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Les Garçons de l’été, Rebecca Lighieri

Ecrit par Jean-Paul Gavard-Perret , le Lundi, 12 Février 2018. , dans P.O.L, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Les Garçons de l’été, Rebecca Lighieri, P.O.L, janvier 2017, 448 pages, 19 € . Ecrivain(s): Rebecca Lighieri Edition: P.O.L

 

Il y a du capitaine ad hoc, de l’aigle fin, du Tintin et de la miloute chez Rebecca Lighieri (aka d’Emmanuelle Bayamack-Tam). Elle se fait apparemment ici mère Teresa des surfeurs et d’une certaine jocaste sociale. Rechignant à l’ouvrage mais pas à la jalousie, quand à la jouissance ne demeure que l’envie, il arrive que pour un garçon de la plage cher aux « Beach-Boys », la mer devienne un water l’eau.

Plutôt que de conter fleurette, suite au méfait d’un requin-bouledogue qui ne se contente pas de donner mal de chien et peau bleue, l’auteure entame un roman séduisant car épouvantable. Elle mixe la cruauté aux faux-semblants d’un milieu où les conventions mensongères deviennent une blague chauffante. Jouant les Hippocrate des hypocrites, la romancière mériterait sans doute un prix de vertige tant elle anticipe toujours de quelques mots la parole dite, et ce, même si l’oral est hardi.

L’Homme des bois, Pierric Bailly

Ecrit par Lionel Bedin , le Vendredi, 09 Février 2018. , dans P.O.L, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

L’Homme des bois, février 2017, 160 pages, 10 € . Ecrivain(s): Pierric Bailly Edition: P.O.L

 

L’histoire est très simple : « le corps d’un homme retrouvé au pied d’une falaise », titre le journal local, avec une affiche bien en vue sur un chevalet devant le marchand de journaux. L’homme est le père de l’auteur. Il va raconter les quelques jours au cours desquels il va s’occuper des obsèques, avec quelques retours en arrière pour faire le portrait du père, de la famille, d’une génération, d’un lieu. Il va se raconter, à travers ses actions, ses rencontres avec celles et ceux que l’on croise habituellement lors des enterrements, la famille, les amis, les vieilles connaissances, les curieux… et livrer ses sentiments face à la mort brutale de ce père, peut-être pas accidentelle, un doute qui donne un côté un peu mystérieux au récit.

L’auteur fait le portrait de son père. Un homme simple, droit, sociable, qui aimait aider, partager. Un homme à la trajectoire modeste mais à l’engagement concret. C’est aussi le portrait d’une génération, celle des babas cool, des militants, des travailleurs associatifs, des écologistes, de ceux qui aiment les chansonniers, l’anarchisme, la non-violence, et qui se sont rencontrés sur le plateau du Larzac.

Je te fais un dessin, Marc Cholodenko

Ecrit par Jean-Paul Gavard-Perret , le Mardi, 23 Janvier 2018. , dans P.O.L, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Poésie, Arts

Je te fais un dessin, novembre 2017, 120 pages, 13 € . Ecrivain(s): Marc Cholodenko Edition: P.O.L

 

Faire l’image : Marc Cholodenko

Marc Cholodenko réussit un tour de force : dessiner avec les mots. Et ce, non par figure de style, mais en évoquant ce que l’image peut donner suivant ses maçonneries et ses maçons. L’ensemble se distribue en fragments, eux-mêmes classés en « moments » ou épreuves. Ils s’achèvent sur le commencement : celui des gribouillis d’enfant. L’image anticipe alors sur les mots et sous la caresse et la pression d’une main maladroite mais qui traque en chacun de nous la bête et l’ombre.

Dans son livre précédent (Il est mort ? P.O.L), celui qui va ou allait partir était emporté par le souffle d’une seule phrase. Ici tout se crée en vignettes. Elles charrient une existence que l’auteur a l’intelligence de ne pas réduire à l’autofiction. Surgit le sourd murmure des images tenaces toujours portées à l’interprétation d’un ordre qui se transforme en une plongée étourdissante dans une série de propositions, de réminiscences, de raisonnements, d’informations intimes.

Histoire de la littérature récente tome I, Olivier Cadiot

Ecrit par Arnaud Genon , le Lundi, 06 Novembre 2017. , dans P.O.L, Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres

Histoire de la littérature récente tome I, octobre 2017, 160 pages, 6,60 € . Ecrivain(s): Olivier Cadiot Edition: P.O.L

 

En 2007, dans Désenchantement de la littérature (Gallimard), puis en 2012 dans L’Enfer du roman (Gallimard), l’éditeur, romancier et essayiste polémiste Richard Millet annonçait, de manière quasi apocalyptique, le déclin – voire même la mort – de notre langue, de notre culture et de notre littérature.

Quelques dix années plus tard, Olivier Cadiot entend et écoute les sempiternelles jérémiades des « pleureuses ». « Cette histoire de déclin, note-t-il, ce sont aussi les gens qu’on aime qui nous l’ont soufflée à l’oreille. Des êtres merveilleux, des penseurs, à la fois rigoureux et fantaisistes. Il n’y a plus rien à transmettre, nous disent-ils ; nous ne pouvons plus faire d’expériences. Nous voilà noyés dans le récent éternel, sans les lumières du passé qui viennent éclairer une face inconnue de la maison que vous habitez. Bref, on nous a expliqué qu’on était morts ». Morts ? Vraiment ? Pourquoi ne pas y aller voir de plus près ?

Le Retour imaginaire, Atiq Rahimi

Ecrit par Outhman Boutisane , le Samedi, 06 Mai 2017. , dans P.O.L, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Le Retour imaginaire, 128 pages, 27,30 € . Ecrivain(s): Atiq Rahimi Edition: P.O.L

 

Livre écrit et publié en 2005 par l’écrivain afghan Atiq Rahimi à la mémoire de son frère tué en Afghanistan. Il est aussi un ouvrage à la mémoire du grand poète Afghan B. Majrouh. Un mélange entre la prose poétique et la photographie incarne la réalité nocturne d’un Afghanistan noyé dans les bains du sang. L’écrivain est un voyageur blessé, il essaye de se retrouver dans la nuit, dans les ruines de sa ville, dans l’ombre de ses images prises dans la noirceur des temps.

Le Retour Imaginaire est un retour à l’enfance, un retour à l’écriture dans toutes ses formes. La crise identitaire traverse tout le livre, présente dans chaque phrase. Chercher à s’identifier dans un passé obscur est l’objectif de cette écriture poétique qui devient de plus en plus philosophique. Un travail acharné de la mémoire parce que l’auteur ne cesse de creuser dans ses blessures pour trouver des réponses à ses questions. Ce métissage de la photographie et de l’écriture rend ce texte plus problématique, sinon symbolique. Pour Atiq Rahimi, l’écriture n’est pas suffisante pour retracer les cicatrices du passé car elle ne fixe pas l’instant comme la photographie. Autrement, c’est la photographie qui donne souffle à la continuité de l’écriture. A ce propos, Atiq Rahimi affirme dans ce livre que : « Les images de la mémoire, une fois fixées par les paroles, s’effacent » (p.38).