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La Manufacture de livres


Maison d'édition indépendante, la Manufacture de livres explore le monde criminel français et international à travers des romans, des documents et des essais.


La diffusion/distribution est assurée par le CDE et la SODIS (groupe Gallimard).

 


Né d’aucune femme, Franck Bouysse (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mardi, 15 Janvier 2019. , dans La Manufacture de livres, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Cette semaine

Né d’aucune femme, janvier 2019, 336 p. 20,90 € . Ecrivain(s): Franck Bouysse Edition: La Manufacture de livres

 

Au bout du chemin il y a une bâtisse, appelée Les Forges, la maison du maître. Là commence l’histoire de Rose. Franck Bouysse va en surprendre plus d’un parmi ses lecteurs. La « trilogie des Marches » est finie – Grossir le ciel, Plateau, Glaise – on ne quitte pas vraiment le rural noir mais on assiste à un basculement complet dans l’œuvre de Franck. Et c’est le genre qui fait rupture.

Comme dans toute sa jeune œuvre, Bouysse prend, encore une fois, le contrepied de l’air littéraire du temps. A l’assommoir que nous infligent nombre de romans français d’aujourd’hui, autofictions ou exofictions à la queue-leu-leu, qui tirent leur inspiration qui d’un fait-divers célèbre, qui d’une biographie d’homme illustre, qui d’un événement historique connu de tous – paresse moderne des imaginations – Franck Bouysse crée de toutes pièces une histoire venue de nulle part, si ce n’est de sa plume et de son univers propre. Venue de nulle part, située on ne sait trop où (un indice cependant au long du livre), on ne sait trop quand (XIXème siècle ? Début du XXème ?). Seul le domaine magique de la littérature lui sert d’écrin.

Tuer Jupiter, François Médéline (seconde critique)

Ecrit par Sylvie Ferrando , le Mardi, 28 Août 2018. , dans La Manufacture de livres, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, La rentrée littéraire

Tuer Jupiter, août 2018, 224 pages, 16,90 € . Ecrivain(s): François Médéline Edition: La Manufacture de livres

 

Le lundi 12 novembre 2018, un peu après 4 heures du matin, juste après la fin des cérémonies de commémoration du 11 Novembre, le Président de la République française Emmanuel Macron succombe à une tentative d’assassinat réussie, aussitôt revendiquée par Daesch. Il est enterré au Panthéon le 2 décembre, en grande pompe, au milieu de l’émotion de ses proches et de la nation tout entière.

A partir de cette date, François Médeline, qui connaît bien, pour les avoir fréquentés, les arcanes du pouvoir, remonte le temps et, mois par mois, semaine après semaine, dévoile l’énorme et sophistiquée mécanique qui, de Moscou à Washington DC, de Villejuif à Aubervilliers, des eaux territoriales israéliennes au large du Sahara occidental, de l’Elysée à New Delhi, orchestre le meurtre présidentiel.

Glaise, Franck Bouysse

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 07 Septembre 2017. , dans La Manufacture de livres, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, La rentrée littéraire

Glaise, septembre 2017, 425 p. 20,90 € . Ecrivain(s): Franck Bouysse Edition: La Manufacture de livres

 

 

Franck Bouysse creuse son sillon. Ici dans la glaise bien sûr. Indifférent aux modes, à l’air du temps, il construit une œuvre grave et profonde. S’il peut se réclamer de prestigieuses influences, il le fait avec un talent littéraire si enlevé qu’il sait les tenir à distance pour en tirer son miel. Ainsi, la couleur toute gionesque et/ou faulknérienne de ce roman, se déploie avec les marques spécifiques de l’auteur, celles qu’on a déjà senties dans Grossir le ciel et dans Plateau : une âpreté terrible, parfois au bord de l’insoutenable, un lyrisme emporté, presque religieux, une émotion brûlante, toujours prête à casser. Et le rapport organique, charnel aux choses de la nature. Bouysse brise en mille éclats la nature des romantiques : ici, elle n’aide pas, elle n’accompagne pas, elle n’écoute pas. Même sa beauté – chantée dans ce roman en sublimes tableaux – se révèle vénéneuse, source de solitude, de « labeur dur et forcé » (Baudelaire), de douleur écrasante.

Plateau, Franck Bouysse

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 18 Février 2016. , dans La Manufacture de livres, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Plateau, janvier 2016, 301 pages, 18,90 € . Ecrivain(s): Franck Bouysse Edition: La Manufacture de livres

La Cause Littéraire avait aimé Vagabond, adoré Grossir le ciel de Franck Bouysse. Néanmoins, Plateau marque un basculement dans l’œuvre en construction de cet auteur. Franck Bouysse atteint ici une maturité, une puissance, une économie d’écriture qui en font désormais un des tout meilleurs écrivains français.

Si le cadre de son roman n’a pas vraiment changé, on est en Corrèze sur le plateau de Millevaches, il perd désormais sa fonction de décor pour devenir un personnage à part entière, écho tellurique permanent à la solitude et la douleur de vivre des personnages, nourrissant leur détresse, distillant à coups de ciels noirs, de vents mauvais, de pluies agressives, l’infini malheur de vivre des quelques êtres désespérés qui peuplent cette histoire. Le Plateau est vivant, déroutant, mais il porte la mort en lui – éventuellement sous la forme incarnée d’un mystérieux Chasseur rôdant dans les bois, élément même des forces en œuvre dans cette partie du monde.

« Il est une ombre sur le Plateau, un germe sous un tégument, un murmure porté par le vent qui courbe à peine l’échine des herbes.

Imago prêt à toutes les mues ».

Plateau, Franck Bouysse

Ecrit par Yan Lespoux , le Jeudi, 07 Janvier 2016. , dans La Manufacture de livres, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Plateau, janvier 2016, 302 p. 17,90 € . Ecrivain(s): Franck Bouysse Edition: La Manufacture de livres

On avait laissé Franck Bouysse dans les Cévennes après le très beau Grossir le ciel, on le retrouve aujourd’hui sur le plateau de Millevaches avec le non moins poignant Plateau. De l’un à l’autre on retrouve toujours ce monde paysan, taiseux, dans lequel on n’a pas toujours les mots pour exprimer les sentiments et où toute parole est tournée sept fois dans la bouche avant de sortir… quand elle sort. La différence ici, c’est la multiplication des personnages qui offre donc plus de possibilités d’interactions et autant de chances de voir de vieux secrets émerger, des haines finir de couver, et de nouvelles histoires apparaître.

Il y a là, au centre de tout, Georges, la quarantaine, qui vit dans une caravane face à la maison à l’abandon de ses parents morts alors qu’il était enfant. Georges, attaché aux lieux et prisonnier d’eux et des fantômes d’un passé dont il ne connaît finalement que ce qu’ont bien voulu lui raconter son oncle Virgile et sa tante Judith qui l’ont élevé. Judith qu’Alzheimer tenaille en faisant disparaître ce qu’elle a pu aimer et resurgir les peurs, les remords et les colères jusqu’ici rentrées. Virgile qui perd la vue mais pas le nord. Il y a aussi Karl, l’ancien boxeur, mystique et mystérieux, qui porte une croix dont le poids se fait chaque jour plus oppressant. Il y a enfin Cory, nièce de Judith, perdue de vue depuis longtemps, femme battue, qui revient et fait vaciller le fragile équilibre des lieux, des gens, de ce qui est dit et de ce qui ne l’est pas. Et puis le chasseur sans visage qui hante les bois et observe tout cela.