peut s’y retrouver. Les prénoms changent : mais pas vraiment les histoires d’amour. Tout est à la fois dit sans fards et en demi-teinte. C’est une histoire de gens simples : nous. Sans le moindre jugement et sans bobos chics mais en d’incisives syncopes. On passe d’un détail à l’autre de manière sèche. Rien à ajouter puisque tout est dit.

Le lecteur balance entre deux désirs. L’horizon du corps soudain est et n’est pas. L’amour délimite, donne son contour, étend un temps des pouvoirs qui se contrecarrent. On ne sait plus qui imprègne qui. Quel est l’être ? Quel est son esprit ? Quel être est donc le bon puisque soudain deux qui se rencontrent ne peuvent pas vraiment se « superposer » ? L’amour est et n’est pas. Il est en n’étant pas sinon ce qui lui échappe et qui le marque et le couvre et semble veiller sur lui jusqu’à ce que la femme ou l’homme après s’être abandonné à sa force, s’en dégage.

Chronique des sentiments, tome I, Alexander Kluge

Ecrit par Jean-Paul Gavard-Perret , le Mardi, 26 Avril 2016. , dans P.O.L, Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres, Langue allemande, Récits

Chronique des sentiments, tome I, traduit de l'allemand mars 2016, 1116 pages, 30 € . Ecrivain(s): Alexander Kluge Edition: P.O.L

 

Alexander Kluge fut l’élève d’Adorno avant de devenir avocat. Son maître philosophe estima qu’il lui serait impossible d’être écrivain et juriste. Il envoie le futur auteur mis d’abord sous tutelle, auprès de Fritz Lang. Adorno estimait que le cinéma lui passerait l’envie de littérature. Il fut l’assistant de Fritz Lang sur Le Tombeau hindou avant de commencer sa propre carrière. Auprès du maître – si maltraité en Allemagne – il apprend « ce qu’est un génie et comment on détruit son travail ».

Plus tard Alexander Kluge est un des signataires du Manifeste d’Oberhausen qui réforme le cinéma allemand et réinvente les outils de production. Il a réalisé de nombreux courts métrages et documentaires et dix longs métrages : Nouvelles de l’idéologie antique, Le complexe d’Allemagne, Fruits de la confiance. Néanmoins Kluge ne renonce pas à l’écriture même s’il a d’abord fait du cinéma, mais dit-il « comme on écrit des livres ». Quant à ces derniers, il les a créés – selon la formule de Peter Weiss – « avec les moyens de cinéma ».

Je ne me souviens pas, Mathieu Lindon

Ecrit par Jean-Paul Gavard-Perret , le Jeudi, 07 Avril 2016. , dans P.O.L, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Je ne me souviens pas, mars 2016, 160 pages, 14,90 € . Ecrivain(s): Mathieu Lindon Edition: P.O.L

 

Quoique publié comme le célèbre livre de Perec (Je me souviens) par Paul Otchakovsky-Laurens, la formule négative proposée par Mathieu Lindon – et même par effet de revers ou de creux – ne cultive pas la même proposition fût-elle inversée que celle du premier. A la littéralité expressionniste et radicale de Perec fait place un impressionnisme disert. Cette proposition ne manque pas d’intérêt, mais Lindon se coule dans une dissertation trop sage sur des sentiments, des choses, des connaissances oubliées, afin de créer l’envers de l’apparentement par effets d’anti-mémoires.

Chaque « entrée » définit des creux, des vides qui veulent prendre valeur d’aura au sein d’une prise de vue rasante mais qui décolle du vide par effet de lyrisme. Certes et d’une part on peut y voir – avec beaucoup d’imagination – une manière de prendre l’inconscient à revers. D’autre part, au moyen de la nomenclature filée et défilée, le paradigme que l’œuvre déploie sort de la nostalgie qui animait Perec puisque seule l’absence est questionnée. Mais si la stratégie est ambitieuse, le propos l’est moins. Et ce par manque d’écriture. Elle est remplacée par un travail d’analyse, si bien que les éléments dont l’auteur ne se souvient pas perdent de leur force poétique.